lundi 25 mai 2015

La dictature des fabricants de peur.

Par Georges Gaudet

georgesgaudet49@hotmail.com

 

La peur qui paye

Peur 1

Pendant longtemps, il n’y a eu que quatre saisons, du moins dans notre hémisphère nord. Le printemps, l’été, l’automne et l’hiver, chacune de ces saisons avec leur lot de particularités, de petites misères et aussi de grands bonheurs.

Ce matin, alors que j’écoutais les nouvelles matinales tout en sirotant un café, j’eus la désagréable impression qu’on essayait de me convaincre que le bonheur simple et tranquille par une belle journée de printemps était impossible. Non seulement content de me « garrocher » images par-dessus images publicitaires de tous les produits disponibles en pharmacie contre toutes les allergies, les deux animateurs s’en sont donné à cœur joie de « radoter » at nauseam aeternam qu’il fallait être bien prudent puisque cette année, la saison des allergies était bien plus virulente que par les années passées à cause du printemps tardif que nous avons connu. Loin de moi l’idée de ne pas sympathiser avec les personnes souffrant de graves allergies, mais nos médias en sont rendus à créer cette psychose collective où, malheureusement, ceux et celles qui ne seront pas victimes d’allergies seront considérés comme des gens anormaux. Alors, ils sont où ces belles journées printanières où la nature renaît et s’éveille à la vie, où les arbres fleurissent? Ils sont où ces paysages magnifiques avec un ciel rempli d’outardes, ces chants d’oiseaux en amour comme jamais et ces nids qui petit à petit se laissent découvrir au fur et à mesure de leur savante construction?

La peur à vendre

La peur 2

…source inconnue

La peur est à vendre parce que ça paye. Aujourd’hui, c’est la saison des allergies, demain ce sera la saison du soleil. Alors, attention au soleil, ce grand créateur de cancers de peau. Ne vous en faites pas, les créateurs de crème solaire vont vous le rappeler avec grande insistance le moment venu. Et puis n’oubliez surtout pas l’eau et la noyade possible. Gilet de sauvetage obligatoire partout, presque à croire qu’il faille le porter dans son bain alors que les accidents de la route, surtout en motos seront à la une de tous les journaux. Ah oui, et si par malheur un petit avion de deux à quatre passagers s’écrase dans un champ, les médias matinaux vont en parler au moins pendant trois jours, le tout animé par des commentateurs qui n’y connaissent que dalle en matière d’aviation et qui diront à peu près n’importe quoi pour faire peur à qui veut bien entendre. La parade des « madames » qui ont peur que le ciel leur tombe sur la tête parce qu’elles demeurent non loin d’un aéroport va faire trembler toute la province à ne point en douter. Encore là, on aura oublié qu’un peu de soleil fait du bien, car en ce pays où la vitamine D se fait parfois rare, elle est nécessaire à tous les humains. On aura oublié ces belles journées sur la plage, ces barbecues sur le patio avec des tas d’amis, ces voyages vers les plages de la Gaspésie ou des Îles de la Madeleine, ces longues soirées tranquilles sur le balcon avec en sourdine, les lointains bruits d’une ville fatiguée de sa lourde chaleur. Mais ne vous en faites pas, la saison de la chasse va bientôt arriver et ce sera aussi la saison des cueillettes. Alors là, attention aux échelles mal appuyées, aux allergies alimentaires. Les fraises peuvent être catastrophiques, les piqûres de moustiques, la maladie de lime, les ratons laveurs ayant la rage, les chiens errants, les animaux abandonnés pendant l’été et surtout, le nouveau vaccin contre cette nouvelle souche de grippe qui arrivera bientôt. Tout cela en plus des élections fédérales à la mi-octobre, et voilà un dangereux cocktail pour « dépressionner » avant l’hiver. Encore, là, personne n’aura vécu le plaisir de marcher en pleine forêt d’automne et photographier pour que la mémoire se souvienne, ces belles couleurs dont nous fait cadeau la nature généreuse. Parée pour le grand sommeil, elle se pare de sa plus belle courtepointe avant de s’emmitoufler sous le blanc manteau hivernal. Voilà alors qu’arrive la saison des rhumes et de la grippe, toujours selon les nouvelles à la télévision. L’hiver sera long, froid, humide et avec beaucoup de neige. Entre temps, ce sera la saison des insomnies et de l’augmentation des cancers. Une personne sur deux sera diagnostiquée à ce qui paraît et puis n’oubliez surtout pas la blancheur de vos dents, vos dents sensibles et puis les recommandations de tous ces dentistes patentés qui en remettent encore plus épais sur le phénomène. Ensuite, avec les pneus d’hiver viendront le nombre catastrophique d’accidents, de carambolages et de froissement de tôles sur les routes glacées de la province, le tout s’accompagnant de toutes ces assurances qui pardonnent une fois, deux fois et même trois fois, enfin peut-être. Si vous faites du ski, attention. Il vous faut maintenant un casque protecteur. Michael Shumaker s’est cassé la gueule en ski, alors, il faut que tout le monde se protège. Quant aux autoneiges, skidoos et autres machines du genre, il vous faudra vous protéger bord à bord d’assurances, de permis de sentiers, de vêtements mode obligatoires, de casques protecteurs chauffés à 700. $/pièce, de mitaines et bottes chauffées et de weekends à d’incontournables hôtels spécialisés en relaxation sur sentiers enneigés.

Alors, qui aura eu le temps d’apprécier l’hiver en marchant dans la poudreuse avec raquettes et ou en skis de randonnée? Qui aura eu le temps, du haut d’une montagne de ski, d’admirer ce fabuleux paysage s’étendant jusqu’au fleuve ou jusqu’à une infinie ligne d’horizon? Qui aura eu le temps de méditer sur les beautés et les richesses de la nature, assis devant un trou dans la glace en attendant que le poisson veuille bien mordre à l’hameçon? Qui aura eu le temps de construire avec ses enfants un igloo, un bonhomme de neige, une patinoire extérieure sur le gazon dormant? Qui aura eu le temps de lire un bon livre, les pieds chauffés par la chaleur radiante d’un feu de foyer, les épaules recouvertes d’une « doudou » bien confortable? À force de peur et d’obligations vendues à grand renfort de publicité, nous aurons raté l’essentiel.

La vérité et la peur

la peur

Les brocolis sont des extra-terrestres, à moins que ce soit le contraire. Les extra-terrestres sont des brocolis…?

Il faut en convenir, nous avons tous peur de mourir et c’est normal. Ce qui est encore plus plate, c’est que nous allons tous y passer un jour, qu’on le veuille ou non. Autrefois, une majorité de gens mouraient de maladies cardiaques et le cancer arrivait en deuxième position. Aujourd’hui, alors que les médicaments pour le cœur ont grandement amélioré la qualité de vie des gens atteints, c’est le cancer qui vient de passer en première position à ce palmarès. Malgré tout, nous vivons plus longtemps que les générations précédentes, mais à quel prix en matière de qualité de vie? La peur vendue à grand renfort de publicité a fait de nous des peureux en tout. Trop de gens ont oublié que si nous ne mourons pas de maladie cardiaque ou de cancer, il faudra bien mourir de quelque chose un jour. Plate à dire, mais c’est comme ça. Bien sûr, l’alpiniste, le pilote de petit avion, le passager de gros avions, le mangeur de hamburgers, le skieur, le cycliste, le joueur de hockey, le nageur, le plongeur, le coureur automobile, enfin, tous ces gens risquent de mourir un jour de leur activité. Quant au grand mangeur de pilules inutiles ou parfois nuisibles, à celui qui ne fait absolument rien parce qu’il a peur que ses dents jaunissent, que son sang épaississe, que sa peau brûle trop, que les allergies qu’il n’a jamais eues se manifestent, que son parachute n’ouvre pas, qu’une hépatite quelconque lui empoisonne le foie parce qu’il a marché sur la plage, c’est encore plate à dire, mais faudra bien qu’un jour, il meure quand même. La question demeurera toujours la suivante. Aura-t-il vécu sa vie ou au contraire, aura-t-il vécu dans la peur constante de mourir d’une cause qu’on lui aura répété sans cesse qu’il aurait pu éviter? – le tout à fort prix monétaire, bien sûr!

Bonne semaine à toutes et à tous.

GG

mardi 19 mai 2015

Doux souvenirs d’enfance…(suite 2)

Par Georges Gaudet

georgesgaudet49@hotmail.com

 

Doux souvenirs d’enfance dans un havre de pêche… (Suite de la semaine dernière.)

Départ pêche au homard cage-homard 

Le plus beau métier du monde.

« La pêche, c’est le plus beau métier du monde » disait mon père. Et puis après une pause de quelques secondes, il ajoutait : « quand il est bien fait ».

Évidemment, le texte qui va suivre sera biaisé un tout petit peu, puisque nombre de gens passionnés de leur métier pourraient affirmer la même chose. Du cultivateur au pilote d’avion en passant par le pompier, le professeur ou l’infirmière, tous pourraient débattre de la beauté de leur métier ou profession pour peu qu’ils en soient convaincus et heureux ou heureuses de le pratiquer.

