lundi 28 juillet 2014

Quand la mer parle aux enfants

Justin 1   Justin et la mer

*Petite histoire pour enfants. Adultes, s’abstenir.

Fou de Bassan

 

Un fou de Bassan passe près du navire et Justin n’en revient pas. Ce superbe oiseau de mer lui demande s’il apprécie son voyage à bord de ce grand bateau blanc. Les adultes ne peuvent comprendre, mais il arrive souvent que les enfants découvrent un monde que nous, adultes, refusons de voir. Alors s’amorce un curieux dialogue.

- Et toi l’oiseau, qui es-tu ?

- Je suis un fou de Bassan de répondre le bel oiseau.

- Un fou ?

- Ah non, pas fou du tout. Je suis maître plongeur, grand navigateur sur les lames de l’océan et pêcheur hors pair, surtout quand les hélices de ce gros bateau brasse la mer et fait remonter à la surface toutes sortes de poissons effrayés. Et toi, que fais-tu sur ce navire ?

- Ah moi, j’capote. C’est «cool au boutte» ici à bord. Tu ne peux imaginer tout ce que j’ai vu depuis notre départ de Montréal.

- Tiens tiens, raconte donc ?

OLYMPUS DIGITAL CAMERARencontre capitaine

- D’abord on est partis de Montréal et puis on est passés sous le pont de Québec. J’ai cru que la cheminée allait accrocher tout le pont, mais ça s’est bien passé. Ensuite le capitaine nous a reçu pour souper. Nous étions quatre enfants. Il est bien gentil le capitaine, mais j’avoue que j’ai été impressionné. Il nous a dit qu’à table, il ne faut jamais porter sa casquette, mais nous lui avons demandé de la porter rien que pour nous. On a bien ri. Et puis nous avons mangé des croquettes de poulet, des frites puis de la liqueur.

- Pouah ! –moi j’aime mieux le hareng puis le maquereau.

- Je comprend bien, mais toi c’est pas pareil, tu es un oiseau.

- Et les poulets aussi, ne l’oublie pas. Même s’ils ne volent pas aussi bien que moi.

- Oh pardon, je n’y avais pas pensé. Ensuite, nous sommes allés jouer dans la salle des petits. Il y a des jeux vidéo là dedans. Je me suis même fait une petite amie. Elle s’appelle Cloé et elle vient de bien loin, de la Corse.

Salle de jeux Justin 2

- Ah oui, je connais. C’est beau la Corse. Mon grand-père y a déjà pêché m’a-t-on dit.

- Aussi, Québec est une belle ville, mais ce qui m’a le plus impressionné, c’est l’écluse du Vieux-Port. Je ne savais pas que les bateaux pouvaient entrer et sortir d’un port un peu comme s’ils montaient ou descendaient un escalier.

Écluse

- Vous les hommes, vous inventez toutes sortes de choses. Nous les oiseaux, nous n’avons pas besoin de tout ça. Un bon nid, un «scoule» de maquereaux, un grand plongeon et il n’y a rien de mieux pour te lisser les plumes d’ailes. Bon je dois y aller, j’ai encore faim. Bon voyage mon ami.

- Bon voyage bel oiseau. Moi je suis fatigué maintenant et je dois aller dormir. Je dors dans la couchette du haut. C’est «capotant». Bye.

Justin 3

Eh bien moi, après des journées pareilles, j’suis crevé.

Bonne semaine à toutes et à tous. À la semaine prochaine.

GG

lundi 21 juillet 2014

Tout est question de perceptions

Par Georges Gaudet     georgesgaudet49@hotmail.com

Et si les bateaux pouvaient parler

bateaux 1

Que diraient-ils? Nous n’en savons rien, mais il est probable qu’ils en auraient bien long à dire, tant sur leurs congénères que sur les eaux sur lesquelles ils naviguent, sur les gens de la planète terre et aussi sur ceux qui naviguent sur leurs ponts et coursives.

Le soleil chauffe la peinture sur mes ponts métalliques et toute une population de croisiéristes vient de monter à mon bord. Ils sont soit souriants, soit inquiets, soit joyeux, soit anxieux, soit contents, soit mécontents. Pour résumer, ils sont humains. Chacun de ces voyageurs porte en lui l’histoire de sa vie, tant dans les traits de son visage, la mobilité de son corps que dans le langage de son comportement en groupe. Pendant que mon équipage s’active en mon ventre, que les mécaniciens huilent mes machines, que les femmes indiquent les chambres aux passagers, que mes cuisines dégagent les fumets de repas succulents, j’écoute par le travers de mes tôles ce que ces gens se disent. Les Îles aux veaux, Île aux vaches, Île aux bœufs, passent lentement sur mon flanc tribord alors que cela ne fait qu’environ 45 minutes que mes hélices me poussent en dehors du port de Montréal. Accoudé au bastingage de ma poupe, un homme raconte à un inconnu médusé, des bribes de pensées que la mer, la terre, les humains et les navires lui ont suggérées. Dans le coffret de ses souvenances, il dit avoir ramassé un bagage inouï de leçons de vie, de découvertes humaines et de pensées philosophiques et politiques qui lui rendent la vie non seulement tolérable, mais belle et détachée de ce quotidien terrestre pas toujours agréable.

Il raconte

Montréal est une belle ville. Pleine de trous, de travaux, inaccessibles la plupart du temps par ses ponts et rapides, elle se laisse découvrir pour qui prend le temps de la regarder vivre à son rythme. Son vieux port regorge d’histoire et si on a caché son existence pendant longtemps en essayant de tourner le regard des Montréalais vers la montagne, il est évident qu’aujourd’hui, l’on tente de tourner à nouveau le regard de ces millions d’insulaires vers ce fleuve méconnu, autoroute des découvertes et si essentiel à tout le cœur de l’Amérique. Comme une aorte humaine, il alimente toutes les activités commerciales et de loisirs à partir de la pointe de Gaspé et les rives de la Côte-Nord jusqu’aux Grands Lacs, et de par ces endroits, tout le middle ouest américain, passant par le lac Michigan, le Mississippi et sa sortie dans le Golfe du Mexique. Véritable autoroute uniquement connue de ses proches riverains, il demeure toujours la grande veine économique qui continue de faire ce qu’est notre pays et l’Amérique d’aujourd’hui. Le flot de ses affluents et les eaux en son centre sont partagés entre deux nations et les rives de chacun sont si importantes que les deux pays étoufferaient s’il fallait qu’ils meurent.

À plus petite échelle

Quatre moineaux communs atterrissent devant ma table alors que je rédige ce texte. Deux toutes petites mies de pain sont à mes pieds. Ils se méfient de ce grand pied tout proche de ce repas bien désiré. Un brave s’avance et puis un autre. Le premier partage tour à tour ce gros bout de pâte cuite avec ce qui semble son copain alors que l’autre à tout l’air de ne rien vouloir partager avec qui que ce soit, même qu’il semble prêt à défendre sa trouvaille au prix d’une bonne bagarre. Au fond que je me dis, les animaux sont comme nous. Certains peuvent être généreux, d’autres, bien «cupides». Quelques-uns appelleraient cela la loi de la nature, mais j’avoue ne pas en être certain et du coup, en ce lieu aussi étrange qu’un port de mer, je me demande quand tout ce qui vit sur terre fut plongé dans l’obligation de se battre pour sa survie ou pire, de tuer pour vivre.

