mardi 2 avril 2013

Écrire et écrire encore… avant que la mémoire n’oublie.

Ça y est, notre roman Madelinot, un « suspense » dont le titre sera UN CADAVRE DANS LE CHALUT est parti pour le comité de lecture. Dominique et moi avons l’impression de participer à la naissance d’un bébé, un bébé que nous avons fait à deux, comme dans la vraie vie quoi!

Dominique et Georges

D’ici la mise en marché, nous nous en détachons un peu comme des parents qui laissent aux infirmières le soin de langer le bébé. Évidemment, comme une dépendance dont nous ne pouvons nous libérer, nous continuons, chacun à notre rythme, à écrire sur tous les sujets qui nous intéressent. Ainsi se passent nos ateliers d’écriture, chaque mercredi en soirée. Personnellement, je vous fais cadeau de deux textes dont le défi était une rédaction ne devant pas dépasser 20 minutes de création, le tout à partir d’un thème proposé par l’animateur, Georges Langford.

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Photo Georges Gaudet

Les quais, les bateaux, les marins, les bistros, tous ces univers qui servent de toile de fond aux plus grandes histoires maritimes du monde, demeurent aussi l’essence même de la petite histoire, celle des couples en amour, celle des adultes dont la jeunesse est gravée dans la mémoire du temps.GG

Le devoir

À partir du thème « Les endroits publics », il fallait se laisser inspirer de la phrase suivante : « En fin de journée, c’est tout le village qui défile au bistro du bord de mer.» Voici donc ce que cela a donné :

Un amour à saveur océane

Elle était seule derrière le bar. Linge à vaisselle sur l’épaule, les mains dans le savon de l’évier, les bucks de bière semblaient attendre ses caresses. Un à un, tout en fredonnant un air qu’elle semblait être la seule à connaître, elle les lavait, les essuyait, et avec un sourire hésitant entre le rictus et le charme, elle les déposait délicatement sur la tablette de verre juste devant le miroir.

C’est là qu’elle le vit. Il venait d’entrer discrètement, presque sur la pointe des pieds. Déposant son sac de marin sur une chaise, il la regarda de cet air qu’elle connaissait si bien, même si cela faisait six mois qu’elle ne l’avait pas vu. S’élançant l’un vers l’autre, ils s’embrassèrent goulument, passionnément, sans retenue, lèvres contre lèvres, corps contre corps, cherchant en l’autre toute cette chaleur, cette passion qui leur avait tant manquée.

— Tu es toujours aussi belle qu’il lui dit!

— Et toi, toujours aussi menteur qu’elle lui répondit tout en lui déposant de ses lèvres charnues, un tendre baiser juste sur le bout du nez.

Leurs mains finirent par se quitter avec regrets. Lui s’assit à une table au fond du bar, elle, reprit sa place derrière le comptoir, devant le miroir. Il fallait se retenir un peu, car en fin de journée comme ça, c’était tout le village qui passait par le bistro du bord de mer.

GG

L’autre devoir

Le thème était « Sur les quais » et la proposition d’écriture se déclinait ainsi : « C’est noir de monde sur le quai! — Que se passe-t-il? »

C’est curieux, mais chaque fois que je suis coincé dans le temps pour rédiger un texte, un personnage revient toujours à ma rescousse. Et ce personnage, c’est invariablement celui de mon père. Alors, encore une fois, voici ce que cela a donné :

LOVAT

Photo: origine muséale inconnue via internet

Un brin d’histoire (il y a du vrai là-dedans. À vous d’en faire le partage.)

La boucane noire du vieux LOVAT était visible depuis l’horizon, juste à l’ouest de l’Île d’Entrée. Preuve que la terre était bien ronde, on ne voyait pas encore les mats et encore moins la cabine du vapeur.

C’était noir de monde sur le quai du Havre-Aubert, mais que se passait-il? Les élections approchaient et le bruit avait circulé que Hormidas Langlais était à bord. La brise était douce en ce jour de vieux printemps et sur le quai, les femmes portaient leur plus beau chapeau, les crinolines se soulevaient à peine et madame la mairesse se laissait fusiller du regard venant des quelques jalouses placoteuses du village.

Finalement, le LOVAT contourna le Bout du Bain et en peu de temps, les hommes se chicanaient presque pour déterminer qui allaient attraper les amarres lancées du bateau. Le « ganeway » fut abaissé et comme un prince au chapeau noir, Hormidas descendit la passerelle, saluant tout le monde comme un prêtre bénissant ses ouailles alors que toute la foule applaudissait.

Ensuite, ce fut Monseigneur Arseneau puis son Chanoine qui en fit autant, suivis immédiatement d’une flopée de cornettes pointues des bonnes sœurs du couvent. En procession presque idolâtre, la foule suivit le cortège au son des klaxons des voitures appartenant aux notables de la place et moi…

Moi à 5 ans

Et moi qui n’avais que cinq ans, j’attendais toujours en bas du « ganeway ». Il était là, tout là-haut, chemise sale, noircie de cambouis, sueur à la poitrine, sourire aux lèvres et sac de marin sur l’épaule. Il descendit d’un pas leste la rampe et me prit dans ses bras comme si je n’avais pesé que toute la joie qui envahissait mon être.

J’enfouis mon visage dans cette chemise empestant le charbon et la sueur puis je dis : « Ça sent le travail »… et il éclata d’un grand rire, un rire que j’entends encore aujourd’hui, comme si j’étais encore dans ses bras.

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GG

mercredi 27 mars 2013

29 mars 2008 au Nord-Est du Cap Nord sur l’île du Cap-Breton.

