lundi 30 juin 2014

Quand dame nature nous aime

georgesgaudet49@hotmail.com

Enfin l’été

* Le temps des bateaux, le temps des voyages, le temps des rêves. Depuis la postadolescence, je me suis toujours demandé pourquoi nous devions travailler pendant l’été. Question bien naïve, je sais, mais imaginez comment les Îles seraient si ce temps merveilleux qui ne dure que dix semaines par année aux Îles (douze si nous sommes chanceux), se prolongeait pendant au moins les deux tiers de l’année. Eh oui, probablement que nous ne l’apprécierions bien moins. Voilà pourquoi en ce blogue hebdomadaire, je vous convie en mots, en photos et en bateau, à ce premier voyage sur la mer des Îles de la Madeleine, le plus beau coin du monde pendant si peu de temps.

Nixe 1

Eh non! Cette photo n’est pas des Bahamas, mais bien prise de la terrasse d’un resto sur La Grave aux Îles en ce 29 juin 2014. J’ai enfin mis à l’eau mon petit bateau que je souhaite vendre. Bien que j’aime cette merveilleuse petite embarcation, cet été sera monopolisé par le boulot et plutôt que souffrir de voir « La Nixe » (c’est son nom) au bout de son ancre presque tout le temps, je préfère l’offrir à quelqu’un qui saura en apprécier toute la valeur et en prendre soin comme je l’ai fait depuis 2007. L’hiver prochain apportera ses surprises et ses défis. Il se pourrait bien qu’un autre bateau entre au sein de ma petite armada aux grandeurs variant souvent entre 10 et 15 pieds de longueur. Donc, dimanche dernier, j’ai comme on dit aux Îles, « lancé » mon petit bateau et comme il est bien marin, ce petit navire, Dominique et moi avons décidé de partir à l’aventure dans la Baie de Plaisance.

Cpt Dominique GPS

Capitaine Dominique prit la barre et à une vitesse moyenne de 5 nœuds, nous avons quitté Cap-aux-Meules, direction Havre-Aubert. Magie du modernisme, un petit GPS portatif indique bien notre position en plein milieu de cette belle baie.

Chenal

Une heure et trente minutes plus tard, un merveilleux panorama pouvant rendre jaloux n’importe quel résidant des mers du Sud s’offrait à nous. Capitaine Dominique connait maintenant ses entrées de chenaux. Verte à bâbord, rouge à tribord en entrant ou en amont si vous voulez. Et sur cette petite note humoristique, la fameuse plage du « Bout du bain » comme on l’appelait chez nous et que la toponymie appelle maintenant le « Sandy Hook » nous présentait ses merveilleuses dunes de sable tout en cachant de l’autre côté, une des plus belles plages des Îles.

platier HA

Signe des temps, les cormorans disputent maintenant le platier de l’entrée du Havre aux goélands. Mystère et boule de gomme, nous nous demandons si ces deux espèces s’entraident, se tolèrent ou se combattent. Quelques décennies auparavant, cet endroit était bel et bien le sanctuaire unique des goélands et des hirondelles de mer. La question demeure donc sans réponse, mais gageons que d’ici peu, les cormorans auront pris toute la place.

Chalet Les campagnes publicitaires à propos des mers du Sud font presque toujours état de paradis inconnus aux hôtels cossus le long de plages dorées. Pour ma part, en passant devant pareils décors, je préfère penser que le paradis peut ressembler à ce petit chalet posé simplement sur le bord de la rive, insolent de simplicité et de beauté.

Petite Baie 

Et puis comme tout est bien qui finit bien, c’est à marée basse que nous avons ramené « La Nixe » en son lieu de repos avant la tombée de la nuit. Un 29 juin 2014 à ne pas oublier. Mon petit bateau est enfin à « son mouillage » bien à l’abri dans une crique de La Petite Baie à Havre-aux-Maisons, là où il y a maintenant deux ans, nous avions, ma compagne et moi, passé l’été en camping, à l’abri dans sa petite cabine et admirant chaque matin, un autre des plus beaux panoramas des Îles de la Madeleine.

Bon vent à toutes et à tous.

GG

lundi 23 juin 2014

Des voiliers et l’amitié

Par Georges Gaudet  georgesgaudet49@hotmail.com

Le plaisir n’est pas toujours proportionnel à la grosseur du bateau

Doris à mon père

Le doris de mon père.

Deriveur 1 

Mon petit dériveur de 11 pieds.

C’est l’été, enfin si celui-ci veut bien arriver avant que les jours ne commencent à rétrécir un peu trop vite. Voilà qui justifie les sujets à venir, puisque j’ai l’intention de vous entretenir de bateaux, petits et grands. J’ai même l’intention de dialoguer avec les bateaux et non, je ne suis pas fou. Mon père disait souvent que les navires, tous les navires, avaient une âme et que c’était pour cela que les bateaux ne savaient pas mourir. Ceux en fer finissent à la ferraille, dépouillés de tout et rouillés. Ceux en plastique terminent souvent leur vie dans un parc à déchets, cuits par le soleil et polluant l’environnement. Ceux en bois craquent et s’affaissent sur leurs structures, s’allongent le long d’une plage ou se fracassent sur des rochers pour disparaître au fond d’un havre, d’une crique ou même de l’océan. Les Vikings avaient une façon particulière de terminer la vie de leurs drakkars. Guerriers autant que pêcheurs et conquérants des mers, leurs bateaux mouraient avec leurs propriétaires. On étendait la dépouille du défunt sur le fond de son voilier, on y montait la voile et tout en orientant l’étrave vers le large, on y mettait le feu pour que celui-ci brûle avec la dépouille de son capitaine et rejoigne ses ancêtres au fond des mers inconnues de l’au-delà. Pas pratique pour les règles d’aujourd’hui, mais drôlement symbolique et respectueux du lien parfois indéfectible qui peut exister entre un marin, la mer et son bateau.

Petite histoire banale

La pluie avait saveur de sel et la température des allures d’automne, même si nous étions au début de l’été. Tirant derrière ma voiture mon petit dériveur, je décidai d’arrêter au bistro, question de siroter un vrai bon café de marin tout en espérant que dame nature veuille bien se calmer un peu. C’est là que je reconnus un vieil ami depuis longtemps disparu des quais que je fréquente habituellement. Il s’appelait Maurice et enfants, nous avions partagé notre passion pour les petits voiliers tout en rêvant d’en avoir de bien plus gros le jour où nous allions devenir riches. Ensemble, nous avons bâti un « Optimist » et puis un « Mirror » pour ensuite accepter que la vie nous éloigne l’un de l’autre. Maurice souffrait d’une maladie que l’on aurait pu appeler « ignorance du danger » et « ambition sans limites ». Cette particularité pouvait expliquer le nombre de fois qu’il avait dessalé « chaviré » avec ses dériveurs. D’une part, il s’était souvent trouvé dans la flotte et d’autre part, il était devenu un spécialiste du redressement d’un petit voilier. Personnellement, je n’étais pas peu fier de mon dossier vierge en renversement alors que lui, comptait avec fierté le nombre de fois qu’il était revenu sain et sauf sur la rive après quelques dessalages spectaculaires.

Optimist Mirror 

Un OPTIMIST                                                                    un MIRROR.

Quelque 30 années étaient passées depuis ce temps-là. Nos cheveux sont maintenant la couleur d’un nuage d’automne, nos tailles respectives un peu plus rondes et nos articulations passablement plus douloureuses. Toutefois, le feu de la passion de la voile ne s’est jamais éteint. Après quelques bières bien calées, Maurice m’apprit qu’il n’avait plus de voilier. Tu sais, à une certaine époque, je me suis payé le grand luxe. Quand j’ai quitté le pays pour faire carrière dans l’immobilier, je me suis vu d’abord avec un voilier de 22 pieds. Puis a suivi un 30 pieds et finalement, j’ai un jour possédé un beau « Swan » de 48 pieds. Et tu sais ce qui me chagrine le plus aujourd'hui? – pendant toutes ces années, j’ai eu l’impression d’être un chien qui courait après sa queue. L’argent rentrait bien, mes bateaux étaient ce que j’avais toujours désiré, je me suis marié, j’ai eu deux enfants et puis nous avons fait de merveilleux et trop courts voyages un peu partout dans le monde… en avion. Cela me coûtait une fortune pour les assurances, les places à quai, l’entretien et l’hivernement de ces beaux voiliers. Le pire dans tout cela, mes enfants n’ont jamais partagé ma passion pour la voile et quant à mon « ex », inutile de te dire que chaque fois que je voulais partir vers la mer en sa compagnie, il me fallait inviter toute sa communauté d’amis, de confrères et consoeurs de travail, mais uniquement pour un barbecue sur le pont, bien attaché à la marina. Je te le dis à toi, mon vieil ami des beaux jours, j’avais le sourire accroché jusqu’aux oreilles, mais j’étais malheureux comme un « plogueil » hors de l’eau.

