lundi 8 août 2016

Besoin de partager.




Quand le hasard sème l’amitié.
Nous l’avons rencontré lors d’une traversée en croisière sur le CTMA Vacancier l’année dernière. Il est de ces gens qu’on n’oublie pas, même quand le temps étale une première rencontre comme butin sur corde à linge. Je dirais même que le vent des Îles s’arrange pour sécher de façon permanente sur le cortex des souvenirs, une empreinte qui finira bien par être tatouée sur le cœur. Ainsi sont les gens exceptionnels. Ils sont hélas peu nombreux, mais leur amitié vaut des milliers d’autres.

Merci Alain et Édith pour ce merveilleux accueil que vous nous avez réservé une année plus tard, lors de notre retour de croisière en la belle ville de Québec. Que dire sinon que dans l’océan de l’oubli, votre accueil inattendu sur le quai et en votre demeure fut plus qu’une belle surprise. Il fut ce geste qui fait toujours croire en la beauté du monde et que parmi cette mer d’indifférence, il y a des bouées ici et là qui sont autant d’îlots de réconciliations avec la nature humaine. Dominique et moi, on vous aime.

Projet d’été


   
LE FORBAN, ce petit voilier bien plus « maganné » qu’il n’y paraissait au départ, prend petit à petit du mieux. Après quatre roulements à billes neufs, deux jantes et deux pneus neufs sur sa remorque, il lui a fallu un support petit-moteur tout neuf, un recouvrement époxy sur le bastingage, deux bouchons autovideurs neufs, deux attaches de cadènes renforcées, une quille de chêne toute neuve et un recouvrement en deux couches de fibre de verre sur le plancher du cockpit. Reste maintenant à peindre le tout pour peu que dame nature collabore un tout petit peu et ce sera le lancement pour une nouvelle carrière sur les eaux parfois tumultueuses entourant les Îles de la Madeleine. Inutile de dire que j’ai hâte.

Un monde fou 
Coupé du monde terrestre 5 jours sur 7 et protégé de la folie humaine par une mer conciliante et belle, parée de grandes et petites vagues, de vents chantants et de brumes apaisantes, n’a rien de traumatisant et de difficile. S’il est une vérité qui nous éclate en plein visage, c’est bien que l’homme peut survivre et même bien vivre sans Hotmail, Facebook, Twitter, Pokémon et autres appareils du même genre. Utilisés avec modération peut être bénéfique, mais à voir la place que des milliers de gens accordent à leur cellulaire, leurs textos, leurs APPs en tout genre a de quoi se poser la question suivante : Sont-ils tous en train de devenir fous? – devant la beauté d’un Château Frontenac imposant dont les tours dominent le ciel, ils ne les perçoivent qu’à travers un petit écran de quelques pouces. Devant un fleuve immense, paré de mille beautés, ils ne voient qu’une parcelle de ce monde flamboyant toujours à travers leur petit écran. Devant un trafic automobile fou à lier, ils ne perçoivent ni le danger pour les autres, ni le danger pour eux, toujours à la recherche de ce Pokémon ou à l’écriture de ce texto qui pourrait bien être leur dernier message avant de partir vers un ciel incertain.

Même la mer ne protège pas de tout
Plus lentement bien sûr, mais l’illogisme de notre société finit toujours par nous rejoindre, surtout quand nous arrivons à bon port. La logique semble avoir foutu le camp. Comme le dit autrement Michel Baudry dans une chronique du journal, les pitbulls font pitié et c’est la faute des enfants, des petits chiens ou des adultes que se sont fait mordre. Richard Bain voulait tuer le plus de « séparatistes » possible, mais ce n’est pas de sa faute, il était sur les antidépresseurs… à cause des maudits séparatistes peut-être. Un de nos meilleurs défenseurs de la LNH devient une image positive auprès de toute une jeunesse de sportifs et on trouve le moyen de l’échanger pour un joueur incertain. Notre gouvernement se découvre un surplus budgétaire de 1,7 milliard de dollars et personne n’est foutu de vider les urgences et on coupe dans les chambres disponibles dans les hôpitaux. On est capable de trouver un Pokémon dans les vestiges d’un camp de concentration de l’époque de la Deuxième Guerre mondiale, mais on n’est pas foutu de détecter un débile qui veut tuer au nom de Dieu. Un individu qui se prend pour un humoriste insulte un individu dans son intégrité corporelle et ri de son handicap tout en souhaitant sa mort puis ses fidèles pleurent sur sa condamnation alors qu’ils ne savent pas distinguer entre rire d’une institution publique et rire d’une personne et surtout rire de ses faiblesses. Les « bullies » dans les cours d’école ont maintenant un maître. Pire, il accumule 5 M$ sur le dos de cette personne et il y a des illuminés qui ont le culot de lui organiser une cueillette pour payer ses avocats alors que les organismes de soins aux plus démunis peinent à ramasser quelques sous.

Défendre la liberté d’expression est un devoir de citoyen. Défendre la veuve et l’orphelin en est un autre et il ne faut surtout pas se servir de ces devoirs pour défendre l’indéfendable. Voilà, je l’ai dit… je l’avais sur le cœur depuis longtemps.

