mercredi 6 avril 2016

Salut, salut!

Jean et les autres

        Certains Madelinots demeurent aux Îles en permanence et c’est bien ainsi. L’horizon immense, la mer éternellement généreuse, vaste, et colorée, les baies tranquilles et les buttes aux rondeurs de vagues en dormance leur suffit. Et puis, il y a les autres, ceux qui quittent les Îles pour toutes sortes de bonnes raisons afin de voir au delà de cet horizon inconnu. Issus d’un peuple dont on n’a jamais souhaité délimiter les frontières, même qu’on a voulu nier son existence, ils partent avec dans leur sac-à-dos, leurs Îles, leurs paysages, leurs amitiés, leur cœur à la fois heureux de découvrir et triste de partir.


           Jean Lapierre était un de ceux-là. Ancien président des étudiants de la polyvalente des Îles et premier meneur d’une grève estudiantine, le jeune de l’époque avait déjà de la graine de politicien et tout autant de chroniqueur. Ces choses là ne s’apprennent pas, on nait avec. Alors, il est parti avec dans son sac à dos, ses Îles, ses amitiés et surtout ses valeurs. La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre comme on dit. C’est ainsi qu’après des études en droit, des politiciens habiles ont bien décelé son talent. Hélas, ils ne connaissaient pas pour autant son entêtement de Madelinot et d’Acadien. Jean Lapierre avait une vision personnelle d’un pays et malgré un détour de l’histoire, il est demeuré fidèle à lui-même, assumant toutes les conséquences de ses choix, d’où fait rare en politique, l’admiration que lui a voué confrères et adversaires parlementaires. L’on peut ajouter que même dans sa gestuelle, l’on sentait qu’il y avait des limites qu’il ne fallait pas traverser, surtout quand il s’agissait de sa famille et ensuite de «ses» Îles. S’il est une chose inexplicable pour le profane venant de «la grande terre », c’est bien cette solidité de l’âme madelinienne bien enracinée dans ce petit bout de terre ancré en plein milieu du golfe Saint-Laurent. Le mouvement Madeli-aide ou le Mouvement social Madelinot n’en sont que quelques exemples parmi tant d’autres moins connus. Le Madelinot ne se définit pas par son adresse de résidence, pas plus que par la longueur de son absence de la terre madelinienne, mais bien par le cœur et la mémoire de son âme, qui eux, n’ont jamais quitté les Îles. Jean Lapierre était un de ceux-là.

…et les autres
La fatalité qui de temps à autre semble s’amuser des plus grands malheurs qu’elle nous garoche au gré de ce qui nous semble venir de son humeur, n’en a que faire de notre peine. Alors, pour nous, ceux qui demeurent, il nous reste le souvenir. Et de ce souvenir, nous avons le devoir de ne pas oublier, mais de transmettre à chacun et chacune d’entre nous et aux autres, les valeurs que nous ont laissé ces amitiés disparues, ces personnalités fortes, ces guides lucides et souvent, ces inventeurs de pays où la mer avec son horizon, demeure la seule vraie frontière dont personne n’atteindra jamais la limite. Alors, dans le bateau des souvenirs, il ne faut pas oublier d’y embarquer non seulement le meneur, mais aussi ses frères, sa sœur, son épouse, sa mère, ses enfants et petits enfants, les deux pilotes, leurs épouses et les orphelins qui n’ont jamais souhaité vivre pareille tempête. Jean serait sans aucun doute le premier à approuver ce geste. D’autres bâtisseur de mémoire sont partis avant Jean Lapierre. Il a rejoint les autres, indépendamment de leurs couleurs politiques, de leur âge ou de leur époque. Ils étaient tous Madelinots dans l’âme, bâtisseurs de pays et pêcheurs de richesses qui ne s’achètent pas. Du haut de la timonerie céleste, certainement qu’ils nous disent : Salut, salut!

GG

mercredi 9 mars 2016

Je t'écris de la Terre

Aujourd’hui, j’ai envie d’écrire et je ne le fais pas expressément pour être lu. De toute façon, j’écris depuis toujours et je le ferais quand même. J’imagine que cela me sert de thérapie et puisque mon blogue et FB sont là, pourquoi pas jeter le tout sur ces mers de maux, pardon, de mots.