Souvenons-nous

Naufrage de L’ACADIEN II 

Six chasseurs et pêcheurs faisaient partie de l’expédition au moment du naufrage. Le capitaine Bruno Bourque, Carl Aucoin, Gilles Leblanc et Marc-André Déraspe perdirent la vie alors que Bruno-Pierre Bourque, le fils du capitaine et son compagnon Claude Déraspe survécurent par miracle à cette tragédie, une tragédie qui aurait pu être évitée si les professionnels du sauvetage en mer n’avaient pas fait preuve d’un tel laxisme.                                                                                          

L'Acadien II

Credit photo: Georges Gaudet

Dans la mouvance émotionnelle de cette époque, j’ai rédigé le poème que voici. Je ne connais rien à la musique, mais si un artiste était intéressé à mettre des notes sur ce qui suit, il ne lui suffit que d’entrer en contact avec moi par l’adresse courrielle au bas de cette page.  Voici en presque totalité le texte publié dans le journal Le Radar au cours de la semaine qui suivit cette catastrophe maritime.

 

L’Acadien II et son équipage au panthéon de la tragédie acadienne

Le nom demeurera synonyme de tristesse, tout comme les noms de Nadine, Marie-Carole et autres noms de navires dont l’identité fut pourtant donnée par amour de ses enfants ou par amour de sa patrie.

Avec la disparition de Bruno Bourque son capitaine, les membres d’équipage Marc-André Déraspe, Carl Aucoin et Gilles Leblanc; c’est tout un placard d’histoire maritime acadienne qui vient de sombrer au fond des eaux du Golfe. Ce pan d’histoire emporte avec lui, le savoir des gens de mer, la passion d’un métier d’une grande noblesse et l’amour jamais assouvi d’une mer qui peut être si généreuse et si cruelle en même temps.

 

L’Acadien II

Ils sont partis pour la chasse aux loups-marins

Passionnées de mer, de glaces et d’aventures.

Le danger leur tient de compagnon quotidien,

Comme vent qui siffle dans une mâture.

Ils ont fait profession de foi en la mer,

Depuis longtemps, depuis peu, ils l’aiment,

Ils craignent aussi son goût de sel amer,

Qui si souvent , n’a donné que douleurs et peines.

Pourtant, le jour où ils sont partis

Pas d’adieux, simplement des au revoir,

L’anxiété du départ amortie

Ils filaient sur l’onde, comme éphémères sur un miroir.

C’était sans compter sur le gouvernail

Qui allait amorcer toute cette tragédie.

Bloqué à bâbord, il ouvrait un grand portail

Dans les glaces, vers la mort, triste mélodie.

Des gars comme des géants de leur profession

Si grands de savoir, si petits dans l’univers,

De la grande faucheuse, ils ne savent pas la confession

D’avoir leurs vies, comme un bien perçu, en fin d’hiver.

Parents, épouses et six enfants pleurent

Tout le pays acadien baisse les yeux

En peu de temps, ils ont perdu quatre des leurs

Jeunes, beaux et fiers, retournés vers leurs aïeux

Racines d’un peuple, cultivateurs génocidés

Par obligation devenus pêcheurs, bâtisseurs de nations

La mer fut le ferment d’une histoire recommencée

L’Acadien II et son équipage portaient bien son nom

Georges Gaudet

* Je connaissais bien Bruno Bourque. Il y a une vingtaine d’années de cela, j’avais eu le privilège d’être le photographe de son mariage. Plus tard, alors que j’étais douanier, je fus choisi pour piger dans un chapeau les noms de deux heureux gagnants d’une licence de pêcheurs de crabes. Le hasard a fait que j’ai pigé le sien sur plus d’une vingtaine d’appliquants. Chaque fois qu’il me rencontrait, il me demandait toujours à la blague si j’allais lui révéler comment j’avais caché son billet dans la manche de mon uniforme, ce qui bien sûr était absolument faux, impossible à réaliser et surtout à l’encontre de toute éthique professionnelle en plus d’être injuste pour tous les autres candidats. Bruno aimait blaguer et parler de pêche et de chasse. Toutefois son véritable métier, était la pêche. Déjà dans la vingtaine, il pêchait à la morue au large de Chéticamp avec son père. C’était le genre d’homme dont le sel de mer coule dans les veines. Connaître ce genre d’individus nous convainc profondément qu’il y a des gens nés pour un métier, une profession. Il connaissait les eaux du Golfe comme le creux de sa main et son jardin s’étendait des côtes de la Nouvelle-Écosse à la Basse-Côte-Nord en passant par Terre-Neuve, le Nouveau-Brunswick et l’Île Saint-Jean. Des hommes comme Bruno sont comme des géants dans leur domaine. Jésus n’a-t-il pas choisi des pêcheurs parmi ses apôtres? Il a rempli leurs filets et a marché sur les eaux pour eux. Il y a quelque chose dans ce métier de pêcheur qui transcende sur autre chose qu’uniquement les valeurs matérielles. C’est peut-être pourquoi quand des géants comme Bruno et ses membres d’équipage, Marc-André, Carl et Gilles, pêcheurs aux racines profondément plantées en sol Acadien, sombrent dans les profondeurs du Golfe, ils en embrassent toute l’étendue et la vague vient se fracasser sur les côtes de Chéticamp à Caraquet, de Shippagan à Havre-St-Pierre, de Port-aux-Basques à L'Étang-du-Nord. Voilà une façon peu banale d’entrer dans l’histoire des Îles de la Madeleine, voilà une façon douloureuse d’entrer dans l’histoire de toute l’Acadie.

