dimanche 12 octobre 2014

Fin d’une saison de croisières

* Trois semaines sans écrire quoi que ce soit dans ce blogue. Bien involontairement puisque en voyage «sur la grande terre» et avec mes mots de passe «oubliés» à la maison. Voilà donc expliquée la raison de mon absence. Maintenant de retour, je vais tenter de rattraper le temps perdu et continuer de partager avec vous, voyages, bateaux, amour des mots, pinceaux et parfois… coups de coeur et coups de gueule… au besoin, question de soulager les trop pleins d’émotions qui parfois peuvent envahir nos existences communes ou bien humblement, la mienne.

Bonne lecture à toutes et à tous et surtout, bonne semaine.

GG 

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Les deux immenses hélices poussent le VACANCIER vers son port d’attache temporaire à Montréal. L’été est fini quoique Montréal ne semble pas le savoir puisqu’il fait un 30C lors de notre arrivée.

L’émotion est palpable à bord. Les petites déceptions prennent le bord alors que les beaux souvenirs, les belles amitiés prennent toute la place. Quelques larmes furtives coulent sur des joues. On se souhaite un bel hiver et surtout un retour à l’an prochain. Passagers et membres d’équipage sont au même diapason. Pour les premiers, c’est un rêve qui s’achève, pour nous, ma compagne et moi, c’est la fin d’une troisième saison remplie de tout. De belles rencontres, des inquiétudes familiales, des essais et erreurs oubliées par de beaux succès auprès de la clientèle à bord.

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Tous les deux, nous regardons ce majestueux fleuve que nous avons appris à aimer du plus profond de notre Être. Il est devenu en quelque sorte notre véritable pays à nous deux, partant de Montréal et ne s’arrêtant que vers les maritimes, le golfe inclus. Nous avons goûté à ses petites sautes d’humeur, mais surtout à ses grandes beautés, des beautés que nous souhaitons ne jamais voir disparaître.

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Pour les mois à venir, ça en sera fini des beaux ateliers d’écriture, des contes et conférences sur les Îles, sur les bateaux, sur l’histoire de ce fabuleux fleuve. Ça en sera fini de ces soirées de danse, de musique et d’échanges avec tout ce monde débranché pour un court laps de temps des petites et grandes misères de l’existence. 

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Des gens de Trois-Rivières montent avec nous pour cette dernière de la saison. C’est un premier arrêt du VACANCIER dans ce superbe port. La nuit sera splendide puis tumultueuse. Quel bel exemple des variétés de ce fleuve. Tous ont envie de pleurer lors du retour tellement ils ont aimé à la fois les Îles et le temps sur la mer, surtout les membres d’équipage.

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Personne ne peut cacher que certaines difficultés de relations de travail se dessinent à l’horizon et elles n’ont rien à voir avec les relations à bord entre équipage, artistes invités et passagers. Seul, un petit air de regrets flotte dans l’air. Combien de temps cela va-t-il durer et en serons-nous victimes l’an prochain? Tous espèrent que non. Sept mois et demi, c’est long avant le début de la nouvelle saison l’an prochain.

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Le ciel fait ses adieux au fleuve. Il semble d’une beauté menaçante, mais il reste teinté d’ocre, d’oranger et de rouge flamme. Au dessus de sa grisaille flottent tous les espoirs.

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Et en attendant, notre petite caravane est descendue sur le quai de Montréal et un petit, mais douillet lit nous attend pour les quelques jours à suivre, puisque le retour vers les Îles se fera par la route et le traversier entre l’Île-du-Prince-Édouard et notre chez-nous insulaire.

Bonne semaine à toutes et à tous.

lundi 22 septembre 2014

Le voilier d’un amour impossible

 

* Depuis le début de l’été, je présente à un auditoire de croisiéristes, un texte écrit depuis plusieurs années. Poème grivois pour les uns, texte à la limite de la provocation pour d’autres, une création pour faire rire les uns alors que pour d’autres, il s’agit d’un portrait d’une grande sensibilité porté par un humour qui peut s’avérer triste, surtout pour ceux et celles qui ont cette capacité de l’écouter ou le lire à un niveau autre que la grivoiserie.