Mon frère aurait eu 65 ans aujourd’hui, le 9 mars 2016. Dix-neuf mois nous séparaient en âge et tout au long de notre vie, ce fut comme si nous avions été jumeaux. Les premiers souvenirs qui me viennent de lui ne sont pas nécessairement heureux. Nous sommes en 1953, un soir de fin septembre je crois puisque la nuit est tombée et que mes parents nous préparent à aller au lit. Le temps est doux car la porte d’entrée donnant sur la rue Saint-André à Pictou en Nouvelle-Écosse, demeure ouverte alors que le moustiquaire monté sur cadre et ressorts est fermé. Je vois mon frère de dos, en couche, debout sur ses petites jambes, le visage collé au moustiquaire. Soudain, mon père bondit devant la porte et accroche mon frère par la taille et se projette hors du cadre en tenant son enfant dans ses bras. Alors, une grosse pierre perfore le grillage et roule sur le plancher. Ma mère terrorisée est dans la cuisine et moi je fige sur place non loin de la scène. Dehors, des voix et des rires se font entendre. Je me souviens très bien de ce qu’on criait «Go home you Fk…….n» frenchies, F frog, french pea soup»»»

Notre contact avec l’adversité a commencé alors que nous étions très jeunes. Plus tard, ce fut l’école aux Îles de la Madeleine. Avec un père pêcheur puis garde-pêche, rien ne fut facile même si de très bonnes amitiés et souvenirs dépassent en nombre les moins bons. Un jour, vers l’âge de 11 ans, suite à une bagarre où nous nous étions défendus dos à dos afin de protéger nos arrières, nous nous sommes mutuellement prêté un serment d’honneur. Peut-être ne devrais-je pas écrire ceci, mais à quoi bon cacher ce fait. Les mécontents n’auront qu’à cesser de lire. Donc, avec un couteau de poche, nous nous sommes mutuellement fait une légère entaille jusqu’au sang sur le bras et avons collé nos bras l’un sur l’autre afin d’y sceller notre promesse. Une promesse qui disait à peu près ceci : « Si un jour, tout au long de notre vie, quelqu’un tue volontairement l’un de nous, le survivant tuera le tueur. » Dans les valeurs d’aujourd’hui, cela peut paraître assez « hot », mais il faut se rappeler que nous étions dans les années cinquante et en cette époque, souvent les harceleurs étaient mieux vus que les harcelés. Alors, la question se pose. Si un évènement du genre était arrivé, aurais-je tenu promesse ? – Franchement, je n’en sais rien. Mes valeurs catholiques et de pardon auraient peut-être suffi à tolérer la douleur, mais en toute franchise, je n’en sais rien et c’est bien ainsi.


Mon frère partageait la même passion que moi. L’aviation fut pour nous deux non seulement un rêve, mais une obsession et dans la mi vingtaine, il est devenu pilote d’avion et en a fait une carrière. L’aviation était sa passion, sa maîtresse, son amour. La mer et les bateaux, sa consolation, car un jour, l’aviation l’a trahi. L’explosion d’un moteur avec des épinettes à 300 pieds sous les fesses et une montagne de pierre devant lui auront fait perdre l’usage d’un œil, 70% de l’ossature faciale, un dos amoché et un violent choc post traumatique, même si sa maîtrise de l’appareil en de pareilles circonstances lui aura permis de sauver les 6 passagers qu’il transportait vers un lac de pêche. C’était le 14 juillet 2008. On n’oublie jamais une pareille date. Six années et demie plus tard, le 14 janvier 2015, je fermais ses yeux pour une dernière fois et posais un drap blanc par dessus son visage. Un foutu cancer venait de m’arracher mon frère unique. Nous n’étions qu’une famille de quatre et je suis le seul qui demeure.

Je ne sais si autre chose existe de l’autre côté de la mort ou si Dieu existe vraiment. J’ai toujours questionné ce Dieu et du dehors et du dedans, mais je n’ai jamais eu de vraies réponses. S’il est une invention de l’homme devant l’absurdité de la vie, nous sommes bien fichus. S’il existe vraiment, j’avoue le trouver bien cruel parfois et pour toutes sortes de raisons. On a qu’à constater ce qui se passe dans le monde présentement. Même la nature dans sa toute beauté est d’une cruauté sans merci. À partir du chat qui écrase de ses dents le cerveau de la souris après s’en être amusé jusqu’à épuisement et jusqu’aux hommes qui se décapitent mutuellement au nom d’un Dieu qu’ils n’ont jamais ni vu ni entendu, il y a de quoi se poser de sérieuses questions sur notre existence dans cet univers.

Nous étions deux frères bien différents malgré nos grandes ressemblances. Lui, solitaire et joueur dans les bois alors que moi, je cherchais l’amitié des autres et les aventures enfantines en chaloupe à l’intérieur du havre de Havre-Aubert. Combien de fois j’ai senti son besoin de mon approbation devant ses choix et combien de fois je lui ai dit mon admiration devant le métier qu’il pratiquait. Combien de fois je fus en désaccord avec ses choix de vie et combien de fois je fus rabroué avec raison. Il avait sa vie, j’avais la mienne, mais une chose était limpide entre nous deux. Nous nous aimions d’un amour fraternel d’une solidité à toute épreuve et cela était un mur de forteresse qui dominait tout le reste.


