dimanche 30 juin 2013

Un nouveau né en littérature

Une invitation

Terminal1Lundi le 8 juillet, lors d’un 5 à 7 au nouveau Terminal croisières sur le quai de Cap-aux-Meules, Dominique Damien et moi-même invitons toute la population des Îles au lancement de notre roman «UN CADAVRE DANS LE CHALUT» publié aux Éditions AZÉLIE.

Nouvelle couverture (titre) mars 2013* Alors que le calme règne depuis longtemps aux Îles-de-la-Madeleine, Charles Dubreuil, pêcheur professionnel, remonte dans sa drague à pétoncles quelque chose qui ressemble à un corps. La chef de police, Alice Grandmaison, est appelée au quai de Havre-Aubert afin de déterminer s’il y a matière à enquête. Quelle ne fut pas sa surprise de voir déjà sur les lieux, le journaliste Robert Jomphe en pleine discussion avec le capitaine du bateau!

Ces deux personnages qui se haïssent autant qu’ils se supportent se lancent dans une enquête parallèle afin de résoudre cette affaire.

Plusieurs questions se posent. Comment une personne s’est-elle retrouvée dans une drague à pétoncles? D’où venait-elle? Quel pourrait être le mobile de ce meurtre? Et surtout, pourquoi aux Îles-de-la-Madeleine?

Ce roman policier tiendra en haleine les lectrices et lecteurs tout au long de ses pages. Plein de découvertes, d’enquêtes, de révélations et de rebondissements, les auteurs ont créé une histoire fictive que les amoureux de romans d’aventures apprécieront avec délices, le tout campé dans le décor unique des Îles de la Madeleine.

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Les auteurs: Dominique Damien et Georges Gaudet

Logo des Éditions AzélieLogo des Éditions Azélie

L’aboutissement d’un rêve

Je devrais dire, l’aboutissement de deux rêves, puisqu’il s’agit à la fois du lancement d’une entreprise qu’on appelle une maison d’édition et le lancement d’un premier roman issu de cette même maison d’édition.

Cela faisait deux années qu’on y travaillait ma compagne et moi. D'abord, rédiger un manuscrit où l’action se passe aux Îles et bien sûr, choisir le sujet d’abord et ensuite, le contenu. À cela, nous y avons ajouté quelques difficultés supplémentaires. Nous avons écrit un roman policier, ce qui implique une intrigue, puis un mobile criminel, un processus d’enquête et finalement une conclusion. Si je dis nous, c’est parce qu’en plus des difficultés inhérentes à la rédaction d’un manuscrit, nous avons choisi de le rédiger ensemble, c'est-à-dire ordinateur contre ordinateur, dans chacun notre personnage respectif et sans objectif précis sauf les grandes lignes d’une idée maîtresse. C’est ainsi que pendant deux années, nous avons plongé dans l’univers de personnages complètement différents de nos vies réelles et que nous avons réalisé ce que nous appelons un roman à quatre mains. Parfois ensemble ou séparément, nos deux personnages principaux se sont rencontrés, parfois affrontés et même querellés sur le parcours difficile des relations humaines et des obligations professionnelles. Quant à l’action toujours présente dans cet univers totalement fictif, nous l’avons souhaitée constamment omniprésente, captivante et surtout intéressante. Maintenir le rythme d’une rédaction solitaire est déjà tout un défi, imaginez celui d’en faire autant à deux cerveaux et quatre mains. Enfin, le jour est arrivé où un manuscrit de plusieurs centaines de pages est devenu je dirais presque, notre bébé. Aujourd’hui, il est devenu un roman policier de 308 pages portant le titre de «UN CADAVRE DANS LE CHALUT ».

Le deuxième rêve

Tout aussi important que le premier, c’était celui de fonder notre propre entreprise d’édition. Oh rien de grandiose, mais une maison d’édition qui allait nous ressembler, c'est-à-dire à visage humain et sans prétention. Mis à part l’idée qu’on est jamais si bien servi que par soi-même, notre réalisme nous a forcés à travailler très fort sur les orientations générales de cette nouvelle maison d’édition, ceci mit à part toutes les obligations comptables et d’assimilation de logiciels d’édition que cela pouvait impliquer. Enfin, cette maison d’édition s’appelle maintenant «LES ÉDITIONS AZÉLIE». Pourquoi Azélie? –parce qu’il s’agit d’une femme qui a réellement vécue il y a cinq générations de ça, ici aux Îles de la Madeleine. Il s’agit d’une arrière-arrière grand-mère maternelle, qui comme beaucoup de femmes de son époque, aurait mérité un sort bien différent que celui que la société de son temps lui a fait. En relevant son nom, nous souhaitons du même coup que son âme féminine et douce transpire dans nos objectifs de jeune entreprise tout autant qu’auprès des imprimeurs avec lesquels nous devrons négocier après chaque manuscrit. Avec les mois, peut-être les années, nous souhaitons pouvoir partager nos expériences acquises et aider des jeunes de tout âge à réaliser leurs rêves d’écriture, que ce soit en petits tirages ou dans des perspectives en accord avec l’évolution d’un monde littéraire actuellement en grande mutation.