Après de telles confidences, je me sentis obligé de partager une partie de mon existence avec ce vieil ami retrouvé. Comme la plupart d’entre nous, j’avais connu des hauts et des bas et à la différence de Maurice, la richesse n’était jamais passée sur mon chemin. J’étais demeuré collé à mon petit coin de mer après les études et je m’étais contenté de quelques petites chaloupes à voile tout en fabriquant mon petit bonheur, à la journée, en compagnie d’une formidable compagne qui avait toujours partagé ma passion pour la mer. Par courtoisie, devant cet ami plutôt malheureux, je me retins d’exposer mon petit bonheur sans grande histoire. Avalant une dernière gorgée de bière, je remarquai que les nuages s’étaient dissipés et un bon vent frais du nord d’environ 15 nœuds semblait s’être bien établi. Je donnai une bonne tape dans le dos à Maurice et lui dis : « Vient-en, on s’en va faire de la voile » — ce à quoi il répondit : « Je me demandais quand tu allais te décider à m’inviter. » Alors, nous sommes partis pour le club de voile non loin du bistro. Après quelques manœuvres dans la descente, mon petit voilier de 12 pieds était à l’eau et par esprit de compétition, Maurice se loua un « Laser » et me lança le défi de le battre autour des bouées du chenal du havre. Bien que je n’étais pas de taille avec mon petit esquif, j’acceptai pour le plaisir et je reconnaissais là, l’esprit compétitif de Maurice. Une fois sur le fil de départ imaginaire que nous nous étions fixé, nous sommes pour ainsi dire tous les deux décollés sur les chapeaux de roues… sur les écoutes de grande voile en quelque sorte.

Laser 

Un LASER

La course

Bien que plus lent à cause de la configuration de mon dériveur, je tins tête à Maurice pour un bon bout de temps. Les vieux réflexes de ce fier compétiteur tardèrent à venir, mais avec les embruns en plein visage, le sourire lui est revenu avec les gestes oubliés depuis trop d’années. Presque coque contre coque, nous avons filé bon plein jusqu’à la première bouée du chenal. Devant nous, quelques jeunes filaient largue dans leurs OPTIMISTS et se demandaient sans doute qui étaient ces deux vieux rabots qui semblaient tant s’amuser avec leurs embarcations si différentes. Certains d’entre eux tentèrent de s’intégrer à notre parcours et même de compétitionner avec nous, mais pour une fois, devant la vieillesse, ils durent s’incliner dignement alors qu’au vent arrière, une fois la troisième bouée contournée, Maurice prit la tête avec la fierté d’un paon et une expression presque piratesque digne de ses jeunes années. Les étraves de nos voiliers labouraient l’eau devant nous et la barre à la main, le corps tendu sur l’arrière de nos voiliers, jeunes et vieux filèrent vers la rive à la vitesse que le vent voulait bien nous pousser. Dérive relevée, safran débarré, les uns après les autres, nos voiliers s’échouèrent doucement sur la rive légèrement vaseuse du camp de vacances alors que plusieurs jeunes vinrent nous trouver pour nous applaudir. Les voiles s’abaissèrent, Maurice souriait et personnellement, je retirai mon mat de son emplanture, remisai ma voile et ramai jusqu’à la descente et embarquai mon voilier sur sa remorque. Après avoir remisé le LASER, Maurice vint me rejoindre. Tout en m’aidant à sécuriser le tout sur la remorque, il me regarda droit dans les yeux et je ne pu que constater qu’il pleurait. Quelques larmes bien discrètes qui avaient l’air de larmes de vent étaient en fait ce qu’un jeune enfant avait déjà appelé devant mon désarroi, « de l’eau de peine ».

La main sur mon épaule, un peu gêné, il murmura : « Merci! J’avais oublié qu’on pouvait avoir autant de plaisir avec quelque chose d’aussi simple. Merci mon ami et promets-moi une chose… » Et c’est quoi cette promesse que je lui dis? – que nous recommencerons à la prochaine occasion fut sa réponse. Quelques dizaines de minutes plus tard, nous partagions une bonne pizza et quelques bons souvenirs au resto du coin. Un dicton anglais dit tout : « The smaller the boat, the greater the fun. »

Bonne semaine à toutes et à tous.

…et Bonne St-Jean.

GG

lundi 16 juin 2014

Trésors des Îles de la Madeleine

 

Sa maison est un véritable musée.

C’est bien connu, les Îles regorgent de trésors. Il y a bien sûr des trésors naturels qui nous entourent, des trésors culturels, des trésors touristiques, des trésors artistiques. Tous ces trésors sont pour la plupart accessibles et facilement appréciables. Il y a aussi des trésors cachés. Des tonnes de trésors cachés, souvent dans les greniers, sous des piles de livres, dans de vieux coffres en bois, des sacoches au cuir usé, des piles de journaux personnels, écrits à la main, avec une touche calligraphique à faire pâlir les polices modernes de nos ordinateurs. Il y a dans beaucoup de nos foyers madelinots, des trésors qui dorment entre des appuis-livres, parfois involontairement oubliés dans la tranquillité de bibliothèques personnelles, ou tout simplement perdus avec la mémoire de ceux et celles qui sont partis vers d’autres vies, vers un autre univers.

Bienvenue dans le monde de Jean-Marc Cormier.

Par Georges Gaudet georgesgaudet49@hotmail.com

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Il voulait me faire connaître un personnage oublié, un de ces nombreux naufragés sur les côtes des Îles qui ont décidé de demeurer sur place. Avaient-ils le choix? – nous n’en savons que trop peu, mais ils font aussi partie de ces gens qui ont bâti autrefois, à force de talent, de labeur et souvent d’abnégation, notre présent actuel, notre monde bien à nous. Un monde qu’ils nous ont légué dans des carnets manuscrits, des notes toutes simples, des comptes rendus notariés, des procès verbaux, des actes de naissances, des dons testamentaires, des photos d’époque, enfin, des trésors historiques qui risquent de disparaître avec les personnages qui les ont patiemment ramassés au cours de toute une vie. Bien connu des gens des Îles pour ses talents musicaux et pour ce qu’il a fait du célèbre «Café de la Grave» avec d’autres partenaires, monsieur Cormier est aussi une véritable bibliothèque vivante et sans vraiment le vouloir, probablement le meilleur gardien de toute l’histoire du site de La Grave, du moins depuis le siècle dernier et une partie de celui d’avant. Passionné de son histoire familiale et des personnages qui ont habité ce lieu hautement touristique aujourd’hui, monsieur Cormier habite une maison dont la question suivante  semble totalement justifiée.: «Y a-t-il de gentils fantômes dans votre maison?»

OLYMPUS DIGITAL CAMERADes carnets de notes comme celui-là, monsieur Cormier en a des dizaines, sinon plus. Son père prenait des notes, son oncle prenait des notes et presque tout du quotidien des gens de cette époque semble consigné quelque part, en des calepins bien ordinaires. Fêtes, baptêmes, mariages, dates et années, tout comme ces livres comptables tenus par les administrateurs du temps. Tout se comptait en 25¢, 10¢, 5¢ et de rares fois en «piastres».

Un drôle de naufragé

Petit Étang  

Petit-Étang vers les années 1900. Véritable photo du Petit-Étang à Havre-Aubert doublé d’un montage photo pouvant illustrer le naufrage de la goélette CHARLOTTE E.C.

C’était le 5 juin 1914. Cela fait cent ans cette année. La goélette CHARLOTTE E.C. s’échouait en bas du Petit-étang à Havre-Aubert. Selon les registres de l’époque, il ne semble pas y avoir eu des pertes de vie. Toutefois, comme dans bien des cas auparavant, les naufragés ne retournaient pas tous chez-eux et c’est ainsi qu’un St-Pierrais du nom de Joseph François Bidel, né le 28 avril 1871, arrivait aux Îles de la Madeleine pour y demeurer  pendant tout le reste de sa vie.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Joseph Bidel. À l’arrière de la photo, l’auteur y avait inscrit la note suivante : «Quelques mois avant mon mariage le 23 juin 1897.»