Ce matin j’étais dans ma bulle et c’est Facebook qui m’a sorti de ma torpeur. Ma compagne s’en est aperçue et j’ai pleuré sur son épaule. Cela m’a fait du bien, tout comme ce que je viens d’écrire. Ce matin, je l’aurais appelé et lui aurait souhaité BONNE FÊTE mon frère et bienvenue dans le monde….des retraités, si cela existe vraiment. Alors, j’aime à croire qu’il est juste derrière mon épaule en ce moment, même si je ne le vois pas, et qu’il sourit en lisant ce que je viens d’écrire.  

lundi 7 mars 2016

Nouveau défi

Un défi parmi tant d'autres. 
C'est une invitation à toutes et à tous dans le cas ou vous seriez dans les parages des locaux du Mouvement Social Madelinot le 20 mars prochain à 14h. ...et c'est gratuit...sauf pour ce que vous voudrez boire au bar. Je vous invite à 44 minutes de documentaire et un temps indéterminé de jasette selon le bon vouloir des personnes présentes. J'aurai aussi des DVD sur place au cas où certains en voudraient. (Pas cher: 20$/ch et ce n'est pas obligatoire pour personne.) Venez voir comment un tas de circonstances et de hasards (on dit que le hasard n'existe pas dans certains milieux et c'est peut-être vrai) ont fait que des Madelinots ont sauvé 27 marins de ce qui semblait au départ une tragédie certaine. 

Merci de partager.

dimanche 28 février 2016

Une décision pas facile


Horizon incertain, défis nouveaux.

 Quand j’ai quitté le rôle de chroniqueur au journal hebdomadaire LE RADAR aux Îles de la Madeleine, précisément le 19 juin 2015, je pensais être facilement capable de couper les ponts avec ce métier pratiqué depuis les 16 années précédentes. La décision était mienne, amicale et réfléchie. J’avais toutefois sous-estimé l’emprise que peut avoir sur l’humain, une habitude. Alors, sans véritablement m’en rendre compte, la routine d’émettre au fil de mon vécu et de mes découvertes, des opinions sur les principaux sujets qui me touchaient et risquaient de toucher mes lecteurs ne s’est jamais démentie. Voilà peut-être ce qui explique la poursuite de l’écriture d’un blogue hebdomadaire, réglé comme une horloge, en plus d’une copie adaptée sur le site officiel des Îles de la Madeleine.

Il faut arrêter   
Il n’y a pas de regrets dans ce constat, mais je réalise aujourd’hui qu’il me faut passer à autre chose. Je ne publierai plus hebdomadairement une chronique sur mon blogue. Il deviendra uniquement une page publicitaire élaborée au fil des activités à venir et toujours selon les nécessités du moment. Aussi se termine ici ma participation volontaire sur le site officiel des Îles de la Madeleine. J’en profite d’ailleurs pour remercier les propriétaires de ce site d’avoir accueilli en leurs pages mes chroniques depuis mon départ du journal Le Radar. Pour moi, ce geste de leur part m’aura permis de fermer la porte avec douceur sur une activité qui fut mon pain et mon beurre en plus d’une grande partie de ma vie pendant plus de 15 ans. Aujourd’hui, m’en allant allègrement vers une 67e année d’existence, je réalise que le meilleur de ma carrière professionnelle fut celui d’exercer le métier de journaliste et chroniqueur. Un métier que j’ai vraiment entrepris à l’âge de 49 ans, bien que j’écris depuis l’âge de 10 ans. Cette manie d’écrire a commencé par un poème sur l’amour que je portais à mes parents.

Un jour, il y a longtemps de cela, ma plus grande amie m’a fait promettre de ne jamais cesser d’écrire. J’ai promis et je tiendrai promesse. Toutefois, l’écriture peut prendre plusieurs formes et il m’en reste beaucoup à découvrir. Tant de choses ont changé depuis les vingt dernières années. Les gens ne lisent plus, du moins plus de la même façon. Je dirais plutôt qu’ils regardent. Ceux qui lisent vraiment sont l’exception. Quant à l’écriture, elle se transforme à la vitesse des médias sociaux. Les barrières tombent, les règles aussi. Il est heureux que le langage se démocratise et malheureusement, il perd aussi de sa civilité. L’opinion est accessible à tous ou presque et je crois sincèrement que c’est une victoire sur l’autoritarisme dément qui mène encore trop de peuples. Toutefois, chaque médaille ayant son revers, cette grande liberté montre aussi un portrait peu flatteur de la méchanceté, la vulgarité et l’animosité d’un trop grand nombre de personnes s’exprimant librement sur la grande toile mondiale. Les mots deviennent des couteaux, le verbe assassin et la phrase manipulatrice. Ce phénomène est maintenant devenu le plus grand bar ouvert de l’histoire de l’humanité, en réunissant autour d’une table grande comme le monde, tous les humains qui ne boivent pas nécessairement la même bière.


