lundi 15 février 2016

Une société digne du 19e siècle

Je suis outré

Il est des jours où j’ai l’impression que notre société n’a pas progressée d’un iota quant à la sauvagerie avec laquelle elle traite ses sujets, même sur le plan collectif. Tout au plus, elle est devenue plus hypocrite et a appris à dorer son image en utilisant la torture psychologique plutôt que la torture physique. Vous allez certainement vous demander où je veux en venir, alors j’y arrive.


Publication des noms des « mauvais » payeurs de taxes

Il y a quelques jours, la municipalité de Blanc-Sablon a publié sur Facebook les noms des mauvais payeurs de taxes de cette communauté. Si ce n’est déjà fait, bientôt les « mauvais » payeurs de taxes Madelinots verront leur nom affiché dans le journal local Le Radar. Voilà donc qui nous ramène à une vieille méthode ancestrale qu’on appelait alors, la punition au pilori. Voici ce qu’une recherche bien anodine nous enseigne sur le sujet.
 En France par la loi du 28 avril 1832.
L'article 22 du Code pénal prévoyait qu'en peine accessoire d'une condamnation aux travaux forcés ou à la réclusion, le condamné soit exposé au regard du peuple pendant une heure sur une place publique, un écriteau informant les passants sur son nom et le crime commis.
Est-il utile ici de souligner qu’il s’agit d’une vieille loi française datant du 28 avril 1832. À cette époque, le condamné était attaché au gibet sur la place publique et les passants avaient tous les droits de l’invectiver de bêtises, rire de lui ou l’insulter (sans toutefois le toucher ou le frapper) tout en le laissant à ses besoins naturels alors qu’il avait la tête et les mains immobilisées.
Aujourd’hui, nous nous flattons d’être plus civilisés. Nous publions les noms des gens supposément fautifs dans les journaux locaux et même maintenant sur le plus grand réseau social de la planète entière. Quel progrès messieurs des municipalités. Pourtant, voici ce que disent les articles 53 et 54 de la loi sur la protection des renseignements personnels.

SECTION I
CARACTÈRE CONFIDENTIEL DES RENSEIGNEMENTS PERSONNELS
53. Les renseignements personnels sont confidentiels sauf dans les cas suivants:
 1° la personne concernée par ces renseignements consent à leur divulgation; si cette personne est mineure, le consentement peut également être donné par le titulaire de l'autorité parentale;
2° ils portent sur un renseignement obtenu par un organisme public dans l'exercice d'une fonction juridictionnelle; ils demeurent cependant confidentiels si l'organisme les a obtenus alors qu'il siégeait à huis-clos ou s'ils sont visés par une ordonnance de non-divulgation, de non-publication ou de non-diffusion.
1982, c. 30, a. 53; 1985, c. 30, a. 3; 1989, c. 54, a. 150; 1990, c. 57, a. 11; 2006, c. 22, a. 29.
54. Dans un document, sont personnels les renseignements qui concernent une personne physique et permettent de l'identifier.

La décence à un nom
Bien sûr, une armée d’avocats pourrait bien s’amuser et s’enrichir en de tels articles de loi, mais ce qu’on oublie dans toute cette affaire, c’est le droit à la dignité du citoyen. Quant à ceux qui clament qu’ils ont toujours été bons payeurs de taxes et qu’il faut punir les mauvais payeurs parce que cela va leur coûter plus cher, je leur suggère gentiment de se calmer le pompon. D’abord, ils ne savent jamais pourquoi un individu n’a pas payé son dû à sa municipalité. Mauvaise gestion personnelle, séparation, oubli, perte d’emploi et surtout en de nombreuses fois, maladie et pauvreté. Alors, messieurs des gorges chaudes, dites-moi si vous êtes immunisés de toutes ces calamités, valables ou non?

La loi
La loi c’est la loi! – pour ce que j’en sais, les lois sont rédigées par des humains et je vous souligne que du temps d’Hitler, tous citoyens qui dénonçaient la présence de Juifs dans son entourage, même si ceux-ci étaient envoyés aux camps de concentration et aux fours crématoires, passaient pour de bons citoyens respectueux de « la loi ». Le grand Mandela n’a-t-il pas dit à peu près ceci : dans un pays où les lois sont injustes, la place des justes est en prison.

La responsabilité des journaux
J’ai lu sur Facebook la semaine dernière le commentaire suivant. Nous n’avons qu’à ne pas acheter le journal. Voilà un excellent signe de notre aveuglement collectif. Bien qu’il ait sa part de responsabilité, le journal est le messager, le véhicule qui porte la honteuse nouvelle et dans le contexte des Îles, il n’est pas riche, n’en déplaise à quiconque, d’autant plus qu’il appartient aujourd’hui à une dizaine de jeunes qui essaient tant bien que mal…eux aussi de payer leurs taxes. Ne pas acheter le journal, c’est tuer le messager. C’est comme celui qui souhaite tuer le docteur qui l’a informé qu’il avait un cancer. Pendant 16 années, j’ai travaillé pour le journal local et je n’ai jamais caché mon malaise lors de la publication de la fameuse liste des mauvais payeurs de taxes. J’aurais pu être de ceux-là et heureusement, la vie m’en a épargné, mais j’avoue n’avoir jamais été d’accord avec ce procédé, même si on me disait que la loi l’y obligeait. Alors, je suis coupable moi aussi, comme vous tous qui gardez le silence ou qui approuvez ce procédé ignoble, digne d’une autre époque.

Aujourd’hui, cela prend un juge pour que la police fouille vos dossiers personnels, bancaires ou autres. Un criminel perd la plupart de ses droits, mais la loi donne l’ordre de protéger sa dignité, même aussi loin qu’en temps de guerre, par le biais de la convention de Genève. Il est alors inconcevable qu’au niveau municipal, une autorité politique et administrative ait le droit d’afficher publiquement le nom des gens qui sont en défaut de paiements envers elle. À mon avis, cette entité politico-juridique viole de façon indécente la vie privée de gens qui ne sont pas tous volontairement des mauvais payeurs. N’oublions pas que même les endettés de cartes de crédit sont mieux protégés à ce chapitre que les payeurs de taxes municipales.

