samedi 15 juin 2013

À mon père en cette Fête des Pères.

Bonne fête papa

En cette fête des Pères, je veux te rendre hommage pour tout ce que tu as été pour moi tout au long de ma vie.

D’abord, je tiens à le rappeler à tous les lecteurs de ce blogue. Comme beaucoup d’enfants qui ont eu le privilège d’avoir connu un bon père, tu as été mon héros tout au long de mon enfance, mon guide et mon protecteur, même après que j’eus quitté le nid familial.

Montage cadre MM papamédailles 1

Vétéran de guerre, marin de la marine marchande, j’ai été fier d’aller chercher ces médailles que tu avais tant méritées.

sur MacKinnonPapa-toileLes bateaux étaient ton univers et presque jusqu’à ton dernier souffle, tu as bâti des goélettes, des navires que tu trouvais beaux et presque invincibles si mené par de bons marins. La goélette que tu as eue aura été la plus belle partie de ta vie de capitaine, malgré les énormes difficultés financières qu’elle t’aura apportées.

Premier voilierTu m’as appris la passion de la voile avec ce premier voilier, bâti à partir d’un vieux bateau hors-bord sur lequel tu avais ajouté une quille longue, un gouvernail artisanal, un mât pris d’un arbre dans le bois de la montagne, des haubans faits de corde à linge et des voiles faites de sacs de farine que maman avait patiemment cousus.

doris et moiTu m’as enseigné la connaissance des qualités marines du doris, ce concept d’embarcation si simple et si efficace en mer.

papa & g 3  papa & g 10Tu n’as jamais cessé de naviguer dans ta tête, même à un âge où tu ne le pouvais plus physiquement.

papa 1S’il existe un paradis quelque part en cet univers, je sais que tu y es. Les bateaux y sont beaux, racés, les voiles sont blanches, les étraves sont fines, le vent se fait complice et un merveilleux et beau capitaine en tient la barre. Et ce capitaine, c’est toi, mon père, mon héros.

Bonne fête papa. Je t’aime.

