lundi 25 février 2013

Excusez « la montée de lait»

* Je sais ne pas être dans la ligne éditoriale que je me suis imposé lors de la création de ce blogue, mais après avoir été témoin d’une situation qui n’a pas sa raison d’être dans une salle d’urgence hospitalière, je tiens à partager le texte suivant avec vous. Bien sûr cela n’a rien d’exceptionnel et il y a pire, « bien pire » diront certains et avec raison. Voici quand même une partie de la chronique que j’ai publiée dans le journal local la semaine dernière. Pour celles et ceux qui se rendront jusqu’au bout, je vous fais cadeau de quelques photos qui n’ont rien à voir avec le texte. Elles n’ont pour but que d’inciter à l’admiration de cette nature qui a le don de nous inspirer et surtout de nous relaxer… heureusement.

 

Survivre à une salle d’urgence, est-ce possible?

Toute une expérience

Je dois préciser qu’il ne s’agit pas de moi ici et vous comprendrez que je vais taire le malaise ou la maladie en question par respect pour la personne. Il est neuf heures du matin. Depuis 24 heures, la personne en question est assaillie d’une douleur intolérable, ce genre de douleur qui vous rend incapable de fonctionner, incapable de vous concentrer, incapable de dormir, incapable de vous tenir debout, incapable de demeurer assis. Grosso modo, incapable de tout tellement c’est souffrant. Pourtant, il y a hésitation à se rendre à l’urgence, car étant un problème aigu, mais quand même récurrent, le triage va certainement classer l’affaire dans la longue liste d’attente. Alors que faire? Pas de clinique sans rendez-vous, pas de médecin de famille, pas de vie en danger immédiate à moins d’avoir envie d’en finir tellement la douleur est insupportable. Maintenant, j’ai dit douleur, un mot que certaines personnes du corps médical n’aiment pas. Même si cela ne s’est pas passé récemment, j’ai bon souvenir d’un médecin qui m’a dit un jour que la douleur n’était qu’une émotion et que cela n’entrait pas en considération dans l’évaluation de l’état d’urgence, surtout si la vie n’était pas en danger. Je vous assure qu’on oublie jamais une remarque comme celle-là, même bien des années plus tard. Hélas, malgré tout ça, il faut envisager l’urgence, un peu comme choisir entre deux maux, le moindre.

10 h

Arrivée devant la sonnette des rendez-vous. Vers 10 h 30, c’est l’appel pour le triage. Le processus est engagé. C’est à peine si la personne vous regarde ou inspecte le pourquoi de votre souffrance, car ce n’est pas son rôle. Elle vérifie vos systèmes vitaux et comme votre vie n’est pas en danger, elle écrit sur l’ordinateur. Elle semble en écrire autant que je suis en train d’en écrire ici. Quel est votre statut matrimonial? – dites-moi ce que cette question vient faire là s’il vous plait, tout comme la suivante : de quoi souffrez-vous? J’ai toujours trouvé ridicule de demander à une personne souffrante de faire son propre diagnostic afin d’orienter le médecin avant la première rencontre « visuelle ». Docteur Labrie faisait mieux que ça. Disons que son approche était certainement plus humaine. Puis c’est le renvoi sur des chaises qui ont plus l’air d’instruments de torture que de vrais objets pour soutenir les fesses. Une douzaine de patients sont en attente. À midi, il ne reste plus que deux patients, mais il faut croire que c’était l’heure du repas puisqu’à 13 h, de nouveaux patients arrivent et les deux laissés là vers midi le sont toujours. Curieusement, tous les patients récemment arrivés passent devant les deux en attente depuis la matinée. Vers 13 h 30, n’ayant pas mangé depuis le matin, je descends vers la cafétéria pour y apporter quelque chose à la personne toujours en attente et toujours dans les mêmes souffrances. Le lieu est fermé et il faut me rabattre sur une machine distributrice dont les sandwiches sont à la limite de la journée en question. Par mesure de prudence, j’achète deux « muffins » et ce sera tout jusqu’à l’hypothétique sortie. Retour à la salle d’attente pour enfin entendre l’appel vers 14h 30 et là, illusion, il ne s’agit pas de la visite immédiate d’un médecin. Passant devant « le centre de contrôle », plus d’une demi-douzaine de gens, les uniformes neutres ne permettant pas de savoir qui fait quoi dans ce bled, sont rivés sur des écrans d’ordinateur alors que des femmes, sans doute des infirmières, dossiers en mains, courent comme si elles avaient le feu. Je réalise que c’est peut-être « le changement de shift», car il y a de nouveaux visages dans l’enceinte. Enfin, un médecin entre dans le cubicule d’attente. Il est gentil, compréhensif et passe tout de suite à l’examen. Puis c’est le renvoi à la salle remplie de chaises de torture après prélèvements sanguins et attentes des résultats. Il est 16 h 30 au sortir de l’urgence, prescriptions en mains, direction pharmacie.

Ne dites pas ça!

Là, j’en suis presque certain, l’on va s’empresser de me dire que ce n’est rien d’anormal, qu’en dehors, c’est pire, que six heures et demie dans une urgence, c’est bien moins qu’ailleurs, là où l’on risque d’attendre 12 heures, même parfois 24 heures et plus. Vous savez, il y a dans la langue anglaise une expression qui dit tout. « Two wrongs don’t make one right » ce qui peut se résumer ainsi quoique pas aussi exact : « Deux maux ne font pas un bienfait ». Eh non, ce n’est pas normal d’appeler urgence un tel système. Il y a une autre chose qui me questionne, particulièrement aux Îles de la Madeleine. Chaque année, on nous sert des statistiques qui en beurrent épais sur le taux de satisfaction des Madelinots à propos de leur système hospitalier. Quand va-t-on cesser d’avoir peu de dénoncer ce genre de situation comme celle exposée ici? Oui on a peur. On a peur d’être dénoncé, pire on a peur d’être moins bien traités, on a peur d’être « tagués » comme le dit cette expression sur les réseaux sociaux. Tous n’ont pas l’occasion de s’exprimer publiquement, mais ce qui m’agace au plus haut point, ce sont ces personnes en position de pouvoir qui font la sourde oreille et ne disent rien pour toutes sortes de raisons, allant de la peur de manquer d’avancement en passant par des sanctions au travail ou par opportunité politique. Ne rien dire équivaut à accepter, et personnellement, je m’excuse, mais jamais on ne me fera avaler que pareille situation est NORMALE.

Des solutions

Elles existent en d’autres pays. En France par exemple, vous n’allez à l’urgence que si votre vie est en danger, mais il y a des médecins de famille pour tout le monde, des visites à domicile, des cliniques sans rendez-vous le matin et sur rendez-vous en après-midi. Vous pouvez même appeler sur une ligne téléphonique pour vous faire aider à trouver la clinique la moins achalandée et prendre rendez-vous sur internet. Ici, au Québec, c’est le bordel. Une médecine de guerre serait plus efficace. Cela coûte plus cher à certains hôpitaux en agence de sécurité qu’en services d’accessibilité aux patients, mais voilà, cela prend « des couilles » pour changer un système ankylosé dans les fleurs du tapis des bureaucrates.

Si j’étais ministre de la Santé

Je poserais à l’organisme que les médias appellent le tout puissant Collège des médecins, les questions suivantes : Comment se fait-il qu’il soit si difficile de reconnaître un peu plus de droit d’exercice aux pharmaciens? Pourquoi est-ce si difficile de former et reconnaître les compétences de « super infirmières et infirmiers » capables de soulager l’engorgement du système? Je vous souligne que cela existe ailleurs et ça fonctionne. Comment se fait-il qu’au Québec, en matière de santé, tout semble presque immuable? – et j’exigerais les vraies réponses bien entendu. À quand un ministre, soutenu par son/sa première ministre et à qui on donnera l’ordre de faire le ménage dans la baraque médicale québécoise, quitte à froisser certaines institutions, certains domaines universitaires, certaines spécialités et certaines institutions aux pouvoirs peut-être un peu trop vastes? Mais voilà! Pour ça, cela prend un gouvernement capable de mettre ses culottes, capable de contingenter là où il le faut et former plus de généralistes, plus de membres de soins infirmiers spécialisés. Un gouvernement qui ne cèderait pas au chantage et aux menaces de départs vers le Sud de la part de certains cerveaux. Il me semble que ce serait là un début de solution. Des solutions simplistes diront certains. Eh oui!, c’est l’excuse facile. Pourtant un auteur bien connu a déjà écrit : « La vérité, ce n'est point ce qui se démontre, c'est ce qui simplifie. Et il serait aussi sage de comprendre la suivante du même auteur : « La perfection est atteinte, non pas lorsqu'il n'y a plus rien à ajouter, mais lorsqu'il n'y a plus rien à retirer.  »…dixit St-Ex.