Les putes d’Amsterdam, très bien portées en chanson par l’incomparable Jacques Brel, ont souvent été une énigme. Comment peut-on faire de ce plus vieux métier du monde une attraction touristique universelle? Ne trouvant pas de réponse à cette question, j’ai inventé en peu de mots, une histoire prenant sa source dans ce milieu, ce milieu ou vraiment personne ne vit. J’en ai fait un poème dont l’histoire va au-delà de l’image traditionnelle de ces femmes en vitrines.

Afin de bien faire avaler la pilule, je me suis fait auprès de mes auditoires, professeur en vocabulaire marin. Ainsi, pour bien comprendre le texte, mon public devait assimiler les quelques mots communs au gréement d’un navire autrefois appelé « une Caravelle. »

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Un vieux voilier porteur d’espoir

Ses pas glissaient lentement sur le macadam

Dans ce quartier d’Amsterdam,

Là où le vent de sa jeunesse,

Lui avait fait connaître autrefois,

Plusieurs paires de fesses,

Au grand plaisir de son cacatois.

 

Mais c’était une autre époque,

Un temps loufoque,

Un temps ou les Amerloques,

Chasseurs de phoques,

Passaient les vitrines des putes,

Prêtes à toutes les culbutes,

Pourvu que le client ne les rebute.

 

Maintenant vieux capitaine,

Sa bedaine,

Cachait son mât de misaine,

Même que ce mât,

Digne d’une châtelaine,

Aujourd’hui avait plutôt l’air d’un appât

Pour une sœur Franciscaine

 

Trente ans plus tard

Elle était toujours là, dans sa vitrine

Le visage bourré de fard

Et encore, cette généreuse poitrine.

C’était celle qu’il aurait pu aimer,

Il était celui qui l’avait désarmée

 

Pourtant, les putes d’Amsterdam

Ne s’amourachent pas du premier quidam

Elles les laissent mouiller leurs ancres

Mais s’assurent qu’elles chassent.

Pas question d’aimer un cancre

Avant qu’il ne l’enfourchasse

 

Mais lui, elle ne l’avait pas oublié

Devant sa prestance

Elle avait même tenté de l’humilier,

Et lui, d’une bienveillance

Avait rétorqué sans ambivalence

Madame, vous ressemblez à mon voilier

 

Et quand il lui montra son beaupré

Elle lui dit, il a plutôt l’air d’un mât d’artimon

C’est le plus petit sur un bateau, à ce que je sache

Non désarçonné et en toute beauté

Il glissa son ancre dans le limon

Tout en riant dans sa moustache.

 

Madame, l’artimon est essentiel

Dur au travail, il est à la poupe

Et avant de vous expédier au ciel

Il peut vous ramoner la croupe

Dans toutes tempêtes démentielles

Croyez-moi, vous n’y perdrez pas votre étoupe.

 

Permettez donc, madame

Que de votre voile de dentelle

Je sauve ce qu’il reste de mon âme

Avant que cet artimon ne dételle

Ceci serait infâme

Et indigne d’une caravelle

 

Elle avait rît, elle avait rît, elle avait rît

Tellement qu’elle n’avait jamais oublié

Ce marin dont elle s’était éprit

Premier homme qu’elle avait supplié

Jusqu’à ce qu’elle le surprit

En partance sur son voilier

 

Eh oui! trente ans plus tard, elle était toujours là

En vitrine, comme du chocolat

Maintenant plus charnue, elle lui sourit

Et de joie, son cœur éclata

Alors que l’autre s’emballa

Sur cette rue, où vraiment personne ne vit.

 

Il entra, elle ferma les rideaux

Leur bastingage était fripé

Leurs yeux, pleins d’eau

Ensemble, ils burent un café

Et cette fois de dés non pipés

S’offrirent le plus beau des cadeaux

 

Il pleut sur Amsterdam

Un bateau glisse sur l’eau

L’artimon bien planté en poupe

À bord, il y a une dame

Qui dans ses mains, tient un roseau

Et lui, capitaine

Lui pose un baiser sur la croupe.