dimanche 9 juin 2013

Les Éditions Azélie

Logo original

Notre logo, création: Georges Gaudet

C’est le nom de notre toute nouvelle maison d’édition.
Le monde de l’écriture et particulièrement celui de la publication d’œuvres littéraires, qu’elles soient populaires ou spécialisées, est en pleine mutation. Des livres numériques, des entreprises virtuelles de marketing, des librairies et bibliothèques accessibles à tous, poussent comme autant de jardins colorés et différents dans un monde nouveau de créateurs, de lecteurs et de diffuseurs. Il fut un temps où la possibilité d’être publié pour un auteur ne dépendait pas uniquement de son talent. Cette possibilité d’être publié dépendait surtout des contacts entretenus avec certains éditeurs connus ou plus encore, du niveau de popularité médiatique capable d’assurer une rentabilité parfois éphémère, mais assurée et immédiate. Heureusement, ce temps est révolu. Voilà pourquoi, Dominique et moi avons fondé tout récemment notre propre maison d’édition. Nous croyons sincèrement que pour tous les bons auteurs, le temps est venu où la perspective de publier ne sera plus un rêve, mais une possible réalité en devenir. C’est avec cette conviction que nous publierons tout prochainement un premier roman écrit à quatre mains, en coauteurs, sous le titre « Un cadavre dans le chalut » et sous le nom de notre toute nouvelle maison d’édition, Les Éditions Azélie.
Une vision d’avenir
Dominique a déjà trois romans policiers publiés en d’autres maisons d’édition et trois manuscrits en dormance qui n’attendent qu’un petit peaufinage avant publication. Quant à moi, l’auteur de ce blogue, j’ai en attente la réédition d’une nouvelle publiée en 2002 en plus d’une carrière professionnelle comme journaliste et chroniqueur. Va pour les présentations, là n’est pas le but de cet écrit. Au cours des mois, peut-être des années à venir, nous avons la ferme intention de publier d’autres titres, mais pas nécessairement d’un seul style. Qui plus est, nous offrirons notre expertise et notre expérience à d’autres auteurs potentiels qui voudront bien faire équipe avec nous afin de publier dans ce qui deviendra, nous l’espérons, les collections des Éditions Azélie.
Qui était Azélie?
Azélie, que tous appelaient Zélia, était une toute jeune fille d’à peine 16 ans qui habitait Havre-aux-Maisons, il y a de cela presque deux siècles. Un jour, alors que je voulus en savoir plus long sur la raison pourquoi ma grand-mère maternelle fermait toutes les portes et fenêtres de sa maison chaque fois qu’elle entendait le mot « Américains », je me rendis chez le meilleur conteur connu de notre village. Quelle ne fut pas ma surprise quand il me montra une collection originale de tous les registres paroissiaux et une collection des procès-verbaux des commissaires d’école de cette époque. PC160010Il faut préciser ici que du temps d’Azélie, les goélettes américaines faisaient la pluie et le beau temps autour des Îles de la Madeleine, bénéficiant d’une permission de pêche partout dans le golfe Saint-Laurent de par le traité de Versailles signé en France en 1783. Évidemment, dans la réalité de tous les jours, quand plus d’une centaine de goélettes ancraient dans la baie de Plaisance chaque printemps pour y acheter hareng et victuailles des pêcheurs côtiers et marchands de la place, cela donnait lieu à certaines libations portant à conséquences graves. Disons qu’en résumé, le dieu Bacchus s’en mettait parfois plein le cerveau de spiritueux.
C’est ainsi que je lus un texte du curé d’alors où il y avait écrit que la pauvre Azélie « s’était fait prendre » derrière les buttes de la Pointe-Basse par un marin de passage.» Point besoin d’être un historien pour comprendre que dans le langage de l’époque, cela voulait dire qu’elle s’était fait violer. Par la suite, la pauvre Azélie mit au monde un garçon, baptisé du nom de Jean et qualifié au registre de baptême de « bâtard ». Évidemment, avec une telle tare du ciel sur la tête, le fils Jean, que tous appelaient « le grand Jean » eût bien de la misère a trouver épouse, même si de l’avis du curé, il était un des plus beaux hommes et des plus forts de la paroisse. C’est d’ailleurs pour l’empêcher de commettre le grave péché d’impureté que ce même curé usa de son influence pour forcer la main des parents d’une amoureuse afin que ces deux jeunes convolent en justes noces. Pour le curé, c’était une histoire close, mais hélas, certainement pas pour la pauvre Azélie. Quand elle mourut, le curé a écrit dans le registre paroissial : « Et pour expier son péché, elle ne se maria point et porta le noir toute sa vie. »
Plus tard, le grand Jean eût des enfants et c’est ainsi que j’appris qu’il était mon arrière-grand-père maternel, le père de ma grand-mère, celle qui fermait toutes les fenêtres de sa maison en répétant tout bas comme une prière : « Mon Dieu, les (Amaritchiens). »
Voilà pourquoi nous avons convenu Dominique et moi d’appeler notre maison d’édition, les Éditions Azélie. En ce simple geste, nous espérons que cette pauvre victime que fut mon arrière-arrière grand-mère repose en paix et qu’elle ait, de façon posthume, toute la reconnaissance et le respect qu’elle aurait dû avoir de son vivant.
Georges Gaudet








vendredi 24 mai 2013

Petite histoire méconnue d’un naufrage

Louis d’Amour, premier officier sur le ZENOBVIA

GE-3 bateaux blogIl est beau le havre de Grande-Entrée. Quand les bateaux de pêche modernes s’élancent vers son entrée, peu de leurs capitaines savent qu’à quelques milles nautiques au sud de leur position, repose enfouie dans le sable, la coque d’un navire dont un des membres d’équipage fut à l’origine d’un nom de famille bien connu dans ce village, les D’Amour.

En effet, le long de la Dune-du-Sud, à environ six milles nautiques à l’est de l’île Shag, une coque surgit du sable pendant quelque temps pour retourner s’y enfouir au gré des marées et des courants des printemps et des automnes.

Le ZENOBVIA 

Il s’agit de la coque du ZENOBVIA et ce n’était pas un petit navire. Il s’agissait d’un brick de 212 tonneaux, construit en 1873 à Nantes en France. Lors d’un voyage entre Saint-Pierre et Miquelon et l’Île-du-Prince-Édouard, il s’est échoué à la Cormorandière le 11 décembre 1879, soit six années après sa construction. Aucun membre d’équipage sous la gouverne du capitaine Laberer ne perdit la vie, mais tous furent obligés de passer l’hiver aux Îles de la Madeleine à cause de la fermeture de la navigation en ce temps de l’année. À bord, sur les 32 membres d’équipage, il y avait un jeune officier du nom de Louis d’Amour.

