dimanche 10 juillet 2016

Le Forban

Petit texte à fraîcheur d’été.



Je l’ai acheté alors qu’il émergeait à peine de sous la neige. J’eus beau vérifier méticuleusement toutes ses œuvres vives et œuvres mortes, il me parut en une relative bonne santé pour son âge. Ici, je dois spécifier qu’il s’agit d’un petit voilier, un dériveur en somme et non une personne humaine. Qu’à cela ne tienne, un bateau pour moi a toujours eu une âme, pour peu qu’on lui consacre quelques soins et qu’il nous prodigue soit des services ou des loisirs nous permettant une évasion ponctuelle d’un quotidien quelques fois bien morne.

Justement, mon petit dériveur s’appellera LE FORBAN, si jamais j’arrive à le remettre en condition pour qu’il navigue décemment au gré du vent et des coups de barre que son futur propriétaire voudra bien lui accorder. Pour l’heure, c’est plutôt lui qui s’évade de moi puisque j’ai découvert que ce petit forban était bien plus mal en point qu’il n’y paraissait à priori. Il faut dire que ces petites «bibittes» là, à l’état neuf, sans remorque et aucun accessoire, se vendent toujours dans les 10,000.$ au bas mot. Alors, comme je l’ai payé à peine plus du dixième de ce montant, c’est tant pis pour moi. D’abord, les moyens financiers n’y étaient pas et je ne sais pour quelle raison, mais j’ai toujours pris plaisir de redonner vie à tous les bateaux qui m’ont semblé abandonnés par des propriétaires peu soucieux de leur entretien. Certains se tournent vers les vieilles voitures, moi, ce sont les petits bateaux, particulièrement les voiliers. Quelque part, je pense qu’ils sont les mal-aimés de la navigation et méritent un meilleur sort que celui qu’on leur réserve.

Malheureusement, j’avais l’intention d’y consacrer temps, énergie et sous lors de la première quinzaine de juin. Pour cela, il me fallait une température clémente puisque le tout devait se réaliser à l’extérieur. Manque de chance, il a venté, plu et fait froid pendant 13 jours et demi sur la quinzaine disponible. Alors, il ne me reste que l’espoir d’une météo un peu plus clémente à raison de deux jours/semaine, et ce jusqu’à la mi-septembre pour que ce gentil moyen d’évasion agisse positivement sur mon biorythme animal. Sera-t-il prêt pour au moins une journée en mer d’ici septembre ? La question demeure très hypothétique et seul l’avenir le dira. En attendant, je lui ai refait une remorque décente, des roues, pneus et roulements à billes neufs puis sur le bateau, des cadènes renforcées et sécurisées, un tableau arrière renforcé, une dérive toute neuve en chêne massif dont il reste à recouvrir d’une bonne couche protectrice en résine époxy. Une personne a déjà écrit que l’attente et le cheminement vers un but accordaient autant de plaisir qu’une fois le but atteint. Cette personne avait certainement raison, du moins en partie. Petit à petit, je vois la transformation se révéler au gré des jours cléments et chaque fois que je serre les outils, je pars content de ma journée. Reste à remplacer les contours des trous auto-videurs et refaire la fibre de verre là ou l’âge, le soleil et les mauvais traitements ont laissé des cicatrices qui pourraient menacer la structure générale de la coque. Ensuite, le mât et les voiles seront hissées bien que le tout soit en bonne condition et le plaisir ultime sera d’apposer un joli ensemble de couleurs sur la coque et d’y inscrire son nom, LE FORBAN.

Sera-t-il mon complice sur les vagues de la baie du Cap-Vert, de la Baie de Plaisance ou du Havre-Aubert d’ici la fin de l’été ? – je n’en sais rien, mais j’aurai au moins eu le plaisir de l’y préparer et si jamais le projet arrive à maturité, je vous promets de vous en informer.

Bon été à toutes et à tous.

Georges Gaudet   


samedi 25 juin 2016

Simplement...la vie!

Pas même une année et trois planètes.

*La vie est un train qui ne s’arrête à aucune gare… Yasmina Khadra.

Il pleut sur mes lunettes. Je ne sais s’il s’agit de mes larmes ou de la bruine qui glisse sur le verre. Il est rare qu’un roman me bouleverse autant. Pour dire la vérité, aucun ne me vient à l’idée, mais cette fois, l’auteur a mis dans le mille.

Première étoile
Depuis un peu moins d’une année, j’ai l’impression d’avoir vécu sur trois étoiles. D’abord un départ pour la ville. Appelons là, Rive-Sud, découverte d’un nouveau monde. Pistes cyclables toutes droites, éoliennes comme des anges voulant saluer les nuages, champs de maïs à perte de vue et chute abondante nourrissant toute une colonie d’outardes attendant un hiver qui tarde d’arriver. Portant sur mes épaules le poids de 16 années de travail ardu, l’hiver venant fut accueilli avec grand soulagement. Lecture, peinture, dessins, croquis, patinage, expositions, musique, rêveries et repos auront eu de quoi faire croire que la vraie vie, c’est ça. Et d’ailleurs, pourquoi ne le serait-elle pas? à la condition que tous les humains y aient accès bien sûr.