Hugo M 1

L’innocence d’un enfant me ramène à l’essentiel. Un petit garçon n’en a que pour les fleurs. Il court vers elles, les touche, leur parle dans son langage unique, rit avec elles et les nomme par leur couleur. Son univers n’est que beautés et découvertes. Le danger n’existe pas encore et la peur n’est pas encore assimilée. Il est l’image du bonheur total, tout comme cet oiseau qui, discrètement, vient chercher sa petite mie dans ma main. Non loin de là, des cyclistes roulent dans un paysage magnifique. Certains ne sont pas pressés et semblent admirer toutes les beautés qui les entourent. D'autres ont vraiment l’air d’avoir peur. Engoncés dans un quelconque habit aux couleurs d’une compagnie, équipés comme des professionnels du Jura français, ils enfilent les sentiers à toute vitesse, brûlent les arrêts et feux rouges au mépris de la plus élémentaire prudence, dépassent sans avertir les cyclistes « normaux » et ne se gênent pas pour assaisonner commentaires désobligeants et prétentieux aux quelques personnes à mobilité restreinte qui tentent de partager leurs parcours. Excusez-les, ils sont pressés. Ils courent, pédalent, suent comme des damnés et semblent se diriger vers un destin dont leur vie en dépend. Ils sont pressés de mourir dirait-on et il est à se demander s’ils n’ont pas envie d’amener d’autres victimes avec eux.

Marché Bonsecours

Assis sur ce banc devant le marché Bonsecours, je me demande pourquoi certains humains n’arrivent pas à s’arrêter un moment, à regarder ce qui les entoure et à lire cette belle leçon que la nature nous donne : « Regarde et apprécie, car ce qui est aujourd’hui ne sera peut-être plus jamais là demain. »

Retour sur le bateau qui entend et parle

Des gens sérieux ou qui se croient sérieux parlent de politique alors qu’ils sont appuyés à mon bastingage. Mes parois en tôles les écoutent. Ils se disent inquiets de tout ce qui se passe en politique du Québec aujourd’hui. Beaucoup de gens sont malades ou portent de graves handicaps. C’est une évidence même que je peux constater quand tous mes passagers embarquent ou débarquent de mon bord. Alors, un de ces hommes dit à peu près ceci : « Se pourrait-il que le peuple ait voté pour trois médecins à la tête de cette province par peur inconsciente de la maladie? Nous savons tous que ça va mal aux ministères de la Santé et de l’Éducation. Nous ne sommes pas un pays en guerre et s’il est une chose dont les Québécois ont peur, c’est bien de la maladie. Alors, ils ont élu trois médecins aux plus hauts postes de l’appareil gouvernemental, croyant ainsi que ces “spécialistes” allaient régler le problème.

Et l’autre homme de répondre : « La peur inconsciente quand elle est habilement manipulée peut donner les résultats les plus surprenants. Nous voilà maintenant avec trois médecins à la tête d’une nation, trois hommes qui demandent à leurs citoyens de se serrer la ceinture et trois individus dont l’un a reçu 1,2 million de dollars pour avoir quitté son poste de président de l’Association des médecins spécialistes du Québec, un autre dont le travail de médecin et de politicien combiné aurait rapporté plus de 200,000. $ d’honoraires « questionnables » alors que le dernier aurait bénéficié pendant huit années passées de certains avantages en des paradis fiscaux.»

Les berges du fleuve pavanaient lentement le long de ma ligne de flottaison et en entendant ces deux hommes, je me demandais pourquoi les médecins faisaient de la politique plutôt que de soigner les malades. Après tout, ce sont les mécaniciens qui réparent mes moteurs, les peintres qui peignent ma coque, les garçons et filles de table qui servent les convives… et ainsi de suite. Le capitaine mène son équipage et moi je vais où il me dirige. J’imagine mal ce qui arriverait à mes vieux membres dans les cales s’il fallait que l’animateur des activités à bord ou un mécanicien dûment diplômé doive m’accoster au quai de Cap-aux-Meules.

Coursive

Un enfant court maintenant dans mes coursives. Il cherche des fleurs, mais n’en trouve pas. Je l’amène aux Îles de la Madeleine. Il en trouvera certainement là-bas. Il découvrira aussi des dollars de sable, des coquillages et surtout, le bonheur innocent de son âge. Serait-ce là la clef du bonheur de tous les êtres humains sur cette terre? – à vous d’y répondre.

Bonne semaine à toutes et à tous.

GG

lundi 14 juillet 2014

Arthur et diversion dans un fjord

Par Georges Gaudet

georgesgaudet49@hotmail.com

Un bateau est une île, une île est un pays.

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Tous les bateaux ont un langage. Il suffit de les écouter. Les uns sont tous petits, fragiles ou très fiables, d’autres plus grands, sont fiers, braves courageux, parfois téméraires, mais la nature a ceci de particulier qu’elle rappelle sans cesse que c’est elle qui maîtrise tout, qui impose ses lois et force la crainte ou l’admiration, toujours selon son bon vouloir. Il y a quelque temps, en une pure fiction bien sûr, j’ai rencontré l’âme d’un navire, la belle âme d’un beau et quelque peu, « vieux » navire. Encore solide, rempli de rêves et d’aventures, il m’a parlé de son existence heureuse, presque toujours assignée à promener des gens d’une île à l’autre, d’un port à un autre, d’un fleuve à un golfe. Ses tôles d’acier toujours solides témoignaient de sa force et l’usure de ses boiseries de son élégance. Son âme se tenait dans le coin d’une de ses cabines et c’est autour d’une bonne bouteille de vin que j’ai écouté sa belle histoire.

Si ma coque est de métal, mon âme, indissociable de celle-ci, est faite d’histoires, d’émotions et d’expériences me dit-il tout d’un coup. Pendant l’hiver, je remplace un traversier et pendant l’été, je promène des gens qui ont toutes sortes de raisons de monter à mon bord. Je suis à la fois le fou du roi qui amuse la galerie et le consolateur des affligés qui soigne les blessures. Et des blessures, il y en a tu peux me croire. J’avais les deux pieds bien ancrés sur son pont numéro 5 et petit à petit ce navire me raconta l’histoire de chacun. Tu vois ce mec là-bas? Dit-il? Il se bat contre un cancer virulent et sait que l’issue est peut-être proche. Il a choisi de monter à mon bord avec son épouse, question d’oublier un peu et de rêver une vie nouvelle tout en se payant le plaisir de dire merci pour celle déjà vécue. La sagesse entoure ses moindres gestes et moi, je veux devenir le meilleur navire sur lequel il a navigué. Et puis il y a cette femme. Remarque comment elle est plongée dans son bouquin. Elle veut être seule, pas dérangée par qui que ce soit et pourtant, elle meurt d’envie de partager avec quelqu’un ce voyage déjà entrepris en solitaire. De l’autre côté de ce couloir de cabines, tu as sans doute remarqué ce couple qui s’embrasse tout le temps. Ils ne sont pourtant pas jeunes, mais je t’assure que leur cœur le demeure. Ils dansent avec adresse et passion sur le parquet de mon salon parfois houleux et leur grâce rend hommage à la beauté de l’amour tout simplement. Ils m’ont dit, par la voix des murs bien minces de leur petite chambre, qu’ils étaient tous les deux seuls en ce monde. Ils souffraient du départ précipité d’un vieil amour et le hasard avait fait que mon passage devant leur chalet respectif le long du fleuve les avait incités à monter à mon bord. Tu sais, ce soir ils danseront tous au salon-bar et le bonheur que mon étrave labourant la mer pourra leur apporter sera une richesse de plus à mon crédit. Je suis ainsi, comme tu vois. Je suis un porte-bonheur, parfois un consolateur des affligés et surtout, un pont entre un bonheur possible et un bonheur réel, vécu dans le présent et qui refusera pour longtemps de mourir dans le souvenir de mes passagers. Les rives du Saint-Laurent n’auront plus jamais cette saveur tiède après qu’ils auront navigué à mon bord et les beautés de la Gaspésie et des Îles de la Madeleine, des fjords du Saguenay et des rives de la Basse-Côte-Nord, ne seront plus jamais que des noms sur une carte, mais bien des lieux tatoués dans leur mémoire, une mémoire qui refusera toujours d’oublier.

Une tempête, un refuge.