* Malgré tout, bonne semaine à toutes et à tous. Tel que promis, voici quelques photos, toujours prises du balcon ou quelque part à partir d’une fenêtre de la maison.

P2230002Premiers signes annonciateurs de printemps

P2230018En voilà un qui à bien hâte d’être mis à l’eau. Disons que c’est surtout son propriétaire qui à hâte de le voir à l’eau…

P2230019

Quand les mâts des bateaux attendent le printemps !

P2230016 …et que le phare en attend tout autant.

GG

lundi 18 février 2013

Écrire pour le fun (photos à l’appui).

Comme à la p’tite école
C’est à peu près ce que nous vivons chaque semaine Dominique et moi alors que nous nous sommes inscrits à des ateliers d’écriture sous l’accompagnement de Georges Langford. Le but de cette initiative est de rencontrer d’autres personnes intéressées comme nous au plaisir de la création par l’écrit. Pour moi, l’écriture est comme un tableau d’artiste. On y crée des couleurs et des formes afin que le tout transmette une image, une émotion, un message.
Nos ateliers ont pour thème majeur « La mer sur papier » et le premier texte qu’on nous a demandé de « pondre » avait pour décor un paysage maritime et si possible, il fallait y intégrer la phrase suivante : « Le village m’apparut pour la première fois, moitié dans les nuages, moitié dans la mer. » Aucune longueur ne nous était imposée, mais le tout devait être composé en 20 minutes. Je me suis retrouvé comme à la petite école quand la « maîtresse » nous demandait de faire une « composition » de notre choix. Ce fut longtemps la seule raison pourquoi j’ai sporadiquement aimé l’école.
Afin de jouer avec le tout, voici le contenu du texte de Dominique. On y voit clairement « l’étrange » qui arrive aux Îles et décide de s’y établir. Quant à moi, si vous voulez lire ce que j’ai écrit, il va falloir que vous alliez sur son blogue à elle : www.sousuneloupe.blogspot.ca   je vous souhaite une lecture amusante dans les deux cas. 

Texte de Dominique
P9120042
Paysage maritime
(Le village m’apparut pour la première fois, moitié dans les nuages, moitié dans la mer).
L’aboutissement d’une longue quête
Après de longues heures tristes et monotones, je contournais la butte. Quel ne fut pas l’émerveillement! Devant moi, prolongeant l’horizon, des rangées de maisons multicolores semblaient posées là, telle une touche de peinture égayant la toile.
À travers les nuages, un rayon de soleil pointait sa lumière sur les façades qui se miraient dans cette étendue grise, calme et à la fois grandiose. La tranquillité de cette scène couplée à la sérénité de la mer m’imposait le respect de cet endroit qui serait pour moi inoubliable.
Découverte
J’avançais sur la pointe des pieds, ne voulant pas réveiller cette toile qui, au fur et à mesure, s’étoffait, se colorait, s’animait. Arrivée à l’entrée, touchant presque la palette de couleur, je me sentais prête à me fondre dans ce décor, à en faire partie et ne jamais en repartir.
Cet endroit, cette vision, je l’avais cherché dans tous les coins de la planète et c’est ici, à côté de chez moi, au hasard d’un détour que je l’ai découverte. La mer qui faisait partie de ma vie sans que je le sache, sans que je la voie vraiment, s’est révélée dans ce petit village bâti sur l’horizon.
Découverte 1
Bonne semaine à toutes et à tous.  GG et DD














lundi 11 février 2013

Photos à partir du même balcon

Pris par plusieurs commandites d’écritures avec des échéanciers serrés, je ne peux que partager les photos suivantes avec vous. Sauf une dont c’est l’évidence, elles ont toutes été prises du même balcon et en moins de deux jours d’intervalles. Même endroit, jamais le même paysage et toujours aussi impressionnant.

P1260170  Pas chaud pour un café.

P2100315 Quand la mer à des moustaches et que le vent prend à «rebrousse-poils» la crête des vagues juste en bas de chez nous. Difficile de voir où la falaise se termine et où la mer commence.

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Île d’Entrée, toujours là comme un vaisseau spatial posé sur la mer, juste avant une bonne tempête de neige. Bientôt, tout sera blanc.

P1260048

Un certain matin, juste avant le dernier départ de la saison. Le grand frère, le VACANCIER, le remplacera maintenant jusqu’en avril.

*J’espère que vous avez aimé.  À la semaine prochaine. Toutes ces photos sont de votre humble serviteur. GG. Le respect des droits d’auteurs pour usage commercial serait bien apprécié.

mardi 5 février 2013

Permettez que je vous confie un peu de moi-même.

L’ordinaire des matins de janvier aux Îles de la Madeleine       

P1260142 Presque le dernier voyage de janvier, juste avant d’être remplacé par l’autre navire de CTMA, le VACANCIER.

P1310262

Et quand on dit un «frette» de canard, c’était la température en ce matin particulier… et lui, il n’avait pas l’air d’avoir froid. brrrrrrrrr! Voyez la glace juste en haut de la photo. 

 

Partage d’émotions et de réflexions… vécues.

Voici ce que j’ai publié dans le journal local Le Radar la semaine dernière.  Cela n’a rien à voir avec mes écrits habituels pas plus que notre cheminement, ma compagne et moi, dans la rédaction de notre roman en devenir.

 

Il y a des matins comme ça

C’est dimanche. Il fait froid, le mercure descend toujours et franchement, je n’ai pas envie de mettre le nez dehors. Pardonnez-moi ce petit moment de partage intime, mais vous comprendrez par la suite de quoi je veux vous entretenir.

Je me considère croyant et sans faire de prêchi-prêcha, je m’étais couché le soir avec l’intention bien arrêtée d’aller à la messe le lendemain matin, précisément à 09h30. Pourtant, au lever, à regarder la neige qui tombait et le « poudrain » qui suivait, je réussis à écraser ce petit sentiment de culpabilité et choisis de m’assoir devant mon ordinateur, un bon café à la main, la robe de chambre sur les épaules et pantoufles bien chaudes aux pieds. Je ne suis pas de ceux qui croient aux messages téléphoniques de l’au-delà où a toutes ces théories sur la capacité qu’auraient les esprits d’influencer nos vies, surtout au quotidien, quoique ce matin-là, le doute m’a envahi et je vais vous dire pourquoi.

Aussitôt l’écran de mon ordi allumé, je vis qu’une amie m’avait expédié un message portant le titre AMOUR. Curieux comme d’habitude, je l’ouvris et en voici le contenu. AH là, vous avez probablement cru à autre chose. Mais non, cette histoire n’avait rien de coquin comme vous allez le constater. Il s’agissait d’une de ces petites histoires qui circulent souvent sur internet, mais dont le contenu, exceptionnellement intéressant, force à la réflexion pour qui s’y arrête quelque peu.