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Georges Gaudet

dimanche 14 septembre 2014

Le Madelinot artiste–Jean à Fred et Madeleine Gaudet

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* Bien que ce blogue s’appelle « Des mots, des bateaux et des pinceaux, » j’admets qu’il est rare que je vous présente des oeuvres d’artistes qui me touchent vraiment. Alors, cette fois-ci, je fais amende honorable et vous présente, sans prétention, un des artistes dont les pinceaux traduisent non pas des paysages, mais des émotions à la limite de l’odeur et du toucher.
Dans l’incroyable galaxie de la pensée humaine
Jean Gaudet, fils de Fred et Madeleine Gaudet est né aux Îles de la Madeleine et y a vécu une grande partie de son enfance. Obligé de quitter les Îles à cause du travail de son père, alors enseignant à l’Institut maritime de Rimouski, Jean Gaudet n’en a pas moins gardé toute la qualité des racines madeliniennes profondément ancrées en lui. Artiste dans l’âme autant que dans la réalité, soudeur de métier et « écrivain » de tableaux, ses créations sortent du domaine figuratif autant que du domaine de l’art contemporain. L’artiste amène avec lui l’observateur de ses oeuvres dans des mondes intemporels, des mondes faits de lambeaux de chair mêlés à des tissus de pensées, des morceaux d’âmes qui rient, prient et parfois souffrent, le tout en suspension dans des paradis ou des enfers de couleurs, de teintes diffuses et d’infimes personnes flottant dans l’immensité de l’infini. Et comme si ce n’était pas assez, l’artiste accompagne ses créations de textes non pas explicatifs, mais un peu comme ce personnage qui vous promène dans sa maison afin de vous en faire apprécier les plus curieuses structures.
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Jean Gaudet est de ces rares artistes qui écrivent au bout des poils de leurs pinceaux, autant la valeur de leur âme que la réalité de leur vie. Les tableaux de Jean Gaudet sont des voyages en dehors du temps, en dedans de soi-même, dans l’incroyable galaxie de la pensée humaine.
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Si vous ne me croyez pas, allez voir une partie de son art au CAFÉ D’CHEZ-NOUS, au 97 Chemin principal à Cap-aux-Meules, Îles de la Madeleine. Intitulée LES ÎLES DE MON EDEN, vous pourrez plonger dans cet univers fantastique jusqu’au 11 octobre prochain.
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Et seul devant lui-même, l’homme continue sa quête vers la lumière.
GG





lundi 8 septembre 2014

Récit à vol d’oiseau

 

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L’enfant et le fou de Bassan

C’est bien connu des enfants, mais les adultes ne le savent pas, ou ils l’ont oublié. Les oiseaux parlent et les enfants leur répondent.

— Salut le fou

— Le fou de Bassan, je te précise.

— Ah oui! Et pourquoi un pareil nom?

— Mais ce sont les hommes qui me l’ont donné ce nom, et d’ailleurs, cela me fait rire.

— Mais c’est fou ce que tu fais, non?

— Pas tant que ça cher petit. Vous les hommes, vous devez vous inventer des filets, des lignes à pêche, des bateaux pour pêcher. Vous devez vous construire des avions pour voler.

Et l’enfant de dire

… mais c’est là le génie de l’homme.

— Ah tu trouves! Regarde-moi comme il faut. Je flotte comme un bouchon et puis tu as vu ce profil? Tu as vu l’envergure de mes ailes? Je vole à une vitesse fantastique et je peux monter, monter bien haut et faire un plongeon de plus de cent pieds de hauteur et entrer dans l’eau à 160 km/h puis ne ressentir qu’un petit frisson sur mes plumes. Mieux encore, je peux voir un poisson à plus de 30 pieds sous l’eau et lui foncer dessus comme une flèche.

— Hum! Je n’avais pas pensé à ça… dit l’enfant. Et comment on fait pour devenir oiseau?