Pour des raisons inconnues, les descendants Bidel n’habitent plus les Îles de la Madeleine. Toutefois, on dit de ce monsieur Bidel qu’il fut un vaillant travailleur, fiable et compétent auprès des entreprises du début du siècle sur le site de La Grave. N’oublions pas qu’à cette époque, c’était l’endroit commercial par excellence de tout l’archipel madelinot. Première banque, première caisse populaire, premier poste de douanes, magasins généraux, acheteurs de poisson, hôtels…etc, y avaient pignon sur rue. Havre naturel par excellence tout comme Grande-Entrée, les bateaux de pêche et de commerce y trouvaient assez facilement abris et quais de débarquements. Ce qui est particulier dans toute cette histoire, c’est que Joseph Bidel a habité pendant plus d’une vingtaine d’années chez Onézime Cormier, le père de Jean-Marc Cormier, notre gardien de trésors historiques. Des trésors qui bénéficieraient bien d’un petit «ménage» muséal avant que tout cela se perde dans une histoire qui s’éteint parfois trop rapidement. Joseph Bidel notait tout d’une écriture à la main digne des écrivains de l’époque. Appelant madame Onésime Cormier (Marie-Louise) «sa petite maman», monsieur Bidel prit seul racines sur les Îles alors qu’il entretint une chaleureuse correspondance avec ses jeunes enfants qui étaient demeurés à Saint-Pierre et Miquelon.

Voilà un petit volet d’une histoire unique mais sans aucun doute similaire à bien d’autres histoires enfouies dans les greniers ou attiques des Îles. Il faut noter aussi que le père de Jean-Marc Cormier fut pêcheur, propriétaire d’une goélette et plus tard, garde-pêche. Doté lui aussi d’un besoin peut-être viscéral de tout noter le quotidien de son époque sur de multiples carnets, l’ensemble de ces notes et les documents officiels qui les accompagnent pourraient constituer un autre pan d’histoire de l’archipel madelinot à ne pas oublier. À une époque où les jeunes sont littéralement assoiffé de découvertes modernes, particulièrement en matière technologique, il serait dommage que tous ces outils hyper performants d’aujourd’hui ne puissent pas  servir à répertorier, classer et surtout montrer les tableaux d’un monde qui n’existe plus, mais qui dans une mosaïque temporelle, pourrait présenter aux générations actuelles et futures, une référence historique d’une valeur inestimable.

Petit clin d’œil au passé

Monsieur Cormier ne s’est pas contenté de ramasser des carnets de notes et quelques vieilles photos. Dans cette maison, les œuvres d’art se chamaillent l’espace avec toutes sortes de créations originales, une collection personnelle de copies de photos des Archives nationales et des souvenirs familiaux qui racontent non seulement une histoire familiale, mais bien un portrait de la vie aux Îles comme elle n’existe plus aujourd’hui.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Pas de casques protecteurs, pas beaucoup de protection en fibre de carbone en ce temps là, mais une même passion et probablement encore plus de cœur au jeu que la «Sainte flanelle» des dernières séries.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

L’ancienne église de la paroisse Notre-Dame de la Visitation de Havre-Aubert.

Véritable petit bijou architectural, cette photo des Archives nationales prise en 1951 par E.A. Désilet et partie de la collection personnelle de monsieur J.M. Cormier, illustre bien tout le soin et le talent que nos prédécesseurs mettaient lorsqu’il s’agissait de bâtir quelque chose de beau. On ne peut que regretter que cette superbe petite église ne fut jamais rénovée et sacrifiée au modernisme naissant d’une nouvelle époque. À noter : La qualité du clocher, une œuvre dont les travaux de démolition en 1962 ont demandé toute la mécanique disponible du temps pour en arriver à le jeter en bas de ses assises.

Il serait dommage que l’on continue de perdre nos trésors au prix d’une vision d’avenir qui refuserait de s’appuyer sur un passé bien plus solide qu’on ne pourrait le croire.

Bonne semaine à toutes et à tous.

GG

dimanche 8 juin 2014

Pour que l’on se souvienne

Un patrimoine bâti qui disparait

Église GE - Jonathan Turbide 

Photo: Jonathan Turbide (FB)

* Récemment, la petite église de Grande-Entrée disparaissait dans les flammes. Un peu comme si à mesure que notre Foi chrétienne se refroidit, nos symboles religieux s’enflamment.

Par Georges Gaudet  ( georgesgaudet49@hotmail.com )

GE 1-J

(Crédit photo : Josette Thibault)

La presse locale et mes amis des médias ont abondamment parlé de la perte que représente pour le patrimoine bâti des Îles, l’incendie de l’église Sacré-Cœur de Grande-Entrée. Avec raison, ils ont souligné à quel point une mémoire s’efface vite devant les flammes, surtout à mesure que les vieilles générations meurent. Il est vrai que beaucoup d’entre nous ne vont plus aux offices du dimanche et cela pour des tas de raisons dont il serait trop long d’élaborer ici. Cela ne veut toutefois pas dire que nous ne tenons pas à nos églises, car même parfois vides, elles témoignent admirablement bien et avec une acuité sans pareille de l’histoire de nos prédécesseurs sur cette terre, de leur courage et leurs croyances, leur labeur et leurs ambitions. En résumé, elles portent en leurs vieilles planches et dans le plâtre de toutes leurs statues, notre propre histoire en plus de la flamme parfois vacillante, faut-il le dire, de notre Foi. Voilà un dur fardeau sur le vernis patiné de leurs colonnes et sur la poussière des années sur les 14 stations de leur chemin de croix.

«Toutes les vignettes sous les photos sont des extraits de (Quand les églises racontent les Îles,) du Magazine (Les Îles, volume 8, numéro 3, automne 2013) sous la plume de l’auteur de cette même chronique.» GG

« Véritables empreintes dans le paysage madelinot, elles ont toutes un récit différent à raconter. Les unes modernes, les autres de style plus classique, leurs clochers, leurs toitures, leurs autels, comportent en leur structure un peu de vent, d’air salin, d’histoire et faut-il ajouter, de prières. Témoins religieux de drames humains autant que de grandes joies familiales, elles sont à elles seules, les traces bien visibles d’un peuple chrétien qui fit de sa Foi, une partie incontournable des assises de son histoire.

GE 8 

Crédit photo GG

Créée en 1925, la paroisse Sacré-Cœur de Jésus de Grande-Entrée fut la cinquième paroisse des Îles avec ses 622 fidèles. L’histoire de cette communauté ne s’arrête cependant pas là. Village très commercial à l’autre bout de l’archipel jusqu’au milieu du siècle dernier, Grande-Entrée est devenue la capitale des pêcheurs de homard des Îles. Peut-être est-ce pour cela que l’intérieur de leur église reflète brillamment tous les aspects des métiers de la mer. D’ailleurs, bien que fondée en 1925, une première petite chapelle fut érigée sur La Pointe du même village dès 1887, témoignant ainsi de la Foi des premières familles acadiennes s’étant installées non loin de l’entrée de cette belle baie naturelle.

GE 2

Crédit photo GG

Dernière petite église rurale traditionnelle de confession catholique conservée aux Îles, elle fut construite encore une fois avec du bois de bateau naufragé en plus des restes de la première petite chapelle de La Pointe en 1899.

GE 6 

Crédit photo GG

Avec les années, on a rebâti son clocher, la façade principale et ajouté un jubé qui du coup, a presque doublé la capacité de l’assistance religieuse.

GE 5

Credit photo GG

Construite de matériaux simples et sans grandes fioritures, Claude Cyr, un artiste local y a créé de superbes sculptures qui engendrent un lien indéfectible entre la croyance religieuse des gens de la place et tous les métiers de la mer qui sont le quotidien des fidèles.

GE 7 

Credit photo GG

Tout dans cette église rappelle la mer. Même les chandeliers posés sur l’autel ont la forme d’un bateau et on dit qu’avant 1903, on utilisait une petite cloche de navire pour les appels de l’angélus. Par la suite, celle-ci fut remplacée par une cloche coulée à la fonderie Le Royer à Paris en 1885.

GE 4

Credit photo GG

Depuis nombre d’années, on célèbre l’ouverture de la pêche au homard par une messe solennelle en cette église et cet évènement est maintenant considéré comme une partie essentielle du patrimoine collectif de tous les fidèles des Îles de la Madeleine.