L'AMOUR
Nous sommes en clinique médicale. C'était un matin, vers les 8:30, quand un homme d'un certain âge est arrivé pour faire enlever les points de suture de son pouce. Il dit qu'il était pressé, car il avait un rendez-vous à 9 h. En l'examinant, j'ai vu que ça cicatrisait bien, alors j'ai parlé à un des docteurs, j'ai pris les choses nécessaires pour enlever ses points et soulager sa blessure. Pendant que je m'occupais de sa blessure, je lui ai demandé s'il avait un autre rendez-vous avec un médecin ce matin, puisqu'il semblait bien pressé. L'homme me dit non, qu'il devait aller dans une maison de santé pour déjeuner avec sa femme. Je me suis informé de la santé de sa femme. Il m'a dit qu'elle était là depuis quelque temps et qu'elle était victime de la maladie d'Alzheimer. J'ai demandé si elle serait contrariée s'il était en retard. Il a répondu qu'elle ne savait plus qui il était, qu'elle ne le reconnaissait plus depuis 5 ans. J'étais surprise et je lui ai demandé : « Et vous y allez encore tous les matins, même si elle ne sait pas qui vous êtes?» Il souriait en me tapotant la main et dit : «Elle ne me reconnaît pas, mais moi, je sais encore qui elle est». J'ai dû retenir mes larmes quand il est parti, j'avais la chair de poule, et je pensais que c'était le genre d'amour que je voulais dans ma vie. Un amour, ni physique ni romantique, un amour fait de l'acceptation de tout ce qui est, a été, sera et ne sera pas. Les gens les plus heureux n'ont pas nécessairement le meilleur de tout, ils s'organisent du mieux qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont. Donner ne vaut-il pas plus que recevoir?

Il y a des textes qui dérangent

C’était tout le contenu du texte, rien de plus, rien de moins. Perplexe et comme téléguidé par une poussée invisible, douce, mais ferme, je fis le tour de mes avoirs musicaux, j’en mis quelques-uns dans un sac, m’habillai et me rendis sans plus tarder, non pas à l’église, mais bien au pavillon Eudore Labrie, ici aux Îles, à Cap-aux-Meules. Depuis des années, j’y ai un ami bénéficiaire qui est loin de la situation décrite dans l’histoire précédente, mais hélas, comme beaucoup des pensionnaires de cet établissement, la solitude fait souvent partie de son quotidien. Aussi, comme beaucoup d’entre nous, je me fais des promesses d’aller le voir plus souvent, puis comme tout le monde, les obligations de la vie courante me font oublier. Mais ce matin-là était spécial et c’est avec surprise qu’en plein devant l’entrée de l’édifice, juste après le portique, je me suis retrouvé devant la petite chapelle qui heureusement, malgré toutes ces volontés laïques qui circulent, résiste encore à l’épreuve politique du temps. Alors, j’y suis entré et un peu à la blague, j’y fis une courte prière. « Eh ben bonhomme, c’est plutôt raté ce matin pour ma présence à la messe d’aujourd’hui. On dirait que pour moi, c’est ici que ça se passe et pas ailleurs ». Puis, avec un sourire intérieur, je me signai de la croix et montai voir mon ami.

Il était là dans le corridor, dans sa chaise à mobilité restreinte, ceci pour ne pas dire dans sa chaise roulante. Les bras tendus, il me reçut avec une joie non retenue, me donnant du salut mon ami à tour de bras et de paroles. Émus, nous avons « roulé » jusqu’à sa chambre et pour un court moment, nous avons échangé quelques nouvelles banales et quelques opinions sur les choses sérieuses de ce monde, ceci sans oublier quelques remarques sur nos chanteurs préférés. Puis ce court moment prit fin alors que je le saluai avant de partir, tout en promettant de revenir… plus souvent. J’avoue ne pas pouvoir demeurer longtemps en ces lieux semblables et je l’avoue, c’est probablement lâche de ma part. Je supporte mal la vision de la douleur des autres qu’elle soit intérieure comme extérieure. Elle me dérange, me bouscule et souvent me révolte, surtout quand je ne sais pas à qui l’adresser. Il y a en ces lieux, partout dans la province, partout au pays, des gens merveilleux qui travaillent sans relâche à prodiguer des soins de qualité à ces plus démunis d’entre nous. Il y a aussi ce silence qui crie fort de solitude, parfois de détresse, souvent d’oubli et comme une mémoire qui s’efface et qui nous appelle pour qu’on se souvienne, nous, les biens portants, nous les cerveaux qui n’ont pas encore trop de trous dans le cortex.

Passant à nouveau devant la petite chapelle, j’y entrai de nouveau, un très court instant. Non sans émotions, je regardai le crucifix et dit intérieurement : « Pourquoi? — pourquoi toute cette souffrance? — comment peux-tu tolérer tout ça? — où es-tu? Bien sûr, je n’ai point entendu de réponse. Je ne suis tout de même pas rendu au stade d’entendre des voix. Je retournai à ma voiture et repris le chemin de la maison. En route, je laissais ma mémoire flotter et je me rappelai avoir posé la même question, il y a plusieurs années de cela, à un ami de longue date, alors qu’une épreuve sérieuse venait de m’assaillir sans crier gare. Comme il était un homme de Foi, il m’avait répondu : «Dieu nous a donné le plus beau cadeau qui soit et cela s’appelle la liberté de choix. C’est à travers l’homme qu’il accomplit ses miracles. C’est nous qui avons le choix du bien et son contraire. C’est la plus grande liberté qui nous fut donnée.” Tout en continuant de rouler, je me demandais quelle pouvait être la plus grande souffrance des gens dont la vie se résumait à une existence entre les murs d’un CHSLD, si bien construit fût-il. — et invariablement, la réponse qui me venait à l’esprit était la solitude. Et c’est là que j’en ai déduit que si quelqu’un avait répondu à ma question dans la chapelle, la réponse aurait pu être la suivante : “Si je suis ici, c’est peut-être parce que toi, tu n’y viens pas souvent. Alors, je te remplace”.

C’est drôle, mais j’avais l’impression que c’était un dimanche que je n’étais pas près d’oublier.

GG

À la semaine prochaine, amies et amis lecteurs et lectrices.

dimanche 27 janvier 2013

Beaucoup d’écrits, peu de temps, toujours tout pour… hier.

 

Malgré cela, il faut demeurer fixé sur l’objectif, terminer un roman qui nous tient à coeur à Dominique et à moi. Une première révision est enclenchée et je vous avoue que même si j’aime écrire, Dieu que je trouve cette langue complexe, difficile et parfois capricieuse. Pas étonnant que la très grande majorité des francophones, immergés dans une mer anglophone, perdent graduellement leur langue maternelle au profit de la langue anglaise. Je salue le courage de ceux et celles qui, dans un tel contexte, contre vents et marées, maintiennent le flambeau de leur langue maternelle. Je ne crois pas que j’aurais eu ce courage si j’avais vécu dans un autre milieu que celui qui m’habite depuis la naissance.

Là où je demeure, la vue est fantastique, jamais la même, toujours changeante et ma foi, chaque matin, c’est une nouvelle découverte que je partage avec vous.

Ce matin là, dans un brouillard glacé, le traversier MADELEINE nous apparaissait comme un bateau surgissant d’une autre dimension.

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Une fiction «de mon cru» qui m’a tout l’air de porter des bouts de réalités. Lisez jusqu’au bout s.v.p. Bonne semaine à vous toutes et tous. GG

 

* Toutes ressemblances avec des personnages réels ne seraient que pure coïncidence.

Il s’appelait Steeve Harpon.

Steeve Harpon était premier ministre du Canada et voici donc quelques problèmes auxquels il devait faire face. Un jour, il fit l’actif et le passif de sa dernière élection et réalisa qu’il n’avait que 53,5 % des gens en sa faveur et qu’ils étaient majoritairement de l’Ouest du pays. Les finances étaient plutôt saines, toutes économies comparées avec d’autres pays, mais cela n’avait pas beaucoup d’importance, puisqu’il était bien conscient de ne pas être le véritable patron du Canada. Alors, chaque matin, il appelait le gouverneur de la Banque Fédérale afin de lui demander quoi faire. Et chaque matin, le gouverneur de la banque lui servait le même refrain : « Steeve, mon ami Steeve. Rappelle-toi notre première rencontre le lendemain de ton élection. Réécoute le CD qu’on t’a donné et celui que tu as reçu hier puis tout va bien aller. Il n’y a rien de changé depuis ton élection. Continue ainsi, tu fais du bon travail, on est fier de toi. Bonne journée Steeve »… clic!