— Écoute! Je vais te confier un secret. 

Tout est beau dans l’univers. Tu devrais voir ce que je vois juste avant un grand plongeon. Une mer émeraude, des rivages d’or, des îles ocre et vertes, la blancheur des embruns se mêlant au grès des falaises.

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Et ces paresseux de goélands qui ne bougent même pas les ailes et qui volent en flânant autour des bancs de poissons que nous découvrons pour eux.

— Mais tu n’as pas de mains, pas de pieds.

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— C’est vrai, mais j’ai des palmes et des plumes, des ailes et un sacré profil. Même mon maquillage est naturel et il faut l’avouer, assez beau… pas vrai?

— Sacré vantard de dire l’enfant, mais je l’avoue, tu viens de me donner une idée. Un jour, je serai pilote d’avion, parce que je veux voir le monde comme tu le vois.

— Pas comme je le vois petit, mais comme les anges le voient.

Et sur ce, le petit regarda le fou de Bassan s’éloigner du rivage avec toute la grâce qu’on lui connait. La rencontre avait été courte, mais elle avait fait naître dans l’esprit de l’enfant, le rêve de ce qu’il allait devenir.

GG

lundi 1 septembre 2014

Portraits de croisières

 

Les sacs à dos invisibles

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Vingt et une croisières et je cherche encore celle qui sera la copie d’une autre. Pas une n’est semblable, pas un passager qui en ressemble un autre. Tous ces gens, tous ces groupes sont différents, chargés de leurs hommes ou femmes aux sacs à dos invisibles, aux sacs à dos remplis de leur vie individuelle.

Une ici qui se cherche un nouveau compagnon, l’autre là-bas qui noie sa récente peine d’amour autour du bar. L’un ici qui rit en dehors, mais pleure en dedans la perte d’un être cher. Et cet autre qui répète à qui veut l’entendre que son mari, décédé depuis 5 ans, lui manque toujours.

Ici, un couple rigole, jouant avec son bonheur alors que quelques enfants courent dans les coursives comme à la fête chez le Père Noël.

Tous ces gens, ils ont tous un sac à dos invisible, rempli de petits et grands bonheurs, de petits et grands malheurs, mais ils sont ensemble sur ce grand bateau. Un bateau qui les rapproche les uns les autres. Sur un bateau de 425 pieds ou 125 mètres, ils n’ont pas le choix. Les sacs à dos invisibles se touchent souvent. Ils font rire, ils font pleurer parfois. Ils révèlent surtout qu’au fond, les humains sont tous pareils. Ils cherchent le bonheur sur un pont de navire, un sourire après un pas de danse, une vie de sérénité, de contemplation devant la mer. Une mer d’oublis, une mer les arrachant à ces souvenirs douloureux pour les consoler, loin de leur quotidien, loin de leurs petites misères.

Sur le navire, ils sont quelqu’un d’autre, c’est-à-dire qu’ils sont eux-mêmes, libérés de leurs contraintes journalières et s’ils le veulent bien, ouverts à tout ce que la mer et les Îles peuvent leur offrir.

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La beauté d’un paysage, l’immensité de l’océan, l’accès au plaisir, mais aussi à la contemplation, la méditation, la conscience d’exister. Ils et elles sont… les vrais croisiéristes.

GG

mardi 26 août 2014

Moments de tendres rêveries

* La mer était trop belle pour l’ignorer. Tombé sous son charme, j’en ai oublié la rédaction de mon blogue hebdomadaire. Je ne m’en excuse pas. La vie est trop courte pour ne pas profiter des cadeaux qu’elle nous offre généreusement. Des cadeaux que je partage aujourd’hui avec vous, chères lectrices et chers lecteurs. Bonne semaine à tout l’monde.

GG

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Souvenirs

 

Je me souviens de ce petit garçon

Tirant au bout d’un cordage

Le doris de son père.

Un peu comme un chien fidèle

L’embarcation suivait docilement

Ce petit homme, pieds dans l’eau

Tête dans les nuages,

L’esprit au pays des rêves.