Quand des auteurs écrivent un roman policier, ils doivent camper leurs personnages dans des lieux bien choisis. Comme nous souhaitions que l’action se déroule aux Îles de la Madeleine, nous avons identifiés des endroits publics incontournables et cela nous a attiré par la suite, sans que nous les ayons sollicités à l’avance, une généreuse participation de bienfaiteurs que nous tenons à remercier chaleureusement. En voici les noms: Le Barbocheux, CTMA, Les fleurs d’Emmanuelle, GEMINI, Gestions P.Chevarie Inc. (Tim Hortons – Subway – A&W), l’hebdomadaire LE RADAR et CFIM qui, avec confiance, nous ont permis de réaliser ce rêve de publication.

Au plaisir de vous rencontrer toutes et tous, lectrices et lecteurs, le 8 juillet prochain au Terminal Croisières.

GG et DD

dimanche 23 juin 2013

Une histoire de bateaux

L’été est maintenant là, même si parfois dame nature nous fait douter que ce soit vrai. Quoi qu'il en soit, j’ai décidé cette semaine de partager avec vous quelques histoires de bateaux, le tout agrémenté de photos.
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Photo: Georges Gaudet

Les promeneurs sur le quai de Cap-aux-Meules l’auront certainement remarqué. Ce beau trois-mâts était amarré au quai des pétroliers au cours de la semaine passée. Il s’agissait du Rara Avis, un dériveur, oui, oui, un dériveur avec quilles amovibles, entièrement construit en acier, maintenant propriété en France de l’AJD (l’Aumônerie de la Jeunesse Délinquante), un organisme dont le fondateur est le Père Jésuite, Michel Jaouen.
Le Rara Avis est un voilier trois mâts en acier, d’une longueur de 38 m (125 pieds) construit en 1957 comme yacht personnel et donné à l’AJD en 1974. Il fut entièrement rénové entre 1999 et 2002. Manœuvré par un équipage permanent de 9 personnes, il peut prendre à son bord en plus de l’équipage régulier, 28 personnes qu’on appelle stagiaires et non passagers, car ces derniers font partie de la bonne marche du navire. Le Rara est le dernier ajout majeur de la flotte de l’AJD, cet organisme qui compte huit autres bateaux, tous donnés à cette institution. Il faut cependant noter que ces dons sont habituellement des unités plus petites et nécessitant des réparations majeures, mais toutefois réalisables. Dans les faits, toute la flottille de l’AJD va de la baleinière jusqu’aux deux porte-étendards, soit le Bel Espoir et le Rara Avis.
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Photo: Georges Gaudet

Le drapeau breton flotte fièrement au-dessus du drapeau français, signe évident de la fierté bretonne qui se manifeste jusqu’en haut des mâts de ce beau navire.

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Photo: Georges Gaudet

La garde-robe de voiles est plutôt impressionnante. Ici, uniquement à l’avant, un foc bômé, un génois et une trinquette.
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Photo: Georges Gaudet

Malgré sa coque métallique, le Rara Avis est tout de boiseries à partir de son pont supérieur et tout l’intérieur des cabines. J’ai eu le privilège de visiter ce bateau et pour qui aime plonger dans l’histoire de la navigation à voile, l’atmosphère y est comme dans un film, mais en mieux. L’odeur du bois, du vernis, des cordages, de la cantine, même celle de la présence humaine y sont toutes omniprésentes. Cela sent la vie maritime à plein nez et non pas le grand luxe de ces hôtels flottants avec balcons et vue sur la mer à quelque 10 étages de haut et plus encore. Ici, le luxe est la camaraderie et son ingrédient majeur s’appelle aventure et défi.
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Le Rara Avis (Photo: Site internet: www.belespoir.com)

 Bel Espoir

Le Bel Espoir (Photo: Site internet: www.belespoir.com) 