Fjord Saguenay

Une tempête s’annonce et je file à l’anglaise dans un port abrité. Le confort de mes vacanciers est plus important que la bravoure d’un défi lancé à cette mer qui me supporte. D’ailleurs, je la connais bien cette mer. Souvent d’une beauté sans pareille, parfois houleuse comme un parcours de montagnes russes et rarement, mais quelques fois dangereusement déchaînée. Alors, là; je garde mes distances et j’admire sa fureur et la puissance de tous ces Dieux olympiens qui ont façonné toutes ces vagues aux couleurs profondes, aux sommets d’une blancheur unique et à la force que seuls, les plus téméraires peuvent affronter, mais jamais sans danger.

Si je suis ainsi, c’est aussi parce que je suis guidé par un fantastique équipage. Mon capitaine est bien important bien sûr. Il est comme un patron, un maire, une personnalité sur terre, mais il n’est pas seul. Toutes sortes d’équipes contribuent à m’aider dans ma mission, soit celle de labourer l’onde de mes puissantes hélices et montrer aux passagers que je transporte, toutes les beautés de ce pays aux milliers de lacs et rivières, d’un grand fleuve et d’une mer s’ouvrant majestueusement sur un océan. Dans mes entrailles d’acier, des gens exceptionnels travaillent sans cesse à la dure tâche de voir à mon existence. Du huileur au laveur de vaisselle, de la femme de chambre au maître des cuisines et son équipe, des ingénieurs aux matelots et officiers, tous sans exception, contribuent au bonheur que je tente de procurer à tous ceux qui ont décidé de monter à mon bord.

Moments de réflexion

Appuyé à la rambarde, j’imaginais facilement ce monologue émanant du navire alors que l’écume de mer dansait le long de sa coque sous les yeux de quelques dizaines de passagers. Je les observais et je me demandais s’ils étaient vraiment conscients de tout le travail et tout le professionnalisme qu’exigeaient leur confort, leur sécurité, leur bonheur en somme. Tiens que je me disais. Combien d’entre eux réalisent toute l’importance des femmes de chambre? Et d’ailleurs, pourquoi dit-on « femmes de chambre » et non pas « hommes de chambre? ». Au pays des égalités souhaitées, des métiers « non traditionnels », se pourrait-il qu’on ait fait un oubli? – un oubli volontaire? Et que seraient ces passagers sans ces femmes? – sans ces personnes qui jour après jour, ramassent nos déchets, nettoient salles de bain, douches et toilettes, balaient chaque espace et surtout, soulèvent quantité de matelas, draps et oreillers pour que nous, les voyageurs, ne souffrions pas du moindre désagrément?

Un peu penaud, je suis retourné à ma chambre, mais non sans avoir salué au passage ces deux femmes de chambre qui ne se doutaient certainement pas du contenu de mes pensées. Une fois bien calé entre deux oreillers, mon ordi sur les genoux, j’ai obéi à ce besoin d’écrire le texte que vous lisez présentement. Le sommeil allait sans aucun doute venir, mais avant de me laisser aller dans les bras de Morphée, je me suis encore abandonné à ce rêve éveillé d’un dialogue avec l’âme de ce navire. Une âme qui me disait essentiellement ceci : « Tu vois, un navire, c’est comme une île. Il est entouré d’eau et subit constamment les assauts de la mer à cette différence près qu’il se déplace sur sa surface. En ce sens, il devient un pourvoyeur de liberté puisqu’une île, quand on peut en partir et y revenir à volonté, celle-ci peut nous sembler paradisiaque, mais si l’on ne peut la quitter, cette dernière devient facilement une prison. Et si belle puisse être une prison, cela demeurera toujours une prison. Je suis donc une île libre, une île comme un pays. Eh oui! Des gens m’habitent, partagent mon espace, voyagent hors mes frontières. Un gouvernement me dirige et des gens travaillent à mon succès. Je procure confort et bonheur à ceux et celles qui veulent bien en profiter et comme tout bon gouvernement, je veille à ce que mes habitants y trouvent chacun et chacune, leur petite parcelle de bonheur.

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Je m’appelle navire ou bateau. Je suis une île qui avance sur l’eau, un pays qui flotte sur frontières entre rêves et réalités. Je suis votre navire de croisières. »

Bon voyage à toutes et à tous.

GG

lundi 7 juillet 2014

Souvenirs fabriqués de vent, de voiles et de feuilles.

Par Georges Gaudet

georgesgaudet49@hotmail.com

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Goélettes et petit carnet de notes

Il fut un temps en ce début du 20e siècle, et ce, jusqu’à la fin des années cinquante où leur présence dans les havres des Îles de la Madeleine était omniprésente. Un siècle auparavant, beaucoup plus nombreuses, elles avaient baroudé le long de toutes les côtes des Îles. Chaque printemps, elles étaient plus d’une centaine, la plupart d’origine américaine. Avec chacune un équipage moyen d’une vingtaine d’hommes, elles amenaient aux pêcheurs et commerçants des Îles un précieux apport économique par l’achat de poisson et de biens essentiels à la pêche. Protégées par le traité de Versailles qui avait accordé un droit de pêche aux Américains dans le Golfe, la « descente à terre » de ces « occupants saisonniers » connut aussi sa période sombre et dont il faudrait plus que cette chronique pour traiter du sujet. Je m’en abstiendrai donc, car il est un autre volet beaucoup plus glorieux à propos de ces navires et équipages qui appartient en toute légitimité à de braves Madelinots. Ces hommes à l’eau salée dans les veines, à la ténacité des découvreurs et armés d’une Foi qui les honorait, avaient compris que si les autres pouvaient venir chez nous, pourquoi ne pouvaient-ils pas faire la même chose et tenter de conquérir les routes commerciales, mais à l’inverse.

La BTU

Une toile de la goélette BTU peinte avec fidélité par un de nos grands artistes méconnus aux Îles, monsieur Raynald Verdier

À la fin des années cinquante, les quelques goélettes survivantes de cette épopée portaient les jolis noms de ARIEL, propriété du capitaine Alphonse Arseneau, BTU et MCA, propriété du capitaine Hypolite Arseneau et bien d’autres dont les noms avaient souvent peu d’importance, car elles étaient mieux connues par le nom de leur capitaine. La goélette à Clopha qui en 1942 transporta 102 Madelinots quittant les Îles pour s’établir en Abitibi, la goélette à Taker, connue pour son transport de charbon et combien d’autres dont le modernisme à fini par faire abattre les mâts et transformer en caboteurs jusqu’à ce que CTMA et la Clark Steamship Company finissent par les remplacer toutes.

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Un jour, le hasard me mit en contact avec un vieux carnet de notes dont rien ne pouvait indiquer le trésor historique qu’il contenait. C’est en ouvrant les premières pages que j’ai réalisé à quel point son petit contenu portait en quelques lignes un tracé d’histoire, des bribes de vie illustrant parfaitement la dure réalité de ces marins et propriétaires de goélettes d’autrefois. C’était en 1950. En première page apparait la liste des dettes variant de 50 cents à deux dollars dans le pire des cas. Et puis ces voyages de pêche à Chéticamp et ces achats ou emprunts de filets de pêche. Des dépenses courantes comme l’achat de provisions. 7.60 $ chez Jos Bouffard et 25.20 $ chez George Savage pour la gazoline. Déjeuners payés à l’équipage à Chéticamp : 36 cents à chacun et achat de 6 pains, 96 cents. Ensuite les prises en novembre. En cinq voyages de pêche, on y mentionne 532 livres d’éperlans déposés à l’entrepôt frigorifique de Havre Aubert qu’on appelait le frigidaire.

Au tournant de chacune de ces vieilles pages jaunies, on a l’impression d’entrer dans un autre monde, une autre galaxie, mais toute aussi réelle que notre monde d’aujourd’hui et si différent en même temps. 1950, travail commencé le 10 avril, premier voyage de hareng chargé le 1er mai – parti des Îles le 4, arrivé à Souris le 5, à Georgetown IPE le 6 avec 445 barils de hareng, « over » de 5… ce qui voulait dire 5 barils sur le pont. Deuxième voyage, chargé le 15 mai, partis le 19 et avons fait Souris, Georgetown, Montague, Murray Harbour, Pictou NE et retour aux Îles le 30 mai. Vendus 435 barils de hareng, « short » de 31. Retour avec 44 tonnes de charbon. Troisième voyage : Parti des Îles le 6 juin, arrivé à Pictou NE le 7. En route pour Malagash NE, arrivés le 9 et retour aux Îles le 13 juin avec 46 tonnes de sel… et ainsi de suite en 1951, toujours avec ce parcours à faire rêver les vacanciers d’aujourd’hui et qui était si dangereux et pénible en cette époque pas si lointaine.

