vendredi 5 mai 2017

Souvenirs de 1967 ( dernier texte de cette trilogie )

L’école polyvalente des Îles de la Madeleine (EPIM) – 1966/1967 (3/3)
Les années de tous les espoirs.

Un beau voyage à l’EXPO-67.

Il y a des moments phares dans la vie et cette année-là vécue à la polyvalente des Îles ajoutée à l’évènement Expo-67 constituèrent l’essentiel d’un regard vraiment particulier sur la vie qui semblait tous nous attendre en cette fin d’adolescence.

Pendant que les ailes du DC-3 glissaient au-dessus de la plage du Corfu et laissaient derrière elles les Îles, je sentais déjà qu’un monde bien différent commençait à poindre devant nous tous, les 22 du frère Guy, comme il me plaisait de nous identifier. Remarquez que je n’ai nommé aucun d’entre nous et ce fut volontaire. J’ai eu trop peur d’en oublier quelques-uns ou de donner trop d’importance à l’un plutôt qu’à l’autre. Nous étions tous devant un avenir incertain, à la fois prometteur et quand même un tantinet angoissant. Du moins, c’est ce qu’il me reste de ces pensées, alors que je me laissais griser par le bruit particulier des deux moteurs de cet avion qui demeure encore aujourd’hui, mon préféré de toute l’aviation commerciale de par le monde.

Le vol vers Moncton en fut un de blagues, de chansons grivoises et de fous rires qui n’en finissaient plus. Ce voyage sans bavures fut suivi d’un repas à l’aéroport et un départ en autobus vers Rimouski. Le conducteur avait le pied lourd et en milieu de soirée nous étions déjà hébergés dans un couvent dont je ne me souviens plus le nom. Le lendemain, ce fut l’arrivée à Québec, cette ville dont j’étais tombé amoureux pour une première fois l’année précédente lors d’un échange étudiant. Les deux journées en cette ville furent une occasion de nous perdre dans les rues et rentrer au bercail à pied dans un autre établissement religieux, vers les 4 h du matin, aux grands soulagement de presque tous. Montréal nous accueillit le jour suivant et c’est là que nous nous sommes séparés après quelques visites initiales sur le site de l’Expo. Cet endroit allait devenir pendant plus d’un mois, ma découverte du monde, celui du moment, mais aussi celui d’un avenir qu’on disait rempli d’un millier de possibilités.

Le monde sur deux îles et un terrain de jeux.
Même si la guerre du Vietnam faisait rage et que de jeunes Américains traversaient la frontière pour éviter une conscription obligatoire dans leur pays, l’ensemble des puissances planétaires avaient leur pavillon en « Terre des Hommes », le thème de l’Expo. Guerre froide oblige, le pavillon de l’Union soviétique était sur l’Île Notre-Dame et en face, le pavillon des États-Unis, construit sur l’Île Sainte-Hélène. Tous les deux rivalisaient dans les présentations de leurs avancées technologiques, surtout dans la course vers la conquête de l’espace. Je me souviens aussi qu’on y présentait deux postes de télévision avec écrans couleur dans chaque pavillon respectif. Nous en étions encore au Noir & Blanc dans nos foyers et la critique était unanime à l’époque. L’écran couleur de l’Union soviétique était bien plus brillant et riche que celui des États-Unis. Par contre, « la boule » américaine, la « biosphère d’aujourd’hui », avait bien meilleure mine architecturale que son opposant russe. Ce dernier avait plutôt l’air d’un immense poulailler de verre avec une toiture ressemblant drôlement aux toilettes publiques qui sont actuellement sur le site de La Grave. Le pavillon de l’Angleterre avait l’apparence d’un volcan duquel sortait le Union Jack, celui de l’Allemagne avait des airs d’une immense tente alors que la France avait, de l’avis général, le plus beau pavillon de l’expo, aujourd’hui devenu le casino de Montréal. Québec ressemblait à un rubicube de verre couleur or et le pavillon du Canada était un immense atrium, surmonté d’une pyramide inversée. De mémoire d’époque, personne n’a jamais su expliquer le pourquoi d’une telle construction. Toutefois, le plus important était le contenu de ces pavillons. En deux semaines, j’avais fait le tour du monde et j’en connaissais plus en quelques semaines sur l’état de notre terre qu’en bien des années de cours d’histoire et de géographie sur les bancs d’école. Sur le plan technologique, les pavillons thématiques rivalisaient d’audaces et le pavillon Bell avec son écran circulaire faisait preuve d’une réalisation cinématographique encore actuelle aujourd’hui comme en témoignent les cinémas IMAX de ce monde, même s’il ne s’agit pas d’une technologie comparable. Bell était en avance sur son temps en 1967.