Le Bel Espoir tout comme le Rara Avis est aussi un trois-mâts qui a passé plusieurs séjours aux Îles au cours des dernières années. Il est d’ailleurs le premier navire majeur de la flotte du Père Jaouen. Entièrement construit en bois, il prit naissance dans un chantier du Danemark en 1944 dans le but d’en faire un transporteur de bétail. Donné à l’AJD en 1968, il fit l’objet d’une complète restauration en 1993. Sensiblement de la même grandeur que le Rara Avis, soit 38,5 m, il s’agit toutefois d’un voilier à quille profonde qui tout comme son confrère des mers, navigue avec un équipage permanent de 9 membres et 27 stagiaires.
Mais qui est le Père Michel Jaouen
Il est né à Ouessant en 1920 et a grandi à Kerlouan dans le Finistère. Fils de médecin, il entre chez les Jésuites à 19 ans et pendant la guerre, il tente de fuir en Angleterre par la mer, mais n’y parvient pas à cause d’une panne de moteur. Ordonné prêtre en 1951, il devient aumônier à Fresnes et plus tard, construit le Foyer des Épinettes à Paris, pour accueillir ceux qui sortent de prison. Convaincu que c’est avec le mélange des gens que l’intégration sociale devient possible, son cheminement l’amène à créer l’AJD, l’Aumônerie de la jeunesse délinquante. Cela l’amène à naviguer sur le Bel Espoir avec ceux qui sortent de prison et des délinquants enrôlés en équipage. Là bas, sur l’océan, tous doivent être solidaires, car autrement, c’est la possibilité de finir sa vie dans la flotte. Détestant les ghettos et les vases clos, ce jésuite ouvre les horizons à une quantité de gens qui ont formé des couples, des familles et appris un métier qui les fait vivre.
Aujourd’hui, point besoin de sortir de prison pour naviguer sur les bateaux du Père Jaouen. Une lettre de motivation est ce qu’il y a de plus important et un déboursé pour le genre de croisière souhaité suffisent quand il reste de la place à bord. L’œuvre de Jaouen demeure, mais elle est ouverte à tous, comme l’a toujours souhaité son fondateur. «Le mélange, le mélange, j’te dirais qu’il n’y a que ça qui marche » dit ce jésuite qui a fêté ses 60 ans de prêtrise et aimerait compter les couples qui se sont formés à son bord, mais n’y parvient toujours pas. On le dit de stature d’athlète et d’apparence de prince ou de clochard, dépendamment du moment. Et qui paraît qu’il n’a aucun besoin de micro pour se faire entendre, même en pleine tempête.
Au-delà de l’image d’un personnage plus grand que nature, l’école du Père Jaouen forme des jeunes à différentes disciplines qui n’ont rien de cours faciles. En voici quelques exemples. Mécanique marine, matériaux composites, menuiserie et agencement, charpente, soudure, chaudronnerie, électricité, voilerie de même que formation maritime OCQM, mécanicien 750 Kwa, brevet capitaine 200 voile, certificat d’initiation nautique et certificat d’initiation pêche. Décidément, si toutes les communautés maritimes avaient un Père Jaouen dans leur «bord de côtes», les quais seraient probablement trop petits pour accueillir toute la flotte maritime madelinienne et probablement la québécoise incluse.
Une autre mise en chantier
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Photo: Dominique Damien

Tout comme une véritable mise en chantier. Le carénage commence.
Celle-là, elle tient plus de la passion pour le modélisme maritime que de la formation en mer. Les Îles de la Madeleine sont pour qui y habite depuis la naissance, un peu comme un navire ancré au large de la grande terre. Est-ce pour cela que les bateaux font partie de l’univers de la plupart d’entre nous? Probablement! Toujours est-il qu’une grande opération de carénage fut entreprise dans mon domicile afin de remettre en beauté deux jolies goélettes de 6 pieds de long chacune et qui, je le souhaite, feront les délices des amateurs de voile et d’histoire de la navigation autour des Îles au cours des derniers siècles. Ces deux maquettes, bâties par mon père à l’âge de 79 et 82 ans, seront désormais pour une période indéterminée, exposées dans le grand hall du terminal croisières situé dans l’ancien hangar sur le quai de Cap-aux-Meules. Il s’agit d’une réplique de mémoire de la « Sarah Pauline » construite en 1924 à Tancook, NE et enregistrée à Canso dans la même province. Cette goélette mesurait 60 pieds et déplaçait 37 tonneaux. Propriété de Percy Atkinson, elle coula entre les Îles et Souris en 1934 sans qu’il y ait perte de vie, alors qu’elle venait des Îles avec une livraison de marchandises destinées à Souris.
L’autre maquette est la « Grace L MacKinnon » construite à Ingonish Ferry, toujours en NE, enregistrée à Sydney, dans la même province. Elle fut la propriété de mon père de 1948 à 1952 alors qu’avec ses frères, il fit la pêche, mais surtout du cabotage entre les Îles et les maritimes, transportant du bois, du vieux fer, des pommes de terre et tout ce qui était nécessaire au commerce sur les Îles à cette époque. Cette goélette mesurait 56 pieds et déplaçait 29 tonneaux.
Témoins d’une autre époque comme bien d’autres goélettes qui furent plus célèbres dans le transport des marchandises entre les Îles et les maritimes, ce fut pour l’auteur de cette chronique, comme un plongeon dans le passé alors qu’il entreprit de refaire la mise à niveau de ces deux rappels d’un passé pas si lointain que les générations actuelles devraient connaître.

GG




















samedi 15 juin 2013

À mon père en cette Fête des Pères.

Bonne fête papa

En cette fête des Pères, je veux te rendre hommage pour tout ce que tu as été pour moi tout au long de ma vie.

D’abord, je tiens à le rappeler à tous les lecteurs de ce blogue. Comme beaucoup d’enfants qui ont eu le privilège d’avoir connu un bon père, tu as été mon héros tout au long de mon enfance, mon guide et mon protecteur, même après que j’eus quitté le nid familial.

Montage cadre MM papamédailles 1

Vétéran de guerre, marin de la marine marchande, j’ai été fier d’aller chercher ces médailles que tu avais tant méritées.

sur MacKinnonPapa-toileLes bateaux étaient ton univers et presque jusqu’à ton dernier souffle, tu as bâti des goélettes, des navires que tu trouvais beaux et presque invincibles si mené par de bons marins. La goélette que tu as eue aura été la plus belle partie de ta vie de capitaine, malgré les énormes difficultés financières qu’elle t’aura apportées.