Ce petit carnet de notes, c’était celui de mon père. Lui aussi avait possédé sa goélette. Elle s’appelait Grace L. MacKinnon, construite en 1924 à Ingonish Ferry en Nouvelle-Écosse, enregistrée à Sydney NE sous le numéro 152651, elle ne mesurait que 56 pieds et 2 pouces (17 m 12) pour un tonnage de 29 tonneaux. Ce bateau était le bateau de ses rêves. Des rêves qu’il avait élaborés avec ma mère dans les premières années de leur mariage. Je ne peux compter le nombre de fois qu’il nous a raconté à mon frère et à moi les péripéties vécues avec ses frères, André, Pierre et Paul sur cette petite goélette, presque toujours chargée au-delà de ses capacités.

Papa - ateliergoélette maquette

Maquette de la Grace L. MacKinnon une fois terminée.

Au couchant de sa vie, il en a même réalisé la maquette tout simplement de vive mémoire. À part le profond attachement à ma mère, à ses enfants et à sa propre famille, sa goélette avait été son plus grand amour, même si ce vieux rafiot de 26 ans lui en avait fait baver de toutes les couleurs.

Des trésors

Il existe des trésors aux Îles et ces richesses ne sont pas dans des coffres cachés sous terre le long de nos côtes. Ils sont dans les souvenirs écrits ou gravés en mémoire d’hommes et de femmes qui, en leur époque respective, ont façonné ce que nous sommes aujourd’hui. Plonger dans chacune de ces générations passées, c’est réaliser toute l’ampleur du travail accompli, la grande espérance de ces gens à la résilience incroyable et la bravoure sans limites de ces hommes et femmes qui avaient l’air de poteaux plantés dans la mer, capables de résister à tous les vents, à toutes les tempêtes. Il fut des époques oubliées que nous n’avons pas le droit de laisser mourir dans la mémoire universelle.

Jean-Guy Poirier 

Passionné de voiliers d’une époque précédente à celle des goélettes, le Madelinot Jean-Guy Poirier excelle dans l’art de la construction de vaisseaux de guerre des XV, XVI, XVII et XVIIIₑ siècles. Véritables œuvres d’art, ces maquettes n’ont pas de prix, tant sur le plan historique que sur l’ampleur de la passion qui anime ces constructeurs de navires bien particuliers.

Encore aujourd’hui, des passionnés de cet autre monde s’amusent à recréer en miniature cet univers qui ne reviendra jamais. Un univers dont nous ne voudrions pas, tout simplement parce qu’il est comme cette montagne gravie de peine et de misère, de rires et de défis, de joies et d’aventures. Mais cette montagne vaincue sera toujours là et pour longtemps, tout comme un rappel de ceux et celles qui nous ont portés sur leurs épaules, afin que nous puissions continuer notre route, celle initiée par leurs coups de rames assurés.

Il fut un temps où la voile était l’outil de travail d’un peuple de navigateurs. Aujourd’hui, c’est un outil de plaisir et c’est très bien ainsi. Il nous suffit de ne jamais l’oublier.

Bonne semaine à toutes et à tous.

GG

lundi 30 juin 2014

Quand dame nature nous aime

georgesgaudet49@hotmail.com

Enfin l’été

* Le temps des bateaux, le temps des voyages, le temps des rêves. Depuis la postadolescence, je me suis toujours demandé pourquoi nous devions travailler pendant l’été. Question bien naïve, je sais, mais imaginez comment les Îles seraient si ce temps merveilleux qui ne dure que dix semaines par année aux Îles (douze si nous sommes chanceux), se prolongeait pendant au moins les deux tiers de l’année. Eh oui, probablement que nous ne l’apprécierions bien moins. Voilà pourquoi en ce blogue hebdomadaire, je vous convie en mots, en photos et en bateau, à ce premier voyage sur la mer des Îles de la Madeleine, le plus beau coin du monde pendant si peu de temps.

Nixe 1

Eh non! Cette photo n’est pas des Bahamas, mais bien prise de la terrasse d’un resto sur La Grave aux Îles en ce 29 juin 2014. J’ai enfin mis à l’eau mon petit bateau que je souhaite vendre. Bien que j’aime cette merveilleuse petite embarcation, cet été sera monopolisé par le boulot et plutôt que souffrir de voir « La Nixe » (c’est son nom) au bout de son ancre presque tout le temps, je préfère l’offrir à quelqu’un qui saura en apprécier toute la valeur et en prendre soin comme je l’ai fait depuis 2007. L’hiver prochain apportera ses surprises et ses défis. Il se pourrait bien qu’un autre bateau entre au sein de ma petite armada aux grandeurs variant souvent entre 10 et 15 pieds de longueur. Donc, dimanche dernier, j’ai comme on dit aux Îles, « lancé » mon petit bateau et comme il est bien marin, ce petit navire, Dominique et moi avons décidé de partir à l’aventure dans la Baie de Plaisance.

Cpt Dominique GPS

Capitaine Dominique prit la barre et à une vitesse moyenne de 5 nœuds, nous avons quitté Cap-aux-Meules, direction Havre-Aubert. Magie du modernisme, un petit GPS portatif indique bien notre position en plein milieu de cette belle baie.

Chenal

Une heure et trente minutes plus tard, un merveilleux panorama pouvant rendre jaloux n’importe quel résidant des mers du Sud s’offrait à nous. Capitaine Dominique connait maintenant ses entrées de chenaux. Verte à bâbord, rouge à tribord en entrant ou en amont si vous voulez. Et sur cette petite note humoristique, la fameuse plage du « Bout du bain » comme on l’appelait chez nous et que la toponymie appelle maintenant le « Sandy Hook » nous présentait ses merveilleuses dunes de sable tout en cachant de l’autre côté, une des plus belles plages des Îles.

platier HA

Signe des temps, les cormorans disputent maintenant le platier de l’entrée du Havre aux goélands. Mystère et boule de gomme, nous nous demandons si ces deux espèces s’entraident, se tolèrent ou se combattent. Quelques décennies auparavant, cet endroit était bel et bien le sanctuaire unique des goélands et des hirondelles de mer. La question demeure donc sans réponse, mais gageons que d’ici peu, les cormorans auront pris toute la place.

Chalet Les campagnes publicitaires à propos des mers du Sud font presque toujours état de paradis inconnus aux hôtels cossus le long de plages dorées. Pour ma part, en passant devant pareils décors, je préfère penser que le paradis peut ressembler à ce petit chalet posé simplement sur le bord de la rive, insolent de simplicité et de beauté.

Petite Baie 

Et puis comme tout est bien qui finit bien, c’est à marée basse que nous avons ramené « La Nixe » en son lieu de repos avant la tombée de la nuit. Un 29 juin 2014 à ne pas oublier. Mon petit bateau est enfin à « son mouillage » bien à l’abri dans une crique de La Petite Baie à Havre-aux-Maisons, là où il y a maintenant deux ans, nous avions, ma compagne et moi, passé l’été en camping, à l’abri dans sa petite cabine et admirant chaque matin, un autre des plus beaux panoramas des Îles de la Madeleine.

Bon vent à toutes et à tous.

GG

lundi 23 juin 2014

Des voiliers et l’amitié

Par Georges Gaudet  georgesgaudet49@hotmail.com

Le plaisir n’est pas toujours proportionnel à la grosseur du bateau

Doris à mon père

Le doris de mon père.

Deriveur 1 

Mon petit dériveur de 11 pieds.