Tout n’étant pas parfait, un sentiment d’impuissance devant un monde en décomposition sociale, politique et humaine aura aussi occupé cet espace mémoire qui permet de ne pas rester insensible aux autres. Ainsi, j’ai été témoin en tant qu'usager de la destruction de notre filet médical commun et observé sans en trouver la réponse, la déconstruction ou la reconstruction de la ville de Montréal.

Deuxième étoile

Retour aux Îles de la Madeleine en ce premier jour de juin. L’idée de retrouver des amis et aussi de profiter d’un séjour où j’aurais pu réparer mon petit navire à voiles fut plutôt décevante. Agréables rencontres pour les amis, mais un temps à ne pas laisser coucher un chien, pitbull ou pas, dehors pendant 12 jours sur les 14 accessibles. On ne peut être heureux tout le temps et comme l’a dit l’autre : « Il faut connaître le malheur pour savoir que le bonheur existe. » Pluie et vent, pluie et vent encore et encore. Vous essaierez ça, confinés dans un petit campeur de 10 pieds par 6 pieds de surface viable, encore que le mot viable demeure douteux.
Bien sûr, toute médaille ayant son revers, la beauté sournoise des Îles savait se montrer le bout du nez à travers les brumes matinales, le silence entendu d’une pluie imminente retenant son souffle pour mieux tomber à l’horizontale plutôt qu’à la verticale et la preuve que deux êtres qui s’aiment peuvent survivre en un si petit espace ont bien valu les humeurs changeantes de dame météo. Le jour où le soleil décida de percer les nuages, je suis allé visiter ma famille. Ce fut l’occasion de tenir conversation avec eux, assis dans l’herbe tout près de leur pierre tombale. Ils m’ont dit, ne pleure pas sur nous. Tu sais que nous serons toujours avec toi où que tu sois. Puis, les nuages sont revenus et je sentais ma mère toute proche qui me disais : « Pars d’ici, vole de tes propres ailes. Le monde est vaste et va où je n’ai jamais pu aller. Je serai toujours près de toi. Plus rien ne me retient, car le ciel est sans limites et les liens terrestres qui me sont attribués sont uniquement les liens qui m’unissent à toi. »  
Les pissenlits s’en donnaient à cœur joie sur le vert gazon et quelques jours plus tard, j’arrivais sur ma troisième étoile.





Troisième étoile
Elle s’appelle navire, bateau ou même grande chaloupe si vous préférez vous en moquer un tout petit peu.
Beaucoup de monde habite ce navire et de sa rambarde, je regardais les Îles disparaître dans le vent et la brume. Habituellement, on dit que le vent chasse la brume, mais pas aux Îles, surtout en juin. Les deux se marient pour cacher les beautés des collines, les couleurs des falaises et la transparence du paysage. Juillet finira bien par avoir raison d’eux.

Il pleut sur mes lunettes. Je viens de terminer la lecture d’un roman : « Ce que le jour doit à la nuit » de Yasmina Khadra. Une histoire de rendez-vous manqués, d’amitiés écorchées par la guerre, d’amours jamais assouvis. Le héros se demande si nous sommes la totalité de nos expériences heureuses ou malheureuses accumulées tout au long de notre vie. J’opte pour les choix que nous faisons parmi tout ce que la vie nous « garroche ». Bien sûr, je pleure sur mes rendez-vous ratés, mais je peux aussi heureusement me réjouir de ces rencontres assumées. J’avoue cependant que certaines histoires viennent toucher une corde sensible sans que je puisse en identifier la raison. Un de mes grands amis, Norbert Dufourneau, était un « pied noir », un Algérien dépossédé de son pays, un Français qui n’en était vraiment pas un, un apatride dans l’âme, un Acadien en quelque sorte du siècle dernier. Son histoire et tout ce qui touche les pays d’Afrique du Nord, la France, Marseille, la méditerranée et les auteurs comme Camus, Saint-Exupéry et quelques autres, réussissent toujours à toucher mon âme sans que je sache pourquoi. Je n’ai jamais visité ces rives, ces déserts, ces villes, ces pays et pourtant, chaque fois qu’un bouquin me transporte en ces régions, j’ai une impression de déjà vu.

Se pourrait-il que la vie et la mort ne soient que des passages, que la totalité de ce que nous sommes soit des bribes de vies, de peines, de rendez-vous manqués qui continuent, de bonheurs perdus qui s’imposent à nous à travers les yeux d’une personne, à travers les gestes d’un enfant, à travers la main d’un ami surgi de nulle part?