Un silence

GE 1

Crédit photo GG

Toutes les églises du monde ont une personnalité et celle de Grande-Entrée était loin de faire exception. Que l’on soit croyant ou non, entrer dans une église, c’est entrer dans un «silence qui s’entend». Un silence qui vient de l’intérieur, un silence qui vient de l’âme et qui s’harmonise avec le craquement de la charpente, avec le vent qui caresse le coiffage et s’enfuit vers la mer, avec la lumière d’une lampe du sanctuaire qui danse aux vibrations des voûtes, parfois au son des prières silencieuses, souvent aux soubresauts d’un nord-est qui semble vouloir prier avec les fidèles. L’église de Grande-Entrée, c’était tout ça et si je dis… tout ça, c’est bien parce qu’elle n’est plus. En cet avant-midi du 20 mai 2014, le silence fut brisé par le craquement de ses planches parfois vieilles de 116 ans, brûlant dans un feu dévastateur, alimenté par un vent d’Est impardonnable. Devant l’impossible, nul n’est tenu et c’est avec des larmes plein les yeux que bien des paroissiens et paroissiennes de cette localité ont dû se résigner à voir brûler leur église.

Comme l’a souligné certaines personnes, on ne peut refaire le passé pas plus que de recréer ce qui fut perdu. Il ne faut cependant pas baisser les bras et il serait surprenant que les gens de Grande-Entrée ne rebâtissent pas avec le même courage que leurs ancêtres, ce lieu qui fut témoin de leur histoire. Tout comme le feu peut brûler le bois, le feu de la Foi, du courage et de l’espoir peut rebâtir tout, autant de l’intérieur de l’âme qu’à partir d’une structure de bois. Malheureusement, une page d’histoire a brûlé en ce mardi de mai 2014 dans la paroisse Sacré-Cœur de Grande-Entrée, mais n’oublions pas qu’il ne s’agit que d’une page. Lui, le grand livre de la vie, de la Foi et de l’engagement, s’écrit tous les jours et il se pourrait bien, connaissant les gens de cette paroisse, qu’ils en écrivent un nouveau chapitre, ajoutant d’autres pages à la belle histoire de cette communauté.

GG

dimanche 1 juin 2014

Coup de gueule

Je n’aime pas souvent illustrer mes «montées de lait» sur ce blogue, mais il arrive parfois que la chose est incontournable. La semaine prochaine, disons que ça pourrait peut-être aller mieux.

Le temps nouveau?

*« C’est le début d’un temps nouveau, la terre est à l’année zéro, la moitié des gens n’ont pas trente ans, les femmes font l’amour librement, les hommes ne travaillent presque plus, le bonheur est la seule vertu »… chanson de Renée Claude.

Nid de poule volcanique

Nous sommes en 2014, juste en ce milieu de mai. Je roule sur la rue Sherbrooke dans le cœur de ce que l’on pourrait appeler « Montrous-al ». Bien que cela date des années soixante-dix, ce sont les paroles de cette vieille chanson interprétée par Renée Claude qui sortent de la radio alors que je « slalome » entre les nombreux nids de poules qui jalonnent cette importante rue de la « première ville francophone » d’Amérique. Entre les « Second Cup » « Canadian Tire » « Walmart » « Target » et autres « Sunlife » de ce merveilleux monde francophone, je trouve finalement une niche « Chez Cora » tout juste après avoir rebondi dans un trou qui avait plutôt l’air d’un cratère que le nid de la dernière poulette passée.

Une fois bien installé et surtout bien rassasié, voilà que je me mets à réfléchir. Ce n’est pas de ma faute, je suis comme ça, surtout quand il n’y a pas de journaux disponibles aux alentours. Oui, je sais, je suis un dinosaure. Pas de cellulaire, pas de téléphone « intelligent », pas de « i-machins » de n’importe quel genre. Un bon vieux journal papier me suffit… quand il en reste. Après dix minutes d’attente, voilà que le type non loin de ma table se lève et abandonne son quotidien. Je lui demande s’il est en train de l’oublier, mais non, il me le laisse gentiment en me disant : « Ce n’est pas à moi, c’est au restaurant. » — merci mon brave monsieur. Il en reste encore quelques-uns dirait-on, des gens qui s’excusent quand ils prennent toute la place sans faire exprès, qui vous saluent avec le sourire ou qui se tassent gentiment le long du trottoir quand ils voient un vieillard avec mobilité réduite tenter de garder une ligne droite en marchant. Cette pensée me ramène à la chanson de Renée Claude de tout à l’heure. Je fredonne dans ma tête les mots de cette chanson : « C’est le début d’un temps nouveau » bon! – que j’me suis dit. Se pourrait-il qu’on ait manqué le bateau ici? D'abord, on est loin d’un « temps nouveau ». Oui nous sommes dans un temps nouveau en matière d’ordinateurs, de technologies de plus en plus pointues et de voitures plus performantes qu’en les années 70. Mais pour ce qui est du reste, nous sommes plutôt à la fin d’un vieux temps si vous voulez mon avis et un temps qui risque de ne pas renaître, pas plus en « l’année zéro » que d’ici quelques siècles. D’abord, « la moitié des gens n’ont pas trente ans » demeure encore vrai, mais une majorité exponentielle s’approche dangereusement du double, ce qui est peu dire. On disait que dans ce monde imaginaire, ce futur possible des années 70, que « les femmes allaient faire l’amour librement ». Croyez-moi, je n’aurais pas voulu aller dire ça à la très grande quantité de femmes voilées qui arpentaient les boutiques des Galeries Versailles et à juste titre, pas plus qu’à ces nombreuses personnes qui chaque jour, se découvrent porteurs du SIDA et autres maladies graves ou mortelles. On nous avait aussi promis que « les hommes ne travailleraient plus ». Wow! – j’étais drôlement partant à cette époque. J’étais même prêt à travailler comme un damné le nombre d’années qu’il fallait pourvu que j’atteigne la fameuse « liberté 55 » promise. Souffrir un peu pour mieux en profiter après comme me disait mon père. Quand je lui posais la question : « Et si l’après n’arrivait pas, est-ce que cela en vaudrait la peine? » Je n’avais pour toute réponse qu’un hochement de tête suivi d’un détournement de sa personne. Quant au « bonheur qui devait devenir la seule vertu », pensez-vous qu’on y est arrivé aujourd’hui? Il est vrai qu’on n’a jamais eu tant de bouquins qui tentent de nous enseigner la véritable recette du bonheur. Cela va du plongeon en dedans de soi jusqu’aux cimes de l’Himalaya en passant par Rome ou La Mecque et jusqu'à l’achat de ce dernier parfum pour cheveux qui peut vous faire jouir dans votre douche comme vingt petites pilules bleues toutes prises en même temps.

Le bonheur

Vous l’avez trouvé vous, le bonheur?- je n’ai pas envie d’entrer dans le même schéma de tous ces livres qui prétendent en détenir la recette. Tout ce que j’en sais à ce jour, c’est qu’il existe, mais qu’il est parfois éphémère, rarement permanent et qu’il est comme un jardin qu’il faut entretenir et protéger. Certains le trouvent auprès d’une personne qui en partage les racines, d’autres auprès d’une nombreuse famille, quelques-uns dans le silence et l’isolement d’un monastère ou la contemplation d’un univers doté d’une richesse qui ne se laisse pas toujours découvrir facilement. Malheureusement, trop de gens croient le trouver dans un amas de billets verts qu’il faut faire fructifier à outrance, dans l’acquisition d’une belle voiture, une maison unique en son genre, une piscine plus grande que celle du voisin quand ce n’est pas tout simplement par la prise de ces petits sachets de poudre ou dans les vapeurs d’un spiritueux qui n’a rien de spirituel.

Retour chez Cora

Et là, je replonge avec un certain sourire dans le journal du matin, une fois mes œufs brouillés bien dégustés. Heureusement, je peux encore me payer cela et ça, c’est encore une petite parcelle de… bonheur. Et puis je lis à peu près ce qui suit : en juillet 2011, alors que le système de santé québécois manquait pourtant cruellement de ressources, le sénateur conservateur David Angus, qui présidait le conseil d'administration du CUSM, a approuvé un paiement initial de 59 000 $ et une allocation mensuelle de 1700 $ à même les fonds du centre médical pour permettre à Arthur Porter de s'acheter une voiture de luxe Bentley
(Vincent Larouche)

Bentley

Alors là, j’ai cherché une BENTLEY sur internet. J’en ai trouvé une toute neuve pour la modique somme de 360,000. $ - oui, oui, trois cent soixante mille dollars « canadiens ». Un vrai «barganne ».