Alors, Steeve écouta les deux documents sur une clef USB et non plus sur disque compact comme le mentionnait chaque fois le gouverneur de la Banque Fédérale. Un peu radin et dépassé par les évènements, ce cher gouverneur n’en avait rien à foutre de toute façon. Alors, voici le dernier contenu de la clef USB.

« Cher Steeve : Lors de notre dernière réunion hier soir, nous les dirigeants des pétrolières universelles, les directeurs des différentes banques mondiales, les dignes membres d’un groupe secret dont tu comprendras que nous ne pouvons divulguer le nom ici, de même que les propriétaires des différentes maisons d’armements de par le monde, t’informons de la situation présente tout en te proposant quelques actions qu’il te faudra exécuter par le biais de ton gouvernement. D’abord, en premier lieu, n’oublie pas que même si 46,5 % des électeurs au Canada n’ont pas voté pour tes politiques, il faut absolument que tu te comportes comme si 100 % d’entre eux étaient d’accord avec toi. Présentement, c’est la guerre au Mali, en Afghanistan, au Yémen, dans tout le Moyen-Orient, en Algérie, en République du Congo, un peu partout dans le monde, et pour dire la vérité, c’est très bien ainsi. Il nous faut maintenir le juste ratio entre une très forte demande d’énergie, la vente d’armements et le nombre d’habitants sur la terre. Plus la pression sera forte, plus les prix augmenteront et plus les pauvres seront à nos pieds et prêts à tout pour survivre. Tu sais que depuis la nuit des temps, nous avons toujours dirigé le monde en opposant les nations pour que les plus forts survivent et redemandent encore plus de biens et d’armements pour se protéger. C’est ce qui se passe actuellement dans toute la corne d’Afrique et là, les plus grands demandeurs d’énergie, c'est-à-dire du pétrole, sont les É.-U., la Russie, tout le continent asiatique et surtout la Chine et l’Inde. Comme 20 % de toutes les exportations vers les É.-U. passent par la corne Nord de l’Océan Indien, il faut absolument que ce pays trouve d’autres sources d’approvisionnements. T’en fais pas cher Harpon, tout ça est planifié depuis longtemps. Et c’est là que tu interviens avec tes sables bitumineux. Comme tu le sais, du pétrole, c'est-à-dire de l’énergie, il y en a partout sous nos pieds. L’unique question qui demeure est la suivante. Comment aller le chercher avec un maximum de profit? Et il semble bien que toute la partie Est du Canada, sauf Terre-Neuve, ait de la difficulté à comprendre. Il va donc falloir que tu deviennes plus sévère mon cher Harpon, sans quoi, les budgets pour tes prochaines élections risquent de fondre comme beurre au soleil. Voici donc ce que tu devras faire et prendre exemple sur ce qui fut fait aux É.-U. dès 2008 et même bien avant.

D’abord, n’oublie jamais la première leçon de contrôle sur un peuple. Il te faut créer une crise puis te présenter comme la seule solution à cette même crise. Exemple : les deux tours du World Trade Center. Ensuite, n’hésite pas à placer ton peuple dans une obligation de s’endetter à un point tel qu’il ne puisse plus jamais payer ses dettes, tant sur le plan personnel que sur le plan social. Regarde ce que nous avons fait aux É.-U. depuis 2008. Même les plus pauvres des plus pauvres pouvaient s’acheter une maison. Ensuite, il aura suffi d’augmenter les intérêts d’un point pour que le tout s’écroule. Quant aux banques prêteuses, pas de problème. Ce sont ces mêmes emprunteurs en faillite qui ont forcé leur gouvernement à imprimer de nouveaux billets pour relever ces banques, justement pour ne pas perdre plus qu’ils n’avaient déjà perdu. Comme tu vois, c’est facile. Il faut admettre cependant que tu as un problème sur les bras qui est un peu différent. Quelques régimes sociaux en place au Canada sont un peu gênants. L’assurance maladie et l’éducation moins onéreuse risquent de faire prendre conscience aux gens ordinaires à quel point ils sont exploités. Ce serait moins bon pour nos affaires, tu en conviendras. De plus, il faut absolument que les sables bitumineux profitent aux É.-U.. Ils sont les gardiens de cet équilibre de guerre à maintenir avec l’autre moitié du monde. S’il fallait que tous les peuples soient d’accord, nous ne pourrions exister. Pas d’armes ou certainement beaucoup moins et puis des peuples de plus en plus instruits. Tu vois le massacre pour nos affaires. Tous les gens seraient des gérants d’estrades compétents. Je pense que tu vois les conséquences aisément, mais ne te décourages pas, tu as quelques atouts sur ton échiquier. De plus en plus de Canadiens et aussi autant sinon plus de Québécois sont endettés jusqu’au cou. Il suffit d’augmenter encore leur pouvoir d’achat, leur faire croire que c’est en consommant encore plus que leur économie va s’améliorer, les épeurer avec leur déficit collectif et une fois qu’ils seront bien enterrés sous un amas de dettes qui de toute façon n’est que virtuel pour nous, tu leur présenteras la solution miracle venant de ton gouvernement. Présentement, Terre-Neuve bénéficie du pétrole marin au large de ses côtes. La Nouvelle-Écosse bénéficie du gaz venant de l’Île de sable et comme tu le sais si bien, le golfe Saint-Laurent regorge de pétrole et de gaz comme il n’y en a pas au large des côtes atlantique. Tu n’as donc qu’à favoriser par des lois spéciales l’électricité de Terre-Neuve en opposition à celle du Québec, favoriser l’exploitation pétrolière en ne reconnaissant que les frontières de Terre-Neuve dans le golfe, dresser les gens contre les écologistes en les accusant des propres défauts de ton gouvernement, cela marche à tout coup, particulièrement dans les périodes électorales, et pour terminer, laisser le gouvernement du Québec s’enfoncer encore plus dans les dettes en minimisant les sommes dues en péréquation. Quant au reste des provinces maritimes, tout comme les régions fragilisées du Québec, tu n’auras qu’à leur couper les prestations d’assurance-emploi sous les prétextes que les bénéficiaires sont des gens paresseux, ignorants ou incapables de développer leurs propres ressources et, comme le dit une certaine publicité : “VOILÀ”! Bien sûr il faudra que tu évites d’utiliser des mots qui risquent de tourner une masse critique de gens contre toi et faire valoir à quel point ces gens dorment sur une immense richesse pétrolière qui ne demande qu’à être exploitée, dire que tu compatis avec leur misère même si tu sais pertinemment que tu en es la cause et puis, quand ils seront au bord du gouffre, offre-leur sur un plat à apparence d’argent, la possibilité de faire revivre leur économie par l’exploitation du gaz et du pétrole dans le golfe, le gaz de schiste sur les terres du Québec et au Nouveau-Brunswick, de même qu’une multitude de stations de pompage le long de leurs côtes, surtout aux Îles de la Madeleine.

En d’autres mots, après les avoir affamés, ils viendront manger dans ta main. C’est une bonne vieille recette, même biblique. Jacob en connaissait les secrets et les Romains ont conquis le monde avec.

Bonne chance, mon cher Steeve».

*N’oubliez pas qu’il s’agit ici d’une pure fiction. 

jeudi 17 janvier 2013

Petite tournée hebdomadaire

Manifestation AEManifestation des Madelinots en protestation contre les modifications à la loi de l’Assurance-emploi. Symbolisme frappant de cette peur d’être obligés de quitter les Îles pour trouver du travail ailleurs, environ 4000 personnes se sont réunies sur le quai de départ du traversier.

 

Revenu aux Îles après un séjour dans la région de Montréal, voici une chronique vous faisant part de quelques réflexions en ce début d’année 2013.

*Chronique parue dans le journal Le Radar d’aujourd’hui, le 17 janvier 2013.

 

Le monde change ici, mais pas là.