Et depuis le perron de la vieille maison,

Sa mère l’appela.

Viens ici!

Le Père Cyr veut te rencontrer

Avant que tu partes pour le collège.

Le petit garçon avait tout juste 14 ans

Depuis quelques jours seulement.

Triste,

Il ancra d’une picasse la barque de son père

Et rentra à la maison.

Les années de collège suivirent

Et quand il s’ennuyait,

Il rêvait à son retour,

Au jour où il lèverait la picasse retenant le vieux doris

Et rames aux tolets

Il partirait encore une fois pour le large.

Quarante années plus tard,

Le doris n’est plus, le séminaire non plus,

Mais chaque fois qu’il s’endort

Le jeune homme devenu homme

Rame toujours son doris

Comme aux premiers jours

Où ils furent séparés.

Et il s’endort comme l’enfant

Qui presse sur sa poitrine son ourson.

Pour lui, nuages blancs, ciels bleus, mer émeraude

Et rames d’embarcations,

Sont autant de morceaux de bonheurs

Que paradis perdus

Au creux de cette modernité envahissante.

Georges Gaudet

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lundi 18 août 2014

Un fleuve, un golfe et des hommes

Par Georges Gaudet        georgesgaudet49@hotmail.com

Ce fleuve que j’aime.

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Jacques Cartier y était entré par son golfe en expédition de pêche avant l’année officielle de 1534. Puis en cette année historique de prise de possession d’un territoire donné au nom du roi de France, il y est entré par le détroit de Belle- Isle, en a exploré tous les contours et remonté ses rives jusqu’à ce qui devint près d’un siècle plus tard Hochelaga (Montréal) et puis Stadaconé (Québec). Un sacré navigateur que fut ce Jacques Cartier. Non content de traverser l’atlantique en seulement 20 jours sur ce qui aujourd’hui aurait l’air d’une grosse chaloupe, il en a grossièrement cartographié tous les pourtours, décrit minutieusement les beautés et même les richesses potentielles, allant jusqu’à soupçonner les terres limitrophes de cette grande rivière de porteuses de minerai de grande valeur. Bien sûr il a fait le tour de ce que sont les Îles de la Madeleine aujourd’hui et nommé l’Île Brion du nom de son commanditaire, le Sieur de Brion. Déjà, en ce temps là, l’homme soutirait tout ce qu’il pouvait de la terre nourricière et se servait des cours d’eau comme autoroutes de transport. Cet homme savait-il à cette époque que l’avidité insatiable de l’homo sapiens avait la capacité de complètement détruire son garde-manger? Peut-être pas! – et nous n’en connaîtrons jamais la réponse. Hélas, cette possibilité est plus que réelle aujourd’hui.

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Là ou le golfe s’apprête à devenir océan

Ce fleuve et son golfe, ils ont du caractère, des sautes d'humeur imprévues, de fortes marées en certains endroits, des courants désordonnés, des brumes sournoises, des hauts-fonds, des récifs cachés à fleur d’eau, de nombreuses îles tout le long de son parcours. Excécrables et magnifiques tout à la fois, ils peuvent être féériques, envoûtants et même séducteurs. Ce fleuve et son golfe sont une voie royale, une autoroute d’eau, l’artère principale d’un pays toujours en devenir. Les hommes qui habitent ces rives aiment ce fleuve, ce golfe aux airs d’océan. Ils en connaissent les richesses, ils en puisent leur existence depuis que leurs ancêtres et les premiers habitants de ces baies et lagunes en connaissaient les secrets. Pourtant, ils ne sont pas tous prêts à en honorer les bénéfices. Certains de ces hommes, dotés d’une volonté mercantile à courte vue et équipés d’armes d’extraction de richesses au-delà de la capacité de renouvellement de ce trésor, sont prêts à tout saccager ce riche jardin sans égard aux conséquences de demain. Bâillonnements de scientifiques, viols d’accords protectionnistes internationaux, sables bitumineux et pipelines, transports dangereux et explosifs en pleines zones populeuses, dénis de territoires protégés, extraction de gaz par fracturation de roches, dénis de lois municipales voulant protéger l’eau potable…et j’en passe.