Cette histoire, pour le Québec, est une vraie honte. Recruter à l'étranger des « spécialistes » pour mieux se faire plumer, ça fait vraiment république bananière de classe mondiale! On n'a pas seulement ouvert la porte du poulailler aux renards, on leur a déroulé le tapis rouge pour les y conduire!
(Vincent Marissal)

Et puis, un peu plus bas si c’est possible, car j’étais rendu au bas de la page et heureusement qu’il ne s’agissait que de papier, j’ai aussi lu :

Sont forts, tout de même, les anciens dirigeants du CUSM. S'ils ont été capables de faire passer un bloc de huit étages pour un ouvrage souterrain, pas étonnant qu'ils aient été aussi capables d'en passer une p'tite vite au gouvernement. Une p'tite vite qui aurait permis au consortium dirigé par SNC-Lavalin d'obtenir ce contrat en aspergeant quelque 22,5 millions de dollars de pots-de-vin. (Vincent Marissal)

Le temps nouveau

Alors, je me suis dit que si c’était vraiment ça « Le temps nouveau » promis, qu’il devait y avoir erreur quelque part, mais hélas, ce n’est pas le cas. Toute ma vie, tout comme la grande majorité de mes pairs, j’ai légalement payé mes impôts et assumé mes responsabilités de citoyen au meilleur de mes connaissances et capacités. Aujourd’hui, au seuil d’une retraite illusoire, je réalise tout comme une très grande majorité de gens, que quelqu’un, quelque part, caché derrière un rideau de brume judiciaire, nous a tous entubés proprement, en douce, sans que la plupart d’entre nous réalisions que plusieurs des nôtres, déguisés en bon p’tits gars du coin, en profitaient pour vider la maison, meubles, vaisselle et garde-manger inclus.

Dans son édition du 24 septembre 2010, le magazine Maclean’s titrait à la une «THE MOST CORRUPT PROVINCE IN CANADA» et en symbole, un bonhomme Carnaval semblant fuir tout joyeux avec une valise pleine de billets verts. La nouvelle eût un impact brutal sur notre égo de bons Québécois bien innocents.

Innocents? – pas tant que ça. Au constat de la réaction des gens devant tant de révélations si graves, il y a tout lieu de penser qu’on aime se faire baiser et ce, quelle qu’en soit la manière.

Bonne semaine à toutes et à tous.

GG

georgesgaudet49@hotmail.com

dimanche 25 mai 2014

Réflexions à voix haute

*Comme le titre de ce blogue, il y a des mots, il y a des bateaux et il y a des pinceaux. Cette semaine, je vous peins une situation avec des « mots ».

Une vision planétaire inquiétante.

*Le but de cet exercice n’est pas de faire peur, mais bien de pousser une réflexion probablement nécessaire à tout le genre humain. Il ne s’agit pas de prétention ici, mais bien de réfléchir ensemble sur ce qui nous attend dans les quelques années qui viennent.
Climats de toutes sortes
P5310008Photo: GG
Le changement climatique n’est pas pour un futur proche, mais il serait déjà là selon un tout dernier rapport gouvernemental américain produit le 6 mai dernier. Pour la première fois, ce gouvernement tirait officiellement la sonnette d’alarme. Dans un pays où pour des raisons politiques, on a tenté par tous les moyens de discréditer ce phénomène, voilà que la Maison Blanche publiait un rapport réalisé par un panel de plus de 300 scientifiques triés sur le volet par l’administration fédérale et qui dit essentiellement; « Attachez vos tuques, ça va barder. » Ici, il faut préciser que certains spécialistes contestent toujours les conclusions de ces 300 spécialistes. Toutefois, contrairement à ce qui s’est passé antérieurement, personne ne met en doute le réchauffement climatique, mais certains d’entre eux croient fermement qu’il s’agit d’un phénomène cyclique naturel et que dans l’histoire connue de la terre, il s’agit là d’un phénomène auquel il faut se préparer, mais que les activités de l’homme n’y changeront rien puisque l’horloge est déjà enclenchée et qui plus est, ce mouvement serait irréversible. Partant de cette réalité, cela veut donc dire plus de sécheresses, plus de pluies, plus de chaleurs intenses, plus de grands froids (parfois courts et localisés), plus d’érosion, plus de grandes marées, plus de feux de forêts, plus de pollution, plus de maladies respiratoires, plus de cancers, plus de déséquilibres monétaires, plus de guerres, plus de faim dans le monde, plus, plus et (+) de toutes ces choses. Qui paraît qu’en prime, les astronautes vivants présentement dans la station orbitale internationale peuvent voir tous ces phénomènes et leurs conséquences à partir de leur observatoire privilégié.

Des conséquences incalculables
Île déserte bCroquis: GG
Un article anodin m’a intrigué ces derniers jours. Un des Québécois les plus riches du monde, fondateur du Cirque du Soleil, déclarait récemment qu’il s’était acheté une Île de 2 km² dans le Pacifique Sud, loin de toute civilisation. Son but n’était pas innocent loin de là, puisqu’il déclarait en substance qu’en dehors du plaisir de posséder quelque chose d’exceptionnel, il allait avoir la possibilité d’en établir un système total d’autosuffisance et que cet « oasis » allait possiblement servir de refuge à ses enfants et tous ceux qu’il aime en cas de catastrophe planétaire. N’oublions pas que cet homme fortuné n’est pas un clown comme il veut bien parfois le laisser voir. C’est un homme d’affaires avisé et surtout, un touriste astronaute qui a passé plusieurs jours dans l’espace. La question que je me suis posée : « Qu’a-t-il vu? »
Petit tour d’horizon politique
Évidemment, toutes catastrophes naturelles ont des conséquences incalculables sur l’économie des régions et par la bande, sur le tissu politique des nations. Cela va de la déstabilisation des finances publiques au pillage inconsidéré et sans retenue de la richesse collective et même individuelle. Comme à bord de tout bateau qui coule, les rats sont les premiers à quitter le navire et c’est exactement ce qui semble se passer présentement chez nous et aussi à toute l’échelle planétaire. Il faut donc cesser de nous boucher les yeux. La corruption politique et économique n’est pas que l’affaire de quelques bandits de ruelle québécois. Le mal est mondial. Les banques font des profits faramineux, hors de toutes proportions avec des économies saines. Des sommes colossales sont déviées des impôts alors que le petit travailleur, le parfait exemple moderne de l’esclave d’autrefois, fait les frais de tous les coûts associés aux moindres nécessités pour sa vie. Plus d’un milliard d’enfants sur cette terre ont faim.
Machines de guerre
Stealth warshipAnonyme, prise sur le net.
Pendant ce temps, on consacre des centaines de milliards de dollars à la construction d’armes capables de détruire la terre plusieurs fois. Des avions furtifs capables de disparaître de tous les appareils de surveillance, des sous-marins, des navires de guerre aussi létaux que la morsure de million de serpents et autres armes dont le but unique pourrait bien être le contrôle de peuples en entier par la peur et les massacres. On consacre aussi des millions à des armes chimiques ou bactériologiques, on détruit des forêts entières pour y sortir notre énergie et on attaque des peuples entiers, au nom de croyances toutes plus fêlées les unes que les autres. On viole et vend des jeunes filles au nom d’une idéologie loufoque et on tue à la machette, sans distinction, un peu comme si on allait faire un travail de routine chez le jardinier. On tue à la roquette, à la bombe ou en se servant de poison, on pille des pays en entier par tous les moyens, surtout en se servant de la cupidité de leurs dirigeants les plus véreux. Dante, ce poète-écrivain, politique florentin du 13ₑ siècle, père de la langue Italienne, a décrit un enfer « céleste » qui fit horreur à ses contemporains et à ses lecteurs jusqu’à nos jours. Point n’est besoin de la description d’un ciel béatifié et d’un enfer démoniaque hors de notre terre pour comprendre toute l’horreur d’un milieu infernal. Reconnaissons que mis à part quelques endroits privilégiés de notre planète, la majorité des habitants vivent un enfer dont personne ne veut. Quant à savoir à qui est la faute, elle est de nous tous, les hommes. À la lumière de l’état actuel de l’humanité, nous sommes parfaitement capables de créer notre propre enfer.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAUn chalet en mauvaise posture lors d’une tempête non loin du chemin des chalets à l’Étang-du-Nord aux Îles de la Madeleine. (Photo: GG)
Nos Îles ne sont pas dans le Pacifique-Sud comme celle de Guy Laliberté. Hélas, comme le dit si bien notre hymne « Îlien » : on est isolés, mais on est tranquilles, nous avons facilement tendance à nous dissocier de tout ce qui se passe dans le monde. Pourtant, nous sommes tous des enfants de la terre et bien des intérêts pas toujours honnêtes nous guettent. Des yeux touristiques « envahissants » nous observent avec avidité, des investisseurs pétroliers, « shistiques » ou pas nous ont dans le collimateur. Nos ressources renouvelables, mises à part quelques espèces encore profitables sont presque totalement disparues ou nous sont interdites. Nous jardinons chez « Mosanto », cuisinons au sel de tous les repas préparés et surgelés, puis nous pêchons majoritairement dans les parcs d’élevage du « made in China » avec une constance déroutante. Nous copions avec plaisir les pires défauts de la ville, même jusqu’aux trous sur nos chemins. Notre économie dépendante des fluctuations d’un marché mondial ne pourra jamais nous mettre à l’abri des changements qui arrivent. Coûts faramineux de l’énergie, qu’elle vienne du pétrole ou des énergies alternatives émergentes, conséquences coûteuses sur les transports, sur les infrastructures actuelles et leur entretien, sur les assurances de propriétés, sur celles des véhicules et sur les coûts de la nourriture.
Sommes-nous capables de changer?
Nous aurons la réponse si nous survivons et nous ne la connaîtrons jamais si par cupidité, aveuglement volontaire ou étourderie, nous refusons de voir la réalité dans laquelle nous vivons.
GG


