Je suis demeuré un mois chez un oncle qui habitait Verdun. Je demeurais gratuitement dans le sous-sol au plafond de 5 pieds de hauteur alors que je mesurais 5’ 10" et j’y étais heureux. Au pavillon de la Saskatchewan qui avait la forme d’un « teepee » autochtone, une jolie guide unilingue anglophone avait sollicité mon aide comme traducteur bénévole en français. Je lui ai tenu compagnie tous les jours à l’entrée du pavillon, me méritant ainsi mes billets d’autobus gratuits pour rentrer chez moi et aussi quelques billets gratuits pour beaucoup de manèges sur le site de La Ronde. Je me souviens d’ailleurs avoir essayé tous les manèges sans exception, même parfois avec le cœur sur le bout des lèvres, mais pas question de perdre la face devant le joli minois de cette autochtone.

Et c’est ainsi que s’est terminé cet été-là sur le site de l’Expo-67, le cœur léger, la tête remplie de découvertes et de projets. Je suis revenu aux Îles en début d’août et il fallait me préparer pour ce que j’ai appelé plus tard… la vraie vie. La ville de Québec, l’école J.F. Perreault, une chambre avec cuisine partagée entre huit personnes inconnues, un budget à respecter et deux emprunts étudiants pour passer l’année en plus de 80 $/mois venant de mes parents, ce qui devait payer loyer, nourriture, sorties et voyage de retour en fin d’année aux Îles. L’année de la polyvalente me semblait bien loin et pourtant. En 1968/69, de décembre à fin février, alors que j’attendais d’être accepté à l’entraînement de la GRC, on me demanda en catastrophe d’enseigner l’anglais en suppléance même si je n’avais aucune qualification pédagogique. La professeure d’anglais était tombée malade et on ne trouvait personne étant bilingue pour la remplacer. Ce fut une expérience merveilleuse et encore aujourd’hui, certains de mes élèves se rappellent les traductions que je les obligeais à faire de Simon & Garfunkel (The Sound of silence) et (Big blue frog) de Peter Paul & Mary. La récompense était d’en écouter la chanson après traduction, sinon, ils sortaient bredouilles de la classe. Le 5 mars 1969, j’entrais à l’entraînement de la GRC à Regina en Saskatchewan pour en sortir 101 jours plus tard, victime d’un incident cardiaque et en prime, indépendantiste convaincu, mais ça aussi, c’est une tout autre histoire.