GG

mardi 19 mars 2013

La mer est une autre dimension du monde

Il y a des évènements qui marquent un changement radical au cours d’une vie. Pour les uns, il s’agit d’une banalité qui fait office de point de repère sur la route d’une existence. Pour d’autres, il s’agit d’un drame qui pourfend l’âme et parfois le corps tout en même temps. Nul n’est à l’abri de tels imprévus. Ils sont le lot de la vie et peuvent se révéler dès le début de la grande aventure. Ils sont alors comme des balises qui étalent les chapitres d’une destinée.
C’est au cours d’un atelier d’écriture que j’eus soudainement l’ambition de vous révéler, à vous lectrices et lecteurs, un fait marquant, une bouée qui marqua le début d’une route tracée à partir d’un havre que je croyais éternel. Un havre que j’ai cherché longtemps depuis et que, du fond de mon âme, j’ai retrouvé, même s’il n’est plus et ne sera plus jamais ce qu’il a été.
Sous le thème, « La mer est une autre dimension du monde », il me fallait intégrer non pas uniquement la phrase suivante : « Je retournerai là où je me suis reconnu » à un texte de mon cru, mais aussi d’y donner vie et crédibilité. Voici ce que cela a donné… (une autre histoire vraie)

* Je retournerai là où je me suis reconnu.

Croquis moi et doris

Mon croquis

Les « bottes à grand jambes » de mon père montées jusqu’à l’entre-jambes, les talons des bas de laine trempés dans l’eau froide du printemps, la main qui tirait le doris à contre-courant pour l’ancrer sur sa « picasse », j’entendis ma mère me crier : « Viens-t’en, le Père Cyr veut te voir » .

J’étais heureux, non pas de la visite du chapelain qui était venu évaluer ma volonté d’entrer au séminaire, mais bien au contraire, de cet air qui salait mes poumons, cette eau qui entrait lentement dans les plis de mes bottes, et ce doris qui me suivait comme un chien fidèle.

Le gazouillis de l’eau autour de mes cuissardes fut vite remplacé par les questions inquisitrices du curé. « Veux-tu devenir prêtre un jour ? » — ben oui que je répondis en prenant cet air assuré tel que ma mère me l’avait recommandé et répété depuis des semaines.

Trois mois plus tard, sous les draps blancs d’un dortoir de 60 lits, je pleurais chaque soir ce bonheur perdu au bout des rails d’un pays inconnu. C’était le début de l’aventure d’une vie, la grande aventure d’une petite vie, la petite vie d’une grande aventure, je n’en savais trop rien.

Des dizaines d’années plus tard, après le tour du monde qu’on m’avait imposé, après le tour du monde que je m’étais construit, je retournai là où je m’étais reconnu. Le doris n’y était plus, la picasse non plus, mais moi, j’y étais encore.

GG

Petit cadeau photographique… et non, le traversier n’était pas échoué dans les sapins en bas de notre terrain.

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Photo de l’auteur

Bonne semaine à toutes et à tous.

lundi 11 mars 2013

La mer et une île pour consolation

* Plus d’une semaine que je n’ai pas assisté à notre atelier d’écriture. Même si j’écris tous les jours, écrire un texte libre, c’est un peu comme un chantier. On commence avec quelque chose et l’on ne sait pas où cela va nous mener. Cette fois-ci, pour ne pas avoir sauvé initialement mon blogue, « WINDOW » vient de me le voler lors d’une légère correction. Alors, il faut recommencer. Et qui a dit qu’écrire était facile? Sûrement quelqu’un qui n’avait jamais écrit, car depuis que je m’adonne à cet exercice, ce n’est pas pour me lamenter, mais je l’avoue, c’est quand même une souffrance à chaque fois, sauf en atelier libre bien sûr.

Lors de notre dernier exercice, quelques lignes directrices émises sans obligation de notre part, mis à part un temps compté de 20 minutes, indiquaient à peu près ceci :

« L’enfant sait-il déjà qu’il a une île à refaire. »

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Photo : Georges Gaudet

Bien sûr, il était question d’insularité et cela m’a inspiré une histoire que j’avais enfouie au fond d’un vieux souvenir. Une histoire vraie, racontée par celui qui l’avait vécu et qui venait de me confier son secret. Un secret qu’il n’en était plus un, puisqu’il venait de le partager. Voici donc un texte que les enquêteurs de l'Assurance-emploi ne pourront jamais comprendre, pas plus que leurs chefs à Ottawa. Ça n'a rien à voir avec l'AE comme telle, mais justement, il s'agit de quelque chose que seuls les vrais Madelinots/Madeliniennes, de coeur ou de naissance, pourront comprendre.

L’Ennui

La pluie battait les carreaux de la fenêtre de sa chambre d’hôtel. New York ne lui était jamais parue si terne. Depuis deux ans qu’il faisait le tour du monde, son violon comme compagnon, l’ennui comme compagne. Tous les trois, ils avaient vu Les Sables-d'Olonne, la tour Eiffel, Trafalgar Square et même les « Fadodos » de Bâton-Rouge et Lafayette.

violon-cages et bateaux

Photo et création : Georges Gaudet

Chaque fois, il avait tenté de fuir sa compagne appelée « ennui ». Il avait voulu garder son violon et noyer dans les vapeurs de bourbon, cette compagnie tenace qui le rongeait depuis qu’il avait quitté son île. Bien sûr, la beauté s’était trouvée sur son passage, mais quelque chose s’était brisé à l’intérieur de son âme. « Stradivarius » en était devenu terne.

Il attrapa le combiné et mit les doigts dans les trous de la rondelle.

— Papa, c’est toi?

— Oui, c’est toi mon garçon? Comment ça va?

Sans répondre à la question, il en pose une autre toute prête.

— Tu as besoin d’un homme pour la pêche?

— Eh Oui – ça adonne que je n’ai pas pu te remplacer. Mon aide-pêcheur a décidé d’aller travailler sur la Basse-Côte-Nord.