L’histoire raconte que le dimanche qui suivit le naufrage, tous les marins, sous l’ordre du curé, étaient à la messe et les officiers portaient leurs plus beaux uniformes chamarrés d’or. Pendant son sermon, le curé demanda aux gens de la paroisse d’être généreux et d’amener les naufragés chez eux pour l’hiver. Après la messe, les Français se tinrent tous au garde-à-vous à l’arrière de l’église. En sortant, les paroissiens accrochèrent par le bras à tour de rôle chaque matelot et officier jusqu’au dernier. C’est ainsi que le premier officier Louis d’Amour passa l’hiver chez Zacharie Boudreau et connut celle qui allait devenir son épouse, la belle Geneviève Thériault.

Mériter la main de la belle Geneviève ne fut pas facile et sa mère, Élisabeth, de même que le curé de la paroisse, le soumirent à un véritable noviciat. Élisabeth répétait à qui voulait l’entendre : « Il ne faut pas se fier à ces étrangers-là! À beau mentir qui vient de loin » et s’il avait manqué à la messe du dimanche une seule fois par sa faute, il n’aurait jamais eu la main de celle pour qui son cœur battait. Après six ans de probation, on eût la certitude que Louis d’Amour était un bon chrétien et un brave homme. C’est donc en 1885, avec l’entière approbation des parents Thériault, que Louis et Geneviève purent enfin convoler en justes noces.

Après bien des péripéties, Louis d’Amour a continué l’exercice de son métier de marin. Il est devenu capitaine et propriétaire de sa goélette et a subi d’autres naufrages. En 1921, il vendit sa goélette LA BÉATRICE à son fils Albert et accepta le poste de gérant d’un magasin à Grande-Entrée. Louis d’Amour décéda en avril 1923 de calculs aux reins, victime encore une fois de l’hiver. La navigation n’étant pas encore possible en ce mois d’avril, il mourut avant qu’on ait le temps de le rendre à l’hôpital de l’Île-du-Prince-Édouard, l’hôpital le plus proche des Îles de la Madeleine à cette époque.

On dit qu’il repose dans le cimetière de Grande-Entrée, à l’ombre d’un modeste monument funéraire, seul témoin du premier d’Amour ayant pris racines aux Îles de la Madeleine.

Un résumé de Georges Gaudet

*Source: Antonio d’Amour, adaptation d’une lettre de Cyrille d’Amour à son frère Charles, le 20 mars 1960.

 GE-Au port

dimanche 12 mai 2013

Bien plus capables d’amour qu’il n’y parait

*Récemment, une polémique éclata sur un réseau social à propos d’une brave personne qui perdit son combat contre le cancer après avoir été médiatisée lors de son long cheminement vers une sérénité qui suscita une grande admiration.
Le jour de son décès, certains médias trouvèrent l’occasion de mentionner qu’au cours de sa vie, cette personne avait été danseuse dans les bars, comme si cela avait pu changer quelque chose au parcours courageux de cette femme.
Et si justement, ces êtres de l’underground, hommes ou femmes, clients ou péripatéticiennes, étaient justement bien plus capables d’amour que ces gens qui se disent « ordinaires ». Cette anecdote me rappela un poème, humoristique que j’ai tricoté dans mon imaginaire, il y a quelques années de cela, un de ces jours où j’avais envie de crier à tout le monde que… l’amour n’a ni frontière, ni préjugés, ni classe sociale. Il traverse les océans comme le vent, et ramène à lui toutes les brumes teintées de coeurs sincères, quels qu’ils soient.
rue d'amsterdam (modifiée)

Putes et vocabulaire marin

* À vous de trouver la signification des mots marins soulignés.

Ses pas glissaient lentement sur le macadam

Dans ce quartier d’Amsterdam,

Là où le vent de sa jeunesse,

Lui avait fait connaître, autrefois,

Plusieurs paires de fesses,

Au grand plaisir de son cacatois.

 

Mais c’était une autre époque,

Un temps loufoque,

Un temps ou les amerloques, chasseurs de phoques,

Passaient les vitrines des putes,

Prêtes à toutes les culbutes,

En autant que le client ne les rebute.

Basse marée 

 

Maintenant vieux capitaine,

Sa bedaine,

Cachait son mât de misaine,

Même que ce mât, digne d’une châtelaine,

Aujourd’hui avait plutôt l’air d’un appât

Pour une sœur Franciscaine

 

Trente ans plus tard

Elle était toujours là, dans sa vitrine,

Le visage bourré de fard

Et encore, cette généreuse poitrine.