Les dangers de l’oubli
Certains auront remarqué que je n’ai cité que des professeurs masculins. La chose s’explique. L’aile B de l’école était réservée aux filles et l’aile D aux garçons alors que très peu de professeurs du genre opposé traversaient… la frontière. Cela n’enlève rien à la valeur de celles-ci. D’ailleurs, nommer quelques-unes de ces enseignantes risque de créer de gros oublis. Cinquante années, c’est loin en mémoire et mes souvenirs me ramènent à des noms, des visages, des rires et des éclats de voix qui n’ont pas de genre. Alors, pour finir, j’ose en citer quelques-unes et quelques-uns quand même. Chantale Naud, Anita Blaquière, Rosaire Vigneault, Claude Vigneau, Théodoric Blaquière, Anne-Marie Deraspe, Louise Trottier, Hector Carbonneau, Mary-Ann Cormier, Denise Carbonneau, le bibliothécaire Frère Forest, toujours pince sans rire et que nous surnommions affectueusement « Greenwood », Francine Arseneau, Roméo Vigneau, Georges Leblanc, Yvette Monier, Patrick Richard et tant d’autres. Pardonnez-moi les oublis s’il vous plaît. Les professeurs de ces années-là formaient toute une équipe dédiée à notre éducation, ceci dit sans enlever quoi que ce soit au corps enseignant d’aujourd’hui. D’ailleurs, ne soyez pas surpris si je dis être convaincu que les enseignantes et enseignants d’aujourd’hui exercent une des professions les plus difficiles au monde et cela, sans toute une reconnaissance qui serait hautement méritée. En ce cinquantième anniversaire de l’existence de la polyvalente des Îles de la Madeleine, nous pouvons dire que les fruits de ce corps d’enseignantes et enseignants a contribué à faire de certains et certaines d’entre nous, des infirmières et infirmiers, des enseignants et enseignantes, des policiers et policières, des avocats et avocates, des chercheurs en laboratoire et même des politiciens et politiciennes dont Mme Denise Leblanc de regrettée mémoire, femme d’action et de convictions, députée des Îles de la Madeleine et ministre à l’Assemblée nationale du Québec. Certains et certaines sont tombés en chemin et c’est une des dures leçons de la vie. Je m’en voudrais d’oublier mon opposant à la présidence des étudiants de cette première année à la polyvalente, le regretté monsieur Roger Vigneau, un étudiant exceptionnel, dynamique et doté d’une flamboyante personnalité en plus d’être un sportif accompli. Salut le « bassigné ». Et « salut, salut » M. Jean Lapierre, plus jeune que nous d’une décennie, mais issu de ce même corps professoral et tragiquement disparu le 29 mars 2016. Alors, comment dire pour terminer ce troisième et dernier volet sur le demi-siècle de cette école sinon que : « Merci à vous toutes et tous, professeurs et professeures, membre du personnel de direction, de l’entretiens et du support adjacent à tout ce qui a contribué à faire de nous, des hommes et des femmes dignes de ce nom. Million de fois… MERCI!



Georges Gaudet

mardi 25 avril 2017

Bouteilles vides et Expo-67

L’école polyvalente des Îles de la Madeleine (EPIM) – 1966/1967 (2/3)
Les années de tous les espoirs où


Comment 22 gars et leur prof se sont payé un voyage à l’EXPO-67

C’est au cours d’une de ces pauses en cours d’algèbre que Frère Guy nous proposa un projet bien modeste. Depuis quelques années, les compagnies de bière ne consignaient plus les bouteilles pour les Îles de la Madeleine à cause des coûts du transport. Résultat : les fossés regorgeaient de bouteilles vides et lors des journées ensoleillées, les routes avaient l’air recouvertes de diamants alors qu’il ne s’agissait que de verre écrasé, soit un véritable désastre pour l’environnement. De là, surgit l’idée de ramasser des bouteilles vides pendant les jours de congé dans le but de faire pression sur les compagnies de bière afin de se payer en fin d’année, chacun un veston marine avec plastron de l’ÉPIM, cravate bourgogne, chemise blanche et pantalons gris pour toute la classe. Ainsi, le projet fut mis en œuvre avec l’aide du camion de la polyvalente et la bienveillante collaboration du conducteur, « les moulins à coudre Singer », M. Gérard Cormier. D’ailleurs, cet homme jovial et toujours de bonne volonté fut une grande perte pour tout le personnel et les élèves de la polyvalente. Et c’est ainsi que cela ne prit que deux week-ends pour nous rendre compte que le produit n’était pas récupérable le long des routes. Nous nous sommes donc mis à frapper aux portes des maisons et à notre grande surprise, bien des gens ramassaient leurs bouteilles dans leurs caisses initiales, souvent bien rangées dans le sous-sol, la remise ou le garage. En peu de temps, notre cueillette dépassa toutes nos espérances, mais les gens voulaient au moins un petit pécule pour leur avoir. Nous avons alors expliqué notre projet et promis 10 ¢/caisse si nous trouvions acheteur. Frère Guy ouvrit alors un livre comptable. Cela ne nous coûterait rien si nous ne trouvions pas d’acheteurs. En même temps, une lettre de sollicitation fut envoyée avec explications de notre projet à O’Keefe, Molson et Labatt. Bien que les réponses tardèrent à venir, la quantité de caisses de bière vides qu’on nous offrait nous subjugua. Bien des gens ne nous croient pas encore, mais entre mars et début juin 1966, notre classe de 22 gars en plus de notre professeur avons amassé 42,000 caisses de bouteilles de bière vides.