— Ben garde ma place, j’arrive.

Les mains tremblantes, il remit le combiné à sa place.

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Photo : Georges Gaudet

« L’enfant caché au fond de lui savait déjà qu’il avait une île à refaire ».

GG

* Ne riez pas. Ce sont les pieds de deux auteurs (Georges et Dominique) qui corrigent leur manuscrit. Ils sont rendus à la page 248 et ça, c’est un peu leur uniforme de travail.

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Bonne semaine à toutes et à tous.

vendredi 1 mars 2013

Il y a déjà 4 ans

* Précisément au moment où j’écris ces lignes, ma mère expirait dans mes bras. Je fus témoin de son dernier souffle et j’ai senti son âme partir vers une liberté que jamais les hommes ne pourront imaginer de leur vivant. C’était le premier mars 2009. Aujourd’hui, en son honneur, je publie sur ce site, la lettre que je lui ai lue lors de ses obsèques. Plus que jamais, elle demeure vivante dans nos coeurs, celui de Donald, mon frère et le mien tout autant.

Maman, merci pour la vie que tu nous as consacrée. Il n’est pas de plus bel héritage. Nous t’aimerons toujours.

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Vous m’avez si souvent entendu dire : « Ah! si j’pouvais donc écrire » — puis votre père me répondait : « et puis qu’est-ce que tu écrirais et surtout... à qui? » — la réponse est ici aujourd’hui. C’est à vous, mes deux enfants, mes deux raisons de vivre, mes deux grands garçons, pour qui je serais sauté dans le feu, pour qui j’ai donné coup d’aile et coup de griffes, comme seule une tigresse sait défendre ses petits, comme seule une femelle défend son nid.

chevaux 1Mon histoire débute vraiment avec le cheval de mon père. Un beau cheval noir que j’aimais atteler et faire courir bride au vent sur la route entre Cap-aux-Meules et Havre-aux-Maisons. Je n’avais que 15 ans, ma crinière noire ressemblait à celle de mon attelage et je dépassais tous les notables de la place et leurs belles montures, au grand plaisir de mon père qui m’appelait avec fierté et affectueusement « ma noire ». Puis un jour, ils arrivèrent en délégation chez nous accompagnés de l’homme le plus important du village. Il faut croire que j’avais porté ombrage à quelqu’un. Alors mon père, le regard triste et presque en s’excusant, chose qui ne se faisait pas à cette époque, me retira le cheval et plus jamais je ne le repris. C’est là qu’a commencé ma rébellion contre l’injustice, une allergie que je vous ai transmise à tous les deux sans vraiment m’en rendre compte.

Toi Georges, mon grand garçon qui me ressemble tellement. Cheveux noirs et yeux pers, ben disons pas mal gris maintenant, caractère insoumis et coeur d’or, merci d’avoir tenu ma main jusqu’à mon tout dernier souffle. Toi Donald, mon beau blond aux yeux bleus et qui ressemble tellement à ton père. Généreux comme pas un et facile à blesser, mais faut surtout pas que cela paraisse. Merci d’avoir fermé les yeux de ton père pour la dernière fois. Je sais maintenant la terrible épreuve que tu vis. L’oiseau que tu étais devenu s’est définitivement cassé une aile. N’oublie pas que même les vrais oiseaux se fracassent eux aussi, sur les obstacles créés par les hommes. Il va te falloir réapprendre à marcher maintenant et je sais que tu le feras avec tout le courage que je t’ai toujours connu. Nous en avions chacun un qu’on nous disait. En apparence, c’était vrai, mais quand vous transformiez la vieille maison du Havre en terrain de jeu ou en derby de démolition et que je vous disais que vous en valiez dix, c’était aussi ma manière de vous dire que je vous aimais... comme dix. Sachez que malgré les vicissitudes de la vie, ce fut la période la plus heureuse de mon existence.

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C’est la mort dans l’âme que j’ai assumé le mauvais rôle de vous pousser hors du nid. Votre père aurait bien aimé vous garder autour de lui, mais moi je ne voulais pas vous voir avec des « bottes de rubber» aux pieds, non pas parce que c’était déshonorant, bien au contraire. N’oubliez pas que j’avais marié un navigateur et un pêcheur, puis Dieu sait à quel point je l’ai aimé. Mais parce que le bateau et la pêche signifiaient pour moi le mot « misère », j’ai menti à des curés pour arriver à vous payer le collège, le petit séminaire. Quelque part, c’est le mensonge dont je suis la plus fière. Votre père vous a laissé en héritage la sérénité, le courage et une certaine sagesse, moi je vous laisse l’esprit d’aventure, la combativité et la résilience. Questionnez tout mes enfants. Soyez curieux de tout et ne vous laissez jamais convaincre par le beau parleur qui croit détenir toute la vérité ou la solution à tous les problèmes de l’humanité. Soyez vous-mêmes, c’est comme ça que je vous ai toujours aimés et vous aimerai toujours.

Je suis partie retrouver votre père, celui que j’ai aimé toute ma vie. Il était mon protecteur, mon soigneur, mon amoureux, mon ange gardien. Un peu « petounneux » parfois, mais avec un coeur tellement plein qu’il n’y a jamais eu de place pour autre chose que de vous aimer tous, et moi la première. Quand il est parti, je lui ai enlevé son chapelet et lui ai dit que j’irai lui redonner quand mon tour sera venu de passer la grande porte de lumière. C’est maintenant chose faite. Je suis en paix, libérée de toute souffrance et près de tous ceux que j’ai perdus sur le chemin de la vie. Mon père et ma mère, mes beaux parents et surtout mes frères et soeurs que je n’ai pas vu partir. Née la cinquième de quatorze incluant mes parents, je pars la douzième. Pardonnez-moi d’avoir hâte des revoirs.