Vite, LE FORBAN, que je te mette à l’eau. J’ai envie de prendre l’air et laisser se gonfler ta voilure. 

Georges Gaudet  



   

dimanche 10 juillet 2016

Le Forban

Petit texte à fraîcheur d’été.



Je l’ai acheté alors qu’il émergeait à peine de sous la neige. J’eus beau vérifier méticuleusement toutes ses œuvres vives et œuvres mortes, il me parut en une relative bonne santé pour son âge. Ici, je dois spécifier qu’il s’agit d’un petit voilier, un dériveur en somme et non une personne humaine. Qu’à cela ne tienne, un bateau pour moi a toujours eu une âme, pour peu qu’on lui consacre quelques soins et qu’il nous prodigue soit des services ou des loisirs nous permettant une évasion ponctuelle d’un quotidien quelques fois bien morne.

Justement, mon petit dériveur s’appellera LE FORBAN, si jamais j’arrive à le remettre en condition pour qu’il navigue décemment au gré du vent et des coups de barre que son futur propriétaire voudra bien lui accorder. Pour l’heure, c’est plutôt lui qui s’évade de moi puisque j’ai découvert que ce petit forban était bien plus mal en point qu’il n’y paraissait à priori. Il faut dire que ces petites «bibittes» là, à l’état neuf, sans remorque et aucun accessoire, se vendent toujours dans les 10,000.$ au bas mot. Alors, comme je l’ai payé à peine plus du dixième de ce montant, c’est tant pis pour moi. D’abord, les moyens financiers n’y étaient pas et je ne sais pour quelle raison, mais j’ai toujours pris plaisir de redonner vie à tous les bateaux qui m’ont semblé abandonnés par des propriétaires peu soucieux de leur entretien. Certains se tournent vers les vieilles voitures, moi, ce sont les petits bateaux, particulièrement les voiliers. Quelque part, je pense qu’ils sont les mal-aimés de la navigation et méritent un meilleur sort que celui qu’on leur réserve.

Malheureusement, j’avais l’intention d’y consacrer temps, énergie et sous lors de la première quinzaine de juin. Pour cela, il me fallait une température clémente puisque le tout devait se réaliser à l’extérieur. Manque de chance, il a venté, plu et fait froid pendant 13 jours et demi sur la quinzaine disponible. Alors, il ne me reste que l’espoir d’une météo un peu plus clémente à raison de deux jours/semaine, et ce jusqu’à la mi-septembre pour que ce gentil moyen d’évasion agisse positivement sur mon biorythme animal. Sera-t-il prêt pour au moins une journée en mer d’ici septembre ? La question demeure très hypothétique et seul l’avenir le dira. En attendant, je lui ai refait une remorque décente, des roues, pneus et roulements à billes neufs puis sur le bateau, des cadènes renforcées et sécurisées, un tableau arrière renforcé, une dérive toute neuve en chêne massif dont il reste à recouvrir d’une bonne couche protectrice en résine époxy. Une personne a déjà écrit que l’attente et le cheminement vers un but accordaient autant de plaisir qu’une fois le but atteint. Cette personne avait certainement raison, du moins en partie. Petit à petit, je vois la transformation se révéler au gré des jours cléments et chaque fois que je serre les outils, je pars content de ma journée. Reste à remplacer les contours des trous auto-videurs et refaire la fibre de verre là ou l’âge, le soleil et les mauvais traitements ont laissé des cicatrices qui pourraient menacer la structure générale de la coque. Ensuite, le mât et les voiles seront hissées bien que le tout soit en bonne condition et le plaisir ultime sera d’apposer un joli ensemble de couleurs sur la coque et d’y inscrire son nom, LE FORBAN.

Sera-t-il mon complice sur les vagues de la baie du Cap-Vert, de la Baie de Plaisance ou du Havre-Aubert d’ici la fin de l’été ? – je n’en sais rien, mais j’aurai au moins eu le plaisir de l’y préparer et si jamais le projet arrive à maturité, je vous promets de vous en informer.

Bon été à toutes et à tous.

Georges Gaudet   


samedi 25 juin 2016

Simplement...la vie!

Pas même une année et trois planètes.

*La vie est un train qui ne s’arrête à aucune gare… Yasmina Khadra.

Il pleut sur mes lunettes. Je ne sais s’il s’agit de mes larmes ou de la bruine qui glisse sur le verre. Il est rare qu’un roman me bouleverse autant. Pour dire la vérité, aucun ne me vient à l’idée, mais cette fois, l’auteur a mis dans le mille.

Première étoile
Depuis un peu moins d’une année, j’ai l’impression d’avoir vécu sur trois étoiles. D’abord un départ pour la ville. Appelons là, Rive-Sud, découverte d’un nouveau monde. Pistes cyclables toutes droites, éoliennes comme des anges voulant saluer les nuages, champs de maïs à perte de vue et chute abondante nourrissant toute une colonie d’outardes attendant un hiver qui tarde d’arriver. Portant sur mes épaules le poids de 16 années de travail ardu, l’hiver venant fut accueilli avec grand soulagement. Lecture, peinture, dessins, croquis, patinage, expositions, musique, rêveries et repos auront eu de quoi faire croire que la vraie vie, c’est ça. Et d’ailleurs, pourquoi ne le serait-elle pas? à la condition que tous les humains y aient accès bien sûr.