Une solution
Pourtant, la solution serait simple. Les municipalités n’auraient qu’à publier uniquement les numéros de lots, non pas ceux en infraction, mais ceux saisis légalement une fois toutes les autres solutions épuisées. Les intéressés pourraient alors se renseigner aux bureaux mêmes de ladite municipalité afin de se convaincre ou non d’un intérêt d’achat sur lesdits lots en vente. Hélas, cela priverait tous ces voyeurs qui dévorent Facebook ou les journaux locaux afin de savoir qui est dans la merde ou pas. Quelle belle société nous avons !  


 GG

lundi 8 février 2016

Enfin sur la grande toile numérique du monde

*Pas facile d’être travailleur autonome, mais il y a toujours la satisfaction du but atteint quand c’est le cas.

Première réalisation
 


Je l’avais promis aux lectrices et lecteurs avant la période des Fêtes et j’ai tenu promesse. J’ai sorti mes pinceaux afin de réaliser deux tableaux dont le premier pour ma collection personnelle et l’autre pour l’offrir au public. Voici donc le remorqueur « Spanish Mist » à l’œuvre dans la baie de Grande-Entrée. C’est après consultation d’une centaine de photos numériques alors que j’ai eu le privilège en l’hiver 2015 de partager avec l’équipage une journée entière à bord, que j’ai composé cette récente pièce réalisée sur support en toile, médium acrylique, d’une grandeur de 24 x 36 pouces. Bien sûr, elle est à vendre s’il y a preneur. J’espère ainsi donner une idée de mon travail et une prise de commandes limitées demeure possible pour qui souhaiterait un travail similaire.

Autre réalisation



Ayant comme thème général « Des mots, des bateaux et des pinceaux » sur mon blogue personnel (www.georgesgaudet.blogspot.com), j’ai aujourd’hui la satisfaction de vous présenter les deux réalisations sur lesquelles je me suis concentré depuis la mi-décembre. Enfin, dira ma compagne! … et avec raison. Nous avons maintenant en publication numérique chacun de nos romans respectifs et aussi celui que nous avons rédigé en commun « Un cadavre dans le chalut » sur Amazon.ca ou (.fr). Donc, pour les propriétaires de liseuses numériques, tablettes ou portables, nos bouquins sont disponibles. Il suffit d’amorcer la recherche via Amazon dans la section livres numériques (Kindle) en y inscrivant soit notre nom respectif (Georges Gaudet) ou (Dominique Damien) ou les titres de nos bouquins : (Un cri dans la dune)(Finissants 92, rencontre ultime) ou (Un cadavre dans le chalut) et puis pour un prix minime, vous pouvez acquérir par voie numérique nos bouquins. Pour ceux et celles qui souhaiteraient une version papier, précisons qu’il nous reste encore quelques exemplaires de ces livres et il suffit de nous contacter par courriel à : georgesgaudet49@hotmail.com  ou  dominique.damien58@gmail.com 


  

Sur ce, bonne semaine à toutes et à tous. Merci un million de fois de me lire et partager. Je vous souhaite le bonheur à votre porte. À la semaine prochaine.

GG   
   

lundi 1 février 2016

De la fierté à la peine

Rendre l’impossible; possible.
Voilà qui est vrai dans le cas de nos trois sculpteurs madelinots, Adrien Gaudet, Edmond Cyr et André Vigneault, qui année après année, ont toujours porté les couleurs des Îles de la Madeleine et celles de l’Acadie au festival international des sculptures sur glace du Carnaval de Québec. Encore une fois cette année, ils ont fait preuve d’une imagination sans borne en créant de façon éphémère une pièce illustrant ce mollusque bien connu des Îles, le dollar de sable. Ces trois créateurs méritent totalement tous les honneurs et la reconnaissance que les Madlinots leur réserveront.

Porter à la connaissance du grand public l’existence de cette pièce vivante au fond des mers n’a fait qu’ajouter à l’audace de ces bâtisseurs d’œuvres de glace. Aussi, il serait dommage d’oublier que ces artistes ne sont pas que des tailleurs d’œuvres éphémères. Chacun a dans ses bagages un secret de création, soit inconnu ou pas encore connu à sa juste valeur. Il en va ainsi pour le conteur André Vigneault qui trouve toujours dans sa besace de quoi entretenir un auditoire avec ses contes et légendes. Adrien Gaudet construit presque dans le secret de superbes maquettes de navires en plus d’être un artiste peintre qui aime s’ignorer lui-même. Quant à Edmond Cyr, il est aussi tailleur et sculpteur de mots comme en fait foi cet écriteau planté dans la neige sur le site des sculptures carnavalesques. Peut-être trop ignoré par les passants, le texte qui suit n’en valait pas moins la valeur d’une description poétique qui avait tout l’air, elle aussi, d’une sculpture.
Dollar de sable – Dollar de rêve

Tombé de la poche de Neptune
Blanchi par soleil et vent
Sa valeur de bouts de chandelles
Est l’ennemi des bourses et des fortunes.
Chasser ce huard irrationnel
Le long des plages au mois d’août
Fascine petits et grands
Soulève leurs rêves les plus fous
Plus loin que l’horizon
Au-delà de la raison
Au-delà de l’invisible
Rendant l’impossible; possible.

Sirre

De la fierté à la tristesse

Adieu Dorélas

Il fut mon élève pendant les deux années où j’ai enseigné la langue seconde à la polyvalente des Îles. Dorélas était de ceux qu’on n’oublie pas. Impossible en effet de ne pas s’attacher à ce jeune un tantinet hyperactif, toujours joyeux, prompt à la répartie, jamais grossier et comme noyé dans une éternelle rigolade face aux aléas d’une classe d’ados en mal d’action. Il est parfois des gens qui passent comme un éclair dans nos vies et qui laissent une trace indélébile de bonheur, et ce, sans que l’on sache vraiment pourquoi.

Je ne connais rien de sa vraie vie en dehors de ce contact scolaire, mis à part sa présence incontournable dans les cuisines du traversier MADELEINE. Les nombreuses fois où j’ai pris la mer à bord de ce navire de plusieurs centaines de passagers, il ne fut jamais une traversée où nous nous sommes ratés. En bref, j’ai toujours été gratifié soit par une blague, soit une offre spéciale de plat préparé par lui, soit un souvenir partagé du temps ou gamin, il aimait faire rigoler ma classe alors que péniblement, j’essayais de lui tenir la bride un tant soit peu serrée. En peu de mots, son ancien prof d’anglais était fier de sa réussite, même s’il n’a jamais su s’il avait finalement appris quelques rudiments de cette langue seconde. Sur le plan professionnel, il était devenu le cuisinier en second sur le navire et souvent le Chef lors de remplacements. Alors, quand cette semaine j’ai appris sa mort dramatique, je ne sais trop pourquoi, mais il y a des larmes qui ont fait leur chemin sur mes joues. Soudainement, je me suis senti comme un vieux professeur qui venait de perdre tragiquement un des meilleurs élèves de sa classe. J’imagine difficilement la douleur qu’éprouvent présentement toute sa famille et ses proches. Je me permets ici en tout respect de leur offrir mes plus sincères condoléances.