Premier voilierTu m’as appris la passion de la voile avec ce premier voilier, bâti à partir d’un vieux bateau hors-bord sur lequel tu avais ajouté une quille longue, un gouvernail artisanal, un mât pris d’un arbre dans le bois de la montagne, des haubans faits de corde à linge et des voiles faites de sacs de farine que maman avait patiemment cousus.

doris et moiTu m’as enseigné la connaissance des qualités marines du doris, ce concept d’embarcation si simple et si efficace en mer.

papa & g 3  papa & g 10Tu n’as jamais cessé de naviguer dans ta tête, même à un âge où tu ne le pouvais plus physiquement.

papa 1S’il existe un paradis quelque part en cet univers, je sais que tu y es. Les bateaux y sont beaux, racés, les voiles sont blanches, les étraves sont fines, le vent se fait complice et un merveilleux et beau capitaine en tient la barre. Et ce capitaine, c’est toi, mon père, mon héros.

Bonne fête papa. Je t’aime.

dimanche 9 juin 2013

Les Éditions Azélie

Logo original

Notre logo, création: Georges Gaudet

C’est le nom de notre toute nouvelle maison d’édition.
Le monde de l’écriture et particulièrement celui de la publication d’œuvres littéraires, qu’elles soient populaires ou spécialisées, est en pleine mutation. Des livres numériques, des entreprises virtuelles de marketing, des librairies et bibliothèques accessibles à tous, poussent comme autant de jardins colorés et différents dans un monde nouveau de créateurs, de lecteurs et de diffuseurs. Il fut un temps où la possibilité d’être publié pour un auteur ne dépendait pas uniquement de son talent. Cette possibilité d’être publié dépendait surtout des contacts entretenus avec certains éditeurs connus ou plus encore, du niveau de popularité médiatique capable d’assurer une rentabilité parfois éphémère, mais assurée et immédiate. Heureusement, ce temps est révolu. Voilà pourquoi, Dominique et moi avons fondé tout récemment notre propre maison d’édition. Nous croyons sincèrement que pour tous les bons auteurs, le temps est venu où la perspective de publier ne sera plus un rêve, mais une possible réalité en devenir. C’est avec cette conviction que nous publierons tout prochainement un premier roman écrit à quatre mains, en coauteurs, sous le titre « Un cadavre dans le chalut » et sous le nom de notre toute nouvelle maison d’édition, Les Éditions Azélie.
Une vision d’avenir
Dominique a déjà trois romans policiers publiés en d’autres maisons d’édition et trois manuscrits en dormance qui n’attendent qu’un petit peaufinage avant publication. Quant à moi, l’auteur de ce blogue, j’ai en attente la réédition d’une nouvelle publiée en 2002 en plus d’une carrière professionnelle comme journaliste et chroniqueur. Va pour les présentations, là n’est pas le but de cet écrit. Au cours des mois, peut-être des années à venir, nous avons la ferme intention de publier d’autres titres, mais pas nécessairement d’un seul style. Qui plus est, nous offrirons notre expertise et notre expérience à d’autres auteurs potentiels qui voudront bien faire équipe avec nous afin de publier dans ce qui deviendra, nous l’espérons, les collections des Éditions Azélie.
Qui était Azélie?
Azélie, que tous appelaient Zélia, était une toute jeune fille d’à peine 16 ans qui habitait Havre-aux-Maisons, il y a de cela presque deux siècles. Un jour, alors que je voulus en savoir plus long sur la raison pourquoi ma grand-mère maternelle fermait toutes les portes et fenêtres de sa maison chaque fois qu’elle entendait le mot « Américains », je me rendis chez le meilleur conteur connu de notre village. Quelle ne fut pas ma surprise quand il me montra une collection originale de tous les registres paroissiaux et une collection des procès-verbaux des commissaires d’école de cette époque. PC160010Il faut préciser ici que du temps d’Azélie, les goélettes américaines faisaient la pluie et le beau temps autour des Îles de la Madeleine, bénéficiant d’une permission de pêche partout dans le golfe Saint-Laurent de par le traité de Versailles signé en France en 1783. Évidemment, dans la réalité de tous les jours, quand plus d’une centaine de goélettes ancraient dans la baie de Plaisance chaque printemps pour y acheter hareng et victuailles des pêcheurs côtiers et marchands de la place, cela donnait lieu à certaines libations portant à conséquences graves. Disons qu’en résumé, le dieu Bacchus s’en mettait parfois plein le cerveau de spiritueux.
C’est ainsi que je lus un texte du curé d’alors où il y avait écrit que la pauvre Azélie « s’était fait prendre » derrière les buttes de la Pointe-Basse par un marin de passage.» Point besoin d’être un historien pour comprendre que dans le langage de l’époque, cela voulait dire qu’elle s’était fait violer. Par la suite, la pauvre Azélie mit au monde un garçon, baptisé du nom de Jean et qualifié au registre de baptême de « bâtard ». Évidemment, avec une telle tare du ciel sur la tête, le fils Jean, que tous appelaient « le grand Jean » eût bien de la misère a trouver épouse, même si de l’avis du curé, il était un des plus beaux hommes et des plus forts de la paroisse. C’est d’ailleurs pour l’empêcher de commettre le grave péché d’impureté que ce même curé usa de son influence pour forcer la main des parents d’une amoureuse afin que ces deux jeunes convolent en justes noces. Pour le curé, c’était une histoire close, mais hélas, certainement pas pour la pauvre Azélie. Quand elle mourut, le curé a écrit dans le registre paroissial : « Et pour expier son péché, elle ne se maria point et porta le noir toute sa vie. »
Plus tard, le grand Jean eût des enfants et c’est ainsi que j’appris qu’il était mon arrière-grand-père maternel, le père de ma grand-mère, celle qui fermait toutes les fenêtres de sa maison en répétant tout bas comme une prière : « Mon Dieu, les (Amaritchiens). »
Voilà pourquoi nous avons convenu Dominique et moi d’appeler notre maison d’édition, les Éditions Azélie. En ce simple geste, nous espérons que cette pauvre victime que fut mon arrière-arrière grand-mère repose en paix et qu’elle ait, de façon posthume, toute la reconnaissance et le respect qu’elle aurait dû avoir de son vivant.
Georges Gaudet