Que sera l’année 2013 ?

Passer d’une unité de mesure à une autre ne signifie pas grand-chose dans l’échelle du temps étalée sur un siècle, mais dans la vie de tous les jours, pour nous le commun des mortels, cela peut faire une grande différence. Ainsi va la vie, mais elle va beaucoup plus vite aujourd’hui qu’elle n’allait il y a de cela à peine quelques années. Je suis actuellement à plus de 1200 km des Îles, et je n’ai aucune crainte que mon texte sera publié le jour prévu de sa parution. Pourtant, il y a à peine plus de dix ans, j’aurais craint que cela ne puisse être possible. Qui plus est, nous n’en sommes qu’à nos balbutiements s’íl faut en croire certains spécialistes. À l’autre bout du spectre, les deux tiers de l’humanité ont faim et alors que le cellulaire peut fonctionner en pleine jungle, des femmes marchent encore plus de cinq heures par jour pour aller chercher du bois ou de l’eau pour la journée. Alors se pose la question : Le monde change-t-il pour le mieux? – la réponse n’est pas simple.

Pendant les quinze derniers jours, j’ai demeuré dans un immense quartier de condos. Ils étaient tous semblables. Mêmes corniches, mêmes couleurs, mêmes espaces, mêmes fenêtres, mêmes portiques. La seule différence était la couleur des voitures sur les stationnements et encore là, malgré la multitude des marques, elles avaient à peu près toutes la même forme, le même profil. Dans les restaurants des environs, des dizaines de personnes semblaient heureuses de se retrouver et pourtant, plus de la moitié d’entre elles ne se regardaient même pas, car plongées individuellement dans le minuscule écran de leur téléphone ou dans les pages lumineuses de leur tablette numérique. Plus d’une fois, j’ai observé ce monde avec fascination, parfois admiration et quelques fois avec une certaine détresse, me demandant si je souhaitais vraiment vivre dans un monde pareil. Tout me semblait tellement identique que le seul souvenir qui me venait en mémoire était cette enfilade de maisons toutes semblables qui étaient bâties par les compagnies minières afin de loger des centaines, voire des milliers de travailleurs dans l’unique but d’augmenter la production de la mine. Ce qui, évidemment, m’amène à vous parler de mes craintes.

Des jours sombres à venir?

Bien que la mode soit au positivisme aveugle ou au négativisme sans frontières, le réalisme manquant de nos dirigeants me fait craindre le pire pour les jours, à venir. Pour qui suit un tant soit peu l’actualité mondiale, il est évident que non seulement le monde change sur le plan climatique, mais il est aussi en train de changer sur le plan politique, sur le plan financier et par conséquent sur le plan humain. L’abolition des frontières monétaires mondiales, arrimées à la fermeture des frontières géographiques et humaines, le tout exacerbé par la montée en nombre des habitants de la terre, risque de préparer un choc humain sans précédent. De plus, si l’on ajoute à cela la maîtrise du pouvoir monétaire aux mains de quelques individus ou institutions sans noms, vous avez alors une bombe à retardement qui risque d’exploser sans avertissement et au pire moment pour les plus démunis. La très grande popularité des médias sociaux qui pullulent autour de la planète et l’information débridée et non censurée qui en découle, même si elle montre parfois le pire de l’homme, montre aussi ce qu’il cachait auparavant, c'est-à-dire son extrême habileté à camoufler ses entreprises de domination sur ses semblables, d’où les mouvements de plus en plus populaires comme les indignés, les « iddle no more » autochtones, les printemps arabe et… érable, sans oublier les nombreux champs de contestation qui risque de surgir avec le resserrement des règles de l’assurance-emploi et autre manœuvre d’appauvrissement des masses afin de rendre les travailleurs dociles à l’esclavage par la pauvreté et la faim. Il n’est point besoin d’être un spécialiste en matière financière pour percevoir ce qui risque d’arriver. En me promenant le long de toutes ces maisons identiques alignées comme un dortoir de campus universitaire, même si elles semblaient bien belles à l’intérieur, j’imaginais facilement les mêmes constructions dans le Grand Nord ou dans les champs des sables bitumineux de l’Alberta, habitées par tous ces travailleurs et travailleuses exilées de leurs lieux préférés ou de leurs lieux de naissance, là où auparavant, même sans grande richesse, ils vivaient heureux. Hitler a bien tenté de soumettre l’humanité sous sa botte et il n’a pas réussi. Peut-être cette fois, le FMI, la FED et leurs acolytes comme la Banque du Canada, riches de leur argent virtuel prêté à grands intérêts aux masses aveugles, réussiront-ils là où la guerre a échoué. La Grèce, le Portugal, l’Italie, la France, les États-Unis seraient-ils les premières victimes de cette attaque sournoise à l’échelle planétaire? Il est permis de le penser. Uniquement à Montréal, le marché de l’immobilier manque d’acheteurs ou de locataires dans une proportion de 20 % alors que le prix moyen des maisons unifamiliales dépasse les 300 000. $ et afin de parfaire le tableau, plus de 70 % des Québécois vivent avec un taux d’endettement dépassant les 160 % de leur actif. Je ne suis ni économiste ni même rien du tout en matière de finances, mais j’ai au moins appris une chose à l’école. Deux plus deux, cela égale quatre.

Et pour les Îles ?

Désolé, mais je crains pour le futur des Madelinots, surtout ceux qui ont pris racines profondes en ce petit pays unique au monde, ceux qui sont nés ici et ceux qui sont arrivés d’ailleurs. D’abord un choc à court terme avec les modifications de l’assurance-emploi. Et puis un plus grand choc à long terme puisque les effets pervers ne se feront vraiment sentir qu’à l’approche de l’hiver prochain, car l’été est abondant chez nous. Le printemps sera dur, mais si rien n’est fait d’ici l’automne 2013, la prochaine année risque d’être l’année de l’exode madelinot pour plusieurs. Il ne faudrait pas oublier que chaque fois qu’un Madelinot quitte ses Îles par impossibilité d’y travailler, ce n’est pas lui le plus grand perdant, mais les Îles elles-mêmes. Les coûts faramineux de l’immobilier et de la nourriture, les restrictions budgétaires au niveau des soins hospitaliers, la destruction du littoral par les nouvelles données du phénomène de l’érosion, la perte de sensibilité de certains de nos dirigeants politiques et économiques, l’individualité à outrance et le chacun-pour-soi risquent de faire le reste. Je souhaite me tromper, mais j’ai peur de voir d’ici 9 mois à une année, un exode massif de Madelinots vers là où… « y a d’ la job » et ce ne serait pas la première fois. Qu’il ne suffise de rappeler les grands départs vers l’Abitibi, la Côte-Nord, le Lac-au-Saumon, le Lac Saint-Jean et Montréal au cours du siècle dernier pour se convaincre que nous sommes loin d’être à l’abri de telles pertes. Et si ces Îles devenaient le paradis des compagnies de pétrole ou à défaut de cela, un paradis pour retraités estivaux, il n’est pas certain que ces éventualités profiteraient à l’ensemble d’un petit peuple qui se bat pour sa survie depuis l’arrivée de l’abbé Alain avec ses 250 réfugiés Acadiens, en 1792 sur les rives de l’archipel. Même avec des titres sur des terres, que valent-elles quand on ne peut plus y vivre? L’on a qu’à rencontrer tous ces descendants Madelinots vivant ailleurs dans le monde et partager avec eux leur passion toujours dévorante pour les Îles afin de se rendre compte que des traces cicatricielles de ces exodes existent encore.

Quoi faire?