Mon frère décédé disait souvent : nous ne sommes pas des corps habités par des esprits, mais des esprits habillés d’un corps. Vue comme ça, la mort, si cruelle soit-elle, prend le visage d’une délivrance. Dans tous les cas, elle nous console et nous protège d’une certaine absurdité de la vie. Ainsi, je te dis Adieu Dorélas, Adieu mon ami. Puisse ton esprit trouver la paix et le bonheur au sein des étoiles et que Dieu soit ton hôte à la grande table des élus. Amen.  

GG     




lundi 25 janvier 2016

Non, ce n'était pas dans un garage

Je ne sais quoi en penser


Est-ce bien ainsi, je n’en sais franchement rien. J’imagine ne pas être le seul à avoir eu ce sentiment étrange d’être passé par une chaîne de montage automobile hautement informatisée et puis une fois bien ciré et rassuré, être poussé sur le stationnement aux portes de la sortie d’usine.

Chronologie d’une inspection mécanique
Il est 7 h 15. J’entre sur un immense stationnement de voitures. Gardez le ticket avec vous afin de payer à l’intérieur. C’était écrit sur le bout de papier craché par la machine. J’entre donc dans ce qui semble un grand centre d’achat avec des ailes construites en étoile. Il y a un tableau respectable au centre qui indique des chiffres. Numéro 142. Je comprends que je dois prendre un numéro, mais où? Je demande poliment à la dame derrière un guichet aux vitres blindées où il faut aller pour se procurer un numéro. Là bas, juste en arrière qu’elle répond avec un air de « comment ça, vous ne savez pas ni où ni comment vous procurer un numéro? » Un gros bouton rouge est à plat sur une table et sans autres indications, j’appuie dessus. Ah, je suis le numéro 166, voilà qui est rassurant. Devant moi, un autre grand écran indique des numéros. Il affiche 153-3. Comme il y a 5 guichets vitrés juste en dessous du numéro affiché, j’en déduis qu’on sert la clientèle sous le troisième guichet. Alors, j’attends et en profite pour sortir un petit roman afin de tuer le temps. Il s’agit de Les grandes marées de Jacques Poulin. Comme j’arrive juste à la phrase « le paradis sur terre ne dure jamais longtemps, le 166-3 scintille sur l’écran. Je sors mon meilleur sourire pour la dame derrière la verrière tout en lui disant que je ne connais pas très bien le centre d'achats en question. Elle me rend un sourire et me demande si j’ai la carte de l’établissement. Non, je ne l’ai pas.- Bin monsieur, il vous faut LA CARTE, sinon pas de service ici. Alors, je vais vous en faire une. OK d’abord!

Une fois la précieuse carte en main et « la soleil » bien imprimée sur une grande feuille en au moins 5 copies carbone, je reçois les indications suivantes : Prenez l’aile ici à votre droite, puis présentez ce formulaire à la dame devant la porte C. Alors, je me rends dans l’aile indiquée et je présente le formulaire à la dame devant la porte C. Elle me remercie, fait un demi-tour et dépose le formulaire dans la boîte jaune collée sur la porte. Elle se retourne vers moi, me sourit et m’invite à m’asseoir en attente. Une demie heure plus tard, j’entends mon nom crié dans un micro quelque part. Je me présente donc à la porte C et comme par magie elle s’ouvre. On me déshabille, me branche de partout et me retourne dans une autre salle d’attente. Une quinzaine de minutes plus tard, une personne m’interpelle. J’entre dans une salle ou je suis accueilli par un spécialiste asiatique, sans doute compétent, mais qui me parle comme un commandant militaire. Pour peu, je me serais cru en Corée du Nord. Les questions d’usage fusent comme des boulets de canon et devant une hésitation, j’ai presque droit à une réprimande. Heureusement, l’assistante qui m’avait précédemment branché de partout gardait un sourire rassurant. C’est d’ailleurs elle qui a tout fait le travail technique. Boutons ici, pitons là, graphique marquant bien les données, vitesse du tapis roulant, pente ascendante puis ralenti une minute avant l’arrêt complet. Je me sentais comme une Honda en inspection avant sa sortie d’usine. Pendant ce temps-là, le spécialiste entretenait une conversation qui semblait bien rigolote avec une personne à l’autre bout du fil téléphonique. Enfin, l’assistante dépose le graphique sur son bureau. Il le lit à voix haute devant moi et en même temps devant une machine enregistreuse. Tout est négatif monsieur. Bonne journée. Ce fut presque sortie côté jardin, tant j’ai dû ramasser mon linge en vitesse, car une autre voiture, pardon, une autre personne attendait derrière la porte.

Payer pour sortir   

Il est maintenant 9 h 45. Une fois dans le grand hall d’entrée, je repère la grosse machine avaleuse de tickets de stationnements. Ne sachant pas comment elle fonctionne (et je ne suis pas le seul), car la file en attente en témoigne, je glisse finalement le papier dans la fente avaleuse et l’écran me demande si je souhaite payer par carte de crédit, débit ou comptant. Ce sera 10. $ et on me demande si je souhaite avoir un reçu. Bon, mon unique 20. $ avalé et un 10. $ retourné en cinq pièces de monnaie de 2.$, l’écran m’avertit que j’ai 15 minutes pour déguerpir, sinon, le compteur va recommencer à compter les minutes.

Réflexions sur la route du retour
Certains me diront que je suis chanceux. Au moins, j’ai pu subir un examen. C’est vrai, mais il faut aussi souligner qu’il s’était ajouté un mois auparavant une attente de 45 minutes, les pieds gelés dans la « slutch » devant une clinique privée sans rendez-vous et deux visites à un CLSC pour prises de sang annulées, car sans raison extraordinaire, pas d’électricité lors de ces deux journées-là. Une troisième visite fut alors établie en plus d’un questionnaire de 4 pages dans le but de trouver un médecin de famille, chose impossible qui me fut dite par la préposée ayant reçu, sans le lire, mon questionnaire dûment complété.