Les hélices du navire brassent la mer pour mieux la repousser sans jamais gagner sur elle. Les Îles sont loin, la brume est disparue et l’étrave du bateau trace un sillon comme le sillon de la vie. L’avenir est devant, le passé en poupe et je suis là, juste au milieu. 

Georges Gaudet


lundi 16 mai 2016

Pause d’écriture et projets à venir.

* Tout homme est un livre où Dieu lui-même écrit.  – Victor Hugo





J’aime les citations. Elles disent tant en si peu de mots, ce qui n’est pas mon cas…hélas.

En lisant cette maxime de Victor Hugo, j’ai réalisé que ce génie de l’écriture vivait à une autre époque. Aujourd’hui, du moins pour les lecteurs du monde occidental, il aurait probablement écrit : «Tout être humain est un livre où Dieu lui-même écrit.» malgré que l’on considère encore le mot «homme»  comme représentant à la fois les hommes et les femmes de ce monde. Remarquez qu’il y a des fois où je doute que ce soit Dieu qui soit en train d’écrire le livre de l’humanité, car à observer comment cette humanité évolue, j’aurais tendance à qualifier l’écrivain en question d’auteur un peu sadique. Dit autrement, Dieu semble s’être fait voler son crayon.

Pour ma part, une pause d’écriture fut l’occasion de faire autre chose. Patiner deux fois par semaine en écoutant du John Lennon, Simon & Garfunkel, Gilles Vigneault et Fred Pellerin fut d’un grand réconfort et un sauve-qui-peut devant une réalité parfois trop oppressante. Gratter une guitare presque tous les jours par pur plaisir d’apprentissage autodidacte à 66 ans, alors qu’on ne savait même pas qu’une ronde, une blanche ou une noire puissent exister, fut une autre façon de canaliser les émotions provoquées par la perte d’êtres chers, des amis ou des connaissances avec qui certains atomes crochus s’échangeaient bien des valeurs. Le reste du temps fut consacré à trouver un médecin de famille, mais ça, c’est une toute autre histoire et elle vaut à elle seule, une autre chronique.

Bien sûr, tout ne fut pas que plaisir et fuite devant la réalité. Bien des heures furent consacrées à la préparation de deux conférences d’été sur le CTMA VACANCIER. Deux conférences d’une heure et plus chacune, c’est du travail et beaucoup plus qu’on puisse l’imaginer au départ. Les photos, même vieilles, sont difficiles à trouver, surtout quand elles sont libres de droits. Puis, quand elles ne le sont pas, mis à part quelques unes appartenant à des organismes publics ou à des amis, les droits d’utilisation sont exorbitants. Alors, j’ai pris crayon et papier et j’ai dessiné plus de 66 croquis et 6 photos compositions afin de supporter les propos présentés aux voyageurs.                        

L’une aura pour titre : «Les Îles d’autrefois»…celles que vous ne verrai jamais parce qu’elles n’existent plus. Le tout sera présenté avec humour et portera surtout sur les quelques décennies avant la venue de l’industrie touristique. L’autre, plus sérieuse, aura pour titre : «Le fleuve Saint-Laurent et les Îles aujourd’hui». Il s’agira d’une tentative de sensibilisation sans parti-pris sur l’immense valeur que sont le fleuve et le golfe Saint-Laurent pour toutes les populations habitant leurs rives, qu’ils soient de la métropole ou habitant les côtes les plus lointaines des grands centres urbains. En résumé, ce sera pour moi l’occasion d’une ébauche d’éveil auprès de ceux qui pensent toujours que le fleuve est tout juste bon pour pisser dedans, que ce liquide ait la couleur laiteuse des résidus humains, de la ferme ou des pétrolières. Je vous rassure tout de suite, je ne le dirai pas de cette façon. N’oublions pas que nous sommes à l’aire de la «rectitude politique» et je la respecterai. Toutefois, à la veille de naviguer pour une cinquième année consécutive sur ce majestueux fleuve, sur ce golfe aux richesses incroyables, je souhaite vivement faire tomber en amour certaines personnes devant ces joyaux qui nous appartiennent à toutes et à tous.

Écrire, encore écrire.
Je ne sais si je vais continuer avec la même ardeur que par le passé, mais ce sera certainement différent. J’aime rencontrer les gens et je suis de ceux qui sont convaincus qu’un lieu n’est jamais aussi beau que les gens qui l’habitent. Partagé entre les Îles de la Madeleine, la rive-sud de Montréal, le fleuve et le golfe, je ne doute pas que les prochaines rencontres, tant avec la nature qu’avec les gens, ne seront que révélations de plus sur la richesse du Québec, la richesse de ce pays que nous habitons.

À une prochaine.




Georges Gaudet