vendredi 24 mai 2013

Petite histoire méconnue d’un naufrage

Louis d’Amour, premier officier sur le ZENOBVIA

GE-3 bateaux blogIl est beau le havre de Grande-Entrée. Quand les bateaux de pêche modernes s’élancent vers son entrée, peu de leurs capitaines savent qu’à quelques milles nautiques au sud de leur position, repose enfouie dans le sable, la coque d’un navire dont un des membres d’équipage fut à l’origine d’un nom de famille bien connu dans ce village, les D’Amour.

En effet, le long de la Dune-du-Sud, à environ six milles nautiques à l’est de l’île Shag, une coque surgit du sable pendant quelque temps pour retourner s’y enfouir au gré des marées et des courants des printemps et des automnes.

Le ZENOBVIA 

Il s’agit de la coque du ZENOBVIA et ce n’était pas un petit navire. Il s’agissait d’un brick de 212 tonneaux, construit en 1873 à Nantes en France. Lors d’un voyage entre Saint-Pierre et Miquelon et l’Île-du-Prince-Édouard, il s’est échoué à la Cormorandière le 11 décembre 1879, soit six années après sa construction. Aucun membre d’équipage sous la gouverne du capitaine Laberer ne perdit la vie, mais tous furent obligés de passer l’hiver aux Îles de la Madeleine à cause de la fermeture de la navigation en ce temps de l’année. À bord, sur les 32 membres d’équipage, il y avait un jeune officier du nom de Louis d’Amour.

L’histoire raconte que le dimanche qui suivit le naufrage, tous les marins, sous l’ordre du curé, étaient à la messe et les officiers portaient leurs plus beaux uniformes chamarrés d’or. Pendant son sermon, le curé demanda aux gens de la paroisse d’être généreux et d’amener les naufragés chez eux pour l’hiver. Après la messe, les Français se tinrent tous au garde-à-vous à l’arrière de l’église. En sortant, les paroissiens accrochèrent par le bras à tour de rôle chaque matelot et officier jusqu’au dernier. C’est ainsi que le premier officier Louis d’Amour passa l’hiver chez Zacharie Boudreau et connut celle qui allait devenir son épouse, la belle Geneviève Thériault.

Mériter la main de la belle Geneviève ne fut pas facile et sa mère, Élisabeth, de même que le curé de la paroisse, le soumirent à un véritable noviciat. Élisabeth répétait à qui voulait l’entendre : « Il ne faut pas se fier à ces étrangers-là! À beau mentir qui vient de loin » et s’il avait manqué à la messe du dimanche une seule fois par sa faute, il n’aurait jamais eu la main de celle pour qui son cœur battait. Après six ans de probation, on eût la certitude que Louis d’Amour était un bon chrétien et un brave homme. C’est donc en 1885, avec l’entière approbation des parents Thériault, que Louis et Geneviève purent enfin convoler en justes noces.

Après bien des péripéties, Louis d’Amour a continué l’exercice de son métier de marin. Il est devenu capitaine et propriétaire de sa goélette et a subi d’autres naufrages. En 1921, il vendit sa goélette LA BÉATRICE à son fils Albert et accepta le poste de gérant d’un magasin à Grande-Entrée. Louis d’Amour décéda en avril 1923 de calculs aux reins, victime encore une fois de l’hiver. La navigation n’étant pas encore possible en ce mois d’avril, il mourut avant qu’on ait le temps de le rendre à l’hôpital de l’Île-du-Prince-Édouard, l’hôpital le plus proche des Îles de la Madeleine à cette époque.

On dit qu’il repose dans le cimetière de Grande-Entrée, à l’ombre d’un modeste monument funéraire, seul témoin du premier d’Amour ayant pris racines aux Îles de la Madeleine.

Un résumé de Georges Gaudet

*Source: Antonio d’Amour, adaptation d’une lettre de Cyrille d’Amour à son frère Charles, le 20 mars 1960.