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Le danger, pour ne pas dire le viol n’est pas en devenir, mais il est là présentement. Dès que les pipelines et les chemins de fer seront rendus à Québec, des dizaines de pétroliers passeront bientôt autour des Îles de la Madeleine, chargés de cet or noir, direction les pays dits en émergence. Déjà que nous sommes en danger chaque fois qu’un pétrolier vient nous livrer cette essence essentielle à notre bien-être insulaire, déjà que nous sommes en danger chaque fois qu’un seul pétrolier passe au large du Rocher-aux-Oiseaux pour amorcer un voyage transocéanique, il est facile d’imaginer ce que seront ce fleuve et ce golfe, le jour où plus rien de comptera sauf les tours de forage ou de fractionnement de la roche, que ce soit le long des rives, en pleine mer ou sur l’Île d’Anticosti. Hier, en plein milieu d’un atelier d’écriture, une personne s’exprimait ainsi.

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Même en pleine nuit, il est beau ce fleuve.

Il est un fleuve que j’aime plus que tout autre cours d’eau. Ce fleuve coule en mes veines, en mon cœur. Il puise sa source en plein milieu d’un jeune pays et coule au-delà des îles de mon enfance. Fleuve capricieux, brumeux, surprenant, mais franc, sans autres artifices que sa grande beauté. Il est beau ce fleuve. Son visage devient golfe, puis haute mer. Il est plein de bélugas, de baleines, d’anguilles, de loups-marins, de morue, maquereau, flétan et surtout d’humains installés le long de ses berges. Ces gens l’aiment ce fleuve, ce golfe. Hélas, d’autres ne l’aiment pas et il est en danger. J’ai peur pour lui, j’ai peur qu’on lui arrache le pétrole de ses veines profondes, qu’on le saigne comme un pauvre animal, qu’on l’abreuve de son sang noir, qu’on l’asphyxie en tenant sur son embouchure des dizaines de pétroliers, des centaines de tours de pétrole, autant d’aiguilles plantées dans sa peau, la peau de toutes ces espèces vivantes qui ne vivent que grâce à lui. «Quand il n’y aura plus d’or noir, alors les hommes comprendront peut-être trop tard que les fleurs ne poussent pas sur les derricks, que les ponts de bateaux sont de pauvres jardins, que l’or noir est imbuvable et ses résidus immangeables.» …citation inspirée d’une maxime autochtone.

Au pays du mépris de la poésie

Voilà un drôle de sous-titre me direz-vous. C’est qu’en ces temps modernes, on a tendance à mépriser ce qu’on ignore et disons que les mots ont souvent… mauvaise presse. Pourtant, dans un film sublime portant le titre de « La société des poètes disparus », on y entend un professeur dire à ses brillants élèves à peu près ceci : « Ne croyez jamais quelqu’un qui vous dit que les idées et les mots ne peuvent pas changer le monde. » D’ailleurs, l’histoire nous en fait une éloquente démonstration. Les grands écrivains, les grands philosophes, sont à la source de toutes les grandes époques, les grandes découvertes, les grandes lumières. En éteindre le rayonnement, l’expansion, c’est tuer l’humanité dans ce qu’elle a de différent avec le monde animal. Est-ce ce que nous sommes en train de faire aujourd’hui?-il est des jours où je me le demande. Nous banalisons tout ce qui vient d’un cri de l’âme, nous crions nos frustrations à travers des chants qui ont plus l’air de cris de terreur que d’appels à la raison. Nous rions de nos humanistes, de nos joyeux fous, sauf quand ils meurent. Deux d’entre eux sont partis de ce monde au cours de la semaine dernière.