De la logistique    

Toutes les fins de semaine, nous avons ratissé toutes les paroisses des Îles en nous divisant le territoire par secteurs proches ne nos maisons respectives. C’était l’année où j’avais obtenu mon permis de conduire et j’ai ruiné la suspension du vieux Chevrolet Biscayne 6 cylindres 4 portes de mon père et heureusement sans qu’il m’en coûte un sou. À cela s’ajoutait les sorties en soirées des vendredis et samedis, tant et si bien que le dimanche avant la messe, mon père mettait la main sur le capot de sa voiture et disait souvent : « c’est comme un diesel, le moteur est encore chaud ». Afin de prendre le volant le plus souvent possible, je m’étais fait assigner tout le secteur de Grande-Entrée en plus de Havre-aux-Maisons. Chacun faisait sa part comme il le pouvait et avec l’aide des parents dans la plupart des cas. Dans la grange chez moi, j’ai amassé 1400 caisses de bière en peu de temps et d’autres en ont fait autant. Même que je me souviens combien on peut mettre de caisses de bière vides dans une Chevrolet de cette époque. En retirant le cric, le pneu de secours et en chargeant le siège avant tout en laissant juste assez d’espace pour tenir le volant, j’ai fait 4 voyages à Grande-Entrée en emportant 105 caisses chaque fois. À cette époque, l’asphalte n’existait plus juste après la Pointe-aux-Loups et toujours maniaque de l’aviation comme je l’étais, je me faisais plaisir en accélérant jusque 60 mph (100 km/h) sur l’asphalte pour m’imaginer atterrir dans un fracas de gravier à cette vitesse sans jamais perdre le contrôle. C’est là que les « ball joints » de la voiture de mon père ont pris l’bord. Et puis, la compagnie Molson a répondu à notre appel. On nous offrait 35 ¢ la caisse en plus du transport payé via CTMA, mais ils ne savaient pas encore que nous avions amassé 42,000 caisses, dont une pleine que nous avons partagée entre les 22 débardeurs que nous sommes devenus pendant deux fins de semaine.

Un projet plus grand que nature
Les autorités gouvernementales venaient d’offrir aux élèves de la polyvalente, un voyage tous frais payé par avion pour une durée de deux jours sur le site de l’Expo67. L’idée était alléchante, mais notre classe a décliné l’invitation. Nous avions trop travaillé et nous voulions vivre une expérience différente. Entre-temps, la compagnie Molson nous a fait parvenir un chèque de 14,700 $ et c’est ainsi que nous avons décidé d’un commun accord de faire différemment. D’abord, 4,200 $ furent distribués aux gens qui nous avaient fourni tant de caisses et il nous restait alors 10,500. $ pour planifier le reste du voyage. Pour nous, il n’était pas question de faire un aller-retour en si peu de temps, mais de visiter en chemin et comme disait le Frère Guy, enrichir notre culture, même avant d’arriver sur le site de l’Expo67. 
Nous avons donc nolisé le DC-3 d’Air-Gaspé, un avion de 23 passagers qui devait nous amener des Îles jusque Moncton au Nouveau-Brunswick, puis un autocar de SMT (Service Maritime Transport) de Moncton jusque Rimouski et ensuite, l’autocar Voyageur jusque Montréal avec un arrêt de deux jours à Québec. Pour le retour, il fut convenu que chacun s’en revenait quand il le voulait et selon ses propres moyens puisqu’il nous restait à chacun la jolie somme de 320 $.