Dieu transpire de tout dans la nature et dans tout ce que l’être humain fait de bon. Nous sommes à la fois ses instruments et l’oeuvre de sa création. C’est pour ça que je vous dis Adieu, car ce n’est pas un départ puisqu’on ne meurt pas dans la création du grand Maître. Vous savez à quel point j’aimais les animaux, surtout les chevaux et les oiseaux,

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les « p’tits zoézos » comme je disais. Quand vous en verrez à votre fenêtre ou près de vous, quand vous verrez des chevaux au hasard de votre chemin, ouvrez votre coeur et soyez assurés que je serai là. Ah, il pourrait bien y avoir un bateau quelque part aussi... parce que votre père ne sera certainement pas loin.

Je vous aime mes enfants

clip_image013 Obéline

lundi 25 février 2013

Excusez « la montée de lait»

* Je sais ne pas être dans la ligne éditoriale que je me suis imposé lors de la création de ce blogue, mais après avoir été témoin d’une situation qui n’a pas sa raison d’être dans une salle d’urgence hospitalière, je tiens à partager le texte suivant avec vous. Bien sûr cela n’a rien d’exceptionnel et il y a pire, « bien pire » diront certains et avec raison. Voici quand même une partie de la chronique que j’ai publiée dans le journal local la semaine dernière. Pour celles et ceux qui se rendront jusqu’au bout, je vous fais cadeau de quelques photos qui n’ont rien à voir avec le texte. Elles n’ont pour but que d’inciter à l’admiration de cette nature qui a le don de nous inspirer et surtout de nous relaxer… heureusement.

 

Survivre à une salle d’urgence, est-ce possible?

Toute une expérience

Je dois préciser qu’il ne s’agit pas de moi ici et vous comprendrez que je vais taire le malaise ou la maladie en question par respect pour la personne. Il est neuf heures du matin. Depuis 24 heures, la personne en question est assaillie d’une douleur intolérable, ce genre de douleur qui vous rend incapable de fonctionner, incapable de vous concentrer, incapable de dormir, incapable de vous tenir debout, incapable de demeurer assis. Grosso modo, incapable de tout tellement c’est souffrant. Pourtant, il y a hésitation à se rendre à l’urgence, car étant un problème aigu, mais quand même récurrent, le triage va certainement classer l’affaire dans la longue liste d’attente. Alors que faire? Pas de clinique sans rendez-vous, pas de médecin de famille, pas de vie en danger immédiate à moins d’avoir envie d’en finir tellement la douleur est insupportable. Maintenant, j’ai dit douleur, un mot que certaines personnes du corps médical n’aiment pas. Même si cela ne s’est pas passé récemment, j’ai bon souvenir d’un médecin qui m’a dit un jour que la douleur n’était qu’une émotion et que cela n’entrait pas en considération dans l’évaluation de l’état d’urgence, surtout si la vie n’était pas en danger. Je vous assure qu’on oublie jamais une remarque comme celle-là, même bien des années plus tard. Hélas, malgré tout ça, il faut envisager l’urgence, un peu comme choisir entre deux maux, le moindre.

10 h

Arrivée devant la sonnette des rendez-vous. Vers 10 h 30, c’est l’appel pour le triage. Le processus est engagé. C’est à peine si la personne vous regarde ou inspecte le pourquoi de votre souffrance, car ce n’est pas son rôle. Elle vérifie vos systèmes vitaux et comme votre vie n’est pas en danger, elle écrit sur l’ordinateur. Elle semble en écrire autant que je suis en train d’en écrire ici. Quel est votre statut matrimonial? – dites-moi ce que cette question vient faire là s’il vous plait, tout comme la suivante : de quoi souffrez-vous? J’ai toujours trouvé ridicule de demander à une personne souffrante de faire son propre diagnostic afin d’orienter le médecin avant la première rencontre « visuelle ». Docteur Labrie faisait mieux que ça. Disons que son approche était certainement plus humaine. Puis c’est le renvoi sur des chaises qui ont plus l’air d’instruments de torture que de vrais objets pour soutenir les fesses. Une douzaine de patients sont en attente. À midi, il ne reste plus que deux patients, mais il faut croire que c’était l’heure du repas puisqu’à 13 h, de nouveaux patients arrivent et les deux laissés là vers midi le sont toujours. Curieusement, tous les patients récemment arrivés passent devant les deux en attente depuis la matinée. Vers 13 h 30, n’ayant pas mangé depuis le matin, je descends vers la cafétéria pour y apporter quelque chose à la personne toujours en attente et toujours dans les mêmes souffrances. Le lieu est fermé et il faut me rabattre sur une machine distributrice dont les sandwiches sont à la limite de la journée en question. Par mesure de prudence, j’achète deux « muffins » et ce sera tout jusqu’à l’hypothétique sortie. Retour à la salle d’attente pour enfin entendre l’appel vers 14h 30 et là, illusion, il ne s’agit pas de la visite immédiate d’un médecin. Passant devant « le centre de contrôle », plus d’une demi-douzaine de gens, les uniformes neutres ne permettant pas de savoir qui fait quoi dans ce bled, sont rivés sur des écrans d’ordinateur alors que des femmes, sans doute des infirmières, dossiers en mains, courent comme si elles avaient le feu. Je réalise que c’est peut-être « le changement de shift», car il y a de nouveaux visages dans l’enceinte. Enfin, un médecin entre dans le cubicule d’attente. Il est gentil, compréhensif et passe tout de suite à l’examen. Puis c’est le renvoi à la salle remplie de chaises de torture après prélèvements sanguins et attentes des résultats. Il est 16 h 30 au sortir de l’urgence, prescriptions en mains, direction pharmacie.