C’est l’été, enfin si celui-ci veut bien arriver avant que les jours ne commencent à rétrécir un peu trop vite. Voilà qui justifie les sujets à venir, puisque j’ai l’intention de vous entretenir de bateaux, petits et grands. J’ai même l’intention de dialoguer avec les bateaux et non, je ne suis pas fou. Mon père disait souvent que les navires, tous les navires, avaient une âme et que c’était pour cela que les bateaux ne savaient pas mourir. Ceux en fer finissent à la ferraille, dépouillés de tout et rouillés. Ceux en plastique terminent souvent leur vie dans un parc à déchets, cuits par le soleil et polluant l’environnement. Ceux en bois craquent et s’affaissent sur leurs structures, s’allongent le long d’une plage ou se fracassent sur des rochers pour disparaître au fond d’un havre, d’une crique ou même de l’océan. Les Vikings avaient une façon particulière de terminer la vie de leurs drakkars. Guerriers autant que pêcheurs et conquérants des mers, leurs bateaux mouraient avec leurs propriétaires. On étendait la dépouille du défunt sur le fond de son voilier, on y montait la voile et tout en orientant l’étrave vers le large, on y mettait le feu pour que celui-ci brûle avec la dépouille de son capitaine et rejoigne ses ancêtres au fond des mers inconnues de l’au-delà. Pas pratique pour les règles d’aujourd’hui, mais drôlement symbolique et respectueux du lien parfois indéfectible qui peut exister entre un marin, la mer et son bateau.

Petite histoire banale

La pluie avait saveur de sel et la température des allures d’automne, même si nous étions au début de l’été. Tirant derrière ma voiture mon petit dériveur, je décidai d’arrêter au bistro, question de siroter un vrai bon café de marin tout en espérant que dame nature veuille bien se calmer un peu. C’est là que je reconnus un vieil ami depuis longtemps disparu des quais que je fréquente habituellement. Il s’appelait Maurice et enfants, nous avions partagé notre passion pour les petits voiliers tout en rêvant d’en avoir de bien plus gros le jour où nous allions devenir riches. Ensemble, nous avons bâti un « Optimist » et puis un « Mirror » pour ensuite accepter que la vie nous éloigne l’un de l’autre. Maurice souffrait d’une maladie que l’on aurait pu appeler « ignorance du danger » et « ambition sans limites ». Cette particularité pouvait expliquer le nombre de fois qu’il avait dessalé « chaviré » avec ses dériveurs. D’une part, il s’était souvent trouvé dans la flotte et d’autre part, il était devenu un spécialiste du redressement d’un petit voilier. Personnellement, je n’étais pas peu fier de mon dossier vierge en renversement alors que lui, comptait avec fierté le nombre de fois qu’il était revenu sain et sauf sur la rive après quelques dessalages spectaculaires.

Optimist Mirror 

Un OPTIMIST                                                                    un MIRROR.

Quelque 30 années étaient passées depuis ce temps-là. Nos cheveux sont maintenant la couleur d’un nuage d’automne, nos tailles respectives un peu plus rondes et nos articulations passablement plus douloureuses. Toutefois, le feu de la passion de la voile ne s’est jamais éteint. Après quelques bières bien calées, Maurice m’apprit qu’il n’avait plus de voilier. Tu sais, à une certaine époque, je me suis payé le grand luxe. Quand j’ai quitté le pays pour faire carrière dans l’immobilier, je me suis vu d’abord avec un voilier de 22 pieds. Puis a suivi un 30 pieds et finalement, j’ai un jour possédé un beau « Swan » de 48 pieds. Et tu sais ce qui me chagrine le plus aujourd'hui? – pendant toutes ces années, j’ai eu l’impression d’être un chien qui courait après sa queue. L’argent rentrait bien, mes bateaux étaient ce que j’avais toujours désiré, je me suis marié, j’ai eu deux enfants et puis nous avons fait de merveilleux et trop courts voyages un peu partout dans le monde… en avion. Cela me coûtait une fortune pour les assurances, les places à quai, l’entretien et l’hivernement de ces beaux voiliers. Le pire dans tout cela, mes enfants n’ont jamais partagé ma passion pour la voile et quant à mon « ex », inutile de te dire que chaque fois que je voulais partir vers la mer en sa compagnie, il me fallait inviter toute sa communauté d’amis, de confrères et consoeurs de travail, mais uniquement pour un barbecue sur le pont, bien attaché à la marina. Je te le dis à toi, mon vieil ami des beaux jours, j’avais le sourire accroché jusqu’aux oreilles, mais j’étais malheureux comme un « plogueil » hors de l’eau.

Après de telles confidences, je me sentis obligé de partager une partie de mon existence avec ce vieil ami retrouvé. Comme la plupart d’entre nous, j’avais connu des hauts et des bas et à la différence de Maurice, la richesse n’était jamais passée sur mon chemin. J’étais demeuré collé à mon petit coin de mer après les études et je m’étais contenté de quelques petites chaloupes à voile tout en fabriquant mon petit bonheur, à la journée, en compagnie d’une formidable compagne qui avait toujours partagé ma passion pour la mer. Par courtoisie, devant cet ami plutôt malheureux, je me retins d’exposer mon petit bonheur sans grande histoire. Avalant une dernière gorgée de bière, je remarquai que les nuages s’étaient dissipés et un bon vent frais du nord d’environ 15 nœuds semblait s’être bien établi. Je donnai une bonne tape dans le dos à Maurice et lui dis : « Vient-en, on s’en va faire de la voile » — ce à quoi il répondit : « Je me demandais quand tu allais te décider à m’inviter. » Alors, nous sommes partis pour le club de voile non loin du bistro. Après quelques manœuvres dans la descente, mon petit voilier de 12 pieds était à l’eau et par esprit de compétition, Maurice se loua un « Laser » et me lança le défi de le battre autour des bouées du chenal du havre. Bien que je n’étais pas de taille avec mon petit esquif, j’acceptai pour le plaisir et je reconnaissais là, l’esprit compétitif de Maurice. Une fois sur le fil de départ imaginaire que nous nous étions fixé, nous sommes pour ainsi dire tous les deux décollés sur les chapeaux de roues… sur les écoutes de grande voile en quelque sorte.

Laser 

Un LASER

La course

Bien que plus lent à cause de la configuration de mon dériveur, je tins tête à Maurice pour un bon bout de temps. Les vieux réflexes de ce fier compétiteur tardèrent à venir, mais avec les embruns en plein visage, le sourire lui est revenu avec les gestes oubliés depuis trop d’années. Presque coque contre coque, nous avons filé bon plein jusqu’à la première bouée du chenal. Devant nous, quelques jeunes filaient largue dans leurs OPTIMISTS et se demandaient sans doute qui étaient ces deux vieux rabots qui semblaient tant s’amuser avec leurs embarcations si différentes. Certains d’entre eux tentèrent de s’intégrer à notre parcours et même de compétitionner avec nous, mais pour une fois, devant la vieillesse, ils durent s’incliner dignement alors qu’au vent arrière, une fois la troisième bouée contournée, Maurice prit la tête avec la fierté d’un paon et une expression presque piratesque digne de ses jeunes années. Les étraves de nos voiliers labouraient l’eau devant nous et la barre à la main, le corps tendu sur l’arrière de nos voiliers, jeunes et vieux filèrent vers la rive à la vitesse que le vent voulait bien nous pousser. Dérive relevée, safran débarré, les uns après les autres, nos voiliers s’échouèrent doucement sur la rive légèrement vaseuse du camp de vacances alors que plusieurs jeunes vinrent nous trouver pour nous applaudir. Les voiles s’abaissèrent, Maurice souriait et personnellement, je retirai mon mat de son emplanture, remisai ma voile et ramai jusqu’à la descente et embarquai mon voilier sur sa remorque. Après avoir remisé le LASER, Maurice vint me rejoindre. Tout en m’aidant à sécuriser le tout sur la remorque, il me regarda droit dans les yeux et je ne pu que constater qu’il pleurait. Quelques larmes bien discrètes qui avaient l’air de larmes de vent étaient en fait ce qu’un jeune enfant avait déjà appelé devant mon désarroi, « de l’eau de peine ».