Questions  
Q : Si mon chien avait besoin de suivi cardiaque, aurais-je dû réaliser un tel parcours afin d’obtenir les services d’un vétérinaire? 
R : Non.
Q : Quand je vais chez Walmart, Super C, IGA ou tout autre magasin ou centre d’achats, est-ce que je paie pour le stationnement?
R : Non.
Q : Alors, pourquoi je paie quand je dois me rendre à l’hôpital ou à un CLSC… mais assez paradoxalement pas à une clinique privée?
Voici une réponse personnelle. Parce que les citoyens sont en position inférieure de chantage. Certains voudront peut-être amener l’argument que j’achète quand je vais dans un centre d’achat et que les proprios me font payer le stationnement par le biais de ce qu’ils me vendent… et ils auraient raison. Cependant, il ne faudrait pas oublier que quand je vais dans un centre d’achat, c’est sur une base libre et volontaire, alors que la visite en centre hospitalier, ce n’est jamais le cas. Et surtout, ne me dites pas que je ne paie pas pour les services médicaux. L’argument ne tient pas. Collectivement, il semblerait que nous avons payé jusque 400 M.$ de trop aux médecins spécialistes pour les services qui nous sont vendus. Nous aurions, selon les dernières nouvelles, permis à ces gens au savoir acquis à même un gros pourcentage de nos taxes et impôts, un équilibre salarial avec les autres provinces, même si ici, dans nos établissements d’enseignement, les frais de scolarité sont moindres qu’ailleurs et les coûts immobiliers tout aussi inférieurs que dans le reste de ce pays. Alors, ne me dites pas que les soins reçus par qui que ce soit en cette province sont « gratos », loin de là. Alors, pourquoi payer pour un stationnement si ce n’est que la clientèle n’a pas le choix, contrairement à tous les stationnements des Walmarts et IGA de ce monde? Dans mon livre à moi, cela s’appelle du chantage économique ou de la mauvaise gestion, mais là je m’arrête, car la prochaine fois, les résultats ne seront pas nécessairement négatifs sur le tapis roulant… et je devrai me payer de nombreux stationnements pour me faire soigner.

Bonne semaine à toutes et à tous.   

GG


lundi 18 janvier 2016

Votre horoscope financier

Il faut que je vous dise

 

Votre horoscope financier 2016

C’est en sirotant un café dans un de ces fastfood bien connus que m’est venue l’idée de publier l’horoscope financier de votre signe astrologique. Alors, papier en main et prédictions financières de ces grandes maisons de la haute finance, voilà que je me suis mis à étudier l’aspect planétaire de la basse finance.

Dans une province et un pays où les médecins spécialistes tuent notre système de santé, où les avocats tuent la justice, où les banques et les paradis fiscaux tuent notre économie, où les politiciens tuent la démocratie, où les ministres tuent l’éducation et où l’unique religion se résume en une croyance aveugle envers la sainte flanelle « pas mal effilochée », je vous assure que mon étude du ciel et la position des étoiles ne fut pas tellement compliquées à étudier.

Alors, ça va comme ceci.
Janvier, février, mars et avril ne seront pas terribles sur le plan de vos rendements financiers, Lilith étant prête à vous expédier tous vos comptes de cartes de crédit portant sur vos dépenses des fêtes, Pluton ne sera pas en reste puisque votre compte de taxes va arriver en début février alors que vos T4 vont vite vous rappeler le montant d’impôts à payer pour l’année 2015. D’autres mauvaises surprises se pointeront à l’horizon au cours de ce premier quart de l’année. Augmentation des frais de garderie, prix du pétrole de plus en plus bas avec augmentation d’une bourse du carbone afin de graisser tous les petits amis de la pompe… pardon de la politique et ce directement pris dans le bouchon de votre réservoir d’essence. Pour les bénéficiaires de l’assurance-emploi, le printemps sera plus difficile, car le « trou noir » fera son apparition dans le ciel de Jupiter et l’on sait que les trous noirs, ça aspire même la lumière. Tout n’étant pas négatif, Mars en lune apportera quand même son lot de bonnes nouvelles. Il se pourrait que les Canadiens remontent la pente au classement et se glissent dans les séries éliminatoires, mais ne comptez quand même pas sur une coupe Stanley cette année. Il ne faut pas rêver quand même. Vous pourrez toujours vous consoler en regardant « Tout l’monde en parle » pour les intellos et ceux qui pensent l’être et « La Voix » pour les autres. Quant à ceux qui sont en Verseau, l’attrait d’une marge de crédit pourrait bien vous faire passer un petit 7 jours sur une plage de Cuba, ne sait-on jamais, surtout si votre « char » est « pogné » sous la neige dans l’espace de stationnement du voisin que vous haïssez comme la peste.

Mai, juin, juillet, août et septembre.
Le soleil en Jupiter vous ramènera à de meilleures dispositions. Le printemps aidant, du travail vous sera offert malgré votre volonté de vous dorer la couenne au soleil. Ce privilège n’est malheureusement réservé qu’à ceux qui ont de bonnes connexions avec les distributeurs de contrats ici et là dans la province. Évidemment, vous ne deviendrez pas riches, mais votre sort financier s’améliorera. La pêche, le tourisme, les accidents payants comme les feux de forêts, peut-être même les déversements de pétrole, seront propices à créer de l’emploi saisonnier pour tous ceux et celles qui ont ce besoin essentiel de travailler. Bien sûr, Justin viendra peut-être prendre un selfie avec vous dans un champ de patates ou de fraises afin de vous encourager à persévérer dans votre quête d’autonomie financière. Qui sait, même si ce n’est pas inscrit dans les astres, il viendra peut-être prendre des vacances aux Îles de la Madeleine, gonflant ainsi le potentiel touristique de tout l’archipel alors que Corridor ressources continuera de creuser dans le golfe du côté Terreneuvien à 60 milles de la Pointe de l’Est.