 GE-Au port

dimanche 12 mai 2013

Bien plus capables d’amour qu’il n’y parait

*Récemment, une polémique éclata sur un réseau social à propos d’une brave personne qui perdit son combat contre le cancer après avoir été médiatisée lors de son long cheminement vers une sérénité qui suscita une grande admiration.
Le jour de son décès, certains médias trouvèrent l’occasion de mentionner qu’au cours de sa vie, cette personne avait été danseuse dans les bars, comme si cela avait pu changer quelque chose au parcours courageux de cette femme.
Et si justement, ces êtres de l’underground, hommes ou femmes, clients ou péripatéticiennes, étaient justement bien plus capables d’amour que ces gens qui se disent « ordinaires ». Cette anecdote me rappela un poème, humoristique que j’ai tricoté dans mon imaginaire, il y a quelques années de cela, un de ces jours où j’avais envie de crier à tout le monde que… l’amour n’a ni frontière, ni préjugés, ni classe sociale. Il traverse les océans comme le vent, et ramène à lui toutes les brumes teintées de coeurs sincères, quels qu’ils soient.
rue d'amsterdam (modifiée)

Putes et vocabulaire marin

* À vous de trouver la signification des mots marins soulignés.

Ses pas glissaient lentement sur le macadam

Dans ce quartier d’Amsterdam,

Là où le vent de sa jeunesse,

Lui avait fait connaître, autrefois,

Plusieurs paires de fesses,

Au grand plaisir de son cacatois.

 

Mais c’était une autre époque,

Un temps loufoque,

Un temps ou les amerloques, chasseurs de phoques,

Passaient les vitrines des putes,

Prêtes à toutes les culbutes,

En autant que le client ne les rebute.

Basse marée 

 

Maintenant vieux capitaine,

Sa bedaine,

Cachait son mât de misaine,

Même que ce mât, digne d’une châtelaine,

Aujourd’hui avait plutôt l’air d’un appât

Pour une sœur Franciscaine

 

Trente ans plus tard

Elle était toujours là, dans sa vitrine,

Le visage bourré de fard

Et encore, cette généreuse poitrine.

C’était celle qu’il aurait pu aimer,

Il était celui qui l’avait désarmée

 

Pourtant, les putes d’Amsterdam

Ne s’amourachent pas du premier quidam

Elles les laissent mouiller leurs ancres

Mais s’assurent qu’elles chassent.

Pas question d’aimer un cancre

Avant qu’il ne l’enffourchasse

P5090027(sepia)

 

Mais lui, elle ne l’avait pas oublié

Devant sa prestance

Elle avait même tenté de l’humilier,

Et lui, d’une bienveillance

Avait rétorqué sans ambivalence

Madame, vous ressemblez à mon voilier

 

Et quand il lui montra son beaupré

Elle lui dit, il a plutôt l’air d’un mât d’artimon

C’est le plus petit sur un bateau, à ce que je sache

Non désarçonné et en toute beauté

Il glissa son ancre dans le limon

Tout en riant sous sa moustache.

 

Madame, l’artimon est essentiel

Dur au travail, il est à la poupe

Et avant de vous expédier au ciel

Il peut vous ramoner la croupe

Dans toutes tempêtes démentielles

Croyez-moi, vous n’y perdrez pas votre étoupe.

 

D’ailleurs,  « poop » chez les anglais

Veut dire merde, nous n’en sommes pas loin

Et si l’artimon se déréglais

Nous serions rendus chez les Malouins

Incapables d’accostage

Avec la guerre, en héritage.

 

Permettez donc, madame

Que de votre voile de dentelle

Je sauve ce qu’il reste de mon âme

Avant que cet artimon, ne détèle

Ceci serait infâme

Et indigne d’une caravelle

 

Elle avait ri, elle avait ri, elle avait ri

Tellement qu’elle n’avait jamais oublié

Ce marin dont elle s’était éprise

Premier homme qu’elle avait supplié

Jusqu’à ce que la brise

L’emporte sur son voilier

 

Eh oui, elle était toujours là

En vitrine, comme du chocolat

Maintenant plus charnue, elle lui sourit

Et de joie, son cœur éclata

Alors que l’autre, s’emballât

Sur cette rue, où vraiment personne ne vit.

 

Il entra, elle ferma les rideaux

Leur bastingage était fripé

Leurs yeux, pleins d’eau

Ensemble, ils burent un café

Et cette fois de dés non pipés

S’offrirent le plus beau des cadeaux

Portefolio 5

 

Il pleut sur Amsterdam

Un bateau glisse sur l’eau

L’artimon bien planté en poupe

À bord, il y a une dame

Qui dans ses mains, tient un roseau

Et lui, capitaine, lui embrasse la croupe.

 

Georges Gaudet




lundi 29 avril 2013

Jeu de mots et bateaux

Si vous allez au Cegep, campus Denise Leblanc aux Îles de la Madeleine, vous y verrez sur les murs une jolie collection d’expressions typiques des Îles et de l’Acadie. Pour le plaisir de la chose et les doux souvenirs que ces mots ont ramenés en ma mémoire, je me suis amusé à en faire un petit jeu, tout en pensant à Alphéda, ma grand-mère. Elle parlait si bien cette langue, une langue presque oubliée, belle comme les premiers pissenlits, salée comme la brume du printemps et douce comme la peau de ses mains. Des mains qui avaient tant tricoté la laine, tant pétri la pâte, tant essuyé les larmes de ses petits-enfants.