C’était celle qu’il aurait pu aimer,

Il était celui qui l’avait désarmée

 

Pourtant, les putes d’Amsterdam

Ne s’amourachent pas du premier quidam

Elles les laissent mouiller leurs ancres

Mais s’assurent qu’elles chassent.

Pas question d’aimer un cancre

Avant qu’il ne l’enffourchasse

P5090027(sepia)

 

Mais lui, elle ne l’avait pas oublié

Devant sa prestance

Elle avait même tenté de l’humilier,

Et lui, d’une bienveillance

Avait rétorqué sans ambivalence

Madame, vous ressemblez à mon voilier

 

Et quand il lui montra son beaupré

Elle lui dit, il a plutôt l’air d’un mât d’artimon

C’est le plus petit sur un bateau, à ce que je sache

Non désarçonné et en toute beauté

Il glissa son ancre dans le limon

Tout en riant sous sa moustache.

 

Madame, l’artimon est essentiel

Dur au travail, il est à la poupe

Et avant de vous expédier au ciel

Il peut vous ramoner la croupe

Dans toutes tempêtes démentielles

Croyez-moi, vous n’y perdrez pas votre étoupe.

 

D’ailleurs,  « poop » chez les anglais

Veut dire merde, nous n’en sommes pas loin

Et si l’artimon se déréglais

Nous serions rendus chez les Malouins

Incapables d’accostage

Avec la guerre, en héritage.

 

Permettez donc, madame

Que de votre voile de dentelle

Je sauve ce qu’il reste de mon âme

Avant que cet artimon, ne détèle

Ceci serait infâme

Et indigne d’une caravelle

 

Elle avait ri, elle avait ri, elle avait ri

Tellement qu’elle n’avait jamais oublié

Ce marin dont elle s’était éprise

Premier homme qu’elle avait supplié

Jusqu’à ce que la brise

L’emporte sur son voilier

 

Eh oui, elle était toujours là

En vitrine, comme du chocolat

Maintenant plus charnue, elle lui sourit

Et de joie, son cœur éclata

Alors que l’autre, s’emballât

Sur cette rue, où vraiment personne ne vit.

 

Il entra, elle ferma les rideaux

Leur bastingage était fripé

Leurs yeux, pleins d’eau

Ensemble, ils burent un café

Et cette fois de dés non pipés

S’offrirent le plus beau des cadeaux

Portefolio 5

 

Il pleut sur Amsterdam

Un bateau glisse sur l’eau

L’artimon bien planté en poupe

À bord, il y a une dame

Qui dans ses mains, tient un roseau

Et lui, capitaine, lui embrasse la croupe.

 

Georges Gaudet




lundi 29 avril 2013

Jeu de mots et bateaux

Si vous allez au Cegep, campus Denise Leblanc aux Îles de la Madeleine, vous y verrez sur les murs une jolie collection d’expressions typiques des Îles et de l’Acadie. Pour le plaisir de la chose et les doux souvenirs que ces mots ont ramenés en ma mémoire, je me suis amusé à en faire un petit jeu, tout en pensant à Alphéda, ma grand-mère. Elle parlait si bien cette langue, une langue presque oubliée, belle comme les premiers pissenlits, salée comme la brume du printemps et douce comme la peau de ses mains. Des mains qui avaient tant tricoté la laine, tant pétri la pâte, tant essuyé les larmes de ses petits-enfants.

Samedi le 27 avril 2013

C’était le grand départ pour la mise à l’eau des cages à homard.

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Crédit photo: Dominique Damien

Il faisait frette sur le quai de Grande-Entrée. J’étais tout emborvé et ça me faisait gorziller jusque dans les entrailles. J’vous dis que c’était pas le temps de se décalventrer la falle par un vent d’nord pareil. Et pis à part ça, celui qui a décidé d’une pareille date pour l’ouverture de la pêche,  cé certainement pas lui qui a inventé le r’culons sur le homard…

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Crédit photo: Dominique Damien

Pis les bateaux ont fini par partir. C’était beau, même si y en a qui avions ben hâte de prendre pour le large avant que les garde-pêches lancent leur fusée. Y sont beaux ces bateaux-là. Cé pas les p’tits tok-o-tok d’avant, quand Jos partait avec sa cruche d’eau dans un filet pis un sac de galettes à m’lasse. Pas de cabines, rienk un saouèsse pis des hardes cirées et les grosses mitaines de laines que j’lui avait tricotées pendant l’hiver.