Octobre, novembre et décembre
Lilith, cette lune de Pluton sera de retour, malheureusement pour vous. Il faudra être sage et penser au long hiver qui viendra encore éroder le peu de surplus des derniers mois d’été. Si vous avez été sages, le Père Noël vous accordera certainement une marge de crédit un peu plus élevée sur vos cartes de plastique. Il est difficile de comprendre pourquoi cela serait impossible puisque les banques auront prêté à notre gouvernement fédéral un montant dépassant de dizaine de milliards de dollars notre capacité en tant que citoyens de payer la note. En fin octobre, des fantômes apparaîtront partout sur les routes et dans les villages les plus reculés de la province. Novembre sera froid et humide, mais en décembre, les cartes de crédit aidant, une belle illusion de richesse amènera des tas de cadeaux sous l’arbre de Noël, surtout pour les enfants et petits-enfants.

Les vieux.
Ah oui, j’oubliais! –les vieux. Et bien, ils seront encore plus vieux et beaucoup de gens, dans leur course à la survie, les auront oubliés. Dans la nomenclature des signes astrologiques, je n’ai rien trouvé qui s’apparente aux vieux. De plus en plus, on leur fera sentir qu’ils sont de trop sans toutefois oser leur dire directement qu’ils sont la raison de notre monde fou d’aujourd’hui. Et pourtant! – au moins eux, ils savaient planter des patates et faire pousser des choux. Survivants de deux guerres mondiales, créateurs de notre politique de soins de santé, politiciens aux visions grandes comme le monde, il n’aura suffi que de quelques générations de Mosanto, de banquiers, de penseurs sans envergure et de gens d’une avidité sans limites, pour détruire presque tout ce qu’ils ont bâti. On aurait pu au moins légiférer sur une loi les exemptant de souffrances inutiles, mais non, nous nous apprêtons à les aider soit à se suicider ou à mourir tout bonnement.

Reste à espérer qu’une nouvelle génération issue des Macintosh et Window de ce monde trouve par ses calculs algorithmiques une ou des façons de nous rendre plus humains. Ce serait plutôt paradoxal qu’un jour, les robots soient les instruments qui pourraient nous rendre « plus humains ». Mais ça, les astres sont toujours muets là-dessus.


Bonne semaine à toutes et à tous… et surtout, ne croyez pas aux horoscopes. 

Georges Gaudet   

lundi 11 janvier 2016

Il y a des cadeaux qui sont éternels

Ces cadeaux qui demeurent
Mon père mettant à l'essai la maquette de sa goélette. C'est un des plus bel héritage qu'il m'a laissé. Bien que d'une valeur inestimable, il en est un autre qui surpasse tout. 

La période des fêtes est passée et c’est maintenant le temps de prendre son souffle. Quand j’étais enfant, cette période en était surtout une de cadeaux, bien modestes faut-il le dire. C’était aussi une période de réjouissance, de plaisir et de vacances. Malheureusement, avec le temps, ce temps de l’année est devenu un temps de souffrance, de souvenirs perdus et de dépenses inutiles. En vieillissant, nous réalisons que nous sommes des survivants. Nous devrions nous en réjouir et avec raison, mais la perte d’êtres chers, frères, sœurs, parents, rend le souvenir pénible. Il devient alors difficile d’enfiler une veste festive enduite de bonheur quand la douleur de la perte de ceux qu’on aimait et avec qui nous partagions ces heureux moments d’enfance sont tous partis pour un au-delà dont jamais personne n’est venu nous en raconter la réalité.

Le jour de l’An
Je ne sais pourquoi, mais en ce dernier et récent jour de l’An 2016, le souvenir de mon père me fut d’une grande consolation. Sans cesse, son souvenir me venait en mémoire et à la fin du jour, j’ai cru en avoir compris la raison.

Mon père était d’une époque considérée aujourd’hui comme lointaine. Au jour de l’An, les cadeaux se faisaient rares, mais les rencontres et la chaleur des échanges remplaçaient bien les Toys R Us d’aujourd’hui. Il y avait aussi la traditionnelle bénédiction paternelle où le père, en un moment unique, bénissait toute sa famille selon la formule qu’il trouvait la plus appropriée. Hélas, mon père n’était pas de cette tradition. Comme la plupart des hommes de son époque, il était de ceux qui ne doivent pas montrer trop d’affection, trop de familiarité envers ses enfants, trop de sensibilité aussi, le tout pouvant être considéré comme une faiblesse à cette époque là. Pleurer était aussi exclu. Il fallait montrer sa force et jouer le préfet de discipline plutôt que le père aimant, sensible et compréhensif.

Le temps
Comme beaucoup de jeunes, je suis entré en conflit avec mon père au temps de l’adolescence. Il n’était pas parfait et moi non plus d’ailleurs. Nous nous sommes affrontés, confrontés, chicanés et par-dessus tout, malgré nos conflits, aimés et admirés, mais cela il ne fallait pas le montrer. Heureusement, le temps et les épreuves de la vie vous ramollissent le masque de la fanfaronnerie. Puis, un jour, les rôles s’inversent. La maladie s’est montrée le bout du nez et mon aide fut la bienvenue. Je me souviens alors de ces cartes de fête où j’aimais écrire moi-même les souhaits que je trouvais appropriés et quand il les lisait, il se retirait dans la salle de bain et se mouchait bruyamment. Je devinais alors qu’il s’en allait pleurer en catimini. Un homme, surtout un père, ça ne pleure pas devant ses enfants et encore moins, quand ils sont devenus grands. Malgré cela, le temps faisait son œuvre. Un jour de 3 septembre, jour de sa fête, je lui ai offert une traditionnelle carte anniversaire et pour une première fois, j’y ai écrit à l’intérieur ces simples mots : « Je t’aime papa ».

Les yeux pleins d’eau, il m’a regardé droit dans les yeux et a tout simplement dit : « moi aussi », alors que des larmes coulaient sur ses joues. Puis je l’ai solidement serré dans mes bras et j’ai senti toute la chaleur de l’amour qu’il m’avait toujours porté. Gêné de nos gestes spontanés, gauches comme deux, il s’est assis sur sa berceuse et moi, j’ai pris la porte comme un vulgaire voleur pour m’en aller pleurer dans mon auto. Je savais que chacun de notre côté, nous avions probablement l’air de deux braillards, mais je savais aussi qu’un mur venait de s’écrouler. L’amour filial et l’amour paternel s’étaient ligués tous les deux pour percer ce blindage d’apparences et de retenues qui ne font que masquer des sentiments normaux et surtout, tout à fait naturels. Puis un autre jour de fête, un certain jour de l’An, je lui ai donné l’accolade coutumière et le bisou sur les joues, comme le font les Français, le tout suivi de quelques bonnes tapes dans le dos.