Samedi le 27 avril 2013

C’était le grand départ pour la mise à l’eau des cages à homard.

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Crédit photo: Dominique Damien

Il faisait frette sur le quai de Grande-Entrée. J’étais tout emborvé et ça me faisait gorziller jusque dans les entrailles. J’vous dis que c’était pas le temps de se décalventrer la falle par un vent d’nord pareil. Et pis à part ça, celui qui a décidé d’une pareille date pour l’ouverture de la pêche,  cé certainement pas lui qui a inventé le r’culons sur le homard…

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Crédit photo: Dominique Damien

Pis les bateaux ont fini par partir. C’était beau, même si y en a qui avions ben hâte de prendre pour le large avant que les garde-pêches lancent leur fusée. Y sont beaux ces bateaux-là. Cé pas les p’tits tok-o-tok d’avant, quand Jos partait avec sa cruche d’eau dans un filet pis un sac de galettes à m’lasse. Pas de cabines, rienk un saouèsse pis des hardes cirées et les grosses mitaines de laines que j’lui avait tricotées pendant l’hiver.

Mais ça fait rien, j’sus ben contente pour eux autres. Jos pis môa, on est au paradis maintenant, pi i-ousqu’on-né, pas besoin de cabines de bottes pis de GPS pis de toute s’te bringbale là. On r’garde ça d’en haut, pis on trouve ça beau. Et dire qui en avions qui pensent qu’la ville cé meilleur que ça. Moi, j’vous l’dis, Y sont fous raides çeuses là.  Bon y est temps que j’arrête mes armenas pis que j’ferme ma goule. Y en a qui vont dire que j’ai mangé de la bargou. Cé vrai qu’on petoune pas ici au paradis. On prie pis on écornifle ceux d’en bas. Pas pour les mépriser bien sûr, mais pour les aimer. On trapigne autour d’eux même si ils nous voient pas et si on peu, on les aide, même si y s’en aperçoivent pas.

Scusez-moi, mais y faut que je r’tourne à louèsse avant que mon Jos m’fasse un mess dans la pèntrie. Même ici en haut, Y s’contente pas yinke d’une becquée. Des fois, Saint-Pierre arrête pas de badgeuler et moi, j’fa mieux de m’décaniller si j’veux finir mes tartes avant que toute ma pouriginée arrive.

 

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Photo: Georges Gaudet

Et puis il y a des matins comme ça. Des matins où quand les rayons du soleil percent la fenêtre du salon et embrassent les mâts de la goélette que mon père a construite à l’âge de 82 ans. Sa goélette, celle qu’il a navigué sur toutes les eaux du golfe pendant cinq années de sa jeunesse, celle qui fut à l’origine de sa passion pour la navigation à voile, un amour qu’il m’a si bien transmis.

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Photos: Georges Gaudet

Il y a des coins de paradis qui ne s’oublient pas.

 

Bonne semaine à tous, amies lectrices et lecteurs.

GG

dimanche 21 avril 2013

Pour combler mon absence

Nouvelle couverture (titre) mars 2013

Une absence prolongée de ce blogue peut se justifier par un petit voyage d’une dizaine de jours à Montréal et les environs. Bien du pain sur la planche de ces temps-ci et pourtant, je considère ce moment où je place des écrits et des photos sur cette page comme une joyeuse obligation. Notre roman à suspense écrit par Dominique et moi va bientôt prendre le chemin de l’éditeur sous le titre de : « Un cadavre dans le chalut ». Entre temps, il faudra préparer un petit bateau pour les loisirs d’été et surtout, mis à part de nombreux contrats d’écriture (je ne me plains pas ici), bâtir tout un solarium sur une partie de la maison avant que ne débute un autre genre de travail, soit celui d’animateur historien en croisière sur le Saint-Laurent pendant tous les mois de juillet et août prochains. 

Diane Hébert 1

Crédits photos: Diane Hébert

Diane Hébert 2

Puisque ce site en est un de textes, de bateaux et de dessins en tous genres, je tiens à partager avec vous, trois superbes photos. Deux d’entre elles sont de Diane Hébert alors qu’elle a fixé sur « pixels » le VACANCIER alors qu’il entre au quai en pleine nuit. Quant à l’autre photo, elle vient aussi du site de Diane Hébert « Vous souvenez-vous » sur FB. Il s’agit du site de La Grave à Havre-Aubert, telle que je l’ai vue alors que je n’avais que 5 ans. Tous ces vieux magasins, la « Maritime Packers » et le havre remplis de petits (ti-ké-tak), ceci sans oublier la maison des trois sœurs Shea, là où je suis né… au deuxième étage. Peu de temps après, les nouveaux propriétaires l’ont démolie pour bâtir le bungalow qui est juste à côté de l’actuel musée de la mer, du côté nord de l’édifice.

Comme les Anglais disent : « ENJOY »… à propos des photos bien sûr.

Diane Hébert 3

À bientôt : GG

mardi 2 avril 2013

Écrire et écrire encore… avant que la mémoire n’oublie.

Ça y est, notre roman Madelinot, un « suspense » dont le titre sera UN CADAVRE DANS LE CHALUT est parti pour le comité de lecture. Dominique et moi avons l’impression de participer à la naissance d’un bébé, un bébé que nous avons fait à deux, comme dans la vraie vie quoi!