La main sur mon épaule, un peu gêné, il murmura : « Merci! J’avais oublié qu’on pouvait avoir autant de plaisir avec quelque chose d’aussi simple. Merci mon ami et promets-moi une chose… » Et c’est quoi cette promesse que je lui dis? – que nous recommencerons à la prochaine occasion fut sa réponse. Quelques dizaines de minutes plus tard, nous partagions une bonne pizza et quelques bons souvenirs au resto du coin. Un dicton anglais dit tout : « The smaller the boat, the greater the fun. »

Bonne semaine à toutes et à tous.

…et Bonne St-Jean.

GG

lundi 16 juin 2014

Trésors des Îles de la Madeleine

 

Sa maison est un véritable musée.

C’est bien connu, les Îles regorgent de trésors. Il y a bien sûr des trésors naturels qui nous entourent, des trésors culturels, des trésors touristiques, des trésors artistiques. Tous ces trésors sont pour la plupart accessibles et facilement appréciables. Il y a aussi des trésors cachés. Des tonnes de trésors cachés, souvent dans les greniers, sous des piles de livres, dans de vieux coffres en bois, des sacoches au cuir usé, des piles de journaux personnels, écrits à la main, avec une touche calligraphique à faire pâlir les polices modernes de nos ordinateurs. Il y a dans beaucoup de nos foyers madelinots, des trésors qui dorment entre des appuis-livres, parfois involontairement oubliés dans la tranquillité de bibliothèques personnelles, ou tout simplement perdus avec la mémoire de ceux et celles qui sont partis vers d’autres vies, vers un autre univers.

Bienvenue dans le monde de Jean-Marc Cormier.

Par Georges Gaudet georgesgaudet49@hotmail.com

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Il voulait me faire connaître un personnage oublié, un de ces nombreux naufragés sur les côtes des Îles qui ont décidé de demeurer sur place. Avaient-ils le choix? – nous n’en savons que trop peu, mais ils font aussi partie de ces gens qui ont bâti autrefois, à force de talent, de labeur et souvent d’abnégation, notre présent actuel, notre monde bien à nous. Un monde qu’ils nous ont légué dans des carnets manuscrits, des notes toutes simples, des comptes rendus notariés, des procès verbaux, des actes de naissances, des dons testamentaires, des photos d’époque, enfin, des trésors historiques qui risquent de disparaître avec les personnages qui les ont patiemment ramassés au cours de toute une vie. Bien connu des gens des Îles pour ses talents musicaux et pour ce qu’il a fait du célèbre «Café de la Grave» avec d’autres partenaires, monsieur Cormier est aussi une véritable bibliothèque vivante et sans vraiment le vouloir, probablement le meilleur gardien de toute l’histoire du site de La Grave, du moins depuis le siècle dernier et une partie de celui d’avant. Passionné de son histoire familiale et des personnages qui ont habité ce lieu hautement touristique aujourd’hui, monsieur Cormier habite une maison dont la question suivante  semble totalement justifiée.: «Y a-t-il de gentils fantômes dans votre maison?»

OLYMPUS DIGITAL CAMERADes carnets de notes comme celui-là, monsieur Cormier en a des dizaines, sinon plus. Son père prenait des notes, son oncle prenait des notes et presque tout du quotidien des gens de cette époque semble consigné quelque part, en des calepins bien ordinaires. Fêtes, baptêmes, mariages, dates et années, tout comme ces livres comptables tenus par les administrateurs du temps. Tout se comptait en 25¢, 10¢, 5¢ et de rares fois en «piastres».

Un drôle de naufragé

Petit Étang  

Petit-Étang vers les années 1900. Véritable photo du Petit-Étang à Havre-Aubert doublé d’un montage photo pouvant illustrer le naufrage de la goélette CHARLOTTE E.C.

C’était le 5 juin 1914. Cela fait cent ans cette année. La goélette CHARLOTTE E.C. s’échouait en bas du Petit-étang à Havre-Aubert. Selon les registres de l’époque, il ne semble pas y avoir eu des pertes de vie. Toutefois, comme dans bien des cas auparavant, les naufragés ne retournaient pas tous chez-eux et c’est ainsi qu’un St-Pierrais du nom de Joseph François Bidel, né le 28 avril 1871, arrivait aux Îles de la Madeleine pour y demeurer  pendant tout le reste de sa vie.

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Joseph Bidel. À l’arrière de la photo, l’auteur y avait inscrit la note suivante : «Quelques mois avant mon mariage le 23 juin 1897.»

Pour des raisons inconnues, les descendants Bidel n’habitent plus les Îles de la Madeleine. Toutefois, on dit de ce monsieur Bidel qu’il fut un vaillant travailleur, fiable et compétent auprès des entreprises du début du siècle sur le site de La Grave. N’oublions pas qu’à cette époque, c’était l’endroit commercial par excellence de tout l’archipel madelinot. Première banque, première caisse populaire, premier poste de douanes, magasins généraux, acheteurs de poisson, hôtels…etc, y avaient pignon sur rue. Havre naturel par excellence tout comme Grande-Entrée, les bateaux de pêche et de commerce y trouvaient assez facilement abris et quais de débarquements. Ce qui est particulier dans toute cette histoire, c’est que Joseph Bidel a habité pendant plus d’une vingtaine d’années chez Onézime Cormier, le père de Jean-Marc Cormier, notre gardien de trésors historiques. Des trésors qui bénéficieraient bien d’un petit «ménage» muséal avant que tout cela se perde dans une histoire qui s’éteint parfois trop rapidement. Joseph Bidel notait tout d’une écriture à la main digne des écrivains de l’époque. Appelant madame Onésime Cormier (Marie-Louise) «sa petite maman», monsieur Bidel prit seul racines sur les Îles alors qu’il entretint une chaleureuse correspondance avec ses jeunes enfants qui étaient demeurés à Saint-Pierre et Miquelon.

Voilà un petit volet d’une histoire unique mais sans aucun doute similaire à bien d’autres histoires enfouies dans les greniers ou attiques des Îles. Il faut noter aussi que le père de Jean-Marc Cormier fut pêcheur, propriétaire d’une goélette et plus tard, garde-pêche. Doté lui aussi d’un besoin peut-être viscéral de tout noter le quotidien de son époque sur de multiples carnets, l’ensemble de ces notes et les documents officiels qui les accompagnent pourraient constituer un autre pan d’histoire de l’archipel madelinot à ne pas oublier. À une époque où les jeunes sont littéralement assoiffé de découvertes modernes, particulièrement en matière technologique, il serait dommage que tous ces outils hyper performants d’aujourd’hui ne puissent pas  servir à répertorier, classer et surtout montrer les tableaux d’un monde qui n’existe plus, mais qui dans une mosaïque temporelle, pourrait présenter aux générations actuelles et futures, une référence historique d’une valeur inestimable.

Petit clin d’œil au passé

Monsieur Cormier ne s’est pas contenté de ramasser des carnets de notes et quelques vieilles photos. Dans cette maison, les œuvres d’art se chamaillent l’espace avec toutes sortes de créations originales, une collection personnelle de copies de photos des Archives nationales et des souvenirs familiaux qui racontent non seulement une histoire familiale, mais bien un portrait de la vie aux Îles comme elle n’existe plus aujourd’hui.

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Pas de casques protecteurs, pas beaucoup de protection en fibre de carbone en ce temps là, mais une même passion et probablement encore plus de cœur au jeu que la «Sainte flanelle» des dernières séries.

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L’ancienne église de la paroisse Notre-Dame de la Visitation de Havre-Aubert.