Les années passent
Les années sont passées et mon père est devenu octogénaire. Il lui a fallu quitter la maison avec ma mère malade. Les dernières années de sa vie furent loin du bonheur. Toute sa vie, il avait travaillé afin de léguer à ses enfants l’économie d’une vie, soit la vente de sa maison. Malheureusement, ce sont les avocats qui ont hérité de ce geste puisqu’une poursuite civile vécue à l’âge de 80 ans aura fini par dilapider ce qui pour lui, était un geste de fierté. Mon frère unique était en Afrique et j’étais tout désigné pour être là, tout près d’eux, ma mère et lui. Leurs dernières années se sont passées dans la maladie et la tristesse, mais je savais au plus profond de moi-même, que nous étions, mon frère et moi, leur seule raison de vivre. Alors, quand je quittais leur loyer, presque quotidiennement lors d’une courte visite, j’avais toujours le plaisir de les serrer tous les deux dans mes bras et je sentais qu’ils se nourrissaient de ce simple geste affectif. Pour ma mère, cela était tout naturel, mais pour mon père, il s’agissait autant pour moi que pour lui, d’une victoire sur le silence de sentiments si essentiels à l’essence même de la vie.

Ce dernier jour de l’An.
Il fut rempli de souvenirs. Mon père n’est plus, ma mère et mon frère non plus. Seul survivant de cette petite famille, ce fut l’image de mon père qui revint le plus souvent en ma mémoire tout au cours de cette journée. Pas de bénédiction paternelle traditionnelle et pas de grandes réunions de famille, mais à la fin de cette journée bien particulière, un vide était comblé. En mon cœur, je pouvais silencieusement leur dire « je vous aime » et j’avais l’impression qu’ils étaient là, tout près de moi. Il neigeait un peu dehors, mais aucun lac, aucune rivière n’étaient gelés. J’y voyais là un symbole et tout seul, dans le noir, j’ai en pensée serré mon père dans mes bras, je lui ai fait un bisou sur la joue et je lui ai silencieusement dit : « Je t’aime papa. » et où que tu sois, je sais que tu prends soin de maman et de mon frère tout comme tu l’as si bien fait sur terre.

Oui, c’est bien vrai. Il y a des cadeaux qui ne peuvent être évalués, car leur valeur est sans limites… et c’est bien ainsi. Je vous souhaite à toutes et à tous d’en découvrir autant.

GG

  


lundi 21 décembre 2015

Besoin d’une pause


Avant toute chose, je tiens à souhaiter un Joyeux Noël et une superbe année 2016 remplie de tous les cadeaux de la vie à toutes les lectrices et tous les lecteurs de mes écrits sporadiques ou réguliers sur l’autoroute internet de ce monde. Mille mercis pour votre fidélité et votre appréciation tout au long de l’année qui se termine.

La période de Noël de l’an passé fut pour ma compagne et moi-même très pénible. Les moments de cette année sont plus prometteurs et puisqu’il faut vivre d’espoir, c’est en nous accrochant à tous nos projets que nous entreprenons l’année qui s’en vient. Conférences, ateliers d’écriture, romans placés sur la voie numérique, toiles artistiques, voyages et activités sportives sont au menu de la nouvelle année.

L’an passé à pareille date, j’accompagnais mon frère vers son dernier voyage. Il vivait avec nous ses derniers jours sur terre en pleine période des Fêtes. Victime d’un foutu cancer, il aura combattu avec lucidité, vaillance, révolte et finalement, épuisement, jusqu’au 14 janvier de cette année. Comment ne pas comprendre ce refus de mourir à 63 ans quand pour la plupart des gens, c’est le temps de la récompense bien méritée après une vie de labeur? Alors vous comprendrez que ce temps particulier de l’année nous est d’autant plus pénible, à la fois pour ma compagne et pour moi-même.

C’est ainsi que pour faire un pied de nez à la mort et afin d’honorer le souvenir de mon frère, nous avons monté notre sapin de Noël et empilé les cadeaux pour les enfants et petits enfants dès que le temps nous l’a permis. Chaque soir, ce sapin est allumé et il le restera jusqu’à la fin de cette période de célébrations. Je sais que c’est cela qu’il aurait souhaité de notre part et pour tout vous dire, cela fait du bien. Voilà qui justifie aussi ce moment de pause nécessaire afin de fêter cette fois-ci avec les enfants et petits enfants de ma compagne de même qu’avec ce qu’il me reste de famille (oncles, tantes, cousins, cousines) ici en ce bas monde. L’an prochain nous tracera à tous et toutes une route encore inconnue, mais je crois que si elle est remplie de projets et d’espoir, elle nous enrichira tous un peu plus et pas nécessairement avec de l’argent, mais surtout en valeurs qui ne s’achètent pas. L’amour, la compassion, le partage, la joie, le bonheur et la santé pour tous. C’est ce que je souhaite à tous mes lecteurs et lectrices.

Ainsi, le prochain blogue ne sera publié que le 11 janvier 2016. Bien que l’idée ne soit pas encore totalement structurée, j’ai l’intention d’écrire chaque semaine la partie d’un roman qui formera un tout à la toute fin d’une série de chroniques. Il s’agira d’un carnet de voyage raconté non pas comme une carte postale, mais vu autant de l’intérieur de l’âme que des observations géographiques qui y seront décrites. Une sorte de Jack Kérouac du début des années 2000, soit un voyage vraiment vécu. Ce sera un roman véridique à petites doses en quelque sorte.

Sur ce, je termine en vous souhaitant à toutes et à tous, santé, bonheur et paix.
À l’an prochain.


Georges Gaudet      

lundi 14 décembre 2015


(Suite 2 et fin)
Ne croyez pas tout ce qu’on vous dit!
… par Georges Gaudet

… surpris, le chargé de cours me demande poliment de me rassoir. Vous n’êtes pas un cas unique me dit-il et voici ce que je vous propose. Nous pouvons vous attribuer un professeur personnel hors nos horaires de cours pour une période de 21 heures maximum à raison de 3 heures par soir plus une évaluation qui sera finale. Bien sûr, cela à condition que vous acceptiez.