Ne dites pas ça!

Là, j’en suis presque certain, l’on va s’empresser de me dire que ce n’est rien d’anormal, qu’en dehors, c’est pire, que six heures et demie dans une urgence, c’est bien moins qu’ailleurs, là où l’on risque d’attendre 12 heures, même parfois 24 heures et plus. Vous savez, il y a dans la langue anglaise une expression qui dit tout. « Two wrongs don’t make one right » ce qui peut se résumer ainsi quoique pas aussi exact : « Deux maux ne font pas un bienfait ». Eh non, ce n’est pas normal d’appeler urgence un tel système. Il y a une autre chose qui me questionne, particulièrement aux Îles de la Madeleine. Chaque année, on nous sert des statistiques qui en beurrent épais sur le taux de satisfaction des Madelinots à propos de leur système hospitalier. Quand va-t-on cesser d’avoir peu de dénoncer ce genre de situation comme celle exposée ici? Oui on a peur. On a peur d’être dénoncé, pire on a peur d’être moins bien traités, on a peur d’être « tagués » comme le dit cette expression sur les réseaux sociaux. Tous n’ont pas l’occasion de s’exprimer publiquement, mais ce qui m’agace au plus haut point, ce sont ces personnes en position de pouvoir qui font la sourde oreille et ne disent rien pour toutes sortes de raisons, allant de la peur de manquer d’avancement en passant par des sanctions au travail ou par opportunité politique. Ne rien dire équivaut à accepter, et personnellement, je m’excuse, mais jamais on ne me fera avaler que pareille situation est NORMALE.

Des solutions

Elles existent en d’autres pays. En France par exemple, vous n’allez à l’urgence que si votre vie est en danger, mais il y a des médecins de famille pour tout le monde, des visites à domicile, des cliniques sans rendez-vous le matin et sur rendez-vous en après-midi. Vous pouvez même appeler sur une ligne téléphonique pour vous faire aider à trouver la clinique la moins achalandée et prendre rendez-vous sur internet. Ici, au Québec, c’est le bordel. Une médecine de guerre serait plus efficace. Cela coûte plus cher à certains hôpitaux en agence de sécurité qu’en services d’accessibilité aux patients, mais voilà, cela prend « des couilles » pour changer un système ankylosé dans les fleurs du tapis des bureaucrates.

Si j’étais ministre de la Santé

Je poserais à l’organisme que les médias appellent le tout puissant Collège des médecins, les questions suivantes : Comment se fait-il qu’il soit si difficile de reconnaître un peu plus de droit d’exercice aux pharmaciens? Pourquoi est-ce si difficile de former et reconnaître les compétences de « super infirmières et infirmiers » capables de soulager l’engorgement du système? Je vous souligne que cela existe ailleurs et ça fonctionne. Comment se fait-il qu’au Québec, en matière de santé, tout semble presque immuable? – et j’exigerais les vraies réponses bien entendu. À quand un ministre, soutenu par son/sa première ministre et à qui on donnera l’ordre de faire le ménage dans la baraque médicale québécoise, quitte à froisser certaines institutions, certains domaines universitaires, certaines spécialités et certaines institutions aux pouvoirs peut-être un peu trop vastes? Mais voilà! Pour ça, cela prend un gouvernement capable de mettre ses culottes, capable de contingenter là où il le faut et former plus de généralistes, plus de membres de soins infirmiers spécialisés. Un gouvernement qui ne cèderait pas au chantage et aux menaces de départs vers le Sud de la part de certains cerveaux. Il me semble que ce serait là un début de solution. Des solutions simplistes diront certains. Eh oui!, c’est l’excuse facile. Pourtant un auteur bien connu a déjà écrit : « La vérité, ce n'est point ce qui se démontre, c'est ce qui simplifie. Et il serait aussi sage de comprendre la suivante du même auteur : « La perfection est atteinte, non pas lorsqu'il n'y a plus rien à ajouter, mais lorsqu'il n'y a plus rien à retirer.  »…dixit St-Ex.

* Malgré tout, bonne semaine à toutes et à tous. Tel que promis, voici quelques photos, toujours prises du balcon ou quelque part à partir d’une fenêtre de la maison.

P2230002Premiers signes annonciateurs de printemps

P2230018En voilà un qui à bien hâte d’être mis à l’eau. Disons que c’est surtout son propriétaire qui à hâte de le voir à l’eau…

P2230019

Quand les mâts des bateaux attendent le printemps !

P2230016 …et que le phare en attend tout autant.

GG

lundi 18 février 2013

Écrire pour le fun (photos à l’appui).

Comme à la p’tite école
C’est à peu près ce que nous vivons chaque semaine Dominique et moi alors que nous nous sommes inscrits à des ateliers d’écriture sous l’accompagnement de Georges Langford. Le but de cette initiative est de rencontrer d’autres personnes intéressées comme nous au plaisir de la création par l’écrit. Pour moi, l’écriture est comme un tableau d’artiste. On y crée des couleurs et des formes afin que le tout transmette une image, une émotion, un message.
Nos ateliers ont pour thème majeur « La mer sur papier » et le premier texte qu’on nous a demandé de « pondre » avait pour décor un paysage maritime et si possible, il fallait y intégrer la phrase suivante : « Le village m’apparut pour la première fois, moitié dans les nuages, moitié dans la mer. » Aucune longueur ne nous était imposée, mais le tout devait être composé en 20 minutes. Je me suis retrouvé comme à la petite école quand la « maîtresse » nous demandait de faire une « composition » de notre choix. Ce fut longtemps la seule raison pourquoi j’ai sporadiquement aimé l’école.
Afin de jouer avec le tout, voici le contenu du texte de Dominique. On y voit clairement « l’étrange » qui arrive aux Îles et décide de s’y établir. Quant à moi, si vous voulez lire ce que j’ai écrit, il va falloir que vous alliez sur son blogue à elle : www.sousuneloupe.blogspot.ca   je vous souhaite une lecture amusante dans les deux cas. 