Véritable petit bijou architectural, cette photo des Archives nationales prise en 1951 par E.A. Désilet et partie de la collection personnelle de monsieur J.M. Cormier, illustre bien tout le soin et le talent que nos prédécesseurs mettaient lorsqu’il s’agissait de bâtir quelque chose de beau. On ne peut que regretter que cette superbe petite église ne fut jamais rénovée et sacrifiée au modernisme naissant d’une nouvelle époque. À noter : La qualité du clocher, une œuvre dont les travaux de démolition en 1962 ont demandé toute la mécanique disponible du temps pour en arriver à le jeter en bas de ses assises.

Il serait dommage que l’on continue de perdre nos trésors au prix d’une vision d’avenir qui refuserait de s’appuyer sur un passé bien plus solide qu’on ne pourrait le croire.

Bonne semaine à toutes et à tous.

GG

dimanche 8 juin 2014

Pour que l’on se souvienne

Un patrimoine bâti qui disparait

Église GE - Jonathan Turbide 

Photo: Jonathan Turbide (FB)

* Récemment, la petite église de Grande-Entrée disparaissait dans les flammes. Un peu comme si à mesure que notre Foi chrétienne se refroidit, nos symboles religieux s’enflamment.

Par Georges Gaudet  ( georgesgaudet49@hotmail.com )

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(Crédit photo : Josette Thibault)

La presse locale et mes amis des médias ont abondamment parlé de la perte que représente pour le patrimoine bâti des Îles, l’incendie de l’église Sacré-Cœur de Grande-Entrée. Avec raison, ils ont souligné à quel point une mémoire s’efface vite devant les flammes, surtout à mesure que les vieilles générations meurent. Il est vrai que beaucoup d’entre nous ne vont plus aux offices du dimanche et cela pour des tas de raisons dont il serait trop long d’élaborer ici. Cela ne veut toutefois pas dire que nous ne tenons pas à nos églises, car même parfois vides, elles témoignent admirablement bien et avec une acuité sans pareille de l’histoire de nos prédécesseurs sur cette terre, de leur courage et leurs croyances, leur labeur et leurs ambitions. En résumé, elles portent en leurs vieilles planches et dans le plâtre de toutes leurs statues, notre propre histoire en plus de la flamme parfois vacillante, faut-il le dire, de notre Foi. Voilà un dur fardeau sur le vernis patiné de leurs colonnes et sur la poussière des années sur les 14 stations de leur chemin de croix.

«Toutes les vignettes sous les photos sont des extraits de (Quand les églises racontent les Îles,) du Magazine (Les Îles, volume 8, numéro 3, automne 2013) sous la plume de l’auteur de cette même chronique.» GG

« Véritables empreintes dans le paysage madelinot, elles ont toutes un récit différent à raconter. Les unes modernes, les autres de style plus classique, leurs clochers, leurs toitures, leurs autels, comportent en leur structure un peu de vent, d’air salin, d’histoire et faut-il ajouter, de prières. Témoins religieux de drames humains autant que de grandes joies familiales, elles sont à elles seules, les traces bien visibles d’un peuple chrétien qui fit de sa Foi, une partie incontournable des assises de son histoire.

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Crédit photo GG

Créée en 1925, la paroisse Sacré-Cœur de Jésus de Grande-Entrée fut la cinquième paroisse des Îles avec ses 622 fidèles. L’histoire de cette communauté ne s’arrête cependant pas là. Village très commercial à l’autre bout de l’archipel jusqu’au milieu du siècle dernier, Grande-Entrée est devenue la capitale des pêcheurs de homard des Îles. Peut-être est-ce pour cela que l’intérieur de leur église reflète brillamment tous les aspects des métiers de la mer. D’ailleurs, bien que fondée en 1925, une première petite chapelle fut érigée sur La Pointe du même village dès 1887, témoignant ainsi de la Foi des premières familles acadiennes s’étant installées non loin de l’entrée de cette belle baie naturelle.

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Crédit photo GG

Dernière petite église rurale traditionnelle de confession catholique conservée aux Îles, elle fut construite encore une fois avec du bois de bateau naufragé en plus des restes de la première petite chapelle de La Pointe en 1899.

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Crédit photo GG

Avec les années, on a rebâti son clocher, la façade principale et ajouté un jubé qui du coup, a presque doublé la capacité de l’assistance religieuse.

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Credit photo GG

Construite de matériaux simples et sans grandes fioritures, Claude Cyr, un artiste local y a créé de superbes sculptures qui engendrent un lien indéfectible entre la croyance religieuse des gens de la place et tous les métiers de la mer qui sont le quotidien des fidèles.

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Credit photo GG

Tout dans cette église rappelle la mer. Même les chandeliers posés sur l’autel ont la forme d’un bateau et on dit qu’avant 1903, on utilisait une petite cloche de navire pour les appels de l’angélus. Par la suite, celle-ci fut remplacée par une cloche coulée à la fonderie Le Royer à Paris en 1885.

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Credit photo GG

Depuis nombre d’années, on célèbre l’ouverture de la pêche au homard par une messe solennelle en cette église et cet évènement est maintenant considéré comme une partie essentielle du patrimoine collectif de tous les fidèles des Îles de la Madeleine.

Un silence

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Crédit photo GG

Toutes les églises du monde ont une personnalité et celle de Grande-Entrée était loin de faire exception. Que l’on soit croyant ou non, entrer dans une église, c’est entrer dans un «silence qui s’entend». Un silence qui vient de l’intérieur, un silence qui vient de l’âme et qui s’harmonise avec le craquement de la charpente, avec le vent qui caresse le coiffage et s’enfuit vers la mer, avec la lumière d’une lampe du sanctuaire qui danse aux vibrations des voûtes, parfois au son des prières silencieuses, souvent aux soubresauts d’un nord-est qui semble vouloir prier avec les fidèles. L’église de Grande-Entrée, c’était tout ça et si je dis… tout ça, c’est bien parce qu’elle n’est plus. En cet avant-midi du 20 mai 2014, le silence fut brisé par le craquement de ses planches parfois vieilles de 116 ans, brûlant dans un feu dévastateur, alimenté par un vent d’Est impardonnable. Devant l’impossible, nul n’est tenu et c’est avec des larmes plein les yeux que bien des paroissiens et paroissiennes de cette localité ont dû se résigner à voir brûler leur église.

Comme l’a souligné certaines personnes, on ne peut refaire le passé pas plus que de recréer ce qui fut perdu. Il ne faut cependant pas baisser les bras et il serait surprenant que les gens de Grande-Entrée ne rebâtissent pas avec le même courage que leurs ancêtres, ce lieu qui fut témoin de leur histoire. Tout comme le feu peut brûler le bois, le feu de la Foi, du courage et de l’espoir peut rebâtir tout, autant de l’intérieur de l’âme qu’à partir d’une structure de bois. Malheureusement, une page d’histoire a brûlé en ce mardi de mai 2014 dans la paroisse Sacré-Cœur de Grande-Entrée, mais n’oublions pas qu’il ne s’agit que d’une page. Lui, le grand livre de la vie, de la Foi et de l’engagement, s’écrit tous les jours et il se pourrait bien, connaissant les gens de cette paroisse, qu’ils en écrivent un nouveau chapitre, ajoutant d’autres pages à la belle histoire de cette communauté.

GG

dimanche 1 juin 2014

Coup de gueule

Je n’aime pas souvent illustrer mes «montées de lait» sur ce blogue, mais il arrive parfois que la chose est incontournable. La semaine prochaine, disons que ça pourrait peut-être aller mieux.

Le temps nouveau?

*« C’est le début d’un temps nouveau, la terre est à l’année zéro, la moitié des gens n’ont pas trente ans, les femmes font l’amour librement, les hommes ne travaillent presque plus, le bonheur est la seule vertu »… chanson de Renée Claude.