J’étais désemparé et puisque je n’avais rien à perdre sauf ma fierté qui en était à son plus bas, j’acceptai. C’est ainsi que j’ai rencontré un drôle d’énergumène, roulant BMW, enseignant à temps plein à l’université de l’Île-du-Prince-Édouard, écrivain de romans « gores » en anglais à ses heures et « récupérateur » de mathématiciens perdus tout comme moi, à temps partiel. Cela lui prit trois heures uniquement pour déceler mes faiblesses et de ce fait, mon problème majeur qu’il résuma brièvement en ces termes : ce n’est pas compliqué. On t’a appris à bâtir une maison en commençant par la toiture sans t’avoir montré comment construire d’abord les fondations.


Et c’est ainsi qu’après six heures d’enseignement privé, je me suis découvert non pas une passion pour les mathématiques, mais un intérêt très puissant pour résoudre tous les problèmes que mes professeurs réguliers pouvaient me soumettre. Âgé de 47 ans et partageant une passion pour l’aviation depuis presque la naissance, je me sentais comme un enfant qui vient de découvrir qu’il peut courir aussi vite que ses compagnons sur le terrain de soccer, même si ces derniers (ils étaient 21) n’étaient que dans la vingtaine sauf un. Je me rappelle m’être levé à trois heures du matin pour résoudre un problème algébrique que je n’avais pas résolu avant d’aller au lit. Et c’est ainsi qu’à la fin mai 1998, sortant du lit à 5 h 30 tous les matins et après avoir parcouru tous les jours 132 km pour me rendre à cette école et en revenir vers les 18 h pour étudier presque tous les soirs, je graduai avec une moyenne générale de 88,6 % sur 52 examens, me classant ainsi 3e sur les 22 élèves que nous étions. 


Certains pourront penser qu’il s’agit d’une vantardise, mais telle n’est pas mon intention. D’ailleurs, il y a des gens tout autour de nous qui vivent de bien plus grands défis que cela, de bien plus grandes victoires et avec beaucoup plus de courage qu’un parcours écolier, même si celui-ci fut réalisé à l’âge de 48 ans.


L’après   
Malgré cette belle réussite académique, j’ai cherché du travail partout en province, surtout au Québec. En fin octobre, j’ai même couché sous une bâche de toile dans ma boîte de camion pour être certain de rencontrer le patron d’une petite compagnie aérienne lors de son arrivée au bureau le lendemain. Rien n’y fit. Je me suis toujours buté à ces quelques questions ou réflexions qui tuent. Malheureusement, vous n’avez pas d’expérience. – des gars comme toi, j’en ai embauché et puis 2 ans plus tard, BOMBARDIER est venu les chercher. La vérité m’est d’ailleurs venue au cours d’une entrevue presque volée chez BOMBARDIER. 

– Félicitation monsieur. Vous avez un beau cours bien complet et une belle réussite. Le seul problème, c’est qu’avec des gens (comme vous), nous faisons des ingénieurs et non pas des techniciens. Toutefois, cela nous prend 5 à 7 ans pour les former et par la suite, parce que leur formation nous a coûté entre 700,000 $ et 1 M$, nous nous attendons à ce qu’ils travaillent pour nous au moins 15 années. – Que dire devant de tels faits quand la personne qui vous interroge n’a que 26 ans et vous, 49? C’est ainsi que se sont terminées mes recherches, après plus de 60 curriculums. Le 11 janvier 1999, j’entrais au service du journal Le Radar pour une aventure qui devait durer 2 semaines. Elle aura duré plus de 16 années. Oh! J’ai eu une chance, mais elle ne s’est pas réalisée. Même mon patron au journal, voyant ma déception, a essayé de me décrocher un emploi en ce domaine. Le métier de journaliste m’introduisant auprès de personnes souvent influentes fit que je me retrouvai un jour en entrevue avec le directeur d’Inter- Canadien. Il me fixa une entrevue pour le printemps après avoir pris connaissance de mon dossier. Hélas, quelques mois plus tard, peu de temps avant mon entrevue, la compagnie fermait ses portes.

Aujourd’hui
Il est trop tard maintenant. La technologie se développant à la vitesse grand V, il faudrait tout recommencer et ce n’est pas à l’âge de la retraite (66 ans) qu’une compagnie aérienne va vous embaucher. Pourtant, ne serait-ce que pour le plaisir d’analyser la résistance et l’usure d’une ailette de compresseur d’un moteur « jet », j’y irais comme un enfant qui entre dans un magasin de jouets. J’imagine que c’est cela qu’on appelle, « une passion ». Alors, comprenez que lorsque j’entends des propriétaires de compagnies aériennes ou pire, des politiciens, se lamenter que la main-d'œuvre québécoise n’est pas formée pour le travail disponible, j’aurais envie de leur en mettre plein la gueule… et j’avoue que là, il ne s’agit pas d’une figure de style. Ce qu’ils ne disent pas, c’est qu’ils souhaitent une main-d'œuvre subventionnée par l’État ou importée de pays où les salaires sont de misère. Là, nous serions plus près de la vérité. D’ailleurs, au bout de leurs lamentations, le temps n’est pas long où nous les voyons déménager leurs pénates dans des pays sous-développés, ceci quand ils ne trouvent pas des politiciens pour leur avancer l’argent des citoyens, afin de maintenir sous forme de chantage, l’excellent travail que réalisent les travailleurs d’ici. Une chose me console à travers toute cette hypocrisie et ces mensonges. Que les gouvernements souhaitent maintenir au boulot des travailleurs de plus en plus âgés tout en faisant le contraire, ou que des compagnies prétendent avoir de la difficulté à trouver de la main-d'œuvre qualifiée ici au Québec ou au Canada, un fait demeure; ils ne sauront jamais tout ce qu’ils ont perdu en ne me donnant pas « une chance. » Mais moi je le sais, et aujourd’hui cela me suffit. Je suis en paix. Le hasard m’a permis d’explorer d’autres avenues et l’écriture en est une merveilleuse. D’ailleurs, ce texte, je le dédie ne serais-ce qu’à un seul jeune qui se cherche. Bien sûr, il ne trouvera pas nécessairement le chemin qu’il veut, mais s’il cherche vraiment et avec sincérité, il en trouvera certainement un, et ce chemin, il aura saveur de vérité, quoique lui aura dit son entourage.       