Mais ça fait rien, j’sus ben contente pour eux autres. Jos pis môa, on est au paradis maintenant, pi i-ousqu’on-né, pas besoin de cabines de bottes pis de GPS pis de toute s’te bringbale là. On r’garde ça d’en haut, pis on trouve ça beau. Et dire qui en avions qui pensent qu’la ville cé meilleur que ça. Moi, j’vous l’dis, Y sont fous raides çeuses là.  Bon y est temps que j’arrête mes armenas pis que j’ferme ma goule. Y en a qui vont dire que j’ai mangé de la bargou. Cé vrai qu’on petoune pas ici au paradis. On prie pis on écornifle ceux d’en bas. Pas pour les mépriser bien sûr, mais pour les aimer. On trapigne autour d’eux même si ils nous voient pas et si on peu, on les aide, même si y s’en aperçoivent pas.

Scusez-moi, mais y faut que je r’tourne à louèsse avant que mon Jos m’fasse un mess dans la pèntrie. Même ici en haut, Y s’contente pas yinke d’une becquée. Des fois, Saint-Pierre arrête pas de badgeuler et moi, j’fa mieux de m’décaniller si j’veux finir mes tartes avant que toute ma pouriginée arrive.

 

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Photo: Georges Gaudet

Et puis il y a des matins comme ça. Des matins où quand les rayons du soleil percent la fenêtre du salon et embrassent les mâts de la goélette que mon père a construite à l’âge de 82 ans. Sa goélette, celle qu’il a navigué sur toutes les eaux du golfe pendant cinq années de sa jeunesse, celle qui fut à l’origine de sa passion pour la navigation à voile, un amour qu’il m’a si bien transmis.

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papa & g 1

Photos: Georges Gaudet

Il y a des coins de paradis qui ne s’oublient pas.

 

Bonne semaine à tous, amies lectrices et lecteurs.

GG

dimanche 21 avril 2013

Pour combler mon absence

Nouvelle couverture (titre) mars 2013

Une absence prolongée de ce blogue peut se justifier par un petit voyage d’une dizaine de jours à Montréal et les environs. Bien du pain sur la planche de ces temps-ci et pourtant, je considère ce moment où je place des écrits et des photos sur cette page comme une joyeuse obligation. Notre roman à suspense écrit par Dominique et moi va bientôt prendre le chemin de l’éditeur sous le titre de : « Un cadavre dans le chalut ». Entre temps, il faudra préparer un petit bateau pour les loisirs d’été et surtout, mis à part de nombreux contrats d’écriture (je ne me plains pas ici), bâtir tout un solarium sur une partie de la maison avant que ne débute un autre genre de travail, soit celui d’animateur historien en croisière sur le Saint-Laurent pendant tous les mois de juillet et août prochains. 

Diane Hébert 1

Crédits photos: Diane Hébert

Diane Hébert 2

Puisque ce site en est un de textes, de bateaux et de dessins en tous genres, je tiens à partager avec vous, trois superbes photos. Deux d’entre elles sont de Diane Hébert alors qu’elle a fixé sur « pixels » le VACANCIER alors qu’il entre au quai en pleine nuit. Quant à l’autre photo, elle vient aussi du site de Diane Hébert « Vous souvenez-vous » sur FB. Il s’agit du site de La Grave à Havre-Aubert, telle que je l’ai vue alors que je n’avais que 5 ans. Tous ces vieux magasins, la « Maritime Packers » et le havre remplis de petits (ti-ké-tak), ceci sans oublier la maison des trois sœurs Shea, là où je suis né… au deuxième étage. Peu de temps après, les nouveaux propriétaires l’ont démolie pour bâtir le bungalow qui est juste à côté de l’actuel musée de la mer, du côté nord de l’édifice.

Comme les Anglais disent : « ENJOY »… à propos des photos bien sûr.

Diane Hébert 3

À bientôt : GG

mardi 2 avril 2013

Écrire et écrire encore… avant que la mémoire n’oublie.

Ça y est, notre roman Madelinot, un « suspense » dont le titre sera UN CADAVRE DANS LE CHALUT est parti pour le comité de lecture. Dominique et moi avons l’impression de participer à la naissance d’un bébé, un bébé que nous avons fait à deux, comme dans la vraie vie quoi!

Dominique et Georges

D’ici la mise en marché, nous nous en détachons un peu comme des parents qui laissent aux infirmières le soin de langer le bébé. Évidemment, comme une dépendance dont nous ne pouvons nous libérer, nous continuons, chacun à notre rythme, à écrire sur tous les sujets qui nous intéressent. Ainsi se passent nos ateliers d’écriture, chaque mercredi en soirée. Personnellement, je vous fais cadeau de deux textes dont le défi était une rédaction ne devant pas dépasser 20 minutes de création, le tout à partir d’un thème proposé par l’animateur, Georges Langford.