 
Un dernier verre      
Alors, je vide mon dernier verre. Il reste trop à faire pour demeurer autour de la table jusqu’au « last call ». Je pourrai toujours y revenir si j’ai soif. En attendant, il reste des conférences à prononcer, des livres à publier même si les gens ne lisent pas, tant de toiles à immortaliser et tant d’aventures à réaliser. Tant de jours de voile, de coups de rames et de pagaies autour des bords de côtes avant qu’elles nous soient interdites, tant de voyages en petite moto, scooter ou bicyclette avant que les gouvernements, les compagnies et les assurances ne les réservent qu’aux mieux nantis, tant de petits bobos à soigner avant que les compagnies pharmaceutiques et les médecins ne réservent leur savoir et leurs services qu’aux plus offrants, tant à continuer d’apprendre avant que des despotes réalisent que le savoir des autres devient une menace pour eux.

Tant à réaliser, avant que la mémoire oublie.   


GG

lundi 22 février 2016

Un samedi de belles rencontres

« What affaire de monde »


Eh oui! Il y avait foule au local du Mouvement Social Madelinot (MSM) en ce dernier week-end.

Il ne fait aucun doute que les Madelinots de souche ou de descendance trouvent toujours plaisir à se rencontrer en ce lieu sis au 3690, rue Wellington à Verdun. Samedi dernier, le 20 février ne faisait pas exception. Sous l’initiative de ce boute-en-train de toute cette communauté éparpillée un peu partout dans la grande métropole et les alentours, Jules Boudreau a encore réussi ce petit tour de passe-passe en réunissant une quantité impressionnante de gens qui se sont ensemble remémoré les meilleurs moments du hockey madelinot « en ville ». Il faut aussi souligner que le personnage est l’énergie créatrice et « investisseur privé » qui a réussi à monter de toutes pièces un véritable petit musée du hockey madelinot en ville, une sorte de temple de la renommée de tous les acteurs de ce monde sportif dont les principales pièces datent de 1967 jusqu’à nos jours. Les curieux peuvent aussi feuilleter un grand nombre d’albums avec photos datant même des années cinquante, époque où quantité d’insulaires demeuraient encore aux Îles et jouaient soit avec les Lions de Havre-aux-Maisons, le Royal de l’Étang du Nord, les As de Cap-aux-Meules, les Phoques de Fatima, l’impérial ou les Madelinots de Havre-Aubert et peut-être que j’en oublie d’autres. D’ailleurs, les Phoques de Verdun, cette équipe essentiellement composée de Madelinots vivant à l’extérieur des Îles est souvent venue disputer amicalement, mais dans une fière compétitivité, la gang de chez Gaspard et autres équipes formées de résidents insulaires.






Dans une armoire bien exposée au regard des visiteurs, de nombreux trophées témoignent à la fois des succès de ces équipes tout autant que du travail de moine exécuté par l’instigateur de ce beau projet, monsieur Jules Boudreau.
 

Question de placoter entre amis, ces rencontres sont aussi une occasion de partager d’autres passions avec les gens. Ici, Léonard Vigneau (à Téleste) se fait un plaisir de montrer sa collection de stylos dont il crée lui‑même de façon personnalisée, soit avec du bois ou tout autre matériel, toute la structure du stylo-bille… et ils sont de véritables petits chefs-d’œuvre artisanaux, ces « crayons ». Et tiens, pourquoi pas son numéro de téléphone : 450-632-5987.



Occasion de rencontrer des amis ou connaissances depuis longtemps partis des Îles, de telles rencontres confirment allègrement que les Madelinots, où qu’ils soient dans le monde, demeurent toujours des Madelinots, soit de cœur, soit de raison.


Présent à la rencontre, le maire et conseiller de l’Arrondissement de Verdun, monsieur Jean-François Parenteau  a déclaré, à la blague, qu’il lui est souvent arrivé de dire à l’actuel maire des Îles, monsieur Jonathan Lapierre, qu’il avait à composer avec plus de Madelinots à Verdun qu’il y en avait aux Îles même. Comme quoi, on peut être Montréalais, Verdunois ou de toute autre localité, mais il demeure indéniable que l’esprit madelinot demeure et témoigne toujours de cette indéniable fierté insulaire. 
GG