Robin William

Robin William

Grand acteur ayant porté son art au plus haut des étoiles. Grand clown marqué par le mal de l’âme et la richesse terrestre. Le suicide de cet homme porte bien haut le cri d’alarme d’une humanité en grande souffrance. Par son geste désespéré, Robin William clame maintenant depuis l’éternité que la vraie richesse vient du dedans et non du dehors, que l’on peut faire rire aux larmes et pleurer dans son cœur, que l’on peut marcher dans la foule et être seul de l’intérieur, que l’on peut donner l’impression d’être libre et terriblement prisonnier de ce qui ne se voit pas. N’a-t-il pas dit : « La cocaïne est le moyen que Dieu a pris pour nous faire comprendre que nous gagnons trop d’argent? » Ce grand acteur a fait rire et pleurer le monde entier. Malheureusement, personne ne semble s’être aperçu qu’il habitait chacun de ses rôles et en demeurait totalement prisonnier. D’ailleurs, il les jouait si bien qu’il était lui-même et non l’acteur. L’acteur n’a peut-être jamais existé. L’acteur était ailleurs dans la foule, Robin William était seul, atrocement seul.

L’Abbé Gravel

L'Abbé Gravel

Il fut la preuve que l’on peut aimer une institution et en même temps, la critiquer sévèrement. D’ailleurs, n’est-il pas plus grande preuve de fidélité que d’oser remettre en question une institution que l’on aime et qui nous semble sur le point de s’écrouler?- il était le curé des exclus. Cela nous semblait un peu «à côté de la trac » comme diraient certains. Ben voyons donc! – oser remettre en question la parole de tout puissants évêques, les cardinaux, voire même le pape, lui, un ti-cul de Joliette, ex-barman et ami des robineux, des prostituées, des homosexuels, des pauvres, des malades, des mourants. Eh bien justement! L’Abbé Gravel aura été tout ce qu’un homme d’Église devrait être aujourd’hui. Jésus n’a-t-il pas été l’ami et le consolateur de tout ce beau monde? Ah oui, c’est vrai, j’allais l’oublier. On l’a crucifié aussi. L’Abbé Gravel était un « brasseux de cage », nullement impressionné par les dogmes érigés par des hommes et prétendument sanctionnés par Dieu. Nul doute que de là-haut, si Jésus le rencontre, ils auront peut-être un mot à dire à ce Dieu, car son monde, il est loin d’être parfait. Il est plutôt pas mal foutu de ces temps-ci.

Bonne semaine à toutes et à tous.

GG

dimanche 10 août 2014

Un peuple avec un drapeau, sans pays et toujours debout

 
Drapeau Acadien

Crédit photo: Dominique Damien.

Vendredi, le 15 août, beaucoup d’Acadiens de par le monde fêteront l’Acadie, leur Acadie d’hier, celle d’aujourd’hui et celle de demain… pourvu qu’elle continue d’exister. Pays impossible à conquérir puisqu’il n’existe pas, culture insoumise puisqu’elle est unique, fierté justifiée puisqu’elle naquit à l’époque de Champlain et survit depuis 1755 envers et contre toute logique, les Acadiens demeurent et fêteront avec espoir en ce 15 août prochain. 
S’il en est ainsi, c’est peut-être parce qu’il existe dans les rangs de ce peuple sans frontières ni pays, des gens exceptionnels, des gens dont l’ordinaire est devenu extraordinaire seulement par leur présence. Personnages humbles, rieurs, sans complexes, effacés et présents en même temps, capables de tout et de rien, mais toujours porteurs de leurs racines solides, plantées au milieu de nulle part et pourtant toujours présentes en nos coeurs.
Roger
En cette journée,  des gens de chez nous, particulièrement de Havre-Aubert, fêteront et se rappelleront d’un type qui portait toujours avec fierté les couleurs de son Acadie, l’Acadie qu’il aimait profondément, ce drapeau dont il avait même fait sa cravate de noces, cette étoile dorée qu’il portait tatouée sur le cœur. Il s’appelait Roger Gaudet. Il n’avait rien de particulier, n’était ni politicien ni investisseur, ni spécialiste en quoi que ce soit. Il gagnait humblement sa vie et était lui-même tout simplement « ACADIEN ». Parti trop jeune un jour de printemps, ce jour de juin 2007, je me suis rendu dans son village. Un drôle de silence y régnait, un peu comme si tout le village s’était tu.
Quai à Roger
Roger nous rappelait constamment nos origines et sa fierté décapante teintait la nôtre. Il était de cette race d’entêtés, de passionnés, sans qui nous ne serions plus ici aujourd’hui. Notre Champlain moderne, même après son départ, trouve encore le moyen de nous rappeler nos racines. Peut-être est-ce à cause de gens comme lui que nous continuons d’exister, de la Louisiane à la Basse-Côte-Nord, de l’Abitibi aux côtes de Saint-Pierre et Miquelon, de toutes les rives du fleuve Saint-Laurent jusqu’aux belles terres du Nouveau-Brunswick, de ses havres colorés aux grandes marées de la Baie de Fundy en Nouvelle-Écosse.
Que l’on soit Canadiens, Québécois, Américains, Français ou Louisianais, nous sommes ceux qu’on appelle « LES ACADIENS », et vendredi, ce 15 août, ce sera notre fête.
GG