Tout n’étant pas parfait, un sentiment d’impuissance devant un monde en décomposition sociale, politique et humaine aura aussi occupé cet espace mémoire qui permet de ne pas rester insensible aux autres. Ainsi, j’ai été témoin en tant qu'usager de la destruction de notre filet médical commun et observé sans en trouver la réponse, la déconstruction ou la reconstruction de la ville de Montréal.

Deuxième étoile

Retour aux Îles de la Madeleine en ce premier jour de juin. L’idée de retrouver des amis et aussi de profiter d’un séjour où j’aurais pu réparer mon petit navire à voiles fut plutôt décevante. Agréables rencontres pour les amis, mais un temps à ne pas laisser coucher un chien, pitbull ou pas, dehors pendant 12 jours sur les 14 accessibles. On ne peut être heureux tout le temps et comme l’a dit l’autre : « Il faut connaître le malheur pour savoir que le bonheur existe. » Pluie et vent, pluie et vent encore et encore. Vous essaierez ça, confinés dans un petit campeur de 10 pieds par 6 pieds de surface viable, encore que le mot viable demeure douteux.
Bien sûr, toute médaille ayant son revers, la beauté sournoise des Îles savait se montrer le bout du nez à travers les brumes matinales, le silence entendu d’une pluie imminente retenant son souffle pour mieux tomber à l’horizontale plutôt qu’à la verticale et la preuve que deux êtres qui s’aiment peuvent survivre en un si petit espace ont bien valu les humeurs changeantes de dame météo. Le jour où le soleil décida de percer les nuages, je suis allé visiter ma famille. Ce fut l’occasion de tenir conversation avec eux, assis dans l’herbe tout près de leur pierre tombale. Ils m’ont dit, ne pleure pas sur nous. Tu sais que nous serons toujours avec toi où que tu sois. Puis, les nuages sont revenus et je sentais ma mère toute proche qui me disais : « Pars d’ici, vole de tes propres ailes. Le monde est vaste et va où je n’ai jamais pu aller. Je serai toujours près de toi. Plus rien ne me retient, car le ciel est sans limites et les liens terrestres qui me sont attribués sont uniquement les liens qui m’unissent à toi. »  
Les pissenlits s’en donnaient à cœur joie sur le vert gazon et quelques jours plus tard, j’arrivais sur ma troisième étoile.





Troisième étoile
Elle s’appelle navire, bateau ou même grande chaloupe si vous préférez vous en moquer un tout petit peu.
Beaucoup de monde habite ce navire et de sa rambarde, je regardais les Îles disparaître dans le vent et la brume. Habituellement, on dit que le vent chasse la brume, mais pas aux Îles, surtout en juin. Les deux se marient pour cacher les beautés des collines, les couleurs des falaises et la transparence du paysage. Juillet finira bien par avoir raison d’eux.

Il pleut sur mes lunettes. Je viens de terminer la lecture d’un roman : « Ce que le jour doit à la nuit » de Yasmina Khadra. Une histoire de rendez-vous manqués, d’amitiés écorchées par la guerre, d’amours jamais assouvis. Le héros se demande si nous sommes la totalité de nos expériences heureuses ou malheureuses accumulées tout au long de notre vie. J’opte pour les choix que nous faisons parmi tout ce que la vie nous « garroche ». Bien sûr, je pleure sur mes rendez-vous ratés, mais je peux aussi heureusement me réjouir de ces rencontres assumées. J’avoue cependant que certaines histoires viennent toucher une corde sensible sans que je puisse en identifier la raison. Un de mes grands amis, Norbert Dufourneau, était un « pied noir », un Algérien dépossédé de son pays, un Français qui n’en était vraiment pas un, un apatride dans l’âme, un Acadien en quelque sorte du siècle dernier. Son histoire et tout ce qui touche les pays d’Afrique du Nord, la France, Marseille, la méditerranée et les auteurs comme Camus, Saint-Exupéry et quelques autres, réussissent toujours à toucher mon âme sans que je sache pourquoi. Je n’ai jamais visité ces rives, ces déserts, ces villes, ces pays et pourtant, chaque fois qu’un bouquin me transporte en ces régions, j’ai une impression de déjà vu.

Se pourrait-il que la vie et la mort ne soient que des passages, que la totalité de ce que nous sommes soit des bribes de vies, de peines, de rendez-vous manqués qui continuent, de bonheurs perdus qui s’imposent à nous à travers les yeux d’une personne, à travers les gestes d’un enfant, à travers la main d’un ami surgi de nulle part?

Les hélices du navire brassent la mer pour mieux la repousser sans jamais gagner sur elle. Les Îles sont loin, la brume est disparue et l’étrave du bateau trace un sillon comme le sillon de la vie. L’avenir est devant, le passé en poupe et je suis là, juste au milieu. 

Georges Gaudet