Texte de Dominique
P9120042
Paysage maritime
(Le village m’apparut pour la première fois, moitié dans les nuages, moitié dans la mer).
L’aboutissement d’une longue quête
Après de longues heures tristes et monotones, je contournais la butte. Quel ne fut pas l’émerveillement! Devant moi, prolongeant l’horizon, des rangées de maisons multicolores semblaient posées là, telle une touche de peinture égayant la toile.
À travers les nuages, un rayon de soleil pointait sa lumière sur les façades qui se miraient dans cette étendue grise, calme et à la fois grandiose. La tranquillité de cette scène couplée à la sérénité de la mer m’imposait le respect de cet endroit qui serait pour moi inoubliable.
Découverte
J’avançais sur la pointe des pieds, ne voulant pas réveiller cette toile qui, au fur et à mesure, s’étoffait, se colorait, s’animait. Arrivée à l’entrée, touchant presque la palette de couleur, je me sentais prête à me fondre dans ce décor, à en faire partie et ne jamais en repartir.
Cet endroit, cette vision, je l’avais cherché dans tous les coins de la planète et c’est ici, à côté de chez moi, au hasard d’un détour que je l’ai découverte. La mer qui faisait partie de ma vie sans que je le sache, sans que je la voie vraiment, s’est révélée dans ce petit village bâti sur l’horizon.
Découverte 1
Bonne semaine à toutes et à tous.  GG et DD














lundi 11 février 2013

Photos à partir du même balcon

Pris par plusieurs commandites d’écritures avec des échéanciers serrés, je ne peux que partager les photos suivantes avec vous. Sauf une dont c’est l’évidence, elles ont toutes été prises du même balcon et en moins de deux jours d’intervalles. Même endroit, jamais le même paysage et toujours aussi impressionnant.

P1260170  Pas chaud pour un café.

P2100315 Quand la mer à des moustaches et que le vent prend à «rebrousse-poils» la crête des vagues juste en bas de chez nous. Difficile de voir où la falaise se termine et où la mer commence.

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Île d’Entrée, toujours là comme un vaisseau spatial posé sur la mer, juste avant une bonne tempête de neige. Bientôt, tout sera blanc.

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Un certain matin, juste avant le dernier départ de la saison. Le grand frère, le VACANCIER, le remplacera maintenant jusqu’en avril.

*J’espère que vous avez aimé.  À la semaine prochaine. Toutes ces photos sont de votre humble serviteur. GG. Le respect des droits d’auteurs pour usage commercial serait bien apprécié.

mardi 5 février 2013

Permettez que je vous confie un peu de moi-même.

L’ordinaire des matins de janvier aux Îles de la Madeleine       

P1260142 Presque le dernier voyage de janvier, juste avant d’être remplacé par l’autre navire de CTMA, le VACANCIER.

P1310262

Et quand on dit un «frette» de canard, c’était la température en ce matin particulier… et lui, il n’avait pas l’air d’avoir froid. brrrrrrrrr! Voyez la glace juste en haut de la photo. 

 

Partage d’émotions et de réflexions… vécues.

Voici ce que j’ai publié dans le journal local Le Radar la semaine dernière.  Cela n’a rien à voir avec mes écrits habituels pas plus que notre cheminement, ma compagne et moi, dans la rédaction de notre roman en devenir.

 

Il y a des matins comme ça

C’est dimanche. Il fait froid, le mercure descend toujours et franchement, je n’ai pas envie de mettre le nez dehors. Pardonnez-moi ce petit moment de partage intime, mais vous comprendrez par la suite de quoi je veux vous entretenir.

Je me considère croyant et sans faire de prêchi-prêcha, je m’étais couché le soir avec l’intention bien arrêtée d’aller à la messe le lendemain matin, précisément à 09h30. Pourtant, au lever, à regarder la neige qui tombait et le « poudrain » qui suivait, je réussis à écraser ce petit sentiment de culpabilité et choisis de m’assoir devant mon ordinateur, un bon café à la main, la robe de chambre sur les épaules et pantoufles bien chaudes aux pieds. Je ne suis pas de ceux qui croient aux messages téléphoniques de l’au-delà où a toutes ces théories sur la capacité qu’auraient les esprits d’influencer nos vies, surtout au quotidien, quoique ce matin-là, le doute m’a envahi et je vais vous dire pourquoi.

Aussitôt l’écran de mon ordi allumé, je vis qu’une amie m’avait expédié un message portant le titre AMOUR. Curieux comme d’habitude, je l’ouvris et en voici le contenu. AH là, vous avez probablement cru à autre chose. Mais non, cette histoire n’avait rien de coquin comme vous allez le constater. Il s’agissait d’une de ces petites histoires qui circulent souvent sur internet, mais dont le contenu, exceptionnellement intéressant, force à la réflexion pour qui s’y arrête quelque peu.