Dominique et Georges

D’ici la mise en marché, nous nous en détachons un peu comme des parents qui laissent aux infirmières le soin de langer le bébé. Évidemment, comme une dépendance dont nous ne pouvons nous libérer, nous continuons, chacun à notre rythme, à écrire sur tous les sujets qui nous intéressent. Ainsi se passent nos ateliers d’écriture, chaque mercredi en soirée. Personnellement, je vous fais cadeau de deux textes dont le défi était une rédaction ne devant pas dépasser 20 minutes de création, le tout à partir d’un thème proposé par l’animateur, Georges Langford.

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Photo Georges Gaudet

Les quais, les bateaux, les marins, les bistros, tous ces univers qui servent de toile de fond aux plus grandes histoires maritimes du monde, demeurent aussi l’essence même de la petite histoire, celle des couples en amour, celle des adultes dont la jeunesse est gravée dans la mémoire du temps.GG

Le devoir

À partir du thème « Les endroits publics », il fallait se laisser inspirer de la phrase suivante : « En fin de journée, c’est tout le village qui défile au bistro du bord de mer.» Voici donc ce que cela a donné :

Un amour à saveur océane

Elle était seule derrière le bar. Linge à vaisselle sur l’épaule, les mains dans le savon de l’évier, les bucks de bière semblaient attendre ses caresses. Un à un, tout en fredonnant un air qu’elle semblait être la seule à connaître, elle les lavait, les essuyait, et avec un sourire hésitant entre le rictus et le charme, elle les déposait délicatement sur la tablette de verre juste devant le miroir.

C’est là qu’elle le vit. Il venait d’entrer discrètement, presque sur la pointe des pieds. Déposant son sac de marin sur une chaise, il la regarda de cet air qu’elle connaissait si bien, même si cela faisait six mois qu’elle ne l’avait pas vu. S’élançant l’un vers l’autre, ils s’embrassèrent goulument, passionnément, sans retenue, lèvres contre lèvres, corps contre corps, cherchant en l’autre toute cette chaleur, cette passion qui leur avait tant manquée.

— Tu es toujours aussi belle qu’il lui dit!

— Et toi, toujours aussi menteur qu’elle lui répondit tout en lui déposant de ses lèvres charnues, un tendre baiser juste sur le bout du nez.

Leurs mains finirent par se quitter avec regrets. Lui s’assit à une table au fond du bar, elle, reprit sa place derrière le comptoir, devant le miroir. Il fallait se retenir un peu, car en fin de journée comme ça, c’était tout le village qui passait par le bistro du bord de mer.

GG

L’autre devoir

Le thème était « Sur les quais » et la proposition d’écriture se déclinait ainsi : « C’est noir de monde sur le quai! — Que se passe-t-il? »

C’est curieux, mais chaque fois que je suis coincé dans le temps pour rédiger un texte, un personnage revient toujours à ma rescousse. Et ce personnage, c’est invariablement celui de mon père. Alors, encore une fois, voici ce que cela a donné :

LOVAT

Photo: origine muséale inconnue via internet

Un brin d’histoire (il y a du vrai là-dedans. À vous d’en faire le partage.)

La boucane noire du vieux LOVAT était visible depuis l’horizon, juste à l’ouest de l’Île d’Entrée. Preuve que la terre était bien ronde, on ne voyait pas encore les mats et encore moins la cabine du vapeur.

C’était noir de monde sur le quai du Havre-Aubert, mais que se passait-il? Les élections approchaient et le bruit avait circulé que Hormidas Langlais était à bord. La brise était douce en ce jour de vieux printemps et sur le quai, les femmes portaient leur plus beau chapeau, les crinolines se soulevaient à peine et madame la mairesse se laissait fusiller du regard venant des quelques jalouses placoteuses du village.

Finalement, le LOVAT contourna le Bout du Bain et en peu de temps, les hommes se chicanaient presque pour déterminer qui allaient attraper les amarres lancées du bateau. Le « ganeway » fut abaissé et comme un prince au chapeau noir, Hormidas descendit la passerelle, saluant tout le monde comme un prêtre bénissant ses ouailles alors que toute la foule applaudissait.

Ensuite, ce fut Monseigneur Arseneau puis son Chanoine qui en fit autant, suivis immédiatement d’une flopée de cornettes pointues des bonnes sœurs du couvent. En procession presque idolâtre, la foule suivit le cortège au son des klaxons des voitures appartenant aux notables de la place et moi…

Moi à 5 ans

Et moi qui n’avais que cinq ans, j’attendais toujours en bas du « ganeway ». Il était là, tout là-haut, chemise sale, noircie de cambouis, sueur à la poitrine, sourire aux lèvres et sac de marin sur l’épaule. Il descendit d’un pas leste la rampe et me prit dans ses bras comme si je n’avais pesé que toute la joie qui envahissait mon être.

J’enfouis mon visage dans cette chemise empestant le charbon et la sueur puis je dis : « Ça sent le travail »… et il éclata d’un grand rire, un rire que j’entends encore aujourd’hui, comme si j’étais encore dans ses bras.

sur MacKinnon t

GG