lundi 4 août 2014

Tranches de vie

 

* Il est des étapes dans la vie qui demeurent  incontournables. La semaine dernière, je suis passé par l’une d’elles. Alors, voici un texte fait de mots jetés sur papier comme graines de fleurs sauvages poussées par le vent et que j’ai d’abord dédié à celle qui m’a fait découvrir l’amour à la croisée de nos chemins. Aussi, je souhaite partager avec vous, lecteurs et lectrices, «cette tranche de vie», aussi dédiée à tous ceux et celles qui ont aujourd’hui 65 années… et encore plus.

moi 65 ans

Avoir 65 ans, c’est…!

Avoir 65 ans, c’est… accepter,

 

Accepter que le temps qu’il nous reste

Sera certainement plus court que celui qui nous fut donné.

 

Accepter d’avoir perdu tant d’amis,

Tant d’amours, tant d’opportunités, tant d’occasions.

 

Accepter nos malaises, nos douleurs, nos rides, nos faiblesses.

 

Avoir 65 ans…

C’est réaliser que nous sommes des survivants,

 

C’est réaliser que cette vie qui fut parfois un champ de fleurs,

Fut plus souvent qu’autrement, un théâtre de guerre.

 

C’est réaliser que sur ce champ de bataille,

Sont couchés nos amis, nos frères, nos sœurs, nos parents,

Et nous… qui sommes toujours debout.

 

C’est réaliser que si nous avons toujours l’épée à la main,

Ce n’est pas à cause de notre talent ou de notre force,

Mais bien par la chance qui nous fut accordée,

Sans raison apparente, sans explication.

 

Avoir 65 ans,

C’est réaliser que la seule vraie valeur,

C’est ce cœur qui aime, cette main qui touche, ces yeux qui témoignent.

C’est dire aux autres,

Que nous sommes toujours vivants, utiles,

Et riches d’une vie qui ne demande qu’à partager.

 

Avoir 65 ans,

C’est dire au reste du monde,

Que notre vécu, notre expérience, notre savoir,

Peuvent être bien plus efficaces,

Que la meilleure des lames d’épée.

 

Avoir 65 ans,

C’est laisser tomber son armure et sa cotte de mailles,

Pour les remplacer par le manteau de la paix,

Le manteau de l’amour,

Le manteau du pardon à soi… et aux autres.

 

Avoir 65 ans,

C’est enfin vivre,

Drapé de l’essentiel et soulagé du superflu,

L’esprit tranquille,

L’intelligence toujours aux aguets,

L’âme se donnant le temps de plonger dans la découverte,

La découverte de ses origines, la découverte de son identité.

 

Avoir 65 ans,

C’est réaliser qu’on nous a menti, triché, leurrés,

Mais qu’au-delà de ces trahisons,

C’est aussi découvrir « La vérité » — sa vérité.

La seule vérité, l’unique,

Celle pour qui il vaut même la peine d’en mourir,

Et cette vérité, le monde en a plus besoin que jamais,

Et elle s’appelle,

AMOUR.

 

Georges Gaudet

31 juillet 2014.