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Photo Georges Gaudet

Les quais, les bateaux, les marins, les bistros, tous ces univers qui servent de toile de fond aux plus grandes histoires maritimes du monde, demeurent aussi l’essence même de la petite histoire, celle des couples en amour, celle des adultes dont la jeunesse est gravée dans la mémoire du temps.GG

Le devoir

À partir du thème « Les endroits publics », il fallait se laisser inspirer de la phrase suivante : « En fin de journée, c’est tout le village qui défile au bistro du bord de mer.» Voici donc ce que cela a donné :

Un amour à saveur océane

Elle était seule derrière le bar. Linge à vaisselle sur l’épaule, les mains dans le savon de l’évier, les bucks de bière semblaient attendre ses caresses. Un à un, tout en fredonnant un air qu’elle semblait être la seule à connaître, elle les lavait, les essuyait, et avec un sourire hésitant entre le rictus et le charme, elle les déposait délicatement sur la tablette de verre juste devant le miroir.

C’est là qu’elle le vit. Il venait d’entrer discrètement, presque sur la pointe des pieds. Déposant son sac de marin sur une chaise, il la regarda de cet air qu’elle connaissait si bien, même si cela faisait six mois qu’elle ne l’avait pas vu. S’élançant l’un vers l’autre, ils s’embrassèrent goulument, passionnément, sans retenue, lèvres contre lèvres, corps contre corps, cherchant en l’autre toute cette chaleur, cette passion qui leur avait tant manquée.

— Tu es toujours aussi belle qu’il lui dit!

— Et toi, toujours aussi menteur qu’elle lui répondit tout en lui déposant de ses lèvres charnues, un tendre baiser juste sur le bout du nez.

Leurs mains finirent par se quitter avec regrets. Lui s’assit à une table au fond du bar, elle, reprit sa place derrière le comptoir, devant le miroir. Il fallait se retenir un peu, car en fin de journée comme ça, c’était tout le village qui passait par le bistro du bord de mer.

GG

L’autre devoir

Le thème était « Sur les quais » et la proposition d’écriture se déclinait ainsi : « C’est noir de monde sur le quai! — Que se passe-t-il? »

C’est curieux, mais chaque fois que je suis coincé dans le temps pour rédiger un texte, un personnage revient toujours à ma rescousse. Et ce personnage, c’est invariablement celui de mon père. Alors, encore une fois, voici ce que cela a donné :

LOVAT

Photo: origine muséale inconnue via internet

Un brin d’histoire (il y a du vrai là-dedans. À vous d’en faire le partage.)

La boucane noire du vieux LOVAT était visible depuis l’horizon, juste à l’ouest de l’Île d’Entrée. Preuve que la terre était bien ronde, on ne voyait pas encore les mats et encore moins la cabine du vapeur.

C’était noir de monde sur le quai du Havre-Aubert, mais que se passait-il? Les élections approchaient et le bruit avait circulé que Hormidas Langlais était à bord. La brise était douce en ce jour de vieux printemps et sur le quai, les femmes portaient leur plus beau chapeau, les crinolines se soulevaient à peine et madame la mairesse se laissait fusiller du regard venant des quelques jalouses placoteuses du village.

Finalement, le LOVAT contourna le Bout du Bain et en peu de temps, les hommes se chicanaient presque pour déterminer qui allaient attraper les amarres lancées du bateau. Le « ganeway » fut abaissé et comme un prince au chapeau noir, Hormidas descendit la passerelle, saluant tout le monde comme un prêtre bénissant ses ouailles alors que toute la foule applaudissait.

Ensuite, ce fut Monseigneur Arseneau puis son Chanoine qui en fit autant, suivis immédiatement d’une flopée de cornettes pointues des bonnes sœurs du couvent. En procession presque idolâtre, la foule suivit le cortège au son des klaxons des voitures appartenant aux notables de la place et moi…

Moi à 5 ans

Et moi qui n’avais que cinq ans, j’attendais toujours en bas du « ganeway ». Il était là, tout là-haut, chemise sale, noircie de cambouis, sueur à la poitrine, sourire aux lèvres et sac de marin sur l’épaule. Il descendit d’un pas leste la rampe et me prit dans ses bras comme si je n’avais pesé que toute la joie qui envahissait mon être.