Nid de poule volcanique

Nous sommes en 2014, juste en ce milieu de mai. Je roule sur la rue Sherbrooke dans le cœur de ce que l’on pourrait appeler « Montrous-al ». Bien que cela date des années soixante-dix, ce sont les paroles de cette vieille chanson interprétée par Renée Claude qui sortent de la radio alors que je « slalome » entre les nombreux nids de poules qui jalonnent cette importante rue de la « première ville francophone » d’Amérique. Entre les « Second Cup » « Canadian Tire » « Walmart » « Target » et autres « Sunlife » de ce merveilleux monde francophone, je trouve finalement une niche « Chez Cora » tout juste après avoir rebondi dans un trou qui avait plutôt l’air d’un cratère que le nid de la dernière poulette passée.

Une fois bien installé et surtout bien rassasié, voilà que je me mets à réfléchir. Ce n’est pas de ma faute, je suis comme ça, surtout quand il n’y a pas de journaux disponibles aux alentours. Oui, je sais, je suis un dinosaure. Pas de cellulaire, pas de téléphone « intelligent », pas de « i-machins » de n’importe quel genre. Un bon vieux journal papier me suffit… quand il en reste. Après dix minutes d’attente, voilà que le type non loin de ma table se lève et abandonne son quotidien. Je lui demande s’il est en train de l’oublier, mais non, il me le laisse gentiment en me disant : « Ce n’est pas à moi, c’est au restaurant. » — merci mon brave monsieur. Il en reste encore quelques-uns dirait-on, des gens qui s’excusent quand ils prennent toute la place sans faire exprès, qui vous saluent avec le sourire ou qui se tassent gentiment le long du trottoir quand ils voient un vieillard avec mobilité réduite tenter de garder une ligne droite en marchant. Cette pensée me ramène à la chanson de Renée Claude de tout à l’heure. Je fredonne dans ma tête les mots de cette chanson : « C’est le début d’un temps nouveau » bon! – que j’me suis dit. Se pourrait-il qu’on ait manqué le bateau ici? D'abord, on est loin d’un « temps nouveau ». Oui nous sommes dans un temps nouveau en matière d’ordinateurs, de technologies de plus en plus pointues et de voitures plus performantes qu’en les années 70. Mais pour ce qui est du reste, nous sommes plutôt à la fin d’un vieux temps si vous voulez mon avis et un temps qui risque de ne pas renaître, pas plus en « l’année zéro » que d’ici quelques siècles. D’abord, « la moitié des gens n’ont pas trente ans » demeure encore vrai, mais une majorité exponentielle s’approche dangereusement du double, ce qui est peu dire. On disait que dans ce monde imaginaire, ce futur possible des années 70, que « les femmes allaient faire l’amour librement ». Croyez-moi, je n’aurais pas voulu aller dire ça à la très grande quantité de femmes voilées qui arpentaient les boutiques des Galeries Versailles et à juste titre, pas plus qu’à ces nombreuses personnes qui chaque jour, se découvrent porteurs du SIDA et autres maladies graves ou mortelles. On nous avait aussi promis que « les hommes ne travailleraient plus ». Wow! – j’étais drôlement partant à cette époque. J’étais même prêt à travailler comme un damné le nombre d’années qu’il fallait pourvu que j’atteigne la fameuse « liberté 55 » promise. Souffrir un peu pour mieux en profiter après comme me disait mon père. Quand je lui posais la question : « Et si l’après n’arrivait pas, est-ce que cela en vaudrait la peine? » Je n’avais pour toute réponse qu’un hochement de tête suivi d’un détournement de sa personne. Quant au « bonheur qui devait devenir la seule vertu », pensez-vous qu’on y est arrivé aujourd’hui? Il est vrai qu’on n’a jamais eu tant de bouquins qui tentent de nous enseigner la véritable recette du bonheur. Cela va du plongeon en dedans de soi jusqu’aux cimes de l’Himalaya en passant par Rome ou La Mecque et jusqu'à l’achat de ce dernier parfum pour cheveux qui peut vous faire jouir dans votre douche comme vingt petites pilules bleues toutes prises en même temps.

Le bonheur

Vous l’avez trouvé vous, le bonheur?- je n’ai pas envie d’entrer dans le même schéma de tous ces livres qui prétendent en détenir la recette. Tout ce que j’en sais à ce jour, c’est qu’il existe, mais qu’il est parfois éphémère, rarement permanent et qu’il est comme un jardin qu’il faut entretenir et protéger. Certains le trouvent auprès d’une personne qui en partage les racines, d’autres auprès d’une nombreuse famille, quelques-uns dans le silence et l’isolement d’un monastère ou la contemplation d’un univers doté d’une richesse qui ne se laisse pas toujours découvrir facilement. Malheureusement, trop de gens croient le trouver dans un amas de billets verts qu’il faut faire fructifier à outrance, dans l’acquisition d’une belle voiture, une maison unique en son genre, une piscine plus grande que celle du voisin quand ce n’est pas tout simplement par la prise de ces petits sachets de poudre ou dans les vapeurs d’un spiritueux qui n’a rien de spirituel.

Retour chez Cora

Et là, je replonge avec un certain sourire dans le journal du matin, une fois mes œufs brouillés bien dégustés. Heureusement, je peux encore me payer cela et ça, c’est encore une petite parcelle de… bonheur. Et puis je lis à peu près ce qui suit : en juillet 2011, alors que le système de santé québécois manquait pourtant cruellement de ressources, le sénateur conservateur David Angus, qui présidait le conseil d'administration du CUSM, a approuvé un paiement initial de 59 000 $ et une allocation mensuelle de 1700 $ à même les fonds du centre médical pour permettre à Arthur Porter de s'acheter une voiture de luxe Bentley
(Vincent Larouche)

Bentley

Alors là, j’ai cherché une BENTLEY sur internet. J’en ai trouvé une toute neuve pour la modique somme de 360,000. $ - oui, oui, trois cent soixante mille dollars « canadiens ». Un vrai «barganne ».

Cette histoire, pour le Québec, est une vraie honte. Recruter à l'étranger des « spécialistes » pour mieux se faire plumer, ça fait vraiment république bananière de classe mondiale! On n'a pas seulement ouvert la porte du poulailler aux renards, on leur a déroulé le tapis rouge pour les y conduire!
(Vincent Marissal)

Et puis, un peu plus bas si c’est possible, car j’étais rendu au bas de la page et heureusement qu’il ne s’agissait que de papier, j’ai aussi lu :

Sont forts, tout de même, les anciens dirigeants du CUSM. S'ils ont été capables de faire passer un bloc de huit étages pour un ouvrage souterrain, pas étonnant qu'ils aient été aussi capables d'en passer une p'tite vite au gouvernement. Une p'tite vite qui aurait permis au consortium dirigé par SNC-Lavalin d'obtenir ce contrat en aspergeant quelque 22,5 millions de dollars de pots-de-vin. (Vincent Marissal)

Le temps nouveau

Alors, je me suis dit que si c’était vraiment ça « Le temps nouveau » promis, qu’il devait y avoir erreur quelque part, mais hélas, ce n’est pas le cas. Toute ma vie, tout comme la grande majorité de mes pairs, j’ai légalement payé mes impôts et assumé mes responsabilités de citoyen au meilleur de mes connaissances et capacités. Aujourd’hui, au seuil d’une retraite illusoire, je réalise tout comme une très grande majorité de gens, que quelqu’un, quelque part, caché derrière un rideau de brume judiciaire, nous a tous entubés proprement, en douce, sans que la plupart d’entre nous réalisions que plusieurs des nôtres, déguisés en bon p’tits gars du coin, en profitaient pour vider la maison, meubles, vaisselle et garde-manger inclus.

Dans son édition du 24 septembre 2010, le magazine Maclean’s titrait à la une «THE MOST CORRUPT PROVINCE IN CANADA» et en symbole, un bonhomme Carnaval semblant fuir tout joyeux avec une valise pleine de billets verts. La nouvelle eût un impact brutal sur notre égo de bons Québécois bien innocents.

Innocents? – pas tant que ça. Au constat de la réaction des gens devant tant de révélations si graves, il y a tout lieu de penser qu’on aime se faire baiser et ce, quelle qu’en soit la manière.

Bonne semaine à toutes et à tous.

GG

georgesgaudet49@hotmail.com