L'AMOUR
Nous sommes en clinique médicale. C'était un matin, vers les 8:30, quand un homme d'un certain âge est arrivé pour faire enlever les points de suture de son pouce. Il dit qu'il était pressé, car il avait un rendez-vous à 9 h. En l'examinant, j'ai vu que ça cicatrisait bien, alors j'ai parlé à un des docteurs, j'ai pris les choses nécessaires pour enlever ses points et soulager sa blessure. Pendant que je m'occupais de sa blessure, je lui ai demandé s'il avait un autre rendez-vous avec un médecin ce matin, puisqu'il semblait bien pressé. L'homme me dit non, qu'il devait aller dans une maison de santé pour déjeuner avec sa femme. Je me suis informé de la santé de sa femme. Il m'a dit qu'elle était là depuis quelque temps et qu'elle était victime de la maladie d'Alzheimer. J'ai demandé si elle serait contrariée s'il était en retard. Il a répondu qu'elle ne savait plus qui il était, qu'elle ne le reconnaissait plus depuis 5 ans. J'étais surprise et je lui ai demandé : « Et vous y allez encore tous les matins, même si elle ne sait pas qui vous êtes?» Il souriait en me tapotant la main et dit : «Elle ne me reconnaît pas, mais moi, je sais encore qui elle est». J'ai dû retenir mes larmes quand il est parti, j'avais la chair de poule, et je pensais que c'était le genre d'amour que je voulais dans ma vie. Un amour, ni physique ni romantique, un amour fait de l'acceptation de tout ce qui est, a été, sera et ne sera pas. Les gens les plus heureux n'ont pas nécessairement le meilleur de tout, ils s'organisent du mieux qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont. Donner ne vaut-il pas plus que recevoir?

Il y a des textes qui dérangent

C’était tout le contenu du texte, rien de plus, rien de moins. Perplexe et comme téléguidé par une poussée invisible, douce, mais ferme, je fis le tour de mes avoirs musicaux, j’en mis quelques-uns dans un sac, m’habillai et me rendis sans plus tarder, non pas à l’église, mais bien au pavillon Eudore Labrie, ici aux Îles, à Cap-aux-Meules. Depuis des années, j’y ai un ami bénéficiaire qui est loin de la situation décrite dans l’histoire précédente, mais hélas, comme beaucoup des pensionnaires de cet établissement, la solitude fait souvent partie de son quotidien. Aussi, comme beaucoup d’entre nous, je me fais des promesses d’aller le voir plus souvent, puis comme tout le monde, les obligations de la vie courante me font oublier. Mais ce matin-là était spécial et c’est avec surprise qu’en plein devant l’entrée de l’édifice, juste après le portique, je me suis retrouvé devant la petite chapelle qui heureusement, malgré toutes ces volontés laïques qui circulent, résiste encore à l’épreuve politique du temps. Alors, j’y suis entré et un peu à la blague, j’y fis une courte prière. « Eh ben bonhomme, c’est plutôt raté ce matin pour ma présence à la messe d’aujourd’hui. On dirait que pour moi, c’est ici que ça se passe et pas ailleurs ». Puis, avec un sourire intérieur, je me signai de la croix et montai voir mon ami.

Il était là dans le corridor, dans sa chaise à mobilité restreinte, ceci pour ne pas dire dans sa chaise roulante. Les bras tendus, il me reçut avec une joie non retenue, me donnant du salut mon ami à tour de bras et de paroles. Émus, nous avons « roulé » jusqu’à sa chambre et pour un court moment, nous avons échangé quelques nouvelles banales et quelques opinions sur les choses sérieuses de ce monde, ceci sans oublier quelques remarques sur nos chanteurs préférés. Puis ce court moment prit fin alors que je le saluai avant de partir, tout en promettant de revenir… plus souvent. J’avoue ne pas pouvoir demeurer longtemps en ces lieux semblables et je l’avoue, c’est probablement lâche de ma part. Je supporte mal la vision de la douleur des autres qu’elle soit intérieure comme extérieure. Elle me dérange, me bouscule et souvent me révolte, surtout quand je ne sais pas à qui l’adresser. Il y a en ces lieux, partout dans la province, partout au pays, des gens merveilleux qui travaillent sans relâche à prodiguer des soins de qualité à ces plus démunis d’entre nous. Il y a aussi ce silence qui crie fort de solitude, parfois de détresse, souvent d’oubli et comme une mémoire qui s’efface et qui nous appelle pour qu’on se souvienne, nous, les biens portants, nous les cerveaux qui n’ont pas encore trop de trous dans le cortex.

Passant à nouveau devant la petite chapelle, j’y entrai de nouveau, un très court instant. Non sans émotions, je regardai le crucifix et dit intérieurement : « Pourquoi? — pourquoi toute cette souffrance? — comment peux-tu tolérer tout ça? — où es-tu? Bien sûr, je n’ai point entendu de réponse. Je ne suis tout de même pas rendu au stade d’entendre des voix. Je retournai à ma voiture et repris le chemin de la maison. En route, je laissais ma mémoire flotter et je me rappelai avoir posé la même question, il y a plusieurs années de cela, à un ami de longue date, alors qu’une épreuve sérieuse venait de m’assaillir sans crier gare. Comme il était un homme de Foi, il m’avait répondu : «Dieu nous a donné le plus beau cadeau qui soit et cela s’appelle la liberté de choix. C’est à travers l’homme qu’il accomplit ses miracles. C’est nous qui avons le choix du bien et son contraire. C’est la plus grande liberté qui nous fut donnée.” Tout en continuant de rouler, je me demandais quelle pouvait être la plus grande souffrance des gens dont la vie se résumait à une existence entre les murs d’un CHSLD, si bien construit fût-il. — et invariablement, la réponse qui me venait à l’esprit était la solitude. Et c’est là que j’en ai déduit que si quelqu’un avait répondu à ma question dans la chapelle, la réponse aurait pu être la suivante : “Si je suis ici, c’est peut-être parce que toi, tu n’y viens pas souvent. Alors, je te remplace”.

C’est drôle, mais j’avais l’impression que c’était un dimanche que je n’étais pas près d’oublier.

GG

À la semaine prochaine, amies et amis lecteurs et lectrices.