J’enfouis mon visage dans cette chemise empestant le charbon et la sueur puis je dis : « Ça sent le travail »… et il éclata d’un grand rire, un rire que j’entends encore aujourd’hui, comme si j’étais encore dans ses bras.

sur MacKinnon t

GG

mercredi 27 mars 2013

29 mars 2008 au Nord-Est du Cap Nord sur l’île du Cap-Breton.

Souvenons-nous

Naufrage de L’ACADIEN II 

Six chasseurs et pêcheurs faisaient partie de l’expédition au moment du naufrage. Le capitaine Bruno Bourque, Carl Aucoin, Gilles Leblanc et Marc-André Déraspe perdirent la vie alors que Bruno-Pierre Bourque, le fils du capitaine et son compagnon Claude Déraspe survécurent par miracle à cette tragédie, une tragédie qui aurait pu être évitée si les professionnels du sauvetage en mer n’avaient pas fait preuve d’un tel laxisme.                                                                                          

L'Acadien II

Credit photo: Georges Gaudet

Dans la mouvance émotionnelle de cette époque, j’ai rédigé le poème que voici. Je ne connais rien à la musique, mais si un artiste était intéressé à mettre des notes sur ce qui suit, il ne lui suffit que d’entrer en contact avec moi par l’adresse courrielle au bas de cette page.  Voici en presque totalité le texte publié dans le journal Le Radar au cours de la semaine qui suivit cette catastrophe maritime.

 

L’Acadien II et son équipage au panthéon de la tragédie acadienne

Le nom demeurera synonyme de tristesse, tout comme les noms de Nadine, Marie-Carole et autres noms de navires dont l’identité fut pourtant donnée par amour de ses enfants ou par amour de sa patrie.

Avec la disparition de Bruno Bourque son capitaine, les membres d’équipage Marc-André Déraspe, Carl Aucoin et Gilles Leblanc; c’est tout un placard d’histoire maritime acadienne qui vient de sombrer au fond des eaux du Golfe. Ce pan d’histoire emporte avec lui, le savoir des gens de mer, la passion d’un métier d’une grande noblesse et l’amour jamais assouvi d’une mer qui peut être si généreuse et si cruelle en même temps.

 

L’Acadien II

Ils sont partis pour la chasse aux loups-marins

Passionnées de mer, de glaces et d’aventures.

Le danger leur tient de compagnon quotidien,

Comme vent qui siffle dans une mâture.

Ils ont fait profession de foi en la mer,

Depuis longtemps, depuis peu, ils l’aiment,

Ils craignent aussi son goût de sel amer,

Qui si souvent , n’a donné que douleurs et peines.

Pourtant, le jour où ils sont partis

Pas d’adieux, simplement des au revoir,

L’anxiété du départ amortie

Ils filaient sur l’onde, comme éphémères sur un miroir.

C’était sans compter sur le gouvernail

Qui allait amorcer toute cette tragédie.

Bloqué à bâbord, il ouvrait un grand portail

Dans les glaces, vers la mort, triste mélodie.

Des gars comme des géants de leur profession

Si grands de savoir, si petits dans l’univers,

De la grande faucheuse, ils ne savent pas la confession

D’avoir leurs vies, comme un bien perçu, en fin d’hiver.