lundi 19 mai 2014

La véritable richesse

Par Georges Gaudet

georgesgaudet49@hotmail.com

*Nous y voilà! Comme promis, ce blogue de mots (tous les sujets sont possibles), de bateaux et de pinceaux vous revient en ce 19 mai 2014. Il arrive parfois qu’une petite pause soit nécessaire. Après un petit voyage hors des Îles pendant deux semaines, la route, les nids de poules, le sourire des gens et la naissance tardive de ce printemps, auront servi à me ressourcer les méninges et à puiser dans ce grand réservoir humain de quoi partager avec vous, pour votre plaisir, du moins je l’espère. Je vous souhaite donc une bonne lecture.

croquis GG

Croquis de Georges Gaudet

Bonne pêche Adélard… (nom fictif)

Comme tous les matins, Adélard a marché jusqu’au petit centre d’achat de son quartier, là où chez « Valentine », il prend son café et parcourt le journal du matin. Comme presque tous les matins, les nouvelles ne sont pas bonnes, sauf une. « Les Madelinots mettront les cages à homard à l’eau dès demain, le 10 mai. » Enfin, voilà une bonne nouvelle de se dire le vieillard. Il plonge alors dans ses souvenirs et avec une pointe de joie mêlée d’un peu de tristesse, il se rappelle les jours où il était pêcheur.

Jack Gray

Photo d’une toile de l’artiste Jack Gray envoyée par Jérome Canning du Newfoundland Labrador Museum et tirée sur Facebook.

De ce temps-là, Adélard pêchait dans un « p’tit botte » d’une trentaine de pieds, pas de cabine, mais juste un abri fait de quelques planches pour ramasser la chaleur du moteur et se tenir à l’abri des embruns quand ça « washait ». Il l’aimait son bateau le vaillant Adélard. C’était un bon bateau de mer, fait de bois trié et séché avec soin dans une scierie du Nouveau-Brunswick et ramené aux Îles sur le « Lovat ». Ensuite, avec son ami Midas, ils avaient bâti dans la vieille étable à Sam, cette belle coque tout en bois, planche après planche, chauffée à la vapeur et attachée soigneusement sur la membrure moulée par des gabarits empruntés chez Léo. Midas n’avait pas son pareil pour aligner un bordé et maudit que ça sentait bon « le copeau » et le « brand de scie » dans l’étable aménagée en « chope » à bois. C’était l’époque où les pêcheurs construisaient tout ce qu’il leur fallait pour pêcher, de la fabrication des cages à la construction de leur bateau, sauf pour le moteur bien sûr et puis tous les cordages. Ah oui! – le moteur. Un beau 6 cylindres Chevrolet en ligne de 125 HP à gazoline et une transmission marine de 2.5 pour un en plus d’un « manifold marin » branché sur une tuyauterie de cuivre passant sous la coque du bateau. Une vraie petite merveille ce bateau et Adélard n’était pas peu fier de la vitesse de son embarcation. Au moins 14 milles à l’heure qu’il disait, alors que les jaloux répétaient qu’il exagérait peut être un tout p’tit peu. Il l’avait appelé « Marie-Adèle » du nom de sa femme alors que le nom de Marie était pour la Sainte Vierge, puisque c’était celle en qui il mettait toute sa confiance quand il était en mer, surtout quand cette dernière faisait le dos rond avant de casser avec fracas sur l’étrave de cette belle embarcation.

Chez Valentine

Tout à coup, Adélard trouva que son café avait un goût de sel. À son insu, une larme était tombée dans ce précieux liquide qu’il aimait tant siroter chaque matin. Demain, ils vont tendre les cages aux Îles. Que de souvenirs lui venaient en mémoire. L’année où il avait pêché plus de 7000 livres de homard et vendu à bon prix. Le matin du 10 mai ou dans les alentours était toujours une journée de grand stress, d’excitation et d’espoir. Un vent d’une quinzaine de milles à l’heure semblait coller au sud-ouest, la mer était encore très froide et le bateau chargé de cages à un point tel que pour voir à l’avant, il fallait se fier à Midas qui se tenait tout près du « hawler » (le treuil). Tout le monde attendait la fusée du garde-pêche qui devait être lancée à cinq heures précises du matin. Et puis comme les portes imaginaires d’une écluse qui s’ouvrent, tous les bateaux s’élançaient vers le large, à toute vitesse, pressés de larguer les cages sur les meilleurs fonds marins connus. Adélard était champion dans ce domaine. Il connaissait le fond de la mer comme le creux de sa main. Même dans la brume, seulement avec une corde de sonde et son compas, il pouvait estimer sa position à quelques encablures près. Il avait tout appris de son père et comme il avait commencé à pêcher dès l’âge de 14 ans, il savait lire les moindres signes du temps, le moindre vol des oiseaux, le moindre frisson sur l’eau. Tout était un indice, une raison de lecture et une manœuvre à exécuter ou à éviter.

Aujourd’hui

ouverture pêche au homard

Bien sûr, ce n’est pas pareil aujourd’hui et Adélard le sait. Il n’envie pas pour autant ceux qu’il appelle « les plus jeunes. » Ils ont de bons et gros bateaux, cabinés et chauffés, avec des radars, des GPS, des sondeurs qui lisent littéralement les fonds marins. Ils ont aussi de lourdes dettes, de lourds frais d’opération, une grande angoisse devant la fluctuation des prix aux débarquements. Plus ça change de ce côté-là, plus c’est pareil. N’empêche qu’aujourd’hui, devant son café et son journal, juste après sa petite marche matinale dans le quartier de la ville, Adélard aimerait bien être sur le quai de son village, le nez reniflant l’air du large, foulard au cou, le gilet d’hiver encore sur les épaules et la joie dans le cœur. Un cœur tourné vers les deux amours de sa vie, sa belle Adèle partie avant lui vers un pays qu’on dit meilleur et puis l’autre, sa maîtresse, celle qu’on appelle… la mer.

Non loin, quelques personnes âgées font comme lui. Ils lisent le journal alors qu’une jeune fille vient réchauffer le café de chacun. Adélard préfère être seul, surtout en des journées comme celle-là. L’eau salée qui coule dans ses veines va mourir avec lui et s’il est chanceux, se répandre quelque part dans un cimetière Madelinot, pas dans un petit carré de terre en ville

Quand Adèle est partie, il s’est approché de ses enfants qui travaillaient tous à la ville. Ils avaient dû s’exiler par manque de travail aux Îles. Il a même travaillé dans une usine de carton pendant quelques années, jusqu’à ce qu’elle ferme ses portes. Ensuite, n’ayant jamais eu un véritable salaire, il a dû se contenter de la pension fédérale et d’un maigre revenu de la Régie en plus d’un autre maigre petit REER qui arrivait juste à la limite pour ne pas avoir droit au supplément de revenu garanti. Alors, comment vivre au présent avec un peu plus de 1200. $ par mois? Plus de voiture, un petit appartement en ville, tout au plus une chambrette avec cuisinette et toilette, des billets d’autobus, une vieille bicyclette et un certain plaisir de cuisiner quand il reste assez de sous, une fois les médicaments payés. Pourtant, Adélard ne se sent pas malheureux pour autant. Il s’ennuie des Iles bien sûr, mais il n’est pas en CHSLD, là où les repas sont souvent infects, les couches comptées et les bains une fois la semaine. Dans la réalité triste du mépris des personnes âgées, comme si elles avaient à s’excuser d’exister, toute une jeune génération risque le réveil brutal d’une perte de mémoire qui n’aura rien de la maladie, mais uniquement d’un manque de référence à l’expérience de la vie. Bien sûr il y a les ordinateurs, les « i-machins », les voitures « intelligentes » et autres gadgets en tous genres, mais avant que tous ces appareils apprennent ce que veut vraiment dire le mot «aimer», tout sera alors à recommencer.