Reprendre possession de nos Îles, qui que nous soyons, nouveaux arrivants comme vieux enracinés et par là, je veux dire assumer notre gouvernance et ne pas nous laisser imposer toutes les règles émanant d’ailleurs et hors contexte avec notre réalité d’insulaires. La mer n’est pas le bien de quelques privilégiés et même s’il est impératif, même obligatoire d’en protéger toutes les ressources, il faudra peut-être penser à l’avenir en permettant à tous d’y puiser l’essentiel d’un repas sans être en infraction. Bien sûr, cela n’implique aucunement le pillage et la vente de produits pêchés pour consommation normale, mais devant l’absence de revenus, il faudra peut-être un jour songer à distribuer un peu mieux les trésors de la mer tout en les protégeant encore plus. Il faudra peut-être aussi réapprendre à cultiver un jardin et y semer des graines sans traitements chimiques à la Mosanto ou traire une vache ou nourrir ses quelques poules. Si pour certains, cela pourrait sembler un recul, pour d’autres, cela pourrait sembler un juste retour vers un équilibre souhaitable, aidé cette fois-ci de tous les moyens modernes d’information. Aussi, il nous faudra peut-être réaliser que nous connaissons mieux notre milieu que quiconque et ne pas accepter comme vérité immuable, toutes les suggestions, plans et lois qui nous sont trop souvent imposées de l’extérieur.

Et moi qui au début de cet écrit me voulait optimiste, c’est plutôt raté. Et si je m’étais trompé? L’avenir le dira, pas moi.

Bonne semaine à toutes et à tous.

GG

 

…Et il vente aux Îles

Pour ceux qui en douterais, voici mon petit voilier de 12 pieds tel qu’il était posé sur des cales de bois lors de mon absence et voici comment je l’ai retrouvé lors de mon retour. Une chance que l’atelier était là. Heureusement pas de dommages, mais ce petit bateau pèse quand même quelques 150 livres.

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…mais heureusement, il y a aussi de ces formidables couleurs comme au matin du 14 janvier, vue de notre balcon.

Lundi 14 jan 2013

jeudi 10 janvier 2013

Une seule résolution pour 2013

 

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*Terminer notre roman policier Dominique et moi, puis le publier au printemps. Comme le premier jet achève, notre temps sera grandement consacré à la réalisation finale, particulièrement d’ici la fin avril. Passionnés d’écriture, ce fut avec un plaisir partagé que nous avons jeté sur clavier… et papier, des milliers de mots et des centaines de phrases qui, nous l’espérons, sauront vous charmer.

 

Toutefois, il faut aussi gagner sa vie, car le métier d’écrivain n’est pas la panacée en ce pays du Québec. Je vous invite donc à lire en introduction une partie de ma prochaine chronique qui sera publiée dans le journal Le Radar, jeudi prochain le 17 janvier, question de vous mettre en appétit. Bonne lecture!

 

Ma prochaine chronique

Le monde change ici, mais pas là.

Que sera l’année 2013 ?

Passer d’une unité de mesure à une autre ne signifie pas grand-chose dans l’échelle du temps étalée sur un siècle, mais dans la vie de tous les jours, pour nous le commun des mortels, cela peut faire une grande différence. Ainsi va la vie, mais elle va beaucoup plus vite aujourd’hui qu’elle n’allait il y a de cela à peine quelques années. Je suis actuellement à plus de 1200 km des Îles, et je n’ai aucune crainte que mon texte sera publié le jour prévu de sa parution. Pourtant, il y a à peine quelques années, même pas dix ans, j’aurais craint que cela ne puisse être possible. Qui plus est, nous n’en sommes qu’à nos balbutiements s’íl faut en croire certains spécialistes. À l’autre bout du spectre, les deux tiers de l’humanité ont faim et alors que le cellulaire peut fonctionner en pleine jungle, des femmes marchent encore plus de cinq heures par jour pour aller chercher du bois ou de l’eau pour la journée. Alors se pose la question : Le monde change-t-il pour le mieux? – la réponse n’est pas simple.

Pendant les quinze derniers jours, j’ai demeuré dans un immense quartier de condos. Ils étaient tous semblables. Mêmes corniches, mêmes couleurs, mêmes espaces, mêmes fenêtres, mêmes portiques. La seule différence était la couleur des voitures sur les stationnements et encore là, malgré la multitude des marques, elles avaient à peu près toutes la même forme, le même profil. Dans les restaurants des environs, des dizaines de personnes semblaient heureuses de se retrouver et pourtant, plus de la moitié d’entre elles ne se regardaient même pas, car plongées individuellement dans le minuscule écran de leur téléphone ou dans les pages lumineuses de leur tablette numérique. Plus d’une fois, j’ai observé ce monde avec fascination, parfois admiration et quelques fois avec une certaine détresse, me demandant si je souhaitais vraiment vivre dans un monde pareil. Tout me semblait tellement identique que le seul souvenir comparatif qui me venait en mémoire était cette enfilade de maisons toutes conformes qui étaient bâties par les compagnies minières afin de loger des centaines, voire des milliers de travailleurs dont l’unique but était la production de la mine. Ce qui, évidemment, m’amène à vous parler de mes craintes.

 

…le reste à suivre dans le journal Le Radar, 17 janvier 2013.

À+

dimanche 30 décembre 2012

BONNE ANNÉE À TOUTES ET À TOUS

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*Chaque fois qu’une nouvelle année commence, bien malin les personnes qui pourraient dire vers quelles rives nous nous dirigeons. Certains petits malins pourraient bien rire en voyant cette photo et dire que je n’irai pas bien loin avec ma petite chaloupe. Mais je leur répondrai que mon voyage est bien plus en mer intérieure qu’en baie extérieure et que c’est ainsi que je les invite à ramer avec moi, avec nous tous, vers une humanité digne de porter ce qualificatif, c'est-à-dire une humanité bien plus « humaine ».

Il y a déjà 13 ans que nous avons traversé le vingtième siècle. Difficile de ne pas se souvenir de tous ceux qui nous ont quittés depuis si peu de temps quand même. Pour ma part, je garde en mon souvenir d’abord mon père, puis ma mère. Ensuite viennent mon oncle André, ma tante Odette, ma tante Marie-Louise, mon cousin Roger, mon cousin Robert, mon cousin Yvon, ma tante Julienne et j’ai peur d’en oublier d’autres, peut-être les plus chers à mon cœur, bien sûr à l’exception de mes parents.

Pourquoi à la naissance d’une nouvelle année ais-je le besoin de ramener en nos souvenirs les disparus que nous avons aimés me direz-vous? — pour une raison bien simple. Nous avançons tous vers un avenir incertain, un avenir peut-être heureux, peut-être malheureux, peut-être les deux. Il faut à l’homme et ici quand je dis, homme, je sous-entends les deux êtres du genre humain, une bonne dose de courage, de foi en l’avenir, de confiance en nos incroyables capacités d’adaptation pour envisager un monde actuel qui pourrait aller en s’améliorant, en devenant une victoire sur l’injustice, celle qui englobe tout, celle qui parle de guerre, de faim, de maladie, d’exploitation des plus démunis et autres calamités du genre.

Au cours des treize dernières années, j’avoue ne pas les avoir trouvées faciles et j’ai une énorme difficulté à comprendre ceux qui se réjouissent en dansant sur les places publiques, aux noms des Dieux de la bière, du vin et de la dope, chaque fois que le compteur d’une année passe d’un chiffre à l’autre. Au cours des treize dernières années, j’ai perdu la foi, puis je l’ai regagnée, puis aujourd’hui, je la questionne. Tant dans un rôle d’observateur que celui d’acteur, j’ai vu et connu la souffrance physique et la souffrance morale. Je ne prétends surtout pas être le champion en ce domaine, loin de là. J’en ai surtout plus vu que j’en ai eu et Dieu merci. À ce Dieu, je lui dis merci pour moi, mais je ne peux m’empêcher de questionner sa cruauté envers ses sujets. D’abord en étant supposément coupables à notre naissance d’un je ne sais quoi de désobéissance, d’être aussi les victimes d’un ange noir qui prend plaisir à torturer son humanité et doublement victimes de nos propres faiblesses, défauts, arrogances, envies et autres péchés dont nous semblons tous être affublés de façon génétique. Alors, je me demande comment un Dieu qui se dit bon peut tolérer tout ça sans se servir de son pouvoir, soit pour nous anéantir tous ou nous guérir tous. J’admire ces gens qui ont une foi aveugle, sans question et sans borne. Personnellement, je n’ai pas reçu ce cadeau en héritage. Je souffre trop de voir la souffrance des autres et l’injustice généralisée de ce monde pour taire ce questionnement devant la misère humaine, devant la mort qui arrive ou arrivera un jour.