Il restait les examens du ministère
Tout était planifié sauf que nous avions tous un peu triché sur le temps consacré à l’algèbre, une matière dont j’étais trop heureux de m’en passer personnellement. Frère Guy eut alors l’idée de nous donner trois fins de semaine entières, exclusivement consacrées à l’étude de l’algèbre, soit de 9 h à 16 h, tant le samedi que le dimanche. Aussi, avons-nous dû charger à bout de bras sur des palettes de bois, 21,000 caisses de bière vides à deux reprises à bord du CTMA MADELEINE (aujourd’hui, appelé le petit madeleine par les anciens employés de CTMA). Inutile de dire que voyant les examens du ministère approcher, l’examen d’algèbre nous faisait un peu peur, mais malgré un bourrage de crâne évident en tout dernier recours, toute la classe a réussi l’examen. Une fois le party de fin d’année consumé, il nous restait à convaincre nos parents de notre planification de voyage et notre intention de retour selon ce qui était convenu avec eux. Et c’est ainsi qu’un jour de fin juin 1967, un avion atterrissait sur la piste de Havre-aux-Maisons pour prendre à son bord de façon exclusive, 22 gars et leur professeur, direction Moncton, NB. Pour un temps, c’était notre avion, notre voyage et surtout, notre projet que se réalisait. Les adieux étaient faits à cette polyvalente qui nous avait tant apporté en cette année exceptionnelle et il s’ouvrait devant nous, tout un monde… où tous les rêves étaient permis.

*Dans la prochaine et dernière chronique (3/3), un beau voyage et l’Expo67.


Georges Gaudet


lundi 17 avril 2017

Pâques, une fête religieuse quand même!

* Pour des raisons de chronologie avec d'autres participants au 50e de l'école polyvalente des Îles, la seconde chronique d'une trilogie sur le sujet sera publiée un peu plus tard au cours des semaines à venir. Voici donc pour cette semaine une réflexion sur la fête de Pâques. Bonne lecture à toutes et à tous. GG


Pâques, l’espoir face à la désolation

Je ne suis pas ce qu’on peut appeler « un bon chrétien », même que selon les cannons de l’Église catholique, je serais probablement qualifié de délinquant, sinon pire. Je suis loin d’aller à la messe tous les dimanches, je suis divorcé et le genre de confession que je respecte le plus tient en un dialogue personnel avec celui que j’appelle Dieu. Et puis quand j’en suis gêné, je dialogue alors avec celui que j’appelle mon chum… Jésus. Pourtant, cela ne m’a pas empêché d’assister volontairement à la messe de Pâques hier. J’avais besoin de faire une pause, de réfléchir et comme toujours, poser des questions. Je n’y peux rien, c’est ma nature et puis tant pis si Dieu n’aime pas ça. Il n’a qu’à s’en prendre à lui-même, c’est lui qui m’a créé m’a-t-on enseigné.

C’est que des fois, je me demande s’il dort au gaz, ce Dieu. Autant je tiens à le remercier de vivre dans un lieu terrestre bien acceptable malgré les tordus qui nous gouvernent, autant je me demande pourquoi tant de gens souffrent, apparemment sans raison valable, sinon qu’ils sont nés au mauvais moment, à la mauvaise place. On dit que le grand Jacques Brel répondait à ceux qui lui demandaient comment il allait, la réponse suivante : « Bah! J’ai mal aux autres! » Au cours de la semaine, je suis vraiment tombé par hasard sur une vidéo d’une véritable exécution humaine en plein territoire de guerre. J’ai déjà vu la mort de près et j’ai vu mourir. Dans les deux cas, malgré la tristesse ou la peur, j’ai éprouvé une certaine paix intérieure difficile à expliquer. Mais là, devant mon écran, ce fut tout à fait le contraire. On dit que le mal existe et je le crois, mais comme je suis plutôt visuel qu’auditif, là je l’ai vraiment vu de mes yeux et oui, le mal existe vraiment. J’ai vraiment eu « mal aux autres. » Voilà ce qui m’a amené à l’église hier matin plutôt que la répétition annuelle de la messe de Pâques. Le monde dans lequel nous vivons est bien beau sous certains angles. La nature, les couleurs, la vie qui l’anime, ces animaux, ces forêts, ces mers, ces cieux ensoleillés ou grandioses de nuages, ces montagnes majestueuses, enfin, tous ces tableaux sont d’une beauté forçant l’admiration, la méditation, la contemplation. Toutefois, personne ne peut nier que pour que cette vie existe, il y a la mort. Cette mort qu’on dit que Jésus a vaincue. Le gros poisson mange le petit, la vache mange l’herbe, les insectes se nourrissent des forêts et se mangent entre eux, le lion bouffe la gazelle et ainsi de suite. L’homme, quant à lui, a développé les systèmes les plus sophistiqués et efficaces pour détruire ses semblables, tant par les instruments de torture et de destruction qu’il a créés, que par la justification de quelconques croyances qui proclament la mort comme solution à tout ce qui ne lui ressemble pas dans sa culture ou ses croyances. Il se croit maître de l’univers, alors qu’à 12,000 pieds (3650m) d’altitude, il est déjà en milieu si hostile que sans une réserve d’oxygène à sa portée, il meurt en moins de deux minutes. Dans les faits, il vit sous une couche si mince de vie que par comparaison, la fourmi vivant sous une planche pourrie doit voir son univers à elle bien plus vaste que celui de l’homme. En somme, l’homme n’est rien malgré toute sa prétention. Et si c’était justement cela que Jésus est venu nous dire. « Vous n’êtes rien ici-bas, mais suivez mes conseils, la vraie vie qui commence ici, elle peut se continuer ailleurs. Mais pour cela, il faut croire en la pérennité de mon message : “Aimez-vous les uns les autres”… ce qui selon ma compréhension revient à dire, cessez donc de vous entretuer.