Adélard prend une dernière gorgée de café, plie son journal et va le donner à ce clochard qu’il connaît bien. Mutuellement, ils se souhaitent une belle journée et tout en s’éloignant du « Valentine », sa mémoire replonge dans les matins de cette fameuse pêche au homard. Adélard est riche. Riche de souvenirs, riche d’amour de son Adèle, celle qu’il ira retrouver quand le grand Capitaine le rappellera à son équipage.

Georges Gaudet

Pour le plaisir des lectrices et lecteurs, je partage ici avec vous quelques toiles de grands artistes méconnus qui transmettent l’essence même de la vie de ces hommes qui ont contribué à la force de leur bras à bâtir le monde de la pêche d’aujourd’hui. Ces toiles viennent du même endroit, soit de la page Facebook de Jérome Canning (du Newfoundland and Labrador Museum). 

Jay Langford 1

Toile de Jay Langford

Wellington Ward 

Toile de Wellington Ward

GG

dimanche 20 avril 2014

Histoire d’une passion Partie 2 (suite 7)

Dernier chapitre
* Me voici arrivé à la fin de cette histoire vécue. Si j’ai écrit toute cette saga, c’est bien pour que le souvenir demeure juste au cas où la mémoire s’appliquerait à oublier un jour. Je remercie donc tous ceux et celles qui m’ont suivi pendant tout ce parcours et je vous assure de mon plus grand respect et de mes plus sincères remerciements. Ainsi, afin de compléter en beauté ce texte, je termine par un saut dans le vide. Un saut qui fut effectué le 7 juin 1997. Mon plus grand souhait est que l’ensemble de ces textes qui finiront for probablement perdus pendant des siècles dans la poubelle numérique universelle, trouvent sur leur parcours fait de millions d’octets, un crack d’informatique qui pourra en décortiquer tout le langage.
diplômes 011
Un saut dans le vide
Nous sommes le 6 juin 1997. C’est un samedi et il fait un soleil à brûler le crâne sur l’ancienne base militaire de Summerside à l’Île-du-Prince-Édouard. Dehors, les pieds sur le pavé brûlant de l’entrée d’un hangar, un instructeur parachutiste venu de Moncton au Nouveau-Brunswick s’évertue à nous faire répéter « ad nauseam » les manœuvres théoriques d’ouverture de notre parachute de secours… au cas où nous aurions à le faire le lendemain. Trente-quatre hommes et femmes, tous à notre premier cours d’initiation, mémorisons notre montée dans ce petit avion où nous sauterons trois parachutistes à la fois. Ensuite, c’est la pratique de la sortie de l’appareil. Dernière vérification des attaches du parachute par l’instructeur, pose du pied gauche sur le marchepied de sortie de l’avion, pose des deux mains sur le support d’aile, lâcher-prise des pieds dans le vide, regard vers l’instructeur toujours dans l’avion, attente de son signal de lâcher-prise, ouverture des mains et bras légèrement tendus, tête relevée vers l’arrière et décompte de 6 secondes jusqu’au choc d’ouverture du parachute, regard vers la voilure et démêlage des cordes si celles-ci se sont emmêlées. Si tout est beau, appréciation de la descente et si tout est bleu en haut de notre tête, voilà une journée qui a mal commencée. Il faut alors tirer sur la bretelle de droite pour se débarrasser du parachute non fonctionnel et tirer sur la bretelle de gauche pour ouvrir le parachute de secours, soit un petit parachute champignon, non dirigeable et qui descend là où le vent le pousse à une vitesse de descente de 20 km/h. Ensuite, prier pour que l’atterrissage se fasse en un endroit où il n’y a pas d’eau ni fils électriques ou autres obstacles pouvant sérieusement blesser le sauteur. Afin de réussir toutes ces manœuvres le cas échéant, le sauteur dispose de 23 secondes de chute libre avant de freiner celle-ci.
Au cours de la soirée, je répète encore les gestes de sauvetage afin qu’ils deviennent une seconde nature et puis je me couche dans le lit mis à ma disposition dans une ancienne chambre de cette base militaire. Inutile de dire que je ne ferme pas les yeux tout de suite. Pour moi, le lendemain sera le jour de vérité et pour une raison majeure. Comme relatée au début de toute cette histoire de passion, une condition médicale m’a empêché de devenir pilote professionnel. Le 6 décembre 1996, après une crise de pulsations cardiaques m’ayant amené à plus de 206 battements/minutes trois mois auparavant, une équipe de cardiologues de l’Institut de cardiologie de Montréal m’ont opéré afin de ralentir ce cœur qui n’en finissait plus de battre à tout rompre pour rien et ce, même après la prise de 6 médicaments par jour. Le mot « bêta bloquant » ne suffisait plus pour ralentir cette pompe sanguine. Donc, depuis ce jour heureux de décembre 1996, on m’avait déclaré guéri et depuis janvier 1997, j’étais totalement occupé à réussir ce cours de technicien en turbines d’avions, justement à cette école de la vieille base de Summerside IPE. Ainsi, le lendemain, 7 juin 1997 allait être pour moi le test ultime. Deux possibilités s’offraient à moi. J’allais réussir ce saut sans aucune difficulté médicale ou j’allais passer l’arme à gauche au cours de la journée. Ce genre d’heure de vérité comporte deux ingrédients opposés. D’une part, une peur bleue de mourir et d’autre part, une « shot » d’adrénaline apportant une drôle de griserie intérieure et puis, finalement, après nombre de scénarios passés en boucle dans mon cerveau, un sommeil profond troublé par la sonnerie du lendemain.
Le saut
Au déjeuner, c’est le tirage au sort. Je suis le numéro 23. Je sauterai donc dans l’après-midi. Il vente du 20 km/h au dessus du point d’atterrissage, ce qui est à la limite pour des novices. Dès le premier saut, un incident survient. Le parachute du sauteur s’emmêle et il doit utiliser son parachute de secours pour ne pas s’écraser au sol. C’est le premier incident du genre en 14 années d’existence de cette école et heureusement, le type atterrit sans encombre, sauf une bonne frousse, dans un champ de patates en périphérie de l’aéroport. Est-il utile de préciser ici que notre confiance en a pris un coup? Afin de dérider l’atmosphère, je crie : « Si les 22 avant moi doivent tous ouvrir leur parachute de secours, moi je ne saute pas, OK-là. » Certains rient, d’autres pas. Enfin, aucun autre incident ne survient et vers 14 h, je monte dans l’avion avec deux autres compagnons, soit un jeune homme et sa compagne. Je suis le deuxième à sauter. Une fois en position sous l’aile de l’avion, je fixe une maison juste en bas et par dérision, je me dis que c’est là, dans ce toit rouge, que je vais faire un gros trou avant de mourir. Et puis j’ouvre les mains et j’ai l’impression non pas de tomber, mais que l’avion s’éloigne de moi à une vitesse folle. Je crie mes secondes et à la quatrième, je vois mes deux pieds à la hauteur de mon menton alors que le choc d’arrêt de chute me surprend. Un grand carré noir me retient et je reprends tous mes sens. Je dégage les freins du parachute et réalise que je vole véritablement. Je suis dans la « fun zone » comme disent les Anglais. Virage à droite, virage à gauche, freinage, sifflement dans les cordes du parachute, émerveillement total, légère douleur dans les « enfants », ceci dû à un mauvais serrage des sangles, mais que diable, cette expérience demeure une des plus belles aventures de ma vie à un point tel que j’oublie que je descends toujours et qu’il faut penser maintenant à l’atterrissage. Je me place donc vent arrière par rapport à l’aire d’atterrissage tel qu’enseigné la veille, puis un virage sur le côté et descente vent de face en fixant le gros X sur le gazon. Les parachutes modernes volent réellement et j’approche le nez dans le vent et descends presque comme un hélicoptère compte tenu de ce vent de 20 km/h. Alors que j’arrive à hauteur d’homme, je tire sur les « toggles » (les sangles de freinage) et mes doigts de pied ratent le sol d’à peine quelques pouces, ce qui fait que j’atterris en douceur sur l’arrière-train. Un plieur de parachute court alors vers moi et « tue » ma voilure, ce qui me permet de me redresser, sourire fendu d’une oreille à l’autre, le cœur battant sainement et heureux comme si j’étais Ulysse venant de parcourir la Méditerranée.
Le 1er août 1984, j’avais réalisé mon premier vol en solitaire sur un avion ultraléger au dessus de St-Lambert de Lévis. Après deux années passées à construire mon propre avion, j’avais joué au pilote d’essai et le 19 août 1994 j’avais volé au dessus de Havre-aux-Maisons aux Îles de la Madeleine. Le 6 décembre 1996, j’étais passé par le bloc opératoire de l’institut de cardiologie de Montréal et enfin, le 7 juin 1997, je venais de sauter seul en parachute au dessus de l’ancienne base militaire de Summerside à l’Île-du-Prince-Édouard. Enfin, j’avais gagné ma bataille envers et contre tous. Le dicton qui se résume à cette citation : « N’abandonne jamais tes rêves » venait de prendre tout son sens.
GG
Saint-Ex-Le-Petit-Prince lpp
Petite note.
*Je prends maintenant congé de ce blogue jusqu’au 19 mai prochain alors que des obligations professionnelles m’obligent à consacrer beaucoup de temps à un autre domaine, soit celui de payer les factures mensuelles. C’est avec plaisir que j’espère vous retrouver toutes et tous lors de cette reprise et je vous souhaite en attendant « bonne lecture », car il n’est pas interdit de lire les textes précédemment écrits sur ce véhicule numérique. Au retour, nous reparlerons de bateaux, de mots et peut-être aussi de pinceaux… pourquoi pas? « May God bless you all »