Parents, épouses et six enfants pleurent

Tout le pays acadien baisse les yeux

En peu de temps, ils ont perdu quatre des leurs

Jeunes, beaux et fiers, retournés vers leurs aïeux

Racines d’un peuple, cultivateurs génocidés

Par obligation devenus pêcheurs, bâtisseurs de nations

La mer fut le ferment d’une histoire recommencée

L’Acadien II et son équipage portaient bien son nom

Georges Gaudet

* Je connaissais bien Bruno Bourque. Il y a une vingtaine d’années de cela, j’avais eu le privilège d’être le photographe de son mariage. Plus tard, alors que j’étais douanier, je fus choisi pour piger dans un chapeau les noms de deux heureux gagnants d’une licence de pêcheurs de crabes. Le hasard a fait que j’ai pigé le sien sur plus d’une vingtaine d’appliquants. Chaque fois qu’il me rencontrait, il me demandait toujours à la blague si j’allais lui révéler comment j’avais caché son billet dans la manche de mon uniforme, ce qui bien sûr était absolument faux, impossible à réaliser et surtout à l’encontre de toute éthique professionnelle en plus d’être injuste pour tous les autres candidats. Bruno aimait blaguer et parler de pêche et de chasse. Toutefois son véritable métier, était la pêche. Déjà dans la vingtaine, il pêchait à la morue au large de Chéticamp avec son père. C’était le genre d’homme dont le sel de mer coule dans les veines. Connaître ce genre d’individus nous convainc profondément qu’il y a des gens nés pour un métier, une profession. Il connaissait les eaux du Golfe comme le creux de sa main et son jardin s’étendait des côtes de la Nouvelle-Écosse à la Basse-Côte-Nord en passant par Terre-Neuve, le Nouveau-Brunswick et l’Île Saint-Jean. Des hommes comme Bruno sont comme des géants dans leur domaine. Jésus n’a-t-il pas choisi des pêcheurs parmi ses apôtres? Il a rempli leurs filets et a marché sur les eaux pour eux. Il y a quelque chose dans ce métier de pêcheur qui transcende sur autre chose qu’uniquement les valeurs matérielles. C’est peut-être pourquoi quand des géants comme Bruno et ses membres d’équipage, Marc-André, Carl et Gilles, pêcheurs aux racines profondément plantées en sol Acadien, sombrent dans les profondeurs du Golfe, ils en embrassent toute l’étendue et la vague vient se fracasser sur les côtes de Chéticamp à Caraquet, de Shippagan à Havre-St-Pierre, de Port-aux-Basques à L'Étang-du-Nord. Voilà une façon peu banale d’entrer dans l’histoire des Îles de la Madeleine, voilà une façon douloureuse d’entrer dans l’histoire de toute l’Acadie.

GG

mardi 19 mars 2013

La mer est une autre dimension du monde

Il y a des évènements qui marquent un changement radical au cours d’une vie. Pour les uns, il s’agit d’une banalité qui fait office de point de repère sur la route d’une existence. Pour d’autres, il s’agit d’un drame qui pourfend l’âme et parfois le corps tout en même temps. Nul n’est à l’abri de tels imprévus. Ils sont le lot de la vie et peuvent se révéler dès le début de la grande aventure. Ils sont alors comme des balises qui étalent les chapitres d’une destinée.
C’est au cours d’un atelier d’écriture que j’eus soudainement l’ambition de vous révéler, à vous lectrices et lecteurs, un fait marquant, une bouée qui marqua le début d’une route tracée à partir d’un havre que je croyais éternel. Un havre que j’ai cherché longtemps depuis et que, du fond de mon âme, j’ai retrouvé, même s’il n’est plus et ne sera plus jamais ce qu’il a été.
Sous le thème, « La mer est une autre dimension du monde », il me fallait intégrer non pas uniquement la phrase suivante : « Je retournerai là où je me suis reconnu » à un texte de mon cru, mais aussi d’y donner vie et crédibilité. Voici ce que cela a donné… (une autre histoire vraie)

* Je retournerai là où je me suis reconnu.

Croquis moi et doris

Mon croquis

Les « bottes à grand jambes » de mon père montées jusqu’à l’entre-jambes, les talons des bas de laine trempés dans l’eau froide du printemps, la main qui tirait le doris à contre-courant pour l’ancrer sur sa « picasse », j’entendis ma mère me crier : « Viens-t’en, le Père Cyr veut te voir » .

J’étais heureux, non pas de la visite du chapelain qui était venu évaluer ma volonté d’entrer au séminaire, mais bien au contraire, de cet air qui salait mes poumons, cette eau qui entrait lentement dans les plis de mes bottes, et ce doris qui me suivait comme un chien fidèle.

Le gazouillis de l’eau autour de mes cuissardes fut vite remplacé par les questions inquisitrices du curé. « Veux-tu devenir prêtre un jour ? » — ben oui que je répondis en prenant cet air assuré tel que ma mère me l’avait recommandé et répété depuis des semaines.

Trois mois plus tard, sous les draps blancs d’un dortoir de 60 lits, je pleurais chaque soir ce bonheur perdu au bout des rails d’un pays inconnu. C’était le début de l’aventure d’une vie, la grande aventure d’une petite vie, la petite vie d’une grande aventure, je n’en savais trop rien.

Des dizaines d’années plus tard, après le tour du monde qu’on m’avait imposé, après le tour du monde que je m’étais construit, je retournai là où je m’étais reconnu. Le doris n’y était plus, la picasse non plus, mais moi, j’y étais encore.

GG

Petit cadeau photographique… et non, le traversier n’était pas échoué dans les sapins en bas de notre terrain.

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Photo de l’auteur

Bonne semaine à toutes et à tous.