Au cours d’une vie, il y a souvent peu de choses dont une personne puisse être fière et ici, je ne parle pas de la famille et des enfants. Il s’agit plutôt de cette sorte de victoire sur soi-même. Ce genre de victoire que rien, ni personne, ni le temps, ni les aléas de l’existence ne pourront vous enlever. Cette petite histoire que je viens de vous raconter fait partie de ce peu de choses qui façonnent toute une vie.



lundi 7 décembre 2015

Croire en soi est bien plus important

Petite parenthèse annonce        Page couverture Kindle

* Le 4 décembre fut un grand jour pour moi. Grâce à l'aide précieuse de ma compagne, je peux maintenant annoncer que mon premier roman (essai)publié en version papier en 2002, UN CRI DANS LA DUNE, est maintenant disponible en livre numérique pour seulement 2.66 $ sur amazon kindle. Pour les intéressés, il ne suffit que d'aller sur amazon ca ou fr ou com et inscrire mon nom ou le titre du livre dans la bande de recherche pour en savoir plus long. Merci de me lire et/ou partager avec vos amis. Pour les propriétaires de liseuses ou tablettes, voici un joli cadeau de Noël vraiment à la portée de toutes et tous. Eh oui, il faut bien s'annoncer quelque part et il reste maintenant d'autres romans à venir, car le classeur est plein de manuscrits et il faudra bien un jour offrir aussi les versions papier. « On ne va pas vite, mais on avance quand même ».

 

Et maintenant, la véritable chronique

Ne croyez pas tout ce qu’on vous dit!

Un tel titre peut sembler autoritaire et même prétentieux, mais je vous assure que telle n’est pas mon intention. Ce conseil, je l’ai entendu souvent, particulièrement de la part de mes parents quand j’étais enfant. D’ailleurs, j’aurais dû y accorder plus de crédit, car cela m’aurait probablement épargné bien des déboires, même que ma vie en aurait peut-être été complètement chambardée. Voici donc mon histoire, une histoire que « vous n’êtes pas obligés de croire », mais qui pour moi fut toute une découverte.

L’erreur

Au cours de mes études, j’ai eu le bonheur d’avoir de merveilleux professeurs et institutrices. Hélas! comme en toute chose, il y en a eu quelques moins bons. C’est ainsi qu’un soir, dans un collège, après un fameux test dit « d’intelligence », mon conseiller désigné me fit le résumé suivant : très fort en sciences humaines et pas loin de la débilité mentale pour tout ce qui concerne les mathématiques. Malheureusement, je l’ai cru et deux fois plutôt qu’une. Bien sûr, j’avais des difficultés en ces matières. Je me débrouillais tant bien que mal en géométrie, j’aimais la physique, je détestais la chimie et je me sentais nul en algèbre. Il n’y avait pourtant rien là qui indiquait une désespérance à la mesure de ce fameux test, mais j’ai tellement cru en ce verdict que je me suis mis à éviter tout ce qui pouvait m’approcher des maths. Un autre prof ne m’avait pas beaucoup aidé non plus, puisque comme en classe d’algèbre, je posais souvent les questions que les autres n’osaient poser, la fin des cours se terminait souvent par la remarque suivante du professeur en question : « Qui n’a pas compris… sauf Georges. » Bien sûr à cet âge, personne ne pouvait voir qu’il dormait en moi de la graine de journaliste et ce n’est que 11 années plus tard que le métier de poser des questions allait devenir mon gagne-pain en quelque sorte. À défaut de ne pouvoir vivre avec des réponses, pourquoi ne pas tenter de vivre en posant des questions?

Si la vie eût été si simple, je serais probablement riche aujourd’hui et je serais en mesure d’embaucher une équipe de chevronnés en maths, ne serait-ce que pour m’aider à compter mon argent. Disons que dans l’état actuel des choses, c’est loin d’être mon cas et si cela était, ce serait plutôt une équipe de conseillers en placements dans des paradis fiscaux qu’il me faudrait, surtout avec le système fiscal que l’on connaît aujourd’hui à l’endroit des riches de notre société. Ne dit-on pas à la blague qu’un bon comptable qui se fait demander combien font 7 +3 se doit répondre : « combien voulez-vous que cela fasse? » — plutôt que dire le chiffre 10. Triste, mais c’est ainsi. Alors, il s’est écoulé encore 20 années avant que le métier de poser des questions soit devenu ma manière de vivre. Je devrais dire, de survivre, mais ça, c’est une tout autre histoire. C’est donc au cours de ces 20 années de purgatoire que c’est révélé à moi ce conseil des plus sage : ne croyez pas tout ce qu’on vous dit! Même si cette histoire est vraie…enfin puisque c’est moi qui le dis…

La vraie histoire

livres

Nous sommes le 3 janvier 1997. Je suis devant le chargé de cours du collège Holland à Summerside, I.P.E. précisément à l’ancienne base militaire de l’endroit. Ayant refusé un déplacement dans la fonction publique suite à la fermeture du bureau où je travaillais depuis 7 ans, ce bon gouvernement m’offrait une réorientation de carrière par le biais d’une formation de 2500 heures en technique de réparation et entretien de moteurs d’avion turbo propulsés. Trois années d’études condensées en 18 mois de formation intensive devaient m’ouvrir une nouvelle carrière en un domaine qui me passionnait depuis longtemps. Seulement, voilà! J’étais devant ce directeur qui venait de pousser devant moi six briques traitant uniquement de mathématiques avancées et tenez-vous bien, uniquement en anglais. Puis il ajouta : tous les élèves doivent passer à travers ça en moins de six mois. La suite du cours consistera en pratique appliquée dans l’atelier et sur des unités fonctionnelles. Je me souviens très bien de quelques titres à faire peur sur les gros volumes. « Maths, Algebra, Calculus, Physics, Geometric dimentioning, non destructive testing calculations…etc..etc. » Je l’ai regardé droit dans les yeux et je lui ai dit : «My teachers always told me that I was totally stupid in maths, so excuse me, but I’m going home right now. — mes professeurs m’ont toujours dit que j’étais totalement stupide en maths, alors excusez-moi, mais je m’en retourne de ce pas chez moi. » Puis, la mort dans l’âme, j’ai repoussé les six briques de papier loin de moi et me suis levé pour quitter la pièce.

Capt mémoires 

(Suite et fin la semaine prochaine)