dimanche 13 avril 2014

Histoire d’une passion Partie 2 (suite 6)

 
Les valeurs que l’aviation peut enseigner aux enfants
Raconter l’histoire de l’aviation aux enfants
futurs pilotes

C’est ce qui m’est arrivé un certain 17 juin d’il y a quelques années et quel plaisir ce fut. J’étais en effet l’invité de l’école primaire de Grande-Entrée dans le but d’entretenir les élèves de maternelle, première, deuxième et troisième année sur un de mes sujets préférés : « La belle et jeune histoire de l’aviation. »
À vrai dire, une histoire de quelque 110 années et des poussières n’est pas si jeune que cela pour des enfants nés au début du vingt et unième siècle. Toutefois, à l’ère des ordinateurs, des « Xbox » et autres jeux passifs du genre, il demeure étonnant à quel point tous les yeux s’illuminent quand un adulte leur raconte avec franchise et un langage adapté à leur âge, la façon dont l’homme fit ses premiers pas vers la conquête du ciel.

 

Passer d’autres messages

Et pourquoi ne pas en profiter pour passer d’autres messages véhiculés par certains grands de l’aviation? Ainsi furent-ils étonnés d’apprendre que des femmes célèbres furent des héroïnes à la conquête des nuages et que l’histoire retient surtout les noms de grands pilotes, non pas pour leurs qualités de navigateurs aériens, mais surtout pour ce qu’ils ont écrit, tant sur leur métier que sur le sens des valeurs qu’ils ont puisés dans l’exercice de leur dangereuse passion, celle de voler au-dessus des montagnes. Ainsi prennent tout leur sens les écrits suivants : « Le Petit Prince » de St-Exupéry et « Jonathan Livingston le goéland » de Richard Bach. « Tu es responsable de ta rose » dit le Petit Prince, faisant ainsi naître dans le coeur de son héros et surtout de ses lecteurs et lectrices, le sens des responsabilités envers les plus faibles, les plus démunis et surtout ceux envers qui nous avons engagé notre parole. Quant à Jonathan le goéland, ordinaire oiseau condamné à la survie dans les dépotoirs et les déchets de poisson, il aspire à plus, à mieux et il y parvient à force de ténacité, de volonté et envers et contre tous ceux qui voulaient le convaincre du contraire. Voler très haut était son rêve. Il y parvint au prix de sa vie, mais pour mieux découvrir qu’au-delà du corps, l’esprit règne et rend la matière à son image.
Vous croyez que c’est compliqué tout ça pour un enfant? — pas du tout. Il ne suffit que de regarder leurs yeux tout grands ouverts et les mains tendues pour poser des questions et puis tout à coup, vous réalisez que c’est nous, les adultes... qui n’avons rien compris.
Dans le même ordre d’idée, je termine le récit de cette semaine sur un court texte de l’auteur Richard Bach. Un texte que j’ai eu le bonheur de partager avec ces mêmes enfants dans cette classe d’une école des Îles de la Madeleine. Encore là, ils eurent le don de me surprendre.
Une question fondamentale
*Dans « Stranger to the ground » — (Cassell and C, Londres 1963), Richard Bach auteur de "Johathan Levingston le goéland et de “Illusion” ou le “Messie récalcitrant” publie ce texte alors qu'il est pilote de guerre en Allemagne, au plus fort de la “guerre froide” entre I 'URSS et les USA. La toute puissante Air Force américaine lui fera payer cher cette publication (son premier livre) puisqu'elle le démettra de ses fonctions et l'expulsera de I'armée de l'air, pour avoir osé émettre le genre de réflexion que voici.
Sabre
Plutôt que d’accepter de haïr ou même de demeurer indifférent à mon ennemi qui menace de l’autre côté du rideau de fer, bien malgré moi, j'ai compris qu’il est un homme. En quelques mois d'Europe, j'ai vécu avec des pilotes Allemands, Français, Norvégiens, Canadiens et Anglais. J’ai découvert avec surprise que les Américains ne sont pas les seuls au monde à piloter des avions pour l'amour du vol. J'ai appris que les pilotes de chasse parlent tous le même langage et comprennent toujours ce qui est sous-entendu entre eux. Quel que soit leur pays, ils affrontent les mêmes vents contraires et les mêmes tempêtes du ciel. Au fur et à mesure que les jours passent sans que la guerre éclate, je me demande si un pilote, parce qu’il vit sous un régime politique différent, peut être différent de tous les pilotes sous tous les régimes de la terre. Cet homme mystérieux, ce pilote Russe dont la vie et les pensées me sont inconnues, est dans mon esprit un homme comme moi qui pilote un avion armé de canons et de roquettes, non parce qu'il aime détruire, mais parce qu'il a l'amour de son avion et que hélas, on ne peut dissocier quand il y a la guerre, l’acte de tuer de celui de piloter un pur-sang à réaction. Et petit à petit, je commence à l’aimer, ce pilote de l'ennemi, d'autant plus qu’il m’est inconnu, que l'on me dit que je n'en ai pas le droit et que personne ne témoigne qu'il y a peut-être du bon en lui alors que tant de gens condamnent ses intentions. Si la guerre éclate en Europe, jamais je ne connaîtrai la vérité sur cet homme qui chevauche un avion frappé de l’étoile rouge. Si la guerre éclate, nous serons déchaînés l'un contre l'autre comme des loups affamés. Un ami mien, de mon univers, un ami patenté et non point un de ceux que j'imagine, tombera sous les coups de ce pilote. À cet instant, je serai dévoré par la malfaisance de la guerre et j’aurai perdu tous mes amis potentiels que sont les pilotes Russes. Je me réjouirai de leur mort, je serai fier de détruire leurs beaux avions avec mes roquettes et mes canons. Mais si je glisse dans la haine, je serai inévitablement un homme diminué. Si j'en suis fier, je ne mériterai pas qu'on soit fier de moi, car tuer cet ennemi sera le début de ma propre mort. Et tout cela m'attriste, dans cette nuit trop noire et trop belle pour qu’on puisse distinguer une étoile rouge de l'étoile blanche peinte sur mon avion.     Richard Bach
Mig 15
*La semaine prochaine, je terminerai le dernier texte de cette série «Histoire d’une passion» par le récit d’un premier saut libre en parachute.
Bonne semaine à toutes et à tous.
Georges Gaudet