Alors, voici ce que je nous souhaite à tous pour l’année 2013

Je nous souhaite un sauveur, un vrai. Un Jésus qui nous débarrassera de tous ces magouilleurs qui volent nos sociétés à coups de tractations qui se calculent en milliards de dollars. Je nous souhaite un sauveur qui amènera un peu plus de justice en ce monde. Un sauveur qui comprendra que 120 heures de condamnation en travaux communautaires pour un jeune leader étudiant pris en faute, indépendamment de sa culpabilité, demeure bien injuste quand un voleur de plusieurs millions de dollars peut partir avec une récompense de centaines de milliers de billets de banque sous forme de pension en récompense pour… services rendus à la société. « Il y a des pays où l’état paie l’étudiant et lui dit merci »… Félix Leclerc. Je nous souhaite un sauveur qui comme celui d’autrefois, aurait le courage de rentrer dans le temple sacré et de foutre à la porte à coup de fouet, tous ces voleurs qui s’habillent de la robe d’honnêtes citoyens alors qu’ils ne sont là que pour s’emplir les goussets. Je nous souhaite un sauveur qui arrivera à faire comprendre à nos gouvernants que tous les êtres humains ont des besoins de base minimes, des besoins tout à fait légitimes, comme des vêtements décents, un logis décent et une nourriture décente et que ce qu’on donne aujourd’hui à notre humanité, toujours sous conditions quelconques, n’équivaut jamais aux sommes colossales volées par des tractations douteuses, cachées en des paradis fiscaux tout à fait légaux et grande cause de la pauvreté d’un plus grand nombre. Je nous souhaite un sauveur capable de nous faire comprendre à tous qu’une banque alimentaire n’est qu’un cataplasme sur une jambe de bois, qu’il s’agit d’une grande injustice sociale quand plus de 10 % de ceux qui en utilisent les services sont des salariés qui n’arrivent quand même pas à manger correctement. Je nous souhaite un sauveur qui nous fera comprendre que chaque enfant de la terre qui meurt de faim est un enfant qu’on assassine. Je nous souhaite un sauveur qui nous fera comprendre que cela prend un grand nombre de pauvres pour faire un riche. Je nous souhaite un sauveur qui nous fera comprendre à tous et à toutes que les guerres ne sont jamais des solutions, mais une partie des problèmes, que tous les peuples ont droit à la liberté, à l’autodétermination et qu’à chaque fois qu’un enfant meurt sous les balles, cela devient une tache de sang tatouée sur le tableau de l’existence des hommes. « Après ce qu’on lui a fait, comprenez qu’elle hésite à venir – la Paix »… Félix Leclerc. Je nous souhaite un sauveur qui fera tout pour qu’avec nos moyens de communication modernes, que la vérité éclate partout, dans nos maisons, dans nos villes, dans nos pays, sur toute la terre. Et que tous les êtres de bonne volonté trouvent les moyens de travailler à redonner à tous et à toutes, la dignité, l’espoir et le courage de vouloir changer les choses pour le bien de toute l’humanité et non pour les petits bonheurs de quelques grands privilégiés. Je nous souhaite un sauveur qui pourra nous ouvrir les yeux à tous pour que nous apprenions à déceler qui ment et qui dit la vérité, qui nous manipule, nous endort et nous amuse pour que nous ne percevions rien de toute la trame esclavagiste que l’on dresse autour de tous les peuples. « La dictature parfaite aurait toutes les apparences de la démocratie, une prison sans mur d’où les prisonniers ne songeraient pas à s’évader. Un système d’esclavage où grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude »… Aldous Huxley, auteur du roman international « Le Meilleur des mondes ». Voilà ce que je nous souhaite à tous en 2013. Un sauveur qui nous aiderait à voir clair dans tout cet aveuglement, dans toute cette folie où l’on nous présente le camping derrière les portes d’un magasin avant son ouverture comme une expérience formidable, un monde où les produits de la peur sont monnaie courante et surtout très payants pour les vendeurs de pilules, que ce soit la peur de la grippe, la peur des microbes, la peur des hépatites, la peur du soleil, la peur de l’autre, la peur du voisin, la peur du pissenlit, la peur de la peur. Il y a de quoi avoir la diarrhée et de grâce, inutile de vous promener sur un terrain de golf avec une « bécosse » attachée à la ceinture, comme dans l’annonce télévisée que vous connaissez tous. Aussi, pour appuyer avec force la sincérité de mes souhaits ou de ma prière si vous préférez, je vous refile encore une fois la citation d’un homme, d’un poète qui voyait clair, qui voyait la folie humaine et qui savait par sa poésie, pousser les humains que nous sommes à quelques réflexions profondes.

« Un juste est un homme qui dérange, un homme qu’on finit par crucifier »… Félix Leclerc

BONNE ET HEUREUSE ANNÉE À TOUS… Et que la santé, la beauté, la justice et enfin, le bonheur soient à votre porte tout au long de cette année qui commence.

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GG.

mardi 18 décembre 2012

Silence… 20 anges et leurs protecteurs entrent au paradis.

*On dit que le battement d’ailes d’un seul papillon peut modifier tout l’équilibre climatique de l’univers. Et si un seul de nos gestes quotidiens pouvait sauver une vie. À la lueur de la tragédie de Newtown aux USA, j’ai inventé cette petite histoire de Noël qui n’a rien à voir avec les évènements des derniers jours, mais qui entre, enfin je le souhaite, dans les chemins d’une humanité plus juste, plus compréhensive, plus humaine. 

Georges Gaudet

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Le secret dans le manuscrit

La neige humide tombait lentement sur les rues de Montréal. Dans une petite beignerie non loin du pont Jacques Cartier, Thomas sirotait un café tout en dégustant quelques beignets lui rappelant les bonnes recettes de sa mère. Noël n’était pas loin et dans quelques heures, il allait prendre l’avion pour les Îles de la Madeleine. Jusque-là, la vie avait été bonne pour Thomas. Une session de plus et son diplôme des HEC en main, il lui était déjà assuré un emploi chez Brad & Jones Counsellors, une compagnie de services-conseils en entreprises.

Levant les yeux de son café, il vit un homme qui le fixait à travers les vitres du commerce. Plus précisément, cet homme fixait la boîte de beignes sur la table. Thomas était seul dans le resto, mis à part le serveur. L’homme dans la fenêtre était certainement un sans-abri. Les vêtements qu’il portait ne laissaient aucun doute et plus Thomas bouffait dans ses beignes, plus l’inconnu fixait la boîte de desserts sur la table. Gêné, Thomas lui fit signe de la main afin qu’il le rejoigne, ce que l’étranger fit presto. Cependant, à peine avait-il franchi le portique que le serveur bondit devant lui en lui disant : Dehors, on ne veut pas de ça ici. Je regrette dit Thomas, mais il est mon invité. Abasourdi, le serveur regagna la cuisine alors que l’étranger s’assit devant son hôte. La tête basse, les mains dans son veston, il demeura là sans bouger pendant de longues secondes puis toujours en fixant le plancher, sorti de ses poches, des mains recouvertes de gerçures et passant à travers les trous d’une paire de gants sans âge.-Tu veux quelque chose? – l’étranger ne répondit pas. Pris d’un peu de compassion, Thomas lui commanda un café, deux beignes et avant ça, un cheeseburger tout garni. L’homme ne dit rien, pas un mot ne sortait de sa bouche. Quand la nourriture arriva, il avala presque tout en quelques minutes. Indubitablement, il était affamé et ses vêtements sentaient la moisissure. Si au moins, ils avaient été chauds. Toujours sans rien dire et ne regardant pas Thomas dans les yeux, il mit deux beignes dans ses poches, se leva et partit avec ce qui restait de son café. – aie, attends une minute, lui cria Thomas. Attendri et réalisant qu’il en avait les moyens, il courut jusqu’à la porte et glissa dans la main de son étrange visiteur un billet de vingt dollars, ce que l’inconnu prit sans aucune parole ni remarque. Toujours tête basse, il quitta Thomas et disparut au premier tournant de la rue. Était-il un véritable sans-abri, un clochard habile qui roulait toutes ses victimes ainsi ou simplement un homme sans paroles et au plus profond de sa détresse? — Thomas n’en savait rien, mais son geste le réconfortait quand même. Après tout, dans approximativement six mois, il allait récolter de bons revenus, ses dettes d’étudiant étaient minimes d’autant plus que ses résultats lui avaient fait bénéficier de plusieurs bourses. Qui plus est, quand il allait raconter son geste à sa mère à Noël, elle allait être tellement fière de lui qu’il en retirera bien plus de bénéfices que ce malheureux vingt dollars. Pas qu’il avait planifié ce geste, mais il savait déjà que le nombre de pâtés à la viande et de tartes aux pommes allait légèrement augmenter dans ses bagages lors de son retour à l’université. Noël allait être tout blanc, Thomas se sentait heureux comme il ne l’avait jamais été auparavant.