Une église en difficultés 
Cette Église universelle que j’ai aimée, qui m’a aussi fait souffrir, je la vois se désintégrer avec tristesse. Quand on remet en question quelque chose, il faut avoir l’honnêteté intellectuelle de tout remettre en question, mais non de tout détruire avant de l’avoir analysé. Malheureusement, deux courants diamétralement opposés semblent se dessiner au sein de la chrétienté actuelle et j’ai peur que cette chrétienté soit reléguée au rang d’une multitude de croyances ou de non-croyances, chapeautées par la toute-puissance d’une religion préconisant la mort de tout ce qui ne lui ressemble pas. D’ailleurs, l’Église chrétienne n’a-t-elle pas fait la même chose par le passé, il y a plus de 6 siècles de cela? Et elle en paye le prix encore aujourd’hui.

J’aime le Pape François et j’aime son approche. On dit qu’il est en grave danger. On dit qu’il serait la cible par excellence de Daesh, que le gouvernement des USA s’en laverait les mains parce qu’il est en porte-à-faux avec le nouveau président de ce pays. On dit que son discours sur la redistribution des richesses, sur l’écologie, sur les voleurs de Wall Street, sur la position des femmes dans l’Église, sur la vente d’armes, sur le célibat des prêtres, sur les homosexuels, sur les assassinats de milliers de gens, particulièrement des civils et des enfants dans les pays en guerre, en indisposerait plus d’un au sein même du Vatican. On dit qu’on craint même pour sa vie à l’intérieur des murs de Rome. On dit même qu’une rumeur circule à l’effet qu’en Argentine, il serait le père d’un enfant… et puis après? Comme le diraient d’autres; “So what?” Un peu d’humanité dans ce cercle d’hommes en soutanes serait comme une fraîcheur entrant par les fenêtres un jour de printemps il me semble.

Ce matin, devant les portes de l’église, je me suis arrêté. Je me suis demandé si j’avais le droit d’y entrer, surtout avec tous ces interdits qui existent encore au sein de cette institution. Et puis je me suis dit que Jésus acceptait tout le monde et que dans la culture de son époque, il est même allé jusqu’à défendre une femme qu’on voulait lapider. Essayez ça encore aujourd’hui en Iran, au Yémen, en Irak ou en Arabie Saoudite et vous m’en direz des nouvelles, si toutefois vous vivez assez longtemps pour en parler. Aussi, je suis allé communier, n’en déplaise à certaines âmes au jugement sévère et vous savez pourquoi? Parce que Jésus, je ne crois pas qu’il soit venu pour les ventres pleins, mais pour ceux et celles qui ont faim. Et au plus profond de ma croyance, je crois bien que c’est aussi ce que le Pape François pense, même s’il est entouré de trop de gens qui ont plus à cœur leur statut de dignitaires de l’Église que le sort de l’humanité. J‘espère seulement que lui au moins, on ne le crucifiera pas!

Voilà! C’est mon cadeau de Pâques à tous mes amis sur mon blogue et sur FB. Certains ne seront pas contents, mais que voulez-vous, on ne peut contenter tout le monde. Joyeuses Pâques à tous, tout au long de l’année quand même. Que l’espérance soit le moteur de votre pensée au sein d’une humanité qui cherche encore son véritable chemin.


À la prochaine chronique.