Pour ma part, je ne peux vous raconter ce métier qu’à travers les yeux de mon père. Il fut d’abord pêcheur dès l’âge de 12 ans avec son père, puis marin dans la marine marchande pendant la Deuxième Guerre mondiale, ensuite capitaine caboteur et pêcheur sur sa propre goélette, puis marin sur le LOVAT, puis à nouveau pêcheur et enfin, pendant les 25 dernières années de sa vie professionnelle, garde-pêche. Nous sommes alors au début du printemps 1960. La morue ne se vend plus et pire, il n’y en a plus pour les pêcheurs côtiers. Le hareng est bloqué par des seineurs au large du Rocher-aux-Oiseaux et l’avenir s’annonce sombre pour tous ceux qui veulent continuer de pratiquer la pêche côtière. Criblé de dettes et ma mère s’étant mise en tête de nous expédier au collège classique mon frère et moi, mon père décida d’appliquer à un poste vaquant de garde-pêche. Grâce à l’influence d’un dénommé Clawrence Clarke de Grosse-Île, lui-même chef garde-pêche, mon père obtint le poste convoité. Pour ma mère, ses rêves de nous expédier au collège devenaient possibles, mais pour mon père, il s’agissait de deux choses bien différentes. D’une part, l’accusation voilée d’une trahison de sa propre confrérie de pêcheurs et d’autre part, l’abandon d’un métier qu’il aimait plus que tout au monde. Jamais je n’oublierai le matin de son premier départ au travail. J’étais non loin de la chambre de mes parents et mon père était assis sur le bord du lit. Il disait à ma mère : si jamais je savais ne jamais revenir à la pêche, je refuserais la « job » dès ce matin. Inutile de dire qu’il eût droit à tout un sermon de la part de ma mère et presto, il était prêt pour ce nouveau travail qu’il allait exercer pendant les 25 années suivantes.

garde-pêche 

Mon père

Un rêve utopique

Je n’avais que 12 ans et j’accompagnais mon père presque partout, allant même sur les nuits de patrouilles avec lui. Dans ma grande naïveté, je voulais le protéger de tout mauvais parti qu’on aurait pu lui faire. Il connaissait les ficelles des fraudeurs puisque lui-même avait quelque peu joué auparavant dans une illégalité bien « vénielle » comme auraient dit les curés de cette époque. Une cage tendue hors saison pour quelques homards par automne constituait son bagage d’illégalité, mais cela lui avait suffi comme expérience pour prendre sur le fait un bon nombre de ces pêcheurs illégaux, dont quelques-uns… de ses amis pourtant bien avertis à l’avance de bien se tenir. L’intégrité à un prix et ce fut une des belles leçons que mon père m’aura apprises. Il disait souvent : tous les pères de famille des Îles devraient avoir le droit de tendre une cage à homard par année en toute légalité. Le gouvernement n’aurait qu’à accorder un permis pour chaque chef de famille et punir sévèrement les contrevenants. C’était son rêve utopique et évidemment il n’en parlait à personne sauf à nous, autour de la table. Il considérait la mer comme un jardin venant de Dieu lui-même et qu’aucun individu ou organisme n’aurait dû prétendre en avoir un droit exclusif d’exploitation. Maintenant qu’il est de l’autre côté des nuages, je l’imagine souvent en train de pêcher dans ce monde qu’il souhaitait ouvert à tous. Certains pêcheurs le haïssaient pour son intégrité et jamais ils n’ont réalisé à quel point il les défendait en coulisse. J’ai souvenir de ses conversations avec de hauts fonctionnaires de l’ancien ministère des Pêcheries du Québec, des individus qui comme il le disait d’eux; qui n’ont jamais vu une queue de homard, sauf dans leur assiette et qui se permettaient de sortir toutes sortes de règlements en se foutant complètement des conséquences que tout cela allait avoir sur le labeur des pêcheurs. Quand on lui reprochait d’avoir un parti pris pour les pêcheurs, je me souviendrai toujours de ce petit sourire de satisfaction qui en disait long sur l’opinion qu’il avait de son critique.

Un règlement absurde.

Un certain printemps, un hurluberlu du ministère avait réussi à faire passer un règlement qui stipulait à peu près ceci. Tout pêcheur ramenant à quai ne serais-ce qu’un seul homard n’ayant pas la mesure requise, devait voir toute la pêche de sa journée rejetée à l’eau immédiatement en étant accompagné au large par un garde-pêche. La mort dans l’âme, mon père a obéi à cet ordre émanant de ses supérieurs sur la colline parlementaire. Je me souviens de ce soir où il est entré à la maison, bouleversé de ce qu’il avait vécu. Il avait vu un pêcheur pleurer amèrement en remettant à l’eau plusieurs centaines de livres de homard. Quelques jours plus tard, ce fut sa propre vie qui fut mise en danger alors qu’un autre pêcheur tenta de le jeter par-dessus bord pour la même raison. Ironie du sort, ce pêcheur devint garde-pêche quelques années plus tard sous les ordres de mon père, et ce, jusqu’à sa retraite. J’entends encore mon père lors d’une conversation téléphonique avec son patron immédiat à Québec, traiter de criminels les imbéciles qui avaient passé une telle loi punitive. Avez-vous idée de ce que c’est que de jeter à la mer toute la pêche d’une journée pour un homme qui a une famille à nourrir qu’il leur disait? – et bien sûr vous ne faites pas la différence entre le début de la saison et la fin d’une saison, ajoutait-il! Quelques semaines plus tard, le fameux règlement fut aboli et remplacé par des amendes au prorata du nombre de petits homards saisis par les garde-pêche.

Une licence annuelle de pêcheur de homard se vendait approximativement 3.75 $ à cette époque et elle n’était pas toujours facile à vendre. Tous n’étaient pas convaincus non plus de la nécessité de protéger la ressource. Je me souviens de ces affiches très laides, de couleurs jaune, rouge et noir que mon père devait afficher un peu partout sur les quais de débarquement et sur lesquels on y lisait : mesurez bien votre homard et ne tuez pas la poule aux oeufs d’or, un slogan qui ferait bien rire aujourd’hui. Mon oncle Cyril,- Cyril à Daniel, avait fait une bonne année de pêche cette année-là, avec 7000 livres à la fin de la saison. Pêcheur à Grande-Entrée et habitant une cabane de pêcheurs pendant les deux mois de la pêche, il mouillait son botte dans la P’tite Baie en bas du Cap chez Mounette en fin de saison. Cette année-là, un pêcheur de Grande-Entrée avait atteint les 20 000 livres pour une première fois dans les anales de la pêche au homard autour des Îles de la Madeleine.

Les plus beaux jours de son métier de garde-pêche.

Ses plus beaux jours étaient toujours les jours de l’ouverture annuelle de la pêche au homard. Je le revois encore debout sur le pont de Havre-aux-Maisons, montre chrono d’une main et lance-fusée de l’autre, attendant patiemment que les aiguilles de sa montre indiquent 5 h « tapant ». C’était interdiction totale de passer sous le pont avant l’heure et bien sûr, certains ne tenaient pas en place. Alors fusait les menaces d’infractions et les plus nerveux du départ revenaient sur la ligne légale. « Ils ont la tête dure » répétait mon père, mais il n’y avait jamais de méchanceté dans sa voix, tout au plus un haussement d’épaules de désespérance. Puis, la fusée partait et la mer devenait subitement blanche sous le pont. Les cris de joie se mêlaient au bruit des diesels et au gazouillis des tourbillons provoqués par les hélices lancées en toute furie.

C’était habituellement un samedi matin et mon père revenait à la maison sans dire un mot. Toutefois, chaque printemps, le temps n’était pas bien long où entre deux œufs avalés et quelques toasts, il disait ceci à ma mère : Obéline, à matin j’aurais donné mes vieilles t’chulottes pour être avec eux. Y diront s’qui voudront, mais la pêche, cé l’plus beau métier du monde.»

À la retraite.

On ne peut oublier la mer quand on y a consacré sa vie. Son dernier bateau fut le Lucie Johanne, un bateau de pêche… bien sûr.

 Lucie-Johanne  À la barre

Bonne semaine à toutes et à tous.

GG

lundi 11 mai 2015

Quand les bateaux faisaient «Ti-ké-tak».

Par Georges Gaudet   georgesgaudet49@hotmail.com

Doux souvenirs d’enfance dans un havre de pêche.

* La mer, cette grande unificatrice, est le seul espoir de l’homme. Maintenant, plus que jamais, cette vieille maxime signifie littéralement : « nous sommes tous dans le même bateau. »… Jacques Yves Cousteau.

* Si vous n’êtes pas des Îles de la Madeleine et lisez ce texte, demandez à des Madelinots de vous traduire les mots et expressions que vous risquez de ne pas comprendre.

Fenêtre

Nous sommes à la fin des années 50. Je me souviens de cette chambre tapissée au papier journal et peinte par-dessus d’une jolie teinte bleu azur. Nous sommes au mois de mai et dehors il fait beau. Le soleil entre par la fenêtre et plombe directement sur la petite commode que ma mère a fabriquée avec une boîte vide d’oranges puis recouverte d’une jolie dentelle. Une légère brise du sud-ouest fait virevolter le tissu léger de l’unique rideau transparent recouvrant le haut du châssis. Bien emmitouflé sous la lourde courtepointe, je me laisse éveiller doucement au chant des oiseaux et surtout au « tik-et-tak » particulier des bateaux de pêche quittant le havre en ce début d’ouverture de la pêche au homard. Aussi loin que remontent mes souvenirs, aucune journée de toute ma vie ne m’est apparue aussi belle, aussi paisible, aussi douce que cette journée-là. Ouvrant lentement les yeux, je revois encore toutes ces photos de mes joueurs de hockey préférés, chèrement acquises à coup de cannes de sirop de maïs « Bee Hive » et piquées d’épingles tout autour de mon lit. C’était comme si Maurice Richard, Bernard Geoffrion, Jean Béliveau et quelques autres veillaient sur moi pendant mon sommeil.

Hâvre

Doux souvenirs d’une belle enfance.

Une fois sorti du lit, je vais à la fenêtre. Le Havre Aubert est tellement beau au printemps. Mon père est parti à la pêche avec son « gros botte ». Il ne pêche pas le homard, mais la morue. Son doris est à l’ancre en bas de chez Joseph à Pierre. Il nous l’a laissé à mon frère et à moi pour qu’on s’y amuse à bord, faisant fi bien sûr de sa propre sécurité en mer. Des reflets de diamants courent sur l’eau et au fond du havre, la BTU, la goélette à Hyppolite Arseneau tourne autour de son ancre alors que la cabane sur les « floats » semble flotter sur un léger nuage de brume, déjà entourée qu’elle est des « p’tits bottes » qui viennent y déposer le trop-plein de homard qui sera cuit plus tard à la « Maritime Packers ».

Botte à Omer Cyr

Botte (boat) à Omer Cyr. L’Obiou, « Botte » à Omer Cyr portant le nom du versant Italien du Mont Blanc, mont sur lequel l’avion rempli de pèlerins en provenance du Vatican s’est écrasé au début des années cinquante.

Le homard

Pour pêcher le homard, il faut de « la boëtte », c'est-à-dire du hareng. C’est pourquoi depuis plus d’un mois, mon frère et moi avions déjà pataugé dans la rave de hareng échouée à marée basse sur les rives de La Grave, ceci aux grands désarrois de ma mère. Qu’importe les glaçons encore échoués sur les platiers en ce doux printemps exceptionnel, pour nous, c’était le signe qu’il fallait retourner avec plaisir sur le bord de la côte et courir sur les quais, particulièrement sur celui de la « boucannerie ». Les fumoirs étaient déjà pleins, papa avait fait deux beaux voyages de hareng à Chéticamp puis à Caraquet et Omer à Paulette tendait ses cages pour la première fois de l’année. Il y avait plus d’une centaine de « p’tit bottes » ancrés dans le havre en cette année là et chaque matin, c’était une clameur bien particulière qui réveillait tous les cantons, de « La Grave » à « Par en haut » en passant par « Le P’tit ruisseau » et par « Le sable ». Je ne sais pourquoi, mais le « toc-o-toc » ou « ti-ké-tak » des « bottes à tchu pointu » démarrant pour la pêche, emplissait mon cœur d’une joie et d’une excitation bien particulières. De la fenêtre de ma chambre donnant directement sur le havre, j’observais avec une admiration sans bornes le spectacle de ces petits bateaux quittant l’entrée du havre alors que la fumée s’échappant des fumoirs mêlait son odeur à la vapeur à saveur de homard cuit sortant de la cheminée de la Maritime Packers. Cornélius finissait de réparer sa « bouchure » alors que Jos Bouchard passait la herse dans le champ d’à côté, tout en suivant pas à pas son gros «percheron» bien docile. La journée allait être longue et trop courte à la fois. Des journées bénies comme ça, il me semble qu’il y en avait plein du temps de mon enfance. La mémoire en a certes ajouté quelques-unes, mais après toute une vie, ce sont des souvenirs semblables qui permettent de dire que la vie vaut vraiment la peine d’être vécue.

B12 

Le LLOYD.M. 43 pieds de long. Charge maximale de morue : 7000 lbs, mais il est déjà rentré au port avec 8200 lbs en 1957, du temps où il y avait de la morue en quantité, mais hélas, pas de prix.

À bord du LLOYD-M, acheté en Nouvelle-Écosse, mon père partait pour la pêche « aux trawls » avec le « p’tit Welley » presque en même temps que les pêcheurs de homard. Ces derniers rentraient au port de « la Maritime » aux alentours de midi pour ensuite aller s’ancrer entre « la boucannerie » et le platier du quai à George Savage jusqu’aux petites heures du lendemain matin. Pour les pêcheurs de morue, il fallait attendre le soir pour voir les « bottes » à André à Nazaire, celui à Isaac à « Ludgère », le LULUBELL de mon oncle André et Aurèle à « Lia », le ROSS & KEN de mon oncle Marc et enfin le LLOYD.M. de mon père, rentrer au quai de la GORDON PEW afin d’y décharger leur contenu de morue.

Jeux d’enfants

Ma mère travaillait sur la « skinneuse » (machine à retirer la peau de la morue) à la GORDON PEW, pour le gros salaire de 50 ¢ de l’heure. Ces jours-là, tante Odette devait s’occuper de mon frère et moi. C’était l’occasion idéale de nous échapper de la maison et de faire la tournée du Havre au gré de nos découvertes. Pauvre tante Odette qui se faisait tant de mauvais sang pour notre sécurité. Mis à part le fait d’avoir caché une poule vivante dans la glacière du tambour, que de tours nous lui avons joués, uniquement pour lui faire perdre patience, chose qui devenait bien près de survenir, mais qui n’est jamais arrivée.

Georges et Donald (1957) 

Moi à gauche, mon frère Donald à droite (1957)

Notre bonheur se résumait à peu de choses, mais ô combien il comblait toutes nos attentes. Tôt l’avant-midi, je levais le grappin du doris, juste avant la marée basse et en compagnie de mon frère, nous ramions jusqu’au quai de la MARITIME pour y récolter les restes de fards de homard qui étaient rejetés à la mer par une dalle sortant de l’usine de transformation. Travail de bénédictine de la part de notre mère, toutes ces chairs de petites pattes et de fard aujourd’hui considérées comme le fin du fin étaient récupérées encore chaudes au sortir de l’usine. Puis, vite fatigués de cette routine, nous ramions à nouveau jusqu’à l’usine de la GORDON PEW. En cet endroit, la chute rejetait à la mer les squelettes de la morue avec la tête. Malgré notre jeune âge, nous ramassions ce véritable festin gaspillé. À grands coups de couteau, nous coupions les langues de morue, les « bajoues » et les « noves » (ligament recouvrant la colonne vertébrale du poisson). Jamais nos parents ne nous demandaient de faire ce travail et pour nous, ce n’était qu’un jeu de plus, tout en ayant la sensation que nous étions aussi bons pêcheurs que notre père. Revenant ancrer le doris en bas du p’tit ruisseau, c’est épuisés mais heureux que nous donnions à tante Odette un seau rempli de déchets de poisson qui aujourd’hui se vendent à prix fort sur les étales spécialisées de certaines poissonneries. Roulées dans la farine et les œufs, quoi de mieux que des « bajoues » et des « langues de morue » rôties dans la poêle?

Le soir arrivé, nos parents épuisés se préparaient à savourer le repos obligatoire du dimanche. Tigré, notre chat, venait se cacher sous les draps entre mon frère et moi alors que mon père faisait semblant de le chercher et ne point le trouver, tout juste avant de nous embrasser et nous border.

Aujourd’hui

Plus de cinquante années son passées depuis ce temps et vous savez quoi? – Si Dieu m’accorde le privilège de me souvenir de tout ceci le jour du grand départ, je ne pourrai que lui dire merci d’avoir vécu même en si peu de temps, un si grand bonheur. Je crois du plus profond de mon cœur que si tous les enfants de la terre pouvaient vivre, ne serait-ce qu’un court moment de leur vie, un tel bonheur, ce serait bien triste pour les vendeurs d’armes et de haine.

Bonne saison de pêche à tous et à toutes.

* Tous les croquis sont de l’auteur de ce texte.

lundi 4 mai 2015

Pas si fou que ça…ce Stéphane

 

Au hasard de la route.

C’est bien connu, des Madelinots il y en a partout. Des fois, on croirait que nous sommes aussi nombreux que la diaspora juive. Peut-être est-ce proche de la vérité puisque depuis la déportation acadienne, nous ne cessons de quitter les Îles pour aller ailleurs parce qu’il n’y a plus de place pour nous. En différentes époques, ce fut les Anglais, puis l’économie, puis la politique, puis les trop grandes familles, puis le morcèlement des terres, puis l’arrivée de nouveaux arrivants plus riches que nous, puis les étudiants qui ne reviennent pas, puis les maisons qui coûtent trop cher pour s’y établir, puis la pêche qui est en déclin, puis le manque de travail… etc., etc., etc.

Chez Stéphane Vigneau à «Votre poissonnerie du quartier.» 

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Lui, il demeurait aux Îles, même qu’il avait un superbe voilier. Un vrai de vrai, du solide pour la mer, du genre à traverser un océan. Et puis avec un esprit d’entrepreneuriat hors du commun, il a commencé par vendre des bouteilles d’eau de mer et pas n’importe quoi. De l’eau de mer de chez nous, analysée, quantifiée, inspectée, vérifiée, virées de toutes ses gouttes, de tous bords, de tous côtés… enfin, de la maudite bonne eau de mer, de quoi faire bouillir du homard et des coques en accordant une saveur délicieuse à tous ces fruits de mer. Avec son eau de mer, on ne cuisait pas seulement les fruits de la mer, on cuisait aussi tout l’environnement du poisson pour ainsi servir dans l’assiette, non pas un repas, mais une expérience sous-marine et géographique.

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Et puis, comme bien d’autres, les aléas de la vie ont fait qu’un jour, Stéphane a quitté les Îles. Le hasard de ma route a fait qu’un jour j’ai entendu parler d’un type qui avait une boutique au 1253 rue Beaubien-Est et que cette boutique s’appelait « Le fou des Îles ». J’y suis entré et croyez-moi. Celui qui s’affiche comme « Le fou des Îles » n’est pas si fou que ça. Il est certes fou de « ses » Îles de la Madeleine qu’il a quittées pour mieux y revenir un jour, mais en attendant, lui et un autre jeune madelinot tiennent boutique en plein coeur de Montréal et ce n’est pas un commerce comme tant d’autres. On y trouve de tout en poisson et fruits de mer, tant dans le frais que le préparé ou le surgelé. Les mets sont préparés avec soin, souvent à la mode des Îles et tout ça pour une clientèle ravie. Même l’ambiance maritime est toute là, entière, et pas à vendre, mais bien présente pour l’apprécier. Voilà ce que je partage avec vous cette semaine, le tout en quelques photos. Et puis, si vous êtes Madelinots ou Madeliniennes, perdus quelque part dans la grande ville ou si vous êtes de ceux qui ont soif de vent du large, d’embruns et de vagues turquoises, passez donc voir « Votre poissonnerie du quartier ». Je vous l’assure, vous ne serez pas déçus et puis je me permets de vous le dire : personne ne m’a demandé de faire de l’annonce et je n’ai jamais été sollicité pour écrire ce que je viens d’écrire.

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Bonne semaine à toutes et à tous.

lundi 27 avril 2015

Dit dans les journaux, nous pouvons maintenant oublier!!!

Par Georges Gaudet

georgesgaudet49@hotmail.com

Nous tournons tous en rond.

Midnight Express

*Ceux qui ont déjà vu le film « Midnight Express » se souviendront certainement de cette scène où tous les prisonniers tournent en cercle dans le même sens autour d’une muraille, alors que le personnage principal décide de tourner en sens contraire, foutant ainsi la pagaille dans la cour des prisonniers. Eh bien, j’ai comme l’impression qu’on en est rendus là en tant que peuple, nous les Québécois.

Des bains au noir à 20. $ dans des CHSLD

Je ne sais si cela se fait aux Îles, mais la nouvelle a eu l’effet d’une bombe au sein du monde politique sur la colline parlementaire à Québec. Les gens de la rue ont eu l’air surpris d’apprendre la nouvelle, moi pas! Ce qui m’a surpris cependant, c’est avec quelle rapidité on est passé sur le manque de moralité et d’éthique de cette pratique pour s’élancer tout de suite vers les enquêtes, promesses de correction de ce genre de pratique…etc. Comme disait l’autre, là où il y a l’homme, il y a de l’hommerie, mais cela n’excuse pas cette pratique pour autant. Qui dit CHSLD dit clientèle fragile, démunie et vulnérable. En un sens, elle se situe au même niveau que l’enfance, l’âge en plus. Alors, faut-il se surprendre que des gens sans scrupules profitent des besoins de cette clientèle pour empocher quelques dollars? – probablement, mais il y a pire que cela. Malheureusement, ce phénomène n’est que la pointe de l’iceberg. Cette pratique n’est que le reflet de l’échec d’un système et la profondeur du malaise qui ronge la société québécoise dans ses bases les plus profondes. L’Église n’étant plus la gardienne de la morale pour diverses raisons historiques et sociales, les enfants de Duplessis et les crimes sexuels dans les orphelinats et pensionnats en étant des exemples frappants; notre société vient de passer à une autre étape dans sa descente aux enfers. L’exemple vient de haut. Il n’est pas une semaine où un nouveau scandale n’éclate et ici, il ne s’agit pas de petites broutilles. Si le marchandage de services essentiels auprès de personnes âgées vulnérables en a scandalisé certains, que dire des accointances révélées au cours des dernières années de certains de nos politiciens? – que dire des révélations des diverses commissions d’enquêtes sur les allégations de corruptions commises à l’endroit des syndicats, des institutions politiques, des puissants ministères gouvernementaux? Que dire de la réaction du public? — Niet. Tout au plus, on trouve le courage d’accuser les journalistes de fouiller un peu trop dans toute cette merde, car personne ne souhaite ou ne veut entendre la vérité. Pourtant, cette réalité est bien là et à la vue de tout le monde.

C’est quoi le Québec?

C’est d’abord un territoire habité par 8 millions de personnes dont une majorité d’origine française, donc différent pour ne pas dire distinct des autres territoires Canadiens. Avec les années, ce peuple « distinct » s’est donné un pacte social ayant l’apparence d’une société plus juste et plus équitable pour la très grande majorité des citoyens. Hélas, en ayant voulu pousser plus loin sa liberté, il s’est heurté aux capitaux économiques et politiques des banques et de la classe dominante du pays dont il fait partie. Quand un peuple est trahi par ceux qui ont prétendu le protéger ou le faire grandir, quand un peuple se fait refuser la liberté d’affirmer son identité, quand un peuple majoritaire sur son territoire, mais terriblement minoritaire sur un continent se fait ramener à l’état de minorité dans les grands pouvoirs décisionnels, quand ce peuple majoritaire sur son territoire se fait traiter en minorité par presque toutes les minorités nouvellement arrivées chez lui, alors il devient moribond. Voilà ce qui arrive au Québec, voilà ce qui crée dans ses rangs, une minorité de morons prêts à tout pour s’emplir les poches avant que le bateau ne coule. Nous sommes devenus un peuple sans idéal, sans direction précise, sans projet de société à long terme. Nous sommes devenus un peuple d’administrés à la petite semaine, bourré de dettes personnelles et collectives, sans grandes ambitions et surtout obsédé par une question fondamentale : comment allons-nous nous en sortir? C’est ainsi que les scandales ne scandalisent plus et que le réflexe de se dire : « si j’étais à leur place, je ferais comme eux » devient la ligne de conduite d’une trop grande minorité, sinon une majorité.

Les résultats

Les résultats sont éloquents. Nos viaducs tombent parce qu’on a triché dans les recettes de ciment, nos routes ont l’air d’un champ de mines parce qu’on a triché dans l’épaisseur et la recette de l’asphalte, nos hôpitaux, nos écoles, nos universités, nos ponts, coûtent 20 % et 30 % plus cher qu’ailleurs parce qu’on a beurré épais sur les contrats alloués. Nos banques ont pignon sur rue dans tous les plus beaux paradis fiscaux de la terre, nos dirigeants syndicaux se sont fait photographier auprès des grands accusés de corruption et de collusion alors que notre premier ministre a déjà posé fièrement auprès de gens accusés de vol ou de fraude à l’échelle internationale. Dans le monde médical, notre lourdeur administrative, notre incapacité d’informatiser les dossiers de tous les patients de la province, même pour un prix trois fois supérieur à ce qui se pratique en d’autres provinces, fait de nous les champions de la dépense. Nous sommes un peuple champion de la désorganisation et extrêmement habile à multiplier les tâches inutiles pour se créer un salaire. Exemple : Au Québec, il y a 100 389 employés non soignants dans le réseau de la santé pour 8 millions d’habitants, alors qu’en Suède, pays hyper socialiste, il y a 36 460 employés non soignants pour 9,4 millions d’habitants. Ça, c’est trois fois moins et pourtant, c’est un modèle de bon fonctionnement là-bas, alors qu’ici….!

Le problème en est un de culture. Nous sommes devenus un peuple qui se dit : « Si nos dirigeants le font, pourquoi pas nous? » Le vieux slogan des radios des années 70 est plus vrai que jamais : « Tout l’monde le fait, fais-le donc » — tant et si bien que personne ne s’offusque de rien, tout le monde ou presque essaie de gagner le gros lot ou de tirer sa pitance en trichant. Les enquêteurs du BS, de l’assurance emploi tout comme ceux de l’impôt sont sur les dents et considèrent à priori que vous êtes coupable avant enquête parce qu’ils ne peuvent imaginer la chose autrement, d’autant plus qu’ils sont récompensés sur rendements fixés à l’avance. Nous sommes devenus une province et sous certains aspects un pays plus croche que deux vilebrequins soudés bout à bouts. Alors, pourquoi s’offusquer que des gens exigent 20. $ sous la table pour laver une personne placée dans un établissement public? Encore une fois, ceci étant dit ne rend pas la chose plus acceptable.

Tout le monde n’est pas d’même

Bien sûr, tout le monde n’est pas comme ça et heureusement d’ailleurs. Il faut voir le personnel des CHSLD dans leur quotidien pour se rendre compte du travail que ces gens accomplissent. Il faut voir le travail de ces bénévoles auprès de diverses associations vouées à contrer les pires maladies qu’on ne souhaite à personne. Il faut voir ces enseignants soudés à leur travail de préparation des jeunes pour un avenir qu’ils souhaitent meilleur que celui qu’on connaît actuellement. Il faut voir ces grands-parents passionnés qui tentent par tous les moyens de transmettre à leurs petits-enfants un minimum de sens des valeurs. Il faut voir tous ces passionnés de la politique qui ont encore le courage d’y croire malgré tout ce que les moyens modernes de communications nous révèlent aujourd’hui sur ce monde autrefois dominé par une élite formée depuis l’enfance. Il faut voir ces journalistes, qui au risque de leur vie, travaillent constamment à témoigner de ce monde pas toujours droit, afin qu’un éveil se fasse quelque part et qu’enfin, un début de paix et de justice règne sur cette planète. Il faut voir tous ces chercheurs scientifiques, qui jour après jour, travaillent et rêvent de la découverte qui va guérir une partie de l’humanité d’un cancer ou d’une maladie rare. Heureusement, il y a ceux et celles-là. Voilà qui permet de garder espoir. Les grandes révolutions ont débuté dans le cœur et la passion d’un seul homme, d’une seule femme, pour faire boule de neige et contribuer à changer un monde qui s’en allait en déroute. Comme le disait un sage : « La paix, tout comme la justice ne sont jamais acquises. Elles se construisent chaque jour.»

Pour les Québécois, il est peut-être grand temps de cesser de tourner toujours dans le même sens, un peu comme ces prisonniers dans le film Midnight Express. Il nous faut trouver celui ou celle qui aura la force et le courage… de tourner dans l’autre sens.

Bonne semaine à toutes et à tous

GG

lundi 20 avril 2015

Permettez que l’on vous parle de nous.

Un peu de promotion personnelle

* Quatre titres font maintenant partie de notre historique de collaborations ou de réalisations.

Page couverture 1 Page couverture 2 Page couverture 3                             Page couverture 4Illustration FD 

Illustrations: Georges Gaudet

Une invitation à toutes et à tous.

Le 3 mai prochain, de 14 h à 16 h, à la Maison amérindienne de Mont-Saint-Hilaire, au 510 Montée des Trente, nous participerons au lancement d’un premier livre témoignage rédigé par une grand-maman s’adressant à ses petits-enfants. Humble et d’une belle écriture, l’auteure Francine Dorval raconte comment elle a vécu l’épreuve d’un cancer et surtout comment elle a présenté cette épreuve auprès de ses petits-enfants. Ce quatrième travail publié sous le nom de notre maison d’édition sera suivi par d’autres projets en cours d’ici les 12 prochains mois à venir, enfin nous l’espérons.

Le 8 juillet 2013, ma compagne (Dominique Damien) et moi lancions notre premier livre écrit en commun « Un cadavre dans le chalut – 600 exemplaires vendus à ce jour. » Du même coup, nous lancions aussi notre petite maison d’édition dûment enregistrée sous le nom de « Les Éditions Azélie ».

Logo des Éditions Azélie 

Conception du logo: Georges Gaudet

Le marché du livre, la difficulté de se faire connaître par les grandes maisons d’édition, les difficultés de contact avec les imprimeurs et librairies sur le continent, les réseaux de distributions aux prix exorbitants et le choix des écrivains presque directement proportionnels à la visibilité déjà faite sur les grands réseaux de télévision L ( Exemple : Passer à Denis Lévesque ou à Tout l’monde en parle,) rendaient la possibilité d’écrire un bouquin par passion de l’écriture, un rêve presque irréalisable.

Voilà qui explique pourquoi nous avons choisi de créer notre propre maison d’édition. Agissant ainsi, nos objectifs étaient nombreux.

1. Apprendre les rouages de l’édition, incluant lecture, multiples révisions et corrections, formats et mise en page, conception d’illustrations, conception de la page couverture, de l’épine et du 4e de couverture, demande de catalogage, attribution d’un numéro ISBN, négociations avec un imprimeur, organisation d’un lancement, envoi d’exemplaires aux deux bibliothèques provinciale et nationale puis distribution selon nos propres objectifs.

2. Ayant réalisé tout cela, nous avons vite appris que nous n’étions pas les seuls écrivains chez qui dormaient de très beaux textes, qu’ils soient pour un public restreint ou pour grand public. C’est ainsi que nous avons décidé en tant qu’auteurs et propriétaires de notre maison d’édition, de partager notre expérience et notre expertise avec d’autres écrivains souhaitant être publiés, soit en distribution restreinte ou se voulant libres d’être responsables de leur distribution. Pour un montant très honnête, nous cheminons avec des écrivains de notre choix qui souhaitent un jour voir « leur bébé » présenté en bonne et due forme à leur public souhaité.

3. Pas question de nous arrêter là. Le livre numérique devenant de plus en plus d’actualité, il est de notre intention au cours de la prochaine année, de rééditer certains bouquins oubliés et d’en publier au moins un nouveau sous nos plumes respectives, soit en version papier ou en version numérique, le tout directement sur internet.

Ce blogue www.georgesgaudet.blogspot.com de même que celui de Dominique www.sousuneloupe.blogspot.ca demeurent pour nous nos principaux outils de communications pour l’instant, mais nous souhaitons ardemment améliorer notre réseau internet d’ici les 12 prochains mois. D’ici là, il nous reste à remercier chaleureusement toutes les lectrices et lecteurs, toutes les écrivaines et écrivains qui ont fait appel à nous pour les aider à cheminer dans la réalisation de leur projet personnel.

Encore une fois et toujours : « Merci de nous lire. » Nous

* Le choix du nom « AZÉLIE » pour nommer notre maison d’édition ne fut pas le fruit du hasard. Il relève d’une histoire bien particulière qui vaut la peine d’être racontée dans un prochain article à venir sur ce blogue. Je vous invite aussi à parcourir le blogue de ma compagne Dominique Damien au www.sousuneloupe.blogspot.ca Vous y découvrirez sans doute une lecture bien agréable et différente de celle-ci.

À la semaine prochaine.

GG

mardi 14 avril 2015

Usurpation d’identité sur les «carrés rouges» de 2012

 

Par Georges Gaudet

georgesgaudet49@hotmail.com

Les fidèles de ce blogue verront bien dans la colonne de droite intitulée « Mon credo » que je fus un sympathisant des carrés rouges de 2012. Les étudiants et plus tard une grande partie de la population descendirent dans la rue pour une cause majeure : la gratuité scolaire et la non-augmentation des frais de scolarité. Je demeure persuadé que le gouvernement de l’époque à agi avec brutalité, bafouant toute liberté d’expression populaire et votant à la va-vite quelques lois qui avaient plutôt pour but de casser les étudiants et surtout masquer ce qui se passait en sourdine, c'est-à-dire ce que la fameuse commission Charbonneau nous a en partie révélé.

Identité

La donne n’est plus la même aujourd’hui. Oui, le peuple est écoeuré, mais il a élu ce gouvernement et ce n’est pas à quelques étudiants en mal de tout casser de se servir de leur lieu d’étude pour faire valoir leur frustration. Il y a sous ce mouvement quelque chose de plus sournois et de plus pernicieux. La violence n’a jamais rien donné ni rien résolu. Toutefois, je suis convaincu que la violence d’aujourd’hui n’est que le résultat malheureux de la conduite déplorable du gouvernement de 2012 et du mépris de celui de 2014. Cependant, c’est aux électeurs de faire valoir leur déception et non pas quelques casseurs masqués qui sont bien heureux de tout détruire dans une université. Pire encore, ils détruisent très bien la réputation nationale de leur lieu d’apprentissage. De quoi se demander qui ils sont et pour qui ils travaillent.

…Extrait d’une chronique à paraître dans un journal local.

À propos des grèves étudiantes

Depuis quelques semaines, un noyau d’étudiants de l’UQAM et du Cegep du Vieux-Montréal fait la une des médias. Saccage des locaux, invasion des classes par des personnages masqués, non-respect de la démocratie estudiantine, enfin, c’est le bordel. Ce n’est pas d’hier que certaines grandes révolutions ont commencé dans le milieu universitaire. Certains de ces conflits furent bénéfiques, d’autres furent des catastrophes. Les exemples ne manquent pas. Il suffit de se rappeler la révolte des étudiants Chinois à Place Tian’anmen en 1989, la révolte des universitaires à Téhéran en 2009, le printemps arabe en Tunisie en 2010 et bien d’autres. Pour la plupart, ces mouvements de masse ayant eu pour origine les universités de ces villes ou pays finirent par se généraliser au sein de l’ensemble de la population. Tous ces mouvements furent le résultat d’une écoeurite aigüe d’une majorité de citoyens envers leurs dirigeants. Malheureusement, ces dirigeants étant détenteurs de moyens puissants de répression, ces mouvements ont fini par mourir de leur belle mort, écrasés par la puissance des armes à la disposition de leurs despotes.

Revenons au Québec

En sommes-nous rendus là au Québec? – la réponse est non, du moins pour l’instant. Les étudiants qui pour la plupart souhaitent défendre une juste cause sont manipulés par deux puissantes instances qui travaillent en sourdine. D'une part, les grands syndicats savent très bien mousser l’esprit de révolte chez certains jeunes passionnés et d’autre part, l’establishment politico/économique de nos gouvernements sait lui aussi très bien exploiter la fibre dominante chez les autres étudiants plus pacifiques. Vouloir réussir une carrière après les études est plus que légitime pour un étudiant. C’est là le but d’une formation adéquate. Être aveugle à tout se qui se passe de tordu dans notre société et de là aller jusqu’à en approuver l’existence pour y trouver sa place au soleil est tout autre chose. Présentement, il semble y avoir un véritable foutoir dans les motifs de la révolte actuelle. Est-ce là le but des tireurs de ficelles qui agissent dans les deux camps? – la question mérite d’être posée et la réponse difficile. Dans ce cas, il risque de n’avoir qu’une catégorie de perdants et ce sera les étudiants. Le risque sera alors grand d’avoir contribué à fabriquer de toutes pièces de futurs soldats professionnels de la révolte avec toutes les conséquences désastreuses qui en découlent. L’exemple des jeunes d’origine québécoise ou canadienne qui s’engagent passionnément dans la cause de l’État islamique n’est que le reflet d’une telle situation. Bien sûr, il y en aura toujours pour dire qu’il ne s’agit que d’une petite minorité de frustrés, mais les chiffres commencent à faire mentir cette affirmation. Quand l’idéal meurt alors qu’on a à peine 20 ans, quand le rêve meurt alors que le diplôme en poche ne vaut plus rien, quand les meilleurs postes sont réservés à une élite indépendante de la compétence, mais héritière d’une bonne famille, alors tout devient possible pour le jeune déçu. La recherche d’un nouvel idéal devient impérative et le choix qui se présente n’est malheureusement pas toujours le bon.

Printemps érable 2012

En 2012, j’ai porté le carré rouge avec fierté et je n’en ai aucun regret. Deux raisons animaient ce choix. 1.— La conviction que l’accès gratuit à des études supérieures pour des jeunes qui en ont la capacité intellectuelle et la volonté d’y arriver pouvait être une garantie d’enrichissement de la société. 2.— Un profond désaccord envers le gouvernement Charest qui plutôt que d’établir un dialogue avec les étudiants, a choisi la répression sauvage par le biais de lois anti-manifestations qui ont jeté de l’huile sur le feu, fait voler en éclat un minimum de liberté démocratique et fait passer les contestataires pour une bande d’enfants gâtés. C’était la tactique du père qui frappe sur ses enfants, sur leur avenir et qui tout en frappant, leur interdit de pleurer. Les résultats ne se firent pas attendre. Les rues de Montréal et Québec se remplirent de marcheurs de toutes catégories, de tous les milieux, hommes femmes, enfants, étudiants, travailleurs et malheureusement, quelques casseurs bien placés dans la foule. Ces casseurs venaient d’où?- mystère et boule de gomme, mais j’avancerais l’hypothèse qu’ils étaient commandités de parts et d’autres par les deux camps opposés, soit le patronat et les syndicats. Rien comme un bon chiard pour foutre le feu à la cabane et accuser tout le monde pour ensuite prendre toute la place au nom de l’ordre et d’une démocratie fort malmenée.

Aujourd’hui

Porterais-je le carré rouge aujourd’hui? – la réponse est non tout court. Cette fois-ci, les raisons de la révolte ne sont pas claires et quand vous voyez des étudiants manifester en cassant tout sur leur passage tout en ne sachant pas pourquoi ils manifestent, là je débarque. En second lieu, les votes à main levée me font horreur dans une société qui se dit démocratique. Pour avoir déjà été étudiant et mêlé à ce genre de conflit il y a bien longtemps de cela, j’en connais les tactiques. Identification des pour et des contre pour mieux cibler une certaine imposition des visions d’un exécutif, quitte à créer de l’intimidation ou dans un moindre cas, un rejet ou une fatigue de l’assistance. En agissant ainsi, les conseils étudiants se tirent dans le pied alors qu’un vote bien mené et définitif donnerait toute la légitimité de leurs choix, quels qu’ils soient. Ceci étant dit, il est clair que deux visons s’opposent. D’une part, celle restreinte au milieu scolaire, à l’acquisition de connaissances et la réussite académique. D’autre part, une conscientisation beaucoup plus globale de ce qui se passe dans notre société et une réaction face à ce que le futur promet si les choses continuent dans le sens où elles se dirigent aujourd’hui. Avant de descendre dans la rue, il faudrait peut-être quand même songer à démêler cet enchevêtrement de sujets et d’objectifs.

Depuis 2012

Depuis 2012, le Québec a connu deux nouveaux gouvernements, une tentative d’assassinat politique qu’on tente par tous les moyens de faire passer pour un fait banal et une période d’austérité imposée de toutes pièces sans jamais avoir été annoncée. Même que le mot « austérité » qui selon le Petit Larousse veut dire : « mortification physique et morale » ne trouve pas sa véritable définition auprès de l’ensemble du peuple, sinon que ce dernier dit constamment par le biais des médias… qu’il souffre. Et comme si ce n’était pas assez, on lui annonce qu’il n’a pas fini de souffrir et que c’est loin d’être terminé. Ajoutons à cela une pénible commission d’enquête publique qui a révélé le vol de milliards de dollars à l’ensemble de la société québécoise sans que les vrais responsables soient au moins punis autant que le petit revendeur de pot sur un coin de rue, et vous avez de quoi faire sauter le clapet d’une population bien tranquille. Quant à cette éventualité, il est peu probable qu’elle arrive à moins d’évènements majeurs qui ne font pas partie de l’échiquier politique d’aujourd’hui. Il ne faut pas oublier que le peuple a élu un gouvernement minoritaire avec les bras liés pendant 18 mois pour ensuite, réélire un gouvernement majoritaire ayant eu comme motus Vivendi la peur d’un référendum et non l’imposition d’une période d’austérité étalée sur quatre années, peut-être plus. Qu’on soit d’accord ou non avec ce gouvernement, il faut reconnaître que c’est la majorité de la population qui l’a élu et s’il est une chose qui m’horripile quand j’entends des gens se lamenter de notre situation politique et économique, l’envie me démange de leur demander pour qui ils ont voté?

Des craintes

Chaque printemps, je voyage un peu dans certaines parties du Québec. D’année en année, j’observe des changements au sein de la population. Il ne suffit que de conduire sur une distance de 1500 km ou de s’assoir dans un restaurant populaire pendant un peu plus d’une heure pour constater à quel point l’humeur d’un peuple change. Autrefois passablement poli et tranquille sauf en de rares exceptions, l’empressement, l’impolitesse, le manque de savoir-vivre, le langage vulgaire, l’irrespect des moindres règles routières et les gestes peu recommandables envers ses semblables sont devenus monnaie courante. Chacun est dans sa bulle et la protège de je ne sais quoi, mais tout ça n’augure rien de bon pour l’avenir. Ce qui était l’exception autrefois est maintenant devenu la règle et il faut rouler sur les routes du Québec en certaines occasions pour se rendre compte à quel point notre peuple est devenu plus que stressé. Il semble s’en aller directement vers la folie et cela m’attriste autant que la peur d’avoir raison dans l’ensemble de ces observations.

Malgré tout, il y a parfois des miracles de bonté et de compassion, même s’ils sont de plus en plus rares. C’est probablement ce qui les rend d’autant plus beaux, riches et pleins d’espoir.

Bonne semaine à toutes et à tous. GG

lundi 6 avril 2015

Les déchets des uns, les trésors des autres.

Par Georges Gaudet

georgesgaudet49@hotmail.com

Assailli par la culpabilité dans une grande ville

(*faits vécus)

 

SDF bien nantis 

Des SDF bien nantis, …mais pour ce qui est des humains ???

Montréal est une grande et belle ville. Comme toutes ces agglomérations où les gens sont entassés les uns sur les autres, les plus riches dans les hauteurs et les plus pauvres dans les bas-fonds, cette ville est capable du meilleur comme du pire. En résumé, cette grande bourgade a toujours eu le don de me foutre un grand malaise en peu de temps, voire même en une seule demi-journée.

Me voilà donc en train de bouffer sur l’heure du midi, bien calé devant un met chinois, en plein cœur de la citée souterraine de la ville fondée par le Sieur de Maisonneuve et Jeanne Mance vers l’an 1642. Du moins, c’est ce qu’on nous en a appris tout en oubliant que les Iroquois et les Hurons se disputaient ce territoire bien avant l’arrivée des « faces blêmes » venant d’Europe. Bon! Revenons à aujourd’hui. La place est pleine de monde et à observer les habits de chacun, il y en a pour toutes les classes de la société. Personnellement, je me suis habillé « chic », car en plus de la journée qui sera passée au lèche-vitrine, la soirée sera consacrée à une pièce de théâtre à laquelle je souhaitais assister depuis quelque temps. Malgré mes revenus habituels qui se situent au ras de la moyenne inférieure, je suis de ces chanceux que les grands malheurs ont passablement épargné jusqu’à ce jour. Alors, il m’arrive parfois de jouer le jeu des apparences et de me payer une apparente aisance, ce qui me permet encore plus d’observer l’univers humain qui m’entoure.

essai 

Il m’arrive parfois de jouer l’inverse aussi. Cela permet de s’imprégner de la réalité des autres.

Je suis donc là, devant mon plateau de carton et un type à l’apparence d’un nettoyeur de cabarets se promène entre les meubles en tenant un sac de plastique qui me semble rempli de déchets de table. À ma grande surprise, il sollicite un jeune couple assis non loin de moi pour que ces derniers veuillent bien vider le contenu de leurs restes dans le sac qu’il leur tend. Comme ils s’exécutent, ils sont gratifiés d’un grand merci, d’un Dieu vous le rendra et je réalise tout à coup que les déchets de table que ce type ramasse, c’est sa nourriture à lui. Malheureusement, mon assiette est déjà vide, même que j’en aurais léché le fond n’eût été du monde autour. Je fouille dans mes poches et je n’ai que quelques gros billets, enfin, des gros billets selon ma propre échelle, c'est-à-dire quelques 20. $ et j’ai honte. Je suis partagé entre l’envie de courir après ce type afin de lui donner un vingt et cette petite voix intérieure qui me dit « reste assis » et ne bouge plus. Des images flottent en ma tête. La parabole biblique de l’homme riche et ses chiens qui mangent les miettes sous sa table alors que le pauvre qui le sollicite n’a rien. Je crois que St-Mathieu connaissait bien la nature humaine. Quelque temps plus tard, un type acquiert un plat bien fourni et il paye sur-le-champ. Légèrement barbu, chemise de bûcheron, il est du type prof d’université ou contestataire professionnel de l’humanité. Il claque alors des doigts et comme par magie, mon bonhomme au sac de plastique surgit de derrière une colonne et s’avance vers lui. C’est là que je viens prêt de tomber en bas de ma chaise. Il donne tout son repas au pauvre type qui en pleure de joie, de courbettes et de remerciements, puis il s’en va comme il est venu. Alors, là j’ai vraiment honte de moi et puis le pauvre type, il s’assoit derrière une colonne et commence à déguster ce repas tout frais. J’en ai les larmes aux yeux et je me trouve lâche. Je n’étais pas encore habitué à ce genre de détresse. Un agent de sécurité surveille du coin de l’œil ce pauvre homme, mais il ne semble pas souhaiter intervenir. Tant mieux pour lui et peut-être aussi pour moi, car j’étais prêt à lui sauter dessus s’il intervenait.

En soirée

SDF

Avec ma compagne, rue Ste-Catherine, non loin de La presse internationale, nous voyons un policier sortir d’un restaurant avec une assiette remplie de saucissons et autres victuailles, puis il s’engouffre dans la voiture demeurant stationnée au coin de la rue. Marchant le long de l’hôtel des gouverneurs, même bien habillés, nous grelotons de froid. C’est alors que nous remarquons un homme couché sur le trottoir. En réalité, à première vue cela semble un amas de vieux linge abandonné sur le ciment froid par un petit -15 °C. Réalisant qu’il y a un être humain sous cet amas de vieux linge, nous ne savons que faire. Je n’ai pas de cellulaire et qui pourrait-on appeler? Dans quel état est cette personne? Les gens tout autour l’enjambent presque ou le contournent. La voiture de police tourne à quelques pieds du malheureux et entre dans le garage chauffé de l’hôtel. Il s’agit du même policier et je remarque que son plat de saucisses est toujours sur le siège avant, à droite. Je fais un effort pour ne pas juger ce policier, car je ne sais pas s’il a vu la scène et comme tout le monde passant, je ne suis pas mieux. Nous ne savons que faire, mais il me vient à l’idée que s’il s’était agi d’un chien blessé au même endroit, quantité de personnes se seraient intéressées au sort de l’animal. On aurait probablement appelé la SPCA ou quoi encore. Le chien aurait peut-être fait la une d’un journal, tout comme ces animalistes qui pleurent sur le supposé mauvais sort des loups-marins dans le golfe, mais là, un homme ou une femme, couchée sur le trottoir par -15 °C, il n’y avait rien à faire. Était-ce une personne violente, agressive, dangereuse? Est-elle morte gelée sur le trottoir en cette même nuit? Nous ne le saurons jamais, mais à ce stade de la survie, il s’agit toujours d’une personne malade, dans tous les sens du mot. Ne sachant que faire, la mort dans l’âme, rageant contre une société ne comptant que sur le bon cœur de bénévoles et pas capable de se payer une escouade spécialisée pour remédier à une pareille détresse, j’ai moi aussi contourné cet être humain et puis je suis allé assister à la pièce de théâtre réservée depuis longtemps. Torturé par ma conscience et bouleversé par un tel étalement de misère humaine, j’ai quand même réussi à rire de bon cœur et à oublier ces évènements pendant la plus grande partie de la pièce de théâtre.

Au sortir du St-Denis, un type à l’allure peu reluisante tendait envers les bienheureux spectateurs éblouis par la performance théâtrale, un vieux verre en carton avec quelques sous dedans. N’y tenant plus, j’ai fouillé dans mes poches et sans regarder la valeur du billet, je l’ai mis dans le gobelet du pauvre type. Oui je sais, je l’ai fait pour soulager ma conscience, mais je l’ai fait aussi pour contribuer un peu à la réparation d’une injustice flagrante, celle qui permet à une société de tolérer que des banques empochent des millions détournés vers des paradis fiscaux avec bannières au soleil. J’aurai toujours de la misère avec une société qui se paie les meilleurs avocats, les meilleurs médecins, les meilleurs spécialistes, pour « dorloter » sa minorité richissime tout en accusant celui qui du fin fond de sa misère, doit bien être l’artisan de son propre malheur. Certains me diront que ces gens font volontairement pitié pour attirer une fausse sympathie et qu’ils gagnent souvent plus que les donneurs eux-mêmes. Certains autres me diront que c’est le choix personnel de ces personnes et que des maisons de charité existent pour eux un peu partout dans la ville. D’autres diront que c’est ainsi et que dans le monde, il faut des gagnants et des perdants. « Bullshit »!

Les pires des criminels, assassins d’enfants ou coupeurs en rondelles de leur prochain, auront quand même leurs trois repas par jour en prison. Ils seront vêtus et placés dans un endroit chaud, protégés qu’ils seront par une convention internationale. On nous dira qu’il en va de la dignité humaine et j’adhère à ce principe. Alors, pourquoi celui qui au plus profond de sa malchance, de son manque de jugement, de ses démons ou de ses erreurs et qui se voit condamné à la rue, n’a même pas droit à un abri, la chaleur, le vêtement et la nourriture? Qu’en pensez-vous, monsieur le maire Coderre? Qu’en pensez-vous, monsieur Couillard? Qu’en pensez-vous, monsieur Harper? Vous me direz peut-être que je ne suis qu’un petit madelinot qui ne supporte pas ce que les Montréalais sont habitués de voir et ne voient plus, puis vous auriez raison. Justement! – j’espère ne jamais devenir aveugle à ce point. Nous chassons le loup-marin chez nous, mais jamais nous ne laisserions un humain couché le long de la rue, sur un trottoir ou près d’un édifice chauffé, sans lui porter secours. Cela ne se fait tout simplement pas, même pour un chien ou un chat. Votre ville est belle, monsieur Coderre, mais elle serait tellement plus belle si vos malheureux n’étaient ni exposés ni cachés, mais bien, aidés. Qu’en pensez-vous, monsieur le maire?

Malgré tout, bonne semaine à vous toutes et tous, lecteurs fidèles.

GG

lundi 30 mars 2015

Un pays en déroute

Par Georges Gaudet

georgesgaudet49@hotmail.com

« Diviser pour régner »

*La recette n’est pas jeune, même qu’elle existe probablement depuis les débuts de l’humanité et pourtant, elle demeure toujours tout aussi efficace. Alors, quand j’ai vu ce policier tirer à bout portant une grenade fumigène en pleine face d’une jeune fille sur un piquet de grève, je me suis dit que les choses n’avaient vraiment pas changé.

Tir Grenade

Si la scène s’était passée quelque part en Afrique ou en Arabie, nous aurions tous condamné ce geste, mais  comme cela s’est passé au Québec, nous entonnons tous en coeur: «elle n’avait qu’à ne pas être là»….sans aucun doute que le policier se sentait menacé.

Au début des années 60, la totalité de notre jeunesse voulait changer le monde. Finie la guerre au Vietnam, abolition des armes atomiques, la promesse d’un monde meilleur. Tiens, nous voulions même un nouveau pays qu’on aurait appelé le Québec. Aujourd’hui, le système a réussi à diviser les jeunes. Il y a ceux qui veulent être formés pour que le système les récompense et il y a ceux qui n’y voient rien de bon. Alors, comme tous les jeunes de toutes les générations, ils ne savent pas comment s’y prendre. Ils ruent dans les brancards, ils chahutent et ils se font ramasser. C’est David contre Goliath.

Condamné par une maladie qu’il appelait « le couloir de la mort », j’ai accompagné mon frère pendant les 6 derniers mois de sa vie. Un jour, il m’a dit : « Tu sais ce qui fait le plus mal quand on arrive à la fin? – c’est ce sentiment de réaliser qu’on nous a menti. On nous a menti sur toute la ligne, on a menti à nos parents, on a menti à nos grands-parents, on a menti à tout le monde. Il y a là un monstre, sans visage et sans forme qui est en train de détruire tout ce qui vit sur cette terre. » Bien sûr j’ai argumenté, mais ce fut peine perdue. Et puis un soir, à la suite de la mésaventure de cette jeune étudiante et alors que je pensais à mon frère, je suis tombé sur le documentaire suivant. J’ai transcrit le texte en français. Il est d’un jeune qui s’appelle Spencer Cathcart

Le mensonge que nous vivons

En ce moment, vous pouvez être n’importe où sur cette terre, en train de faire n’importe quoi. Au lieu d’être seul, assis devant un écran d’ordinateur, qu’est-ce qui vous empêche de faire ce que vous voulez vraiment, être où vous le voulez?

Tous les jours nous nous réveillons dans la même pièce et suivons les mêmes routines, pour vivre le même jour qu’hier. Pourtant, il fut un temps ou chaque journée était une nouvelle aventure. Quelque chose a changé. Avant, nos journées se vivaient plus librement, aujourd’hui, elles sont planifiées. Est-ce cela grandir, vieillir, être libres? – mais sommes-nous réellement libres? La nourriture, l’eau, la terre, tous ces éléments essentiels à notre survie sont la propriété de grandes entreprises. Il n’y a plus de nourriture pour nous dans les arbres, pas d’eau potable dans les sources, pas de terres pour construire nos maisons. Si vous essayez de prendre ce que la Terre vous donne, vous serez arrêté. Donc, nous obéissons aux règles. Nous découvrons le monde par le biais de livres. Pendant des années, nous avons été assis à avaler ce qu’on nous disait. Testés et gradués comme des sujets de laboratoires, élevés, non pas pour faire une différence dans le monde, mais élevés pour ne pas être différents. Assez éduqués pour bien faire notre travail, mais jamais pour savoir pourquoi nous le faisons. Ainsi, nous travaillons et travaillons, en n’ayant pas le temps de vivre la vie pour laquelle nous travaillons et ceci jusqu’au jour où nous sommes trop vieux pour faire notre travail. Et à ce moment, il ne reste plus qu’à mourir.

Nos enfants prennent alors notre place dans le jeu. Pour nous, nous sommes uniques, mais ensemble, nous ne sommes rien d’autre qu’un carburant. Le carburant qui donne le pouvoir à une élite. L’Élite qui se cache derrière les logos des entreprises. C’est leur monde. Et leur ressource la plus importante n’est pas dans le sol. Cette ressource, c’est nous. Nous construisons leurs villes, nous faisons fonctionner leurs machines, nous nous battons dans leurs guerres. Après tout, l’argent n’est pas ce qui les motive. Ce qui les motive, c’est le pouvoir. L’argent est simplement l’outil qu’ils utilisent pour nous contrôler. Un morceau de papier sur lequel on dépend pour se nourrir, se déplacer et se divertir. Ils nous donnent de l’argent et en retour nous leur donnons le monde. Où il y avait des arbres qui purifiaient l’air, il y a maintenant des usines qui l’empoisonnent. Où il y avait de l’eau à boire, il y a maintenant des déchets toxiques puants. Où il y avait des animaux libres de leur mouvement, il y a des usines agricoles où on les fait naître et mourir sans fin pour notre satisfaction. Plus d’un milliard d’humains sont affamés tandis que nous pourrions avoir suffisamment de nourriture pour tout le monde. Où est-ce que tout ça s’en va? — 70 % des céréales que nous produisons est utilisé pour engraisser les animaux que nous mangeons. Pourquoi aider les affamés? Les teneurs du pouvoir ne peuvent profiter d’eux. Ils leur sont inutiles. L’être humain est devenu comme une épidémie qui s’est répandue sur toute la terre, détruisant l’environnement qui lui permet de vivre. Nous voyons tout comme quelque chose à vendre, un objet à posséder. Mais qu’arrivera-t-il quand nous aurons pollué la dernière rivière, empoisonné la dernière bouffée d’air? – quand il n’y aura plus de pétrole pour le camion qui nous livre notre nourriture? – quand nous aurons réalisé que l’argent ne peut se manger et qu’il n’a plus de valeur? Nous ne détruisons pas la planète, nous détruisons toute la vie qu’il y a dessus. Tous les ans, des milliers d’espèces vivantes s’éteignent et le temps nous entraîne vers notre propre extinction. Si vous vivez en Amérique, il y a 41 % de chance que vous aurez un cancer. Les maladies cardiaques tuent un américain sur trois. Nous nous gavons de médicaments pour traiter ces problèmes, mais ces mêmes soins médicaux représentent la 3e cause de mort derrière le cancer et les maladies cardiaques. Nous nous faisons dire que tous les problèmes peuvent être résolus en donnant de l’argent aux scientifiques pour qu’ils découvrent de nouveaux médicaments. Mais les compagnies pharmaceutiques et les sociétés contre le cancer dépendent de notre souffrance pour faire du profit. Nous pensons que nous courrons pour aider la recherche à trouver un remède, mais en fait, nous fuyons la cause. Notre corps est le produit de ce que nous consommons et de la nourriture que nous mangeons, elle-même uniquement produite dans le but de générer des profits. Nous nous gavons de produits chimiques toxiques, la viande est infestée d’antibiotiques et de maladies, mais nous ne le voyons pas. Le petit groupe d’entreprises qui possèdent les grands médias ne le veut pas. Il nous submerge de fiction qu’on nous présente comme la réalité.

C’est drôle de penser qu’un jour, les humains ont cru que la Terre était le centre de l’univers. Mais encore aujourd’hui, nous nous considérons comme le centre de la Planète. Nous regardons notre technologie et disons que nous sommes les plus intelligents. Mais est-ce que construire des ordinateurs, des voitures et des usines illustre bien notre intelligence? – où est-ce que cela nous montre à quel point nous sommes devenus paresseux. Nous portons le masque de gens civilisés, mais quand nous l’enlevons, que sommes-nous? Nous oublions rapidement que c’est seulement au cours des cent dernières années que les femmes ont le droit de vote et que les noirs sont des êtres à part entière. Nous agissons comme si nous étions des êtres qui savent tout, mais il y a bien plus d’échecs et d’inconnus que le contraire. Nous marchons dans la rue en ignorant les petites choses. Les yeux qui fixent, les histoires partagées. Nous considérons tout comme faisant partie du décor. Peut-être nous craignons de ne pas être seuls, de faire partie d’un bien plus grand tableau. Hélas, nous échouons à créer des liens. Nous sommes d’accord pour tuer des cochons, des vaches, des poules et même des étrangers en pays étrangés, mais pas nos voisins, notre chien, notre chat, ceux que nous avons appris à aimer et comprendre. Nous considérons stupides les autres créatures, pourtant nous les prenons aussi en exemple pour justifier nos propres actions. Mais est-ce que tuer seulement parce que nous le pouvons, parce que nous l’avons toujours fait, rend cela bien? Ou est-ce que cela démontre que nous n’avons vraiment rien appris et que nous continuons à agir avec une agression primaire plutôt que de penser avec compassion? Un jour, cette sensation que nous appelons la vie nous quittera. Notre corps pourrira et nos objets de valeur ne seront plus que souvenirs. Par contre, les conséquences de nos actions que nous aurons prises hier resteront. La mort nous entoure constamment, mais elle reste si distante dans notre vie de tous les jours. Nous vivons dans un monde sur le point de s’écrouler. Les guerres de demain n’auront aucun gagnant. La violence ne sera jamais la réponse, elle détruira toute forme de solution. Si nous regardons tous nos désirs les plus profonds, nous verrons que nos rêves ne sont pas si différents. Nous partageons un but commun, le bonheur. Nous taillons en pièce le monde à la recherche de la jouissance, sans jamais regarder au fond de nous. Les humains les plus heureux sont souvent ceux qui possèdent le moins. Mais sommes-nous vraiment heureux avec nos (iPhone), nos grosses maisons, nos voitures de luxe? Nous devenons déconnectés, idéalisant des gens que nous n’avons jamais rencontrés. Nous voyons l’extraordinaire sur nos écrans, mais l’ordinaire partout ailleurs. Nous attendons que quelqu’un amène le changement, sans jamais penser à changer nous-mêmes. Les élections sont comme un jeu de pile ou face dont les deux côtés sont de la même médaille. Nous avons l’illusion d’un choix alors que nous choisissons nos dictateurs pour un nombre X d’années. Enfin, nous réalisons que les politiciens ne nous servent pas. Ils servent ceux qui ont financé leur pouvoir. Nous avons besoin de leaders, pas de politiciens, mais dans ce monde de suiveurs, nous avons oublié de nous diriger nous-mêmes.

Arrêtez d’attendre le changement et soyez le changement que vous voulez. Nous ne sommes pas arrivés à ce point en étant assis sur notre derrière. L’humanité n’a pas survécu grâce à notre rapidité ou à notre force, mais en raison du fait que certains ont appris à travailler ensemble. Nous avons maîtrisé l’art de tuer, maintenant, maîtrisons la joie de vivre.

Ce texte n’est pas à propos de sauver la planète. La Terre restera là, que nous y soyons ou pas. Elle y est là depuis des milliards d’années et nous, en tant qu’humains, sommes chanceux si nous atteignons 80 années. Nous sommes une fraction de seconde dans le temps de la terre, mais notre impact est éternel.

 Spencer Cathcart

Conclusion :

Extrait du commentaire du rédacteur de ce texte accompagné d’un document audiovisuel qui, pour des raisons inconnues, fut retiré d’un des grands réseaux sociaux.

*J’ai souvent rêvé que je vivais avant l’arrivée des ordinateurs, quand nous n’avions pas d’écrans pour nous distraire. Puis j’ai réalisé qu’il y avait une raison pourquoi aujourd’hui, était l’époque où je voulais vraiment vivre. Nous avons enfin une véritable opportunité comme jamais l’humanité n’a eue avant. Internet nous donne le pouvoir de partager un message auprès de millions d’êtres humains tout autour du monde. Pendant qu’il est encore temps, nous devons utiliser nos écrans pour nous rassembler plutôt que de nous isoler. Pour le meilleur ou pour le pire, la génération actuelle déterminera le futur de la vie sur cette planète. Elle pourra continuer de servir ce système de destruction massive jusqu’à ce que plus rien ne reste de notre existence ou elle peut encore se réveiller et réaliser que nous n’évoluons pas dans le bon sens. Nous n’avons que des écrans devant les yeux, donc, nous ne savons pas où nous allons. Ce moment présent est ce vers quoi, chaque pas, chaque respiration, chaque mort nous ont menés. Nous sommes le visage de tous ceux qui sont venus avant nous. Et maintenant, c’est notre tour. Nous pouvons choisir de créer notre propre chemin ou suivre la route que d’innombrables ont déjà pris. La vie n’est pas un film, le scénario n’est pas déjà écrit. Nous en sommes les auteurs, ceci est votre histoire, notre histoire, l’histoire de nous tous et toutes.

Bonne semaine à toutes et à tous.

* La totalité du documentaire de Spencer Cathcart peut être vu sur

https://www.youtube.com/watch?v=ipe6CMvW0Dg&sns=fb