30 ans plus tard

C’est la veille de Noël. Sur le traversier entre Manhattan et Long Island, un homme fixe la mer d’un regard étrange. C’est Thomas, le Madelinot exilé aux É.-U.. Il porte bien mal ses 54 ans malgré un effort certain de son tailleur pour dissimuler les traits d’une vie passée dans les bureaux. D’ailleurs, c’est à peu près tout ce qu’il lui reste, un habit griffé, car dans ce milieu-là, l’apparence compte autant que le contenu. Autrefois habile négociant en placements pour diverses compagnies puis cambiste sur le plancher de la bourse de New York, l’argent, les voitures luxueuses, les jolies femmes et tout l’apparat qui vient avec le luxe de ce milieu ne lui avaient pas fait défaut, loin de là. Plus tard, une fois assagi, il s’était marié à une Américaine et fondé une famille. Hélas, comme beaucoup de ses compagnons de travail, les marchés boursiers s’étaient écroulés et sa propre cupidité aidant, il avait tout perdu en quelques semaines. Même s’il n’était pas seul dans ce cas, cela ne l’avait aidé en rien pour se redresser financièrement. Sur le parquet de la bourse mondiale, on n’aime pas les « loosers » qu’on disait et il ne s’agissait pas que d’un slogan. Alors s’en suivit un divorce, la perte de la garde de ses deux enfants et pour finir, le grand plongeon dans l’alcool. Depuis maintenant trois années, il vivotait de petits contrats en petits contrats, se donnait des airs de réussite pour les besoins de la cause et une fois le travail fini, rentrait dans un petit appartement miteux dont les armoires de cuisine ne comptaient comme épicerie que quelques bouteilles de scotch, soit vides ou à demi pleines.

Sur le bateau, une idée lui traversa la tête. « Et si je plongeais. Fini la souffrance. J’irais trouver ma mère décédée et je suis certain qu’elle me comprendrait ». Derrière son épaule, une voix se fit entendre. – You’re not gone a jump? (Vous n’allez pas sauter?).— aie toi, je ne sais pas qui tu es, mais ce n’est pas tes oignons, OK! Que lui répondit Thomas en un parfait français, cela dit en voulant désarçonner son interlocuteur. – peut-être que si répondit aussitôt en français l’individu juste derrière lui. – ah oui, et qui va m’empêcher de sauter si je le veux… en supposant que je le veuille vraiment? – Personne! Je n’ai certainement pas envie de me tremper dans la rivière Hudson par un froid pareil rétorqua l’inconnu. — alors, qui que vous soyez, où que vous alliez, foutez-moi la paix et tirez-vous du côté bâbord, moi je demeure ici, à tribord, puis je sauterai à l’eau si je le veux et quand je le voudrai, bye! L’inconnu ne se laissa pas désarmer pour autant. OK d’abord, mais je reste ici, le côté tribord du bateau ne vous appartient pas à ce que je sache. Vous voulez une cigarette? — non mauvais pour la santé. — au point où vous en êtes, allez, fumez en une dernière. Thomas prit la cigarette et regarda l’inconnu droit dans les yeux.-Mais qui êtes vous, je ne vous connais pas? — moi non plus, et si, peut-être. Vous êtes un désespéré qui se demande s’il devrait se suicider, alors je crois que je suis au bon endroit. — pour m’aider à passer à l’action, pas besoin de vous? – non, pour assister à quelque chose qui aurait pu m’arriver, mais qui n’est jamais survenu. – ah oui, vous êtes en quelque sorte un ange envoyé par ma mère? – si j’étais un ange, il y a longtemps que je vous aurais ramené au sec en un vol aller simple. Non, heureusement, Dieu nous a toujours donné un choix et là, je vous regarde et j’apprécie le spectacle. Désarçonné, Thomas se tut un instant. L’inconnu reprit : Question de choix, je vous en propose un. — quoi, celui de sauter dans l’eau glacée? – non, venez passer Noël chez moi, en compagnie de ma femme et mes enfants. Vous pourrez toujours revenir demain afin de plonger de la plus haute rambarde. C’est spécial de mourir le jour de la naissance, vous ne trouvez pas?

Complètement déstabilisé, Thomas accepta de suivre son illustre inconnu. Il était 22 heures quand il entra dans le domicile de son hôte. Quel est votre nom? — Thomas, et vous? — moi c’est David et voici mon épouse, Martha et mes deux espiègles, Jacky et Sarah. Tous se saluèrent et David annonça que tous allaient à la messe de minuit. – je n’y vais pas dit Thomas. Ça fait longtemps que votre Dieu, il m’a abandonné. Disons que nous ne sommes plus amis amis depuis quelque temps. David et Sarah ne répondirent pas et se consultèrent du regard. OK, monsieur… Thomas. Alors, comme nous n’avons pas de grands biens dans cette maison et que vous ne pouvez certainement pas partir avec, nous irons tous à la messe de minuit et vous nous attendrez pour le réveillon j’espère. Surpris d’une telle confiance et épuisé, Thomas acquiesça sans broncher. Il était temps de partir pour la famille et avant de quitter la maison, David invita Thomas à s’étendre sur le divan dans son bureau. Bien qu’il n’ait pas dit de quoi il vivait, il devint évident pour Thomas que David était écrivain. La bibliothèque dans son bureau ne mentait pas. D’ailleurs, sur le coin d’un meuble, une liasse de feuilles brochées faussait l’apparence du reste. Sur la première page était écrit MANUSCRIT. Curieux, Thomas lut le prologue : sur la page de présentation, il lut : « Ce livre est en hommage à cet inconnu qui, trente ans passés, fit que plutôt de tourner à droite et me diriger vers le pont Jacques Cartier afin de mettre fin à mes jours, j’ai tourné à gauche. Je venais de réaliser que les anges existaient vraiment en ce bas monde».

À peine les cloches de l’église St-Patrick de New York se mirent à sonner à toute volée, David vit Thomas se joindre à toute sa famille. Les larmes aux yeux, Thomas venait de découvrir lui aussi que les anges existaient vraiment, et probablement en plus grand nombre à l’approche de Noël.    GG

* Une question toute simple:

- Quelle est l’utilité d’une arme de destruction massive comme un fusil d’assaut, un fusil mitrailleur à déclenchement automatique ou semi-automatique, stocké dans un domicile civil et accessible à tous, y incluant les enfants?

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Joyeux Noël à toutes et à tous. Que ce temps des Fêtes soit une période propice à une réflexion profonde sur les vraies valeurs qui devraient s’inscrire dans l’équilibre de notre société. Bonne santé à chacun et chacune. Nous serons en voyage quelque temps, mais ce blogue sera maintenu à chaque occasion propice. D’ailleurs, Dominique et moi allons continuer la rédaction de notre roman policier …